vendredi 15 novembre 2013

Fun Home - Alison Bechdel

Un abandon. Le genre de truc qui ne m’arrive jamais avec la BD mais là, pas moyen. J’avais emprunté cet album à la médiathèque pour accompagner Mo’ dans une lecture commune.  En même temps c’est encore de l’autobiographie dessinée, comme Quatre yeux qui m’était tombé des mains il y a peu. J’aurais dû me douter.

Premier chapitre, je suis surpris par la gravité du ton. On n’est pas là pour rigoler, Alison Bechdel donne dans l’autobio sérieuse (qui a dit chiante ?), sa vie est loin d’être une comédie. Elle décrit avec force détails sa relation complexe au père, un homme qui soumet les siens à une effroyable dictature esthétique et transforme le manoir familial en reproduction à l’identique d’une maison gothique du 19ème siècle. Un papa à la fois distant et très proche, qui mourra à 44 ans, écrasé par un camion et dont on ne saura jamais si la disparition relève de l’accident ou du suicide. Puis elle revient sur son entrée à la fac, la découverte de son homosexualité, qu’elle qualifie d’abord de « purement théorique ». Suivront quelques pages sur son passage aux travaux pratiques avec Joan, une poétesse féministe « pro-matriarcat ». La suite, je ne sais pas parce que j’en suis resté là.

Pas moyen d’accrocher à cette écriture boursouflée, faussement littéraire, et à cette narration confuse. Alison Bechdel cite Fitzgerald, Camus, ou Joyce, elle en fait des caisses autour de son « éducation livresque » et accouche au final d’un texte aussi intello qu’imbuvable, froid et prétentieux. Quand je lis une phrase telle que « Sans doute ma froide distance esthétique traduit-elle, mieux que n’importe quelle comparaison littéraire, le climat arctique de notre famille » j’ai envie de me sauver en courant. C’est ce que j’ai fait d’ailleurs.

Graphiquement, le dessin est passe-partout, sans aucun charme. Les cases sont petites, assez surchargées et presque toujours surmontées de récitatifs donnant l’impression de peser de tout leur poids sur l’image, comme s’il était nécessaire d’alourdir encore le propos.

Un album qui relève pour moi de la branlette intellectuelle. Et je ne suis vraiment pas adepte du genre. Pour Time Magazine c’est une « brillantissime autobiographie en bande dessinée. » La presse américaine dans son ensemble a crié au génie et a comparé Fun Home au Maus de Spiegelman (ne me dites pas que c’est vrai sinon jamais je n’ouvrirai Maus !). Pour nombre de critiques professionnels, c’est un chef d’œuvre. Pour moi simple lecteur lambda, c’est une BD somnifère et pompeuse. Je veux bien être traité d’indécrottable ignare incapable de reconnaître une éblouissante œuvre d’art mais je n'en démordrais pas, je trouve ça très mauvais.

Fun Home d’Alison Bechdel. Denoël  Graphic, 2013. 236 pages. 24 euros. La première édition en français date de 2006 (c’est celle que j’ai eu entre les mains). 

Bon je ne suis pas mécontent de constater qu’In Cold Blog (une référence pour moi) n’a pas lui non plus été convaincu. Évidemment il le dit bien mieux que je ne le fais. (Son avis)
De son coté Mango a adoré (je ne lui veux pas pour autant^^). Et Mo’, elle en a pensé quoi ?

L'avis de Marguerite



41 commentaires:

  1. Avec cette nouvelle couverture de la réédition, je ne reconnaissais pas l'album ! Je l'ai lu l'hiver dernier. Je me retrouve un peu dans certains de tes commentaires mais j'ai quand même apprécié d'autres aspects. Cependant, j'ose moi aussi espérer que Maus est mieux !
    Je laisse un lien vers mon billet : http://lecturesdemarguerite.blogspot.ca/2013/02/fun-home-alison-bechdel.html

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    1. Je rajoute ton lien et je reste persuadé que Maus n'a rien à voir avec Fun Home.

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  2. Bon, tu ne l'as pas aimé, cet album, et j'en suis désolée! Manifestement, j'ai été de mauvais conseil ce jour-là! Pourtant j'en garde un bon souvenir et l'histoire vécue m'avait beaucoup touchée malgré les défauts que tu signales. C'est vrai que c'est un peu lourd et confus par endroits mais il y a de quoi et ce n'est pas toujours la beauté la plus parfaite qui me touche le plus. Quant aux dessins, je les avais appréciés également. Bref, j'ai aimé, pas toi! Je le regrette!

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    1. Tu n'a pas à être désolée ni à regretter quoi que soit ! Tu as fait de cet album un coup de cœur, tant mieux et tu es loin d'être la seule en plus. Moi je l'ai très très mal pris mais tu sais je suis tout sauf une référence ;)
      Et puis sans toi je n'en aurais jamais entendu parler, au moins maintenant je sais qui est Alison Bechdel.

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  3. Et Mo' est assez déçue aussi. C'est froid comme tu dis. L'auteur met vraiment trop de distance avec ce qu'elle raconte. Je ne comprends pas non plus l'engouement autour de cet album. Après, ma déception n'est pas aussi marquée que la tienne. Il y a quelques passages où j'ai accroché, ce qui explique que je sois parvenue au bout de ma lecture. Mais bon. Pas très tentée pour découvrir la pseudo-suite qu'elle vient de sortir. J'avais hésité à acheté les deux albums en même temps puis finalement, pour limiter mes achats, j'avais reposé "C'est toi ma maman". Je ne regrette pas finalement.

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    1. Moi ce n'est pas de la déception, tu le sais, c'est de l'agacement. Pas question que je lise son nouvel album en tout cas^^

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  4. Si tu n'aimes pas Maus, j'te cause plus à la récré.

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    1. Bonjour la pression. Je vais aller avec qui moi à la récré si tu me cause plus ?

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  5. Entièrement d'accord !

    La vie d’Alison Bechdel n’est pas vraiment intéressante et le récit contient beaucoup de répétitions, des détails totalement inutiles et des passages (notamment concernant son journal intime) d’une banalité rare. Le ton employé est trop froid, le monologue trop monotone et le tout ennuyant au possible. Les nombreuses références à la littérature (Ulysse de James Joyce, Colette, Marcel Proust) et allégories visent à donner un côté sophistiqué à l’œuvre, mais ne font finalement qu’accentuer son côté soporifique. La construction non chronologique vient saupoudrer le tout de confusion.

    J'ai donc trouvé cet exercice nombriliste totalement vain et seule la dernière planche a réussi à me toucher... (de quoi te pousser à lire la fin :) )

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    1. Bon je n'ai pas encore rendu l'album à la médiathèque, j'ai vais pouvoir lire la dernière page^^

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  6. Au moins c'est clair, n'est pas Spiegelman qui veut :) je ne peux pas me prononcer sur cet album qui ne me tente pas mais Maus - que j'ai redouté longtemps, étant devenu allergique aux histoire-de-la-seconde-guerre-mondiale quelque part après mon adolescence - ne se laisse pas reposer facilement... tu peux tenter je crois :-)

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    1. Je n'ai aucune inquiétude avec Maus, la comparaison entre les deux me parait impossible.

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  7. La comparaison de toute oeuvre avec Maus est impossible Jérôme, il n'y a que Maus qui ait obtenu le Prix Pullitzer, rien que ça... :)

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    1. Je suis 100% d'accord avec toi, même si évidemment je n'ai pas encore lu Maus.

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  8. J'ai mis mon bouclier, on ai jamais à l'abri d'un coup perdu ^^. Ben dis donc, il est pas content Jérôme. Ce qui est curieux justement c'est d'avoir des avis divergents ... Il en faut pour tout le monde heureusement et je trouve ton ressenti intéressant

    C'est bon je peux lever ma garde ? ;)

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    1. "Branlette intellectuelle" que j'adore tes expressions... C'était dans ton dico de la semaine dernière lollll

      Ok je sors.... mais je reviens :D

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    2. Non celle-là vient de mon dico perso. J'en ai quelques autres sous le coude, je les garde pour les grandes occasions ;)

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  9. Totalement inconnu pour moi. Je risquais pas de trouver....

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    1. Je te rassure avant que Mo' me propose cette LC je n'en avais jamais entendu parler non plus.

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  10. Ah mince, je l'avais noté suite à l'avis de Mango, j'apprends qu'il est enfin réédité mais là c'est la douche froide !

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  11. Les branlettes intellectuelles ne sont pas pour moi !

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  12. La branlette, je veux bien, mais intellectuelle, non merci !
    Oups désolé, j'ai été un peu trop moi-même là je crois...^^

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    1. T'inquiète, c'est toujours une bonne chose d'être soi-même.

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    1. ça se voit tant que ça que ce livre m'a un peu énervé ?

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  14. Bon, je passe ! Je suis désolée pour Mango, mais ça ne me donne pas envie...
    Jérôme, je te décerne un award. Tu y répondras quand tu auras le temps.

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    1. J'ai vu ton award, je vais prendre le temps d'y répondre.

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  15. Hé bien, tu expliques très bien pourquoi tu as lâché l'affaire, et je me retrouve assez dans tes impressions. Bon moi ça allait plus loin, j'ai vraiment eu la flemme d'écrire quoi que ce soit sur cet album (lu à peine jusqu'au tiers), tellement il ne m'avait pas inspirée.

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    1. Au moins avec ce billet je découvre que je ne suis pas tout seul à avoir aussi mal pris cet album. Ce n'est pas pour me déplaire.

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  16. L'autobiographie me sort par les trous de nez... c'est quoi cette manie de se regarder le nombril et d'étaler ses problèmes-turpitudes-angoisses-fantasmes à la face du monde ? j'ai déjà assez à faire avec les miens !

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    1. C'est devenu une très grande mode. J'avoue que j'ai beaucoup de mal à y adhérer moi aussi.

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  17. Tu me flattes, Jérôme, mais je suis loin d'être une référence, et surtout pas en matière de BD/romans graphiques ! C'est effectivement un récit intellectualisé au possible qui châtre le récit de toute émotion (et,finalement, terriblement américain, dans le fond). Je me demande ce que que peut donner l'adaptation du texte en comédie musicale.
    Bref, une déception, pour moi aussi, qui fait que je ne me pencherai même pas sur son nouvel opus : C'est toi ma maman?

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    1. Incroyable d'avoir adapté ce texte en comédie musicale ! Pas la peine de m'offrir un billet en tout cas !

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  18. Je comprends qu'on puisse ne pas aimer, Alison Bechdel n'a pas le dessin le plus original au monde et son histoire peut être assez lourde ! Mais je te trouve dur de parler de branlette intellectuelle, car après tout quand tu lis cette histoire autobiographique, il s'agit bien d'une famille d'intellectuels frustrés obligés de vivre au fin fond du trou du cul du monde américain à s'occuper des pompes funèbres familiales, alors que la mère rêvait de brûler les planches et le père de devenir beatnik à NY. Quand tu vois son éducation, prisonnière de ces deux parents malheureux en couple et dans la vie, deux intellos qui lui farcissent la tête dès son plus jeune âge de Faulkner et Camus, tu comprends mieux comment elle s'exprime et pourquoi elle développe son autobio de cette manière, constamment ponctuée de références littéraires, voire d'extraits de romans et de déclamations de théâtre. Moi c'est ce contraste que j'ai aimé, cette enfance ambiguë, le cul entre deux chaises, à grandir dans un endroit reculé (dans tous les sens du terme) dans une famille comme la sienne. Et je trouve la découverte de son homosexualité touchante...
    Bref, ce n'est pas dans mon top 10 des romans graphiques, mais je ne suis pas tout à fait d'accord avec toi ;)

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    1. Ce qui m'a le plus gêné c'est le ton qu'elle utilise. Tellement sérieux, tellement plombant. D'autres se sont pliés à l'exercice avec plus de recul et de légèreté, c'est nettement plus agréable.

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