lundi 11 novembre 2013

Confusion des peines - Julien Blanc

La vie de Julien Blanc est un roman d’une infinie tristesse. Né en 1908 de père inconnu, sa mère décède alors qu’il n’a que sept ans. Orphelinats, institutions religieuses, maisons de correction, familles d’accueil… il passe sa jeunesse ballotté d’un lieu à l’autre, renvoyé systématiquement des établissements qu’il fréquente pour mauvaise conduite. Fugueur, voleur, un temps SDF, multipliant les petits boulots qu’il ne parvient pas à garder par manque de motivation, il s’engage dans l’armée en désespoir de cause, persuadé que la grande muette sera la seule capable de donner un sens à son existence. Mais incapable de supporter la moindre autorité, il déserte. Arrêté, condamné, emprisonné, le premier volume de cette trilogie autobiographique le laisse en 1931, alors qu’un tribunal militaire vient de décider de l’envoyer purger sa peine dans les bataillons disciplinaires d’Afrique à Biribi.

Qu’est-ce que j’aurais voulu aimer ce livre ! A la base, il avait tout pour me plaire. Un écrivain autodidacte, digne représentant de la littérature prolétarienne que je chéris tant depuis mes études de lettres et ma découverte d’Henry Poulaille. Un écorché vif, gamin maltraité par les salauds d’adultes entre les mains desquels il aura passé toute son enfance. Un révolté, un réfractaire, un esprit aussi libre qu’incontrôlable, bref le genre de personnage qui me fait particulièrement kiffer comme disent les jeunes. Las, je n’ai pas été séduit le moins du monde par cette autobiographie.

L’ensemble est tellement misérabiliste. A coté de Confusion des peines, Sans famille est une gentille comédie. Le problème c’est que les malheurs de Julien Blanc s’enchaînent dans une suite ininterrompue et finissent par perdre toute force d’évocation. A la longue on frôle l’overdose. Et puis le jeune homme ne m’a pas touché. Il n’a certes pas eu une vie facile (c’est le moins que l’on puisse dire) mais on se rend compte qu’il n’a pas non plus fait grand-chose pour s’en sortir, notamment en rechignant à la tâche à chaque fois qu’on lui proposait un emploi. Surtout, l’écriture est d’une grande platitude. La révolte devrait selon moi  aller de pair avec une certaine forme d’éructation verbale. Le hurlement d’un homme face à l’injustice d'une jeunesse ruinée par sa condition sociale et le comportement inadmissible des adultes, Louis Calaferte en a fait un chef d'oeuvre avec « Le requiem des innocents ». Là, pour le coup, on en est loin, très loin même.

Dommage, j’attendais beaucoup de cette lecture, j’en sors d’autant plus déçu. Le second volume de la trilogie de Julien Blanc attend sagement dans ma pal depuis un certain temps. Il risque d’y rester encore longtemps.

Confusion des peines de Julien Blanc. Libretto, 2013. 280 pages. 9,70 €  

30 commentaires:

  1. Enfin, au moins, tu as réussi à en tirer un billet drôle.

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    1. Je ne pouvais rien faire de plus avec ce titre...

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  2. c'est très rageant de ne pas aimer un livre dont on attendait beaucoup. Ca m'a fait ça avec "un écrivain, un vrai". Désolée pour toi que la rencontre n'ait pas eu lieu.

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    1. Malheureusement ça arrive, il faut juste savoir le reconnaître et ne pas nier l'évidence en se disant que c'était bien quand même.

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    1. Je pense que tu peux passer sans risque.

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  4. Tu en attendais beaucoup car il y avait effectivement de quoi faire un récit touchant, fort, fascinant, captivant, visiblement. Mais au-delà, des faits, on dirait que le livre n'apporte rien. Je comprends ta déception. Le genre autobiographique n'est pas très évident. J'ai eu la même réflexion sur certaines biographies. Dans le genre récit d'un écrivain qui a galéré et qui fait mon admiration aujourd'hui (mais pas du tout les mêmes galères, le même contexte, cela dit...), j'ai par contre adoré Tribulations d'un précaire de Iain Levison.

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    1. Levison j'aime beaucoup, je garde un excellent souvenir de "Trois hommes, deux chiens et une langouste". Par contre je n'ai pas lu les "Tribulations d'un précaire".

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  5. Tout le monde n'est pas Dickens... et je plussoie au conseil de A Girl : "Les tribulations d'un précaire", c'est très bien.

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    1. J'ai vu qu'il était dispo à la médiathèque, j'irai peut-être le chercher en fin de semaine.

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  6. Qui sait, le second tome sera peut-être meilleur.

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    1. Peut-être mais je ne suis pas pressé de m'y lancer.

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  7. Un joli titre de livre qui attire l'attention, mais vu ce que tu en dis forcément... je passe...

    Au suivant :)

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  8. On ne peut pas tout le temps bien tomber !

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    1. Et heureusement quelque part sinon nous n'aurions plus de bonnes surprises.

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  9. Ce n'est de toute façon pas le genre de livres dont j'ai envie en ce moment ! ^^

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    1. Et je crois que même plus tard tu pourras t'en passer.

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  10. Oui, c'est dommage, et frustrant. Bon.
    ( si c'est bien une autobiographie et pas du tout du fictionnel, pas " romancé ", je ne parviens pas à savoir avec ton billet, je peux l'inscrire pour le projet non-fiction )

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    1. Non il n'y a rien de romancé (c'est peut-être là que le bât blesse d'ailleurs^^). Je n'y avais pas pensé mais ça pourrait tout à fait rentrer dans le cadre du projet.

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  11. Ok ! Je passe mon tour ! Belle journée.

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    1. Tu fais bien. Bonne journée à toi aussi.

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  12. L'autobio n'est pas mon genre de prédilection, et là, vu ce que tu en dis, je passe sans regrets...

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  13. Tu sais que tu es vraiment trop fort ? Même quand tu chroniques un livre qui ne t'a pas séduit et qu'on se dit naïvement "chouette, un de moins à acheter", tu trouves le moyen de nous placer, l'air de rien, la référence d'un autre bouquin ! Je note donc "Le requiem des innocents" de Calaferte ...^^

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    1. "Le requiem des innocents" c'est monumental. J'adore Calaferte, c'est un écrivain fabuleux. "Septentrion" est son livre le plus abouti. Il fait partie des ouvrages dont je ne pourrais jamais parler sur ce blog, c'est une oeuvre trop grande pour moi...

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  14. C'est encore moi, je viens de lire les commentaires. Conclusion : je note aussi Levison ...

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    1. Levison c'est très bon aussi, toujours très drôle (c'est marrant tu découvres un titre que j'ai pas du tout aimé et pourtant tu sors de là avec deux autres références de notées. J'adore !).

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  15. Bouh les malheurs, je les laisse à la porte !!!

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    1. Là pour ce qui est des malheurs on est plus que servi !

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