mardi 24 avril 2018

Le journal de Gurty T4 : Printemps de chien - Bertrand Santini

Le premier chapitre annonce la couleur : un voyage en avion, une crotte de chien qui roule entre les sièges des passagers et finit sa course en première classe, voila des vacances de printemps qui s’annoncent palpitantes pour Gurty ! Il sera aussi question dans ce nouveau volume de bouse de vache, de problèmes gastriques, de pipi dans des pistolets à eau, d’allergies aux résultats surprenants ou encore d’un arbre centenaire à protéger.

Chaque jour est une aventure dans le monde de Gurty. Elle s’invite à une fête d’anniversaire où elle n’est pas la bienvenue, elle affronte ses ennemis jurés le chat Tête de fesses et l’écureuil sournois, elle subit la bêtise crasse des enfants du voisin et les moqueries des grenouilles avec une bonne humeur à toute épreuve, secondée comme il se doit par sa fidèle amie Fleur dont les déboires entrainent souvent des catastrophes en chaîne.

Rien de nouveau sous le soleil, le journal de cette petite bête pleine de poils déride toujours autant les zygomatiques. Comme d’habitude on frôle l’absurde, les dialogues ne volent pas bien haut, les gags ne sont pas du meilleur goût et les humains et les animaux ne brillent pas par leur intelligence. Et comme d’habitude on se prend au jeu et on dévore ces tranches de vie animalières avec un plaisir non dissimulé.

Je me répète (voir mes billets sur les tomes 1, 2 et 3) mais cette série est parfaite pour les enfants qui n’aiment pas lire car elle leur prouve que cette activité peut être un vrai moment de plaisir, sans autre enjeu que celui de divertir. D’ailleurs le cercle des fans de Gurty ne cesse de s’agrandir, c’est bien la preuve que cette petite chienne possède des atouts pour plaire à tous les lecteurs, petits ou grands.

Le journal de Gurty T4 : Printemps de chien de Bertrand Santini. Sarbacane, 2018. 176 pages. 9,90 euros. A partir de 8 ans.




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vendredi 20 avril 2018

L’Archipel du Chien de Philippe Claudel

« La plupart des hommes ne soupçonnent pas la part sombre que pourtant tous possèdent. Ce sont souvent les circonstances qui la révèlent, guerres, famines, catastrophes, révolutions, génocides. Alors quand ils la contemplent pour la première fois, dans le secret de leur conscience, ils en sont horrifiés et ils frissonnent. »

Une île volcanique sinistre, un vase clos, des habitants repliés sur eux-mêmes.  Trois corps de migrants retrouvés sur la plage un matin. Le maire décide d’étouffer l’affaire, les cadavres vont disparaître sans laisser de traces. Du moins dans un premier temps. Car leur ombre va planer sur l’île et semer la désolation…

Rien de tel que Claudel pour me remettre en selle (ça rime en plus !). Un écrivain, un vrai, exigeant, littéraire, habité. Aux frontières de la parabole, de la fable, du théâtre et du thriller, il montre la bassesse, la lâcheté, la cruauté d’une humanité prête à toutes les forfaitures pour préserver ses petits privilèges.

L’entreprise était louable mais j’ai vite déchanté. Tout  est trop simple, trop linéaire, trop prévisible. Le maire est un salaud corrompu, le curé fait comme si de rien n’était, le médecin devient complice malgré lui et le pseudo-flic est brutal et alcoolo. Seul l’instit, phare de lumière humaniste dans ce monde de sombres ordures est un être pur, ce qui lui vaudra, cela va de soi, de finir en victime honteusement sacrifiée.

Fable oblige, la morale vient nous rappeler que chacun doit un jour payer pour ses crimes (sérieusement ?????). La conclusion est à l’image du reste. Simple, prédictible, binaire. Pas d’aspérité, pas d’entre-deux, le monde est tout noir ou tout blanc, les nuances de gris ne font pas parties de cette tragédie volcanique.

Une déception donc, une de plus. Au suivant…

L’Archipel du Chien de Philippe Claudel. Stock, 2018. 280 pages. 19,50 euros.












mercredi 18 avril 2018

Petite balade et grande muraille - Maïté Verjux

Pour moi, dans un carnet de voyage dessiné la mayonnaise prend ou ne prend pas en fonction de deux critères. D’abord le ton, la posture et l’état d’esprit de celui ou celle qui raconte son périple. Ensuite sa capacité à capturer et restituer l’atmosphère de ce qu’il ou elle a vécu. Maïté Verjux a su réunir ces deux critères en y ajoutant une pincée d’absurde qui épice à merveille son récit.

Son diplôme de graphisme en poche, la jeune femme décide de partir en Chine sur un coup de tête, en janvier 2016. Trois mois à Pékin en colocation alors qu’elle ne connaît absolument rien du pays et ne parle pas du tout la langue. Au bout d’un mois et d’une adaptation compliquée à son nouvel environnement, Maïté est rejointe par son amie Florie. Avec cette dernière le séjour se passe dans de meilleures conditions et les visites s’enchaînent, de la Cité interdite à la grande muraille, de Shangaï au tombeau des empereurs Qings. 

Loin du carnet de bord au jour le jour, cette balade chinoise se présente comme une succession de tranches de vie plus ou moins marquantes, plus ou moins anecdotiques : l’arrivée dans un appartement surpeuplé où la promiscuité n’est pas un vain mot, la pollution omniprésente, les arnaques sur les sites touristiques, la nourriture parfois difficilement identifiable, la surpopulation, le fait que la femme occidentale est une curiosité plus photographiée que les monuments historiques ou encore la célébration du nouvel an à Pékin, intense moment de ferveur collective.

Maïté Verjux ne cache rien de ses déboires, de ses déceptions, de sa naïveté, de ses erreurs. Elle le fait avec sincérité et une bonne dose d’autodérision, avec lucidité mais sans aigreur. Trois mois à l’autre bout du monde qu’elle voit au moment de son retour en France comme une parenthèse loin de la vie réelle qui restera forcément inoubliable.

Un roman graphique (et autobiographique) vif et joyeux qui n’a rien du guide touristique mais joue plutôt sur la corde du ressenti personnel, loin de toute vision universelle et caricaturale d’un pays dont il n’est de toute façon pas évident de saisir la complexité en quelques semaines. Une parenthèse rondement menée, instructive à sa façon, légère et savoureuse.

Petite balade et grande muraille de Maïté Verjux. Les éditions Fei, 2018. 184 pages. 19,00 euros.




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mardi 17 avril 2018

Boom - Julien Dufresne-Lamy

Étienne tente de faire le deuil de Timothée, le deuil impossible de son meilleur ami. « Tu es parti avec ma tranquillité. Je ne dors plus, je vis mal, mes nuits sont bruyantes et mes journées deviennent de longs tunnels silencieux. »

Ils s’étaient rencontrés trois ans plus tôt. Trois ans dans le même lycée, trois ans à tout partager. Une amitié fusionnelle. Timothée le bon élève, le bien éduqué. Étienne la grande gueule, le fêtard, le dilettante. Il aura fallu un voyage scolaire à Londres, une voiture folle sur le pont de Westminster et une jeunesse fauchée en quelques secondes pour que leurs chemins se séparent. A jamais.

Étienne s’en veut, il culpabilise de ne pas avoir été là au moment du drame. Son monologue s’adresse à l’ami disparu, il évoque les bons souvenirs, les moments inoubliables et ceux qu’ils ne pourront plus partager. L’absence est trop béante pour envisager une possible reconstruction, pour aller de l’avant, pour imaginer l’avenir.

D’une seule voix, comme une longue lettre à l’absent. C’est à la fois construit et décousu, hésitant et plein de certitudes. Étienne ne s’adresse pas à d’éventuels lecteurs, c’est à Timothée qu’il parle. Il oscille entre colère et confidences, tristesse et culpabilité.

Un texte touchant, pudique, qui ne fait qu’effleurer les causes de la mort pour se focaliser sur ses conséquences, sur cette blessure impossible à refermer. Le ton est juste, la douleur s’exprime sans débordements lacrymaux inutiles. Les mots se suffisent à eux-mêmes, l’amitié est si sincère qu’il n’est pas nécessaire d’en rajouter. Une confession sur un fil, fragile, avec les mots simples et directs d’un ado confronté à une tragédie qui le dépasse.

Boom de Julien Dufresne-Lamy. Actes Sud junior, 2018. 112 pages. 9,80 euros. A partir de 15 ans.





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mercredi 11 avril 2018

Gramercy Park - Timothée de Fombelle et Christian Cailleaux

1954. Madeleine s’occupe de ses ruches sur un toit de New-York. Dans l’immeuble d’en face un gangster profite de son luxueux appartement, entouré de ses nombreux gardes du corps. Chacun s’épie, chacun semble se connaître. Madeleine observe Monsieur Day, qui lui-même scrute ses moindres faits et gestes. Un jeu du chat et de la souris pas si innocent, le mystère liant ces deux personnages se démêlant au fil des pages, de flash-back en révélations, de course poursuite en rêverie sous les étoiles.

Encore une lecture fade… J’étais pourtant impatient de découvrir les premiers pas de scénariste de Timothée de Fombelle, un auteur jeunesse que j’adore. Avec en plus l’excellent Christian Cailleaux aux pinceaux, la promesse d’une BD alléchante à souhait avait de quoi me mettre l’eau à la bouche. Mais au final une fois encore je me suis ennuyé.

Un mafieux, une danseuse et des abeilles, trois ingrédients qui auraient pu faire un cocktail savoureux. Mais je suis resté en retrait de cette sombre histoire de vengeance aux accents romantico-mélancoliques, observateur sans doute pas suffisamment attentif, pas franchement concerné non plus. Le problème doit venir de moi parce que le récit se trame avec beaucoup de finesse et le dessin illustre à merveille la narration aussi complexe qu’ambitieuse d’un Timothée de Fombelle qui n’hésite pas à prendre des risques pour ses débuts en bande dessinée, comme il l’a toujours fait dans ses romans jeunesse d’ailleurs. La problématique de la consolation, au cœur de l’histoire, est bien amenée et pousse à la réflexion mais cela n’a pas été suffisant pour je me laisse séduire.

Je relirai cet album quand je me trouverai dans de meilleures dispositions pour l’apprécier à sa juste valeur. Parce qu’il est clair que si je suis passé à côté, c’est uniquement de ma faute.

Gramercy Park de Timothée de Fombelle et Christian Cailleaux. Gallimard BD, 2018. 98 pages. 20,00 euros.





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vendredi 6 avril 2018

Lecture(s) en pointillé

J’avais senti le coup venir en annonçant en janvier après avoir terminé le fabuleux Jardin de sable d’Earl Thompson que j’aurais du mal à trouver mieux au cours de l’année, mais je ne pensais pas que ce serait à ce point. Parce que depuis, je rame sévère. Pas une panne de lecture à proprement parler mais un enchaînement de lectures au mieux moyennes, au pire décevantes. Le problème c’est que je tombe sur beaucoup de livres dans lesquels je m’ennuie, beaucoup de livres que je commence et que je laisse traîner pour en attaquer un autre qui au final ne me passionne guère davantage. Bref je suis au creux de la vague et je ne vois rien venir qui pourrait m’en sortir.


En 2018 les lectures emballantes peuvent se compter sur les doigts d’une main puisqu’à part Un jardin de sable il n’y a que LaRose de Louise Erdrich qui m’a totalement séduit. Après, j’ai aimé L’infinie patience des oiseaux, Paris-Venise ou Homo-sapienne mais pas non plus au point de grimper aux rideaux.


Quand un coup de mou se fait sentir j’ai l’habitude de me tourner vers des valeurs sûres pour remettre la machine en marche. J’ai donc tenté la littérature islandaise (grosse déception) et je me suis plongé avec impatience dans le dernier Teulé (une catastrophe). Je suis parti confiant à l'idée de retrouver l'univers écorché vif de Richard Krawiek (bien trop mélo), j’ai essayé l’écriture impressionniste de Jacqueline Woodson (anecdotique), un témoignage sur le cirque américain des années 30 intéressant mais inégal et la plume acide d’un Sylvain Prudhomme à ses débuts (pas mauvais mais manquant un peu de consistance).



Aux grands maux les grands remèdes, j’ai acheté le dernier Claudel persuadé qu’il soulèverait mon enthousiasme. J’en suis à la moitié, ça se lit très facilement, trop facilement peut-être, et même si au final je devrais beaucoup aimer on sera loin du coup de cœur. J’ai mis de côté un autre roman islandais qui avait des arguments massifs pour me séduire mais qui, à l’usage, se révèle d’un ennui (presque) mortel et j’ai attaqué le second roman de Julien Syrac parce que j’avais beaucoup aimé son premier et que je m’attendais à ce qu’il transforme l’essai mais ce n’est pas vraiment le cas.



Je me dis que le problème vient de moi, que je suis en ce moment avec les livres comme ces gens dont le palais ne perçoit plus aucun goût et qui trouvent tout ce qu’ils mangent affreusement fade. Je ne pense pas qu’il y ait une solution miracle mais je vais peut-être retourner vers mes fondamentaux, la littérature américaine et les (bonnes) nouvelles par exemple. Parmi les titres qui m’attendent j’ai aussi le choix entre un auteur italien culte, mon cher Antoine Choplin, la suite d'Au revoir là-haut ou encore des destinations dépaysantes comme le Danemark et le Sénégal.



Ou alors je laisse de côté les titres récents et je fais confiance aux copines qui m’ont offert des livres, certaines depuis très longtemps d'ailleurs.




Bref, je ne peux pas dire que je manque de cartouches. Il me suffit juste de faire le(s) bon(s) choi(x).











mercredi 4 avril 2018

Le goût d’Emma - Kan Takahama, Emmanuelle Maisonneuve, Julia Pavlowitch

« Neuf repas au restaurant par semaine, et chaque nuit dans un hôtel différent. Des journées entières à visiter les établissements référencés par le guide. Inspections à la chaîne. Trente minutes sur place avant de filer vers la prochaine destination. Visites le jour, travail de rédaction la nuit. Être inspectrice, c’est avant tout être increvable… »

Le guide Michelin, Emma en rêve. Devenir une des plumes du guide, passer sa vie à sillonner les routes et à découvrir des établissements renommés ou en devenir, Emma sent qu’elle est faite pour ça. Une candidature spontanée, un poste qui se libère, un test en situation et quelques jours d’attente pour que la nouvelle tombe : Emma est embauchée !

L’album raconte l’histoire vraie d’Emmanuelle Maisonneuve qui est restée pendant quatre ans une des rares inspectrices du célèbre guide. Son expérience fut au départ jonchée de bien plus d’obstacles qu’elle ne l’aurait imaginé. D’abord elle découvre que la charge de travail est phénoménale et que les règles de discrétion sont particulièrement contraignantes. Ensuite, il n’est pas simple pour elle de se faire une place dans un univers très masculin où ses collègues ne voient pas d’un bon œil débarquer parmi eux une jolie jeune femme. Enfin, la réalité du terrain est parfois dure à encaisser, les restaurateurs étant loin de rouler sur l’or, la plupart éprouvant même des difficultés à maintenir leur établissement à flot.


Parce que les novices n’ont pas le droit aux grandes tables, aux palaces et aux étoiles, Emma démarre sa carrière au fin fond du Cantal. Des débuts compliqués qui en auraient découragé plus d’un, mais pas elle. Parce que la cuisine est sa passion, parce qu’elle se sait à sa place dans cette fonction et que sa curiosité culinaire est sans limite, elle s’épanouit malgré les pièges, les erreurs de débutant et les mauvaises surprises.

J’ai tout aimé dans cet album qui, par bien des aspects, m’a rappelé « Le gourmet solitaire » de Taniguchi. Le dessin à l’esthétique très « manga » bien sûr, mais aussi les déambulations de cette gastronome au sacré coup de fourchette toujours partante pour de nouvelles expériences culinaires. J’ai adoré le personnage d’Emma, son ouverture d’esprit, son humilité, sa confiance en elle, sa philosophie de vie et sa capacité à défendre et assumer ses choix face à ses pairs. Et puis la découverte de l’univers extrêmement codifié du guide Michelin « vu de l’intérieur » vaut le détour. Une autobiographie passionnante.

Le goût d’Emma de Kan Takahama, Emmanuelle Maisonneuve et Julia Pavlowitch. Les Arènes BD, 2018. 200 pages. 18,00 euros.   





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mardi 3 avril 2018

La course impitoyable - Guillaume Guéraud

Après la mort de ses parents, Max a été élevé par son grand-père. Dans le garage miteux tenu par ce dernier, le jeune garçon est cantonné au lavage des voitures. Fasciné par le bolide avec lequel son aïeul a remporté le Grand Prix de Miami quarante ans plus tôt, il rêve de se mettre au volant mais du haut de ses onze ans, il sait que son heure n’est pas encore venue. Jusqu’au au jour où un concours de circonstances dramatique le pousse à foncer à tombeau ouvert sur les routes de Floride aux cotés de la petite fille d’un terrible mafieux avec, à ses trousses, un non moins terrible tueur à gages.

Qu’il s’adresse aux grands ados ou aux plus jeunes lecteurs, guillaume Guéraud garde la même ligne de conduite, à savoir ne pas prendre de gants. Dans cette course impitoyable qui porte bien son nom, l’aventure se déroule à fond la caisse et l’action prend le pas sur tout le reste.

Guéraud fait donc du Guéraud. Dialogues enlevés, niveau de langue pas franchement soutenu mais terriblement moderne et vivant, tension qui ne cesse d’aller crescendo, on reconnait d’emblée la plume sans concession de l’auteur du terrifiant Plus de morts que de vivants. Ajoutez quelques coups de feu, quelques morts et quelques litres de sang et vous obtenez une recette épicée en diable qui laisse malheureusement en bouche un petit goût de trop peu (la fin est trop abrupte et c’est bien dommage).

Un roman jeunesse pied au plancher, aussi divertissant que trépidant, où les nerfs des jeunes lecteurs sont mis à rude épreuve. Les amateurs de sensations fortes vont se régaler !

La course impitoyable de Guillaume Guéraud. Thierry Magnier, 2018. 100 pages. 7,40 euros. A partir de 10 ans.


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vendredi 30 mars 2018

Cook Korean ! La cuisine coréenne en bande dessinée - Robin Ha

Une BD que j’ai lue avant de l’offrir à une collègue passionnée de cuisine coréenne. Perso je n’avais jamais goûté à cette cuisine avant que cette même collègue me fasse découvrir le fameux kimchi le mois dernier à l’occasion des jeux olympiques d’hiver.

Un constat d’abord, l'ouvrage est aussi complet qu’accessible. Chaque recette se décline en doubles-pages, les dessins sont très parlants et les différents chapitres permettent de faire un tour d’horizon exhaustif d'une cuisine dont, personnellement, je ne connaissais absolument rien. Alors que doit retenir un novice comme moi d’un tel ouvrage ?

En premier lieu que la cuisine coréenne repose sur des ingrédients incontournables que l’on utilise dans quasiment chaque plat, à savoir le soja (en pâte ou en sauce), l’ail, le gingembre, le piment rouge (en pâte ou en flocons) et le sésame (en graines ou en huile). A partir de ces bases, tout est possible, à commencer par la confection d’une variété quasi infinie de kimchi, ce chou fermenté que l’on mange à chaque repas. Mais les ingrédients clés se retrouvent aussi dans les soupes, la marinade des viandes, les accompagnements de légumes, les fruits de mer ou encore les nouilles.




Ensuite que certains aliments ne vont pas être simples à trouver dans ma Picardie natale comme les œufs de poissons volants ou les tiges de fougères bouillies par exemple.

Enfin que sous bien des aspects cette cuisine n’est vraiment pas en adéquation avec ma zone de confort culinaire. Le poulpe vivant avalé tout cru ou la soupe de pousses de soja à l’infusion d’anchois séchés au petit déjeuner, ça ne va pas être possible.

Mais peu importe mes goûts, ce livre est parfait pour découvrir la richesse et la diversité d’une cuisine aussi épicée que diététiquement équilibrée. Et surtout pour mettre en œuvre des recettes dont la compréhension est facilitée par la clarté des dessins. La preuve que vulgarisation et érudition peuvent parfois faire bon ménage.

Cook Korean ! La cuisine coréenne en bande dessinée de Robin Ha. Glénat, 2018. 176 pages. 15,00 euros.










mercredi 28 mars 2018

Le vendangeur de Paname : Une enquête de L’Écluse et la Bloseille - Frédéric Bagères et David François

Paris, 1912. Des meurtres en série mettent les forces de police sur les dents. Pas le meilleur moment pour une jeune recrue de débarquer au 36 quai des orfèvres. Surtout quand cette recrue n’est autre que le fiston du ministre de l’intérieur et que tout le monde le considère comme un pistonné. Chafouin, le commissaire divisionnaire colle le petit nouveau dans les pattes de L’Écluse, un vieux de la vieille, alcoolique notoire, mis au placard depuis des années. Les improbables duettistes débutent une enquête sur le meurtre d’un caviste qui les mènera, de brasserie en estaminet, à la reconnaissance inattendue de leurs pairs.

Une BD gouleyante qui se descend d’une traite, à la vitesse où L’Écluse sèche ses verres de rouge. Un bonheur de plonger dans une Belle Époque plus paillarde que chic où les dialogues plein d’argot se dégustent sans modération (avec une mention spéciale à la mère maquerelle qui promet un velouté de carottes au client lui demandant une fille rousse). Clairement, l’atmosphère et le bagout des personnages font le sel d’un récit où l’intrigue policière passe rapidement au second plan. Niveau dessin, le trait souple et libre de David François restitue un Paris en perpétuel mouvement et croque quelques trognes particulièrement expressives.

Premier tome d’une série dont on a hâte de découvrir la suite, cet album aussi truculent qu’hédoniste froissera les culs serrés défenseurs de la loi Évin et ravira les adeptes de Dionysos et de Bacchus (ne me faites pas l’affront de me demander dans quel camp je me range, s’il vous plait !).

Le vendangeur de Paname : Une enquête de L’Écluse et la Bloseille de Frédéric Bagères et David François. Delcourt, 2018. 60 pages. 15,50 euros.


Une lecture commune partagée avec Noukette.




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mardi 27 mars 2018

Moins que rien - Yves-Marie Clément

Élevée par sa mère, Éliette a dû quitter son village natal pour devenir une « lapourça ». A Haïti, les lapourças sont des jeunes filles au service d’un maître (elles sont là pour obéir et travailler en échange du gite et du couvert). Une forme d’esclavage moderne subie par des milliers d’enfants dont les familles ne peuvent ou ne veulent plus s’occuper et qui pour Éliette se traduit au quotidien par une multiplication de tâches à effectuer plus épuisantes les unes que les autres. Ses rares moments de liberté, elle les passe à jouer au foot avec ses copains Ricardo et Jean-Jackson. Ne supportant plus les accès de colère violents de son maître, elle voudrait quitter cette misère et retourner chez elle. Pour autant, elle n’ose prendre seule une décision aussi lourde de conséquences. En fait Éliette attend un signe. Un signe venu du ciel, ou d’ailleurs…

Yves-Marie Clément montre avec beaucoup de finesse une sordide réalité. Pas besoin de forcer le trait, les faits se suffisent à eux-mêmes. L’auteur décrit avec précision la vie à Haïti, n’hésitant pas à utiliser le vocabulaire et les expressions locales. Il saupoudre par ailleurs son récit d’une surprenante pointe de fantastique qui ne tombe pas pour autant comme un cheveu sur la soupe.

Un roman jeunesse soutenu par Amnesty International qui conjugue découverte du monde et prise de conscience de l’existence de l’esclavage moderne et du travail des enfants. Le message est distillé en douceur, ce qui renforce son efficacité. A mettre évidemment entre toutes les mains.

Moins que rien d’Yves-Marie Clément. Talents hauts, 2018. 84 pages. 12,00 euros. A partir de 11 ans.



Une pépite jeunesse évidemment partagée avec Noukette.






dimanche 25 mars 2018

Un autre Brooklyn - Jacqueline Woodson

August a débarqué à Brooklyn à 12 ans. Arrivée du Tennessee avec son père et son petit frère, la jeune fille espère chaque jour que sa mère, dont elle n’a plus de nouvelles, finira par les rejoindre. D’abord confinés dans l’appartement familial, les enfants mettent peu à peu le nez dehors. Et pour affronter les rues du quartier, August se trouve des amies. Avec Sylvia, Angela et Gigi elle va grandir, fréquenter les garçons et traverser les turpitudes  des années 70, de la guerre du Vietnam à l’influence grandissante de la Nation de l’Islam sur la communauté noire, de la violence des rues  à l’espoir d’un avenir meilleur, des premiers amours aux premières déceptions.

Le roman s’ouvre sur l’enterrement du père. A la faveur d’un trajet en métro August croise un visage connu, pas revu depuis des dizaines d’années. A partir de là les souvenirs affluent de manière anarchique, fragments d’un passé qui semblait oublié. L’écriture est elliptique, le rythme saccadé. La narratrice mêle l’intime et le politique, la culture et la religion pour dire la place d’une adolescente noire dans un des quartiers les plus pauvres de New-York.

Procéder par petites touches n’a pas que des avantages. Les multiples paragraphes se concluant souvent de façon brutale offrent de la nervosité au récit et rappellent une construction proche de l’impressionnisme. Mais au final ces petites touches ne m’ont pas permis de discerner le tableau dans son ensemble, le roman, en manque de liant, perdant peu à peu de son intérêt pour sombrer dans l’anecdotique. Les fils du canevas ne sont pas suffisamment serrés pour qu’il se tienne solidement, c’est du moins le désagréable sentiment qu’il me reste de la lecture de ce petit roman que j’aurais pourtant aimé apprécier davantage.

Un autre Brooklyn de Jacqueline Woodson (traduit de l’américain par Sylvie Schneiter). Stock, 2018. 166 pages. 18,00 euros.













vendredi 23 mars 2018

Les lectures de Charlotte (51) : Quelques battements d’ailes - Mickael el Fathi et Pierre Pratt

Le temps passe si vite quand on est une montagne. Les siècles, les tempêtes, et les ciels défilent de manière discontinue. Les arbres à peine poussés deviennent vieillards, les hommes sont à peine installés que déjà ils disparaissent. Et peu à peu la montagne rétrécit. Géant à la merci des éléments, elle devient colline puis grain de sable. Collée sous les pattes d’un oiseau, en quelques battements d’ailes, elle finira par traverser les océans…

Une lecture superbe et poétique qui interroge sur l’élasticité du temps et la manière dont on perçoit cette élasticité. Le point de vue de la montagne montre qu’à son échelle tout se déroule à une vitesse folle. Parce qu’elle compte les années en millénaires, les transformations des êtres vivants et de la nature lui semblent durer quelques secondes.



L’illustrateur canadien Pierre Pratt exprime à la fois le caractère immuable et mouvant de notre univers. Ses doubles pages sont sublimes et les passages sans texte offrent une pause qui invite à la méditation et renforce l’impression de voir le temps s’écouler sous nos yeux. Le graphisme participe grandement au plaisir de lecture que procure l’album et la dimension poétique reste parfaitement accessible pour les enfants. Bref, c'est une réussite sur toute la ligne.

Quelques battements d’ailes de Mickael el Fathi et Pierre Pratt. Motus, 2017. 36 pages. 13,00 euros. A partir de 4-5 ans.








mercredi 21 mars 2018

Ar-Men, l’Enfer des enfers - Emmanuel Lepage

Le phare d’Ar-Men est l’édifice le plus à l’Ouest du Finistère, à dix kilomètres de l’île de Sein, en pleine mer d’Iroise. Un phare que l’on découvre dans les années 60, au moment de l’hélitreuillage de l’un de ses gardiens, Louis. Germain, lui, est déjà sur place. Hanté par de douloureux souvenirs, ce taiseux solitaire relate l’histoire du phare à travers les légendes qu’il racontait à sa fille et à travers le destin de Moïzez, nourrisson trouvé sur la plage en 1850 après un naufrage qui deviendra dix-sept ans plus tard un des bâtisseurs du phare, dont il sera le premier gardien.

Quel bol d’air cet album ! On en sort vivifié, fouetté par les embruns. A chaque page s’expriment la violence d'une mer indomptable et la force des éléments déchaînés. Emmanuel Lepage convoque  autour de l’incroyable épopée de la construction du phare des figures de la mythologie bretonne telles que l’Ankou ou la fabuleuse cité d’Ys et son maître Gradlon, roi d’Armorique. Il montre également le quotidien hors-norme des gardiens seuls au monde, entourés d’un environnement redoutable.

Pour ne pas perdre en route le lecteur parmi les époques et les récits enchâssés les uns dans les autres, le dessinateur use de différentes techniques. Aquarelle pour les années 60, lavis noir et blanc aux teintes brunes pour le 19èmes siècle et encres de couleurs pour la partie sur la ville d’Ys. Ces choix graphiques parfaitement clairs rendent la narration fluide et la lecture ne souffre d’aucune difficulté de compréhension particulière.

Au final je me suis régalé. C’est tellement beau, la puissance d’évocation de chaque planche maritime est renversante et l’histoire du phare se révèle passionnante. Un magnifique voyage au bout du monde (breton).

Ar-Men, l’Enfer des enfers d’Emmanuel Lepage. Futuropolis, 2017. 96 pages. 21,00 euros.


Une lecture commune partagée avec Blandine, Antigone, Eimelle, LeiloonaSandrine et Hélène.



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https://www.priceminister.com/evt/la-bd-fait-son-festival

BD lue dans le cadre de l'opération
"La BD fait son festival" organisée par Priceminister




mardi 20 mars 2018

J’ai suivi un nuage - Maëlle Fierpied

« Maman redoute que les choses dérapent à nouveau et que la maladie l’empêche de veiller sur moi. Car maman est malade. Certains la traite de folle, mais je n’aime pas qu’on l’appelle comme ça. Je préfère dire qu’elle est comme un nuage. Les jours gris, elle pleut, et les jours de soleil, elle resplendit, blanche et pure, comme dans un ciel d’été. »

Une maman pluie et une maman soleil. Une maman qui change d’humeur sans crier gare, qui rayonne puis s’éteint, perd le goût de tout et ne s’occupe plus de rien, même pas du fils qu’elle élève seule. Ce fils, c’est lui qui parle. Il dit son quotidien incertain, les hauts et les bas, la vie dans un grand huit sans fin. Il dit ce jour où maman n’est plus parvenue à faire face, ce jour où elle s’est retrouvée à l’hôpital psychiatrique et lui chez ses grands-parents. Il dit le moment de la première visite, sa crainte de voir des fous partout et sa certitude que sa mère n’avait rien à faire parmi eux. Il le dit avec ses mots, ses peurs, ses incompréhensions, ses espoirs.

L’enfant ne juge pas, ne critique pas, n’accable pas. Il déborde d’amour et s’inquiète. Pas pour lui mais pour elle. Il ne perd pas pied, ne voit pas tout en noir, même si l’angoisse ne le quitte pas, à l’école et ailleurs.

Un roman jeunesse intelligent, tout en retenu, qui ne règle rien à coup de baguette magique et ne sombre pas non plus dans le sordide. Bien sûr à la fin la maman va mieux et un avenir se dessine. Mais tout reste fragile et l’enfant, d’une étonnante lucidité, en a bien conscience : « Si maman est un nuage, moi je suis le petit arbre en dessous. Alors, quand maman pleure, c’est moi qui suis mouillé. […] Mais maintenant je me rends compte que ça ne me dérange pas d’être mouillé de temps en temps. Je n’ai pas peur de suivre un nuage. »

En un mot comme en cent : Superbe !

J’ai suivi un nuage de Maëlle Fierpied. L’école des loisirs, 2018. 84 pages. 12,50 euros. A partir 11 ans.

L'avis de Moka

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dimanche 18 mars 2018

Homo Sapienne - Niviaq Korneliussen

Quand on se lance dans un roman groenlandais, on pourrait s’attendre à quelques images d’Épinal : le froid, la glace, la neige et la chasse aux phoques par exemple. Les grands espaces, les déplacements en motoneige et la communion avec la nature aussi. On pourrait s’attendre à tomber sur un écrivain qui défend la culture ancestrale des siens, une charge contre le colonialisme danois et un chant d’amour pour les 55 000 descendants d’Inuits qui peuplent  cette terre hostile.

Mais le lecteur espérant un tel catalogue de clichés risque de tomber de sa chaise avec Niviaq Korneliunssen. Cette groenlandaise née en 1990 exprime le malaise d’une jeunesse qui se cherche. En cinq chapitres elle offre une voix à cinq personnages vivant à Nuuk, la capitale. On suit donc dans ce récit choral Fia, qui découvre qu’elle est attirée par les femmes, son frère homosexuel Inuk, sa colocataire Arnaq avec qui elle va connaître sa première relation « entre filles », Ivik, une jeune femme comprenant qu’elle est un homme et ne supportant plus que son amie Sara la touche. Une Sara bouleversée à la fois par le rejet d’Ivik et par la naissance de sa nièce.

Fia, Inuk, Arnaq, Ivik et Sara. Des chemins qui se croisent le temps de soirées noyées sous l’alcool, des relations humaines complexes, des questionnements profonds sur la difficulté d’être pleinement soi et une quête d’identité sexuelle jamais évidente à assumer. Un roman cru, urbain, à l’écriture très contemporaine. Dans la préface l’universitaire québécois Daniel Chartier le qualifie, entre autres, de politique, féministe, social et queer. Niviaq Korneliunssen brise les tabous et dresse le portrait d’une génération refusant les conventions d’une société restée très traditionnelle et très patriarcale.

Omniprésence de l’anglais (volontairement non traduit dans la version française), multiplication des formes de discours (du dialogue au journal intime en passant par le SMS, le mail, les hashtags et messenger), la forme est pour le lecteur plus déroutante que le fond. Mais au final tout se tient et si cinq points de vue différents s’enchaînent, le texte reste cohérent de bout en bout.

Une superbe découverte que ce portrait sans concession d’un Groenland moderne traversé par des problématiques finalement universelles. 

Homo Sapienne de Niviaq Korneliussen. La peuplade, 2018. 220 pages. 21,00 euros.









mercredi 14 mars 2018

Mon voisin Raymond - Troubs

Il ne se passe rien dans cette BD. Mais vraiment rien. Et c’est ce qui fait tout son charme. Troubs y raconte sa relation avec son voisin Raymond, en Dordogne. Raymond est un vieil homme qui vit dans un hameau où n’habitent plus que lui et son frère. Le dessinateur l’aide à couper son bois, à entretenir son jardin et ses ruches. Ensemble ils vont aux champignons, passent des heures à discuter et à boire du café. On suit les deux hommes de janvier à décembre, au rythme des saisons.

Un album calme, tranquille, serein, contemplatif. Un album plein de silences, de solitude et d’empathie. Des vies simples, une réflexion sur la vieillesse et le temps qui passe. Isolé, Raymond a de plus en plus de mal à rester autonome : « C’est le cœur qui fatigue. Je porte un bout de bois, c’est comme si j’avais travaillé toute la journée ».  Certains matins il reste au lit. Et chaque automne, quand le temps devient maussade et que les feuilles tombent, il n’a pas le moral et pense à la mort. Mais le paysan demeure vaillant. De toute façon il ne pourrait pas vivre ailleurs que dans la maison de ses parents, sur cette terre où il est né.

Une plongée chez les taiseux qui m’a apaisé. Pas un mot de trop, pas la peine de parler pour ne rien dire, pas de poésie bucolique à deux balles, Troubs ne cherche pas à dresser une chronique rurale où les clichés s’enfileraient comme des perles. Son trait doux et presque enfantin ne donne pas non plus dans l’esbroufe. Proches du crayonné, ses déambulations et ses heures partagées avec Raymond semblent croquées sur le vif.

Bien sûr on est loin de la BD d’aventure trépidante, de l’adaptation de roman percutante, de la biographie pimpante ou de la virée au bout du monde dépaysante. Ici, la nature règle le pas des hommes, lentement. Et l’amitié pudique entre le paysan et le dessinateur se suffit à elle-même pour faire naître douceur et émotion.   

Mon voisin Raymond de Troubs. Futuropolis, 2018. 92 pages. 17,00 euros.




Toutes les BD de la semaine sont à retrouver chez Noukette



mardi 13 mars 2018

Soixante-douze heures - Marie-Sophie Vermot

Voilà, il est né, Max. Il est né à 15 heures le 15 avril. Trois kilos six cent vingt grammes. Irène a choisi elle-même son prénom. Elle a accepté qu’on le pose sur elle. Ce bébé qu’elle vient d’expulser de son corps est le sien pour la vie. Elle le sait. Et le fait de l’abandonner à la naissance n’y changera rien.

Irène, 17 ans, élève de première. Il a suffi d’une fois, sa première fois, pour qu’elle tombe enceinte. Elle a pu cacher se grossesse le plus longtemps possible. Ses parents ont évidemment mal pris la chose. Leur petite fille modèle qui attend un bébé, bonjour le choc ! Maintenant que le mal est fait, sa mère voudrait la convaincre de garder l’enfant. Irène a soixante-douze heures pour revenir sur sa décision. Mais la jeune fille semble sûr d’elle, inébranlable. Ce bébé a beau être le sien, elle n’envisage pas une seconde de l’élever.

Soixante-douze heures dans la tête d’Irène. De son accouchement au moment où elle quitte la maternité. Irène avec sa mère, Irène avec la psy, Irène avec l’assistante sociale. Et le temps qui passe jusqu’au moment de signer les papiers faisant de Max un enfant né sous X. La jeune maman revient sur le moment où sa vie a basculé. Elle revient sur son environnement familial, sur sa relation difficile avec sa propre mère, sur l’amour qu’elle porte à sa jeune sœur handicapée mentale, sur sa grand-mère qu’elle adore, sur ses vacances d’été avec sa meilleure amie Nour. Les heures passent et Irène vit un tourbillon intime. Elle dit en toute sincérité à la fois son attachement à Max et sa conviction d’avoir fait le meilleur choix. Pour lui mais aussi pour elle.

Un roman jeunesse qui, malgré son sujet, ne joue pas sur le registre de l’émotion et c’est tant mieux. Il y a chez Irène quelque chose de froid, d’analytique, de réfléchi. Elle n’est pas vraiment touchante, on n'a pas vraiment envie de la plaindre mais son cheminement intérieur et sa maturité fascinent. A la fois forte et fragile, elle se pose évidemment une tonne de questions mais elle assume et ne se laisse pas influencer.

Un texte aussi percutant qu’atypique, qui ne nous emmène pas sur des sentiers où tout semble couru d’avance. Le thème de la maternité est abordé de manière frontale, sans jugement ni bienveillance mal placée. C’est cru, réaliste, sensible et surtout d’une grande subtilité.

Soixante-douze heures de Marie-Sophie Vermot. Éditions Thierry Magnier, 2018. 170 pages. 13,00 euros. A partir de 15 ans.


Une pépite jeunesse évidemment partagée avec Noukette.