mardi 11 décembre 2018

Mille et une miettes - Thomas Scotto et Madeleine Peirera

« Daoud, Peut-être que je vais mettre les pieds dans le plat mais c'est pas rien que tu sois chez nous. Maman demande pas mais, moi, j'aimerais vraiment savoir d'où tu viens. T'es pas chinois, t'es pas indien, on est d'accord mais tu as toute une histoire que j'imagine même pas. Plein d'histoires par où t'es passé. Une famille ? Des copains ? Une amoureuse ? Un pays ? »

La première fois que Daoud a dormi chez Mila, elle n’était pas là. Comme chaque week-end, elle était à trois rues de l’appartement de sa mère, chez son père. Quand elle l’a vu dans le couloir, elle a eu tellement peur qu’elle a « hurlé pendant une éternité, le dos contre la porte de l’entrée. Bloquée. Piégée ». Heureusement sa maman est arrivée pour la calmer. Et lui expliquer que Daoud était accueilli clandestinement chez eux pour quelques temps, histoire de le protéger, de lui éviter la rue surtout. Et de finaliser son dossier de mineur isolé pour s’assurer qu’il puisse rester en France…

Un texte forcément engagé qui dit l’entraide et la fraternité. Un texte qui montre le point de vue d’une jeune fille de 12 ans se construisant un début de conscience politique et débordant d’empathie pour ce garçon venu d’ailleurs dont elle ne sait rien.

Pas simple pour Mila d’affronter le regard des camarades de classe venant à la maison et s’interrogeant sur la présence de cet « étranger ». Pas simple de défiler pour la première fois dans une manif pour les sans-papiers encadrée par les CRS. Pas simple de laisser Daoud sortir seul en se demandant si on va le revoir, s’il ne va pas finir par se faire arrêter. Pas simple de ne pas lui demander de raconter son histoire, son passé et son douloureux exil parce qu’on sait qu’il n’est pas encore prêt à en parler.

Il touchant ce texte. Plein d’incompréhension, de colère et de dignité face à la situation tragique des migrants. C’est aussi un bel hommage aux hommes et aux femmes qui luttent chaque jour pour leur venir en aide. Une leçon d’humanité, en toute simplicité.

Mille et une miettes de thomas Scotto (illustrations de Madeleine Peirera). Éditions du Pourquoi pas ?, 2018. 80 pages. 9,50 euros. A partir de 11 ans.















dimanche 9 décembre 2018

L’Herbe de fer - William Kennedy

Il a voulu noyer sa lâcheté dans la bouteille mais n’y est pas parvenu. Ancien joueur de baseball devenu clochard, Francis Phelan erre dans les rues d’Albany. Il vivote, trouve un petit boulot au cimetière, gagne quelques dollars en accompagnant un chiffonnier dans sa tournée. Il fréquente les foyers, côtoie les laissés pour compte de la grande dépression. En cette fin du mois d’octobre 1938, alors que la toussaint approche à grand pas, Francis croise les fantômes de ceux qu’il a fait souffrir. A commencé par son nourrisson de fils dont il a causé la mort en le laissant tomber sur le carrelage vingt ans plus tôt alors qu’il changeait sa couche. Accompagné de Rudy le simple d’esprit et d’Helen, avec qui il a une relation compliquée, Francis tente de reprendre le dessus en sachant que la rechute le guette à chaque coin de rue.

Un grand roman américain dont j’ignorais jusqu’alors l’existence, lauréat du National Book Award 1983 et du prix Pulitzer 1984, adapté au cinéma en 1987 avec Jack Nicholson et Meryl Streep dans les rôles principaux, rien que ça !

Un grand roman de la grande dépression mêlant le réalisme crasse du quotidien des clochards et les apparitions spectrales des âmes blessées par le comportement de Francis. Le résultat est surprenant, à la fois drôle, sordide, poétique, cruel. La misère est dépeinte dans toute sa dureté, sans lyrisme ou apitoiement malvenus, et la galerie de personnages secondaires incroyablement marquante.

Francis n’est pas un héros. Ce n’est pas non plus un salaud, juste un homme traînant avec lui son passé, ses erreurs, ses lâchetés, et surtout sa culpabilité. C’est à cause d’elle que les fantômes lui apparaissent mais c’est aussi grâce à elle qu’il reste debout : « Au plus profond de lui-même, là où il pouvait pressentir une vérité qui échappait aux formules, il se disait : ma culpabilité est tout ce qui me reste. Si je perds cela, alors tout ce que j'aurais pu être, tout ce que j'aurais pu faire aura été en vain. »

Une quête de pardon et d’impossible rédemption d’une beauté crépusculaire dont l’infinie tristesse m’a brisé le cœur. J’ai évidemment adoré.

L’Herbe de fer de William Kennedy (traduit de l’anglais par Marie-Claire Pasquier). Belfond, 2018. 280 pages. 18,00 euros.






mercredi 5 décembre 2018

Bionique - Koren Shadmi

Victor, lycéen geek, timide et tête de turc, est fou amoureux de la belle Patricia qui l’ignore totalement. Renversée par une voiture, cette dernière revient en cours métamorphosée après une longue convalescence : désormais mi-femme, mi-robot, Patricia n’est plus du tout la même, tant moralement que physiquement. Soudain plus accessible aux yeux du jeune homme, elle se révèle imprévisible et encore plus dangereusement désirable…

Le précédent album de Koren Shadmi m’avait emballé. C’est donc avec plaisir et impatience que je me suis lancé dans ce pavé mélangeant SF et récit d’initiation. Le résultat est surprenant, ne cherchant pas à naviguer d’un genre à l’autre mais créant au contraire une alchimie aussi improbable que séduisante entre les aspects futuristes et la relation amoureuse ultra-réaliste de Victor et Patricia.

Un roman graphique d’une belle densité. Koren Shadmi prend le temps de développer les interactions entre les deux ados, de l’ignorance à l’attirance, de la douceur à la douleur, des illusions à la dure réalité. Les personnages sont extrêmement fouillés, les caractères s’expriment dans toute leur complexité et les rôles secondaires ne sont pas là pour faire de la figuration. Victor, au départ touchant de naïveté, mis à mal, ballotté, manquant de confiance en lui et ne possédant pas les codes propres au jeu de la séduction, s’affirme peu à peu, certes maladroitement, mais avec une persévérance qui finit par forcer l’admiration.

Incroyable de constater à quel point cette banale amourette de lycéens m’a passionné. Évidemment, ceux qui ont lu Le voyageur savent que Shadmi n’est pas du genre à céder aux tentations du feel-good gnangnan. La conclusion m’a certes paru un peu abrupte mais j’ai aimé y retrouver la noirceur et le pessimisme qui caractérisent son univers. Les histoires d’amour finissent mal en général et cette impossible histoire d’amour en particulier ne pouvait pas déroger à la règle.

Bionique de Koren Shadmi (traduit de l’anglais par Bérengère Orieux). Ici Même, 2018. 180 pages. 26,00 euros.





Les BD de la semaine sont chez Noukette 








mardi 4 décembre 2018

Mercredi c’est papi ! - Emmanuel Bourdier et Laurent Simon

Pour Simon chaque mercredi, c’est l’enfer ! L’enfer de devoir aller chez papi et mamie où il n’y a ni télé ni internet, juste « trois BD un peu moisies et rien que des champs de maïs autour de la maison ». Le mercredi Simon s’ennuie, les heures s’écoulent au ralenti, rien ne se passe. Jusqu’au jour où dans le jardin, Simon, une loupe à la main, demande à son grand-père quel était son métier avant de devenir papi. A partir de ce moment, chaque mercredi va devenir un enchantement, chaque mercredi papi va raconter une histoire sur sa vie d’avant. Et Simon va découvrir que « papi, c’est un peu comme un super jeu vidéo dans lequel tu ne sais jamais ce qui va se passer quand tu appuies sur start ».

Papi est aux fraises (« Etre aux fraises, c’est perdre la boule, avoir des courants d’air entre les deux oreilles, yoyoter du citron ») mais papi en a sous la pédale quand il s’agit de parler de ses histoires du passé. Et tant pis si tout est inventé, l’essentiel est ailleurs, papi fait rêver et est un remède magique contre l’ennui.

Un petit roman malicieux au ton léger et à l’humour piquant.  Une ode au pouvoir de l’imaginaire et à l’art de conter des histoires doublé d’un tendre hommage aux grands-parents qui, souvent, sont un phare pour leurs petits-enfants.

Mercredi c’est papi ! d’Emmanuel Bourdier et Laurent Simon. Flammarion jeunesse, 2018. 92 pages. 11,00 euros. A partir de 7-8 ans.


Une nouvelle pépite jeunesse partagée avec Noukette














vendredi 30 novembre 2018

Neuf histoires et un poème - Raymond Carver

Que ça fait du bien de relire Carver ! Quand rien ne t’enthousiasme vraiment et que tu regardes les bouquins qui t’attendent sur leurs étagères avec autant d’envie qu’un gamin devant une assiette de choux de Bruxelles, tu te dis qu’il est temps de revenir aux fondamentaux. Et chez moi Carver fait partie des fondamentaux, au même titre que Bukowski, Selby, Fante ou Calaferte. Des gars que tu fréquentes depuis longtemps, que tu retrouves régulièrement avec plaisir et qui ne te décevront jamais.

Avec Carver la messe est dite d’emblée, on crie au génie ou on fuit : des nouvelles, une écriture minimaliste, des petites gens, des petites vies à la dérive, des petits rien du tout. Pas de chute, pas de grandiloquence, pas d’effet de manche, pas d’esbroufe, pas de larmes. Juste des micro-événements, des douleurs qui affleurent, des moments où l’on est sur le point de basculer. Ici un couple qui jalouse ses voisins, ici un homme qui met sa femme au régime, ici un autre homme qui va voir ailleurs si l’herbe est plus verte, ici un vendeur d’aspirateurs en pleine démonstration, ici de vieux souvenirs amers, ici une partie de pêche en cours malgré ce cadavre dans la rivière, ici l’enfant est mort, ici il faut se débarrasser du chien…

Carver déroule sa partition sur un rythme tranquille, sans accélération ni gros coup de frein. C’est fluide, ça coule tout seul, c’est la mise en scène d’un quotidien sans lumière, de vies à deux qui s’effritent, d’une misère affective sans misérabilisme. C’est fluide et petit à petit l’émotion surgit, on ne sait jamais vraiment pourquoi. Mais c’est là, au creux du ventre, ça vrille, ça monte, et ça s’arrête toujours avant d’en faire trop.

Neuf histoires et un poème qui ont inspiré le film Short Cuts de Robert Altman. Neuf histoires et un poème pour un bal des médiocres loin de toute flamboyance dont l’inclassable beauté vous touche alors que vous ne vous y attendez pas. « C’est pas grand-chose, mais ça fait du bien ». C’est le titre d’une des nouvelles de ce recueil et c’est l’effet que me fait Carver depuis que l’on m’a mis un jour un de ses livres entre les mains.

Neuf histoires et un poème de Raymond Carver. L’Olivier, 2018. 175 pages. 12,90 euros.








mercredi 28 novembre 2018

New York trilogie : intégrale - Will Eisner

Enfin ! Enfin Delcourt réédite la fameuse trilogie new-yorkaise de Will Eisner. La précédente édition datait de 2011 et elle était depuis longtemps introuvable, autant dire qu’il était plus que temps de publier à nouveau cet incontournable de l’un des plus grands maîtres de la BD mondiale.

Le premier titre, La Ville, n'est pas à proprement parler un roman graphique. Il s'agit plutôt d'une série de « photographies » bâties autour d'éléments clés qui constituent sa vision d'une grande cité : les grilles d'aération, les perrons, le métro, les déchets, le bruit, les bouches d'incendie, les égouts, les murs, les fenêtres... Eisner y décline en une succession de saynètes brèves, souvent sans texte, des petites fictions censées selon lui représenter l'essence même de New-York telle que ses propres habitants la conçoivent.

Avec L'immeuble, l'auteur convoque les esprits de quatre personnes ayant vécu dans un immeuble aujourd'hui détruit. Il raconte ces vies « fantomatiques » dont le destin est resté intimement lié au lieu qu'elles ont habité.

Les trois nouvelles qui composent Les gens, dernier tome de la trilogie, sonnent comme un constat sombre et désespéré : aujourd'hui plus que jamais, la ville est peuplée de gens invisibles. Un univers kafkaïen où le rythme de vie frénétique des citoyens ne laisse aucune place aux existences individuelles.



Avec cette trilogie le lecteur prend une vraie leçon de BD ! Un trait souple et doux d'une grande expressivité, un noir et blanc maîtrisé avec pour seule couleur une encre diluée qui offre différents tons de gris du plus bel effet. Et surtout un modèle de mise en scène, de cadrage et de découpage où Eisner exprime sa maîtrise de l'ellipse et du rythme. Mais au-delà des qualités purement techniques de cette trilogie, il y a dans les différentes histoires une force narrative saisissante. Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore le travail de celui que beaucoup considèrent comme le créateur du roman graphique, cette intégrale est la porte d’entrée parfaite, bien plus que Le Complot par exemple.

New York trilogie : intégrale de Will Eisner (traduit de l'anglais par Anne Capuron). Delcourt, 2018. 425 pages. 34,95 euros.





Les BD de la semaine sont chez Moka.







mardi 27 novembre 2018

Le journal de Gurty T5 : Vacances chez Tête de Fesses - Bertrand Santini

Rien ne va plus pour Gurty ! Obligée de passer une semaine chez les voisins de son maître avec son amie Fleur, la petite chienne va vivre son pire cauchemar : devoir cohabiter avec un chat ! Et pas n’importe quel chat puisque la maison de la famille Caboufigues abrite son ennemi juré Tête de Fesses. Cerise sur le gâteau, monsieur et madame Caboufigues sont les heureux parents de Donovan et Cassidy, des jumeaux « aussi tarés l’un que l’autre ». Autant dire que pour Gurty et Fleur l’épreuve s’annonce difficile à surmonter.

Gurty chez son pire ennemi, l’idée de départ est machiavélique, elle se révèle au final hilarante.  Ça part dans tous les sens, les événements ne se déroulent jamais comme prévu, les bonnes intentions tournent toujours à la catastrophe et la plus bête des bêtes n’est pas forcément celle que l’on croit. Dans le monde de Gurty les italiennes s’empiffrent de chocolat, les hérissons ont des problèmes de prononciation, les écureuils sont des escrocs, les peluches vaudou sont cachées au grenier et les moutons suivent le troupeau.

Comme d’habitude le premier chapitre donne le ton avec, une fois de plus, une histoire de caca pour lancer les hostilités. Facile me direz-vous ? Que nenni ! Le pipi/caca dans un roman jeunesse, c’est tout un art. Du moins tant que l’on s’ingénue à l’amener sans les grosses ficelles d’une vulgarité indigeste. Pour éviter que sa série ne tourne en rond Bertrand Santini innove. Dans ce cinquième tome, en plus du journal intime de Gurty, on plonge avec délectation dans les pages pleines de fiel de celui de Tête de fesses. Et entre les lignes les adultes découvriront quelques piques envoyées aux prédicateurs toujours prompts à hurler au blasphème et à endoctriner les âmes innocentes en leur promettant monts et merveilles (contre un paquet de gâteaux en l’occurrence…).

Je ne vais pas être objectif parce qu’avec Gurty c’est gagné d’avance me concernant. Avec le temps, j’ai fini par m’attacher à cette petite boule de poils et à ses comparses qui ne brillent certes pas par leur sagacité mais dont les aventures sont le meilleur remède antimorosité que je connaisse.

Le journal de Gurty T5 : Vacances chez Tête de Fesses de Bertrand Santini. Sarbacane, 2017. 180 pages. 10,90 euros. A partir de 8 ans.




Une pépite jeunesse évidemment partagée avec Noukette !










samedi 24 novembre 2018

Darktown - Thomas Mullen

Atlanta, 1948. Depuis trois mois, Lucius Boggs et Tommy Smith sont les premiers policiers noirs de la ville. Des policiers pas comme les autres, cantonnés aux quartiers de leur communauté, obligés de patrouiller à pied, ne pouvant appréhender un contrevenant blanc, interdits de séjour au commissariat central de la ville, leurs bureaux relégués dans le sous-sol d’un immeuble insalubre. Des policiers ayant conscience de leur statut de pionniers et de la nécessité de se montrer exemplaires, mais sachant aussi qu’ils se promènent avec une cible accrochée dans le dos et que le premier conducteur blanc qui leur foncera dessus et les laissera sur le carreau sera acquitté en plaidant le simple accident.

Au mieux dénigrés, au pire haïs par leurs collègues blancs, Lucius et Tommy savent rester à leur place. Sauf le jour où une jeune métisse est retrouvée morte dans un terrain vague. Se rappelant l’avoir vue quelques jours plus tôt assise dans la voiture d’un homme s’étant montré particulièrement agressif avec eux, les deux policiers décident d’élucider le meurtre, même si le règlement leur interdit de mener des investigations et bien que leur supérieur semble pressé de classer l’affaire. Une enquête officieuse qui va mettre en danger leur carrière et surtout leur vie.

Un roman qui éclaire un pan méconnu de l’histoire américaine et ne peut que mettre en colère. Impossible de rester insensible au traitement réservé à ces policiers humiliés pour leur couleur de peau. Au-delà de leur propre cas, on découvre au fil des pages les comportements innommables d’une population  blanche n’ayant finalement jamais tiré un trait définitif sur l’esclavage. Comme chez Ray Celestin (Carnaval et Mascarade), l’enquête vaut moins que le contexte dans lequel elle se déroule et tout l’intérêt tient dans les aspects politiques et historiques que Thomas Mullen insère à merveille dans son récit.

Premier tome d’une série dont le second est sorti l’an dernier aux Etats-Unis, Darktown est l’archétype du roman policier moderne, très documenté et solidement charpenté, reposant sur un duo de héros récurrents que les lecteurs ont plaisir à retrouver. Aussi efficace que révoltant.

Darktown de Thomas Mullen (traduit de l’anglais par Anne-Marie Carrière). Rivages, 2018. 425 pages. 22,00 euros. 






mercredi 21 novembre 2018

Sixtine T2 : Le Chien des ombres - Frédéric Maupomé et Aude Soleilhac

Sixtine, jeune fille vivant avec sa mère depuis la mort de son père, est entourée par trois fantômes de pirates qui veillent sur elle et qu’elle est la seule à voir. Après avoir eu la mauvaise idée de dérober un trésor dans un musée au cours du premier tome pour aider financièrement sa maman, Sixtine découvre dans un carton des livres ayant appartenu à son père. Ces livres, qui parlent de fantômes et de nécromancie, lui mettent la puce à l’oreille. Déterminée à en savoir plus sur son histoire familiale, l’adolescente se lance dans une nouvelle aventure que les pirates ne voient pas du tout d’un bon œil.

Avec Sixtine, Frédéric Maupomé et Aude Soleilhac ont trouvé la formule magique. Une héroïne attachante et pleine de caractère, des fantômes, des pirates, du suspens et de l’action, le cocktail ne peut que fonctionner. Surtout, ils ont eu l’intelligence de développer une trame fantastique inscrite dans un quotidien on ne peut plus concret. Ce mélange des genres fonctionne à merveille et si on frissonne avec les dangers « paranormaux » qui guettent Sixtine, on s’émeut aussi de ses soucis à l’école ou des difficultés de sa maman à joindre les deux bouts. De fait, les auteurs abordent l’air de rien la question du deuil, des relations familiales, de la précarité ou du regard des autres avec un réalisme jouant tout en finesse sur le registre de l’émotion.

Les dessins sont colorés et dynamiques, les dialogues enlevés, l’humour bien présent et le découpage alterne les moments calmes et les moments de tension avec une redoutable efficacité. Et comme à la fin du premier tome, les toutes dernières pages offrent une révélation qui laisse le lecteur tremblant d’impatience. Vivement la suite !

Sixtine T2 : Le Chien des ombres de Frédéric Maupomé et Aude Soleilhac. Éditions de la Gouttière, 2018. 80 pages. 13,70 euros.





Toutes les BD de la semaine sont chez Stephie.







mardi 20 novembre 2018

Vue sur mer - Jo Hoestlandt

Romuald tourne en rond dans sa cité de Valence. Entre sa mère handicapée, son petit frère collant et les services sociaux qui surveillent la famille de près, le garçon n’a pas souvent l’occasion de se réjouir. Alors quand le secours populaire lui propose de partir en vacances dans une famille d’accueil, il se dit que ça ne peut pas lui faire de mal. En plus, chez Papy Guy et Mamie Juliette, il va voir la mer pour la première fois de sa vie. Arrivé sur place, les premiers pas sont difficiles. On lui impose des règles qu’il a du mal à accepter et les activités qu’on lui propose ne sont guère plus excitantes que celles de la cité. Mais au fil des jours, Romuald finit par apprécier son séjour et par se fondre naturellement dans un environnement pourtant très éloigné du sien.   

Il y a tout Jo Hoestlandt dans ce texte. Une humanité à fleur de peau, une tendresse débordante pour les personnages, une justesse de ton sans la moindre fausse note, une facilité à peindre avec beaucoup de sensibilité des scènes à première vue anodines. Pas la peine de sortir les violons, l’auteure de Géant n’est pas là pour faire pleurer dans les chaumières. Son truc à elle, c’est de faire surgir l’émotion de tout petits riens, sans jamais forcer le trait. Par petites touches elle tisse les relations entre Romuald et ses hôtes avec tout ce qu’une telle « rencontre » engendre d’interrogations et d’hésitations. Le garçon, d’abord sur la défensive, va au final trouver ses marques et surtout sa place auprès de ce couple de retraités dont la gentillesse ne cache aucun piège.

Une belle histoire intergénérationnelle où la différence de milieu sociale n’apparaît à aucun moment comme un obstacle, mais bien davantage comme une richesse. Un roman simple et généreux, à l’image de Jo Hoestlandt et de son univers.

Vue sur mer de Jo Hoestlandt. Magnard jeunesse, 2018. 175 pages. 12,90 euros. A partir de 9 ans.




Une pépite jeunesse évidemment partagée avec Noukette !








mercredi 14 novembre 2018

Le Complot : L’histoire secrète des Protocoles des Sages de Sion - Will Eisner

« Chaque fois qu’on apprend à un groupe à en haïr un autre, on forge un mensonge pour attiser la haine et justifier un complot. La cible est facile à trouver parce que l’ennemi est toujours l’autre. »

Will Eisner retrace l’histoire secrète des Protocoles des Sages de Sion, un document créé de toutes pièces au début du 20ème siècle en Russie pour attiser l’antisémitisme et écarter du tsar Nicolas II un conseiller (juif) trop réformiste pour les conservateurs. De sa rédaction à nos jours, cet opuscule prétendument écrit par des dirigeants juifs et relatant avec précision la façon dont ces derniers projettent de diriger le monde a suivi un chemin tortueux et reste une source d’inspiration majeure pour les antisémites de tous poils malgré les éléments indiscutables prouvant qu’il n’est qu’un faux grossier.

En 1905, première publication. En 1921, un article du Times démontre la supercherie. En 1923, les partisans d’Hitler utilisent les protocoles pour diffuser leur propagande haineuse dans l’opinion publique. En 1935, un tribunal suisse condamne les nazis pour diffamation et qualifie le texte « d'imbécillités dont la seule fin est d’inspirer le mépris et la haine des juifs ». En 1964, le sénat américain publie un rapport qualifiant les protocoles de documents frauduleux. En 1993, un tribunal russe reconnaît à son tour que le document est un faux. En 1999, le magazine l’Express apporte, grâce à des historiens, la preuve irréfutable et définitive que le protocole n’est qu’un complot antisémite. Et pourtant…

Et pourtant le texte n’a cessé d’être diffusé et traduit. En Italie et en Argentine dans les années 30, en Égypte, en Inde, en Espagne, aux États-Unis et en Angleterre dans les années 70. Et encore aujourd’hui, partout dans le monde, des islamistes au Ku Klux Klan, des catholiques aux néofascistes italiens. A chaque fois, malgré l’évidence de son caractère fallacieux, on encourage les lecteurs des protocoles à découvrir « la vérité sur les juifs ». A chaque fois, malgré la preuve de l'imposture, rien ni fait. Comme l’hydre de Lerne qui se multiplie quand on lui coupe la tête, les protocoles ne cessent de resurgir pour développer un antisémitisme galopant que rien ne semble pouvoir arrêter. 

Je suis rentré dans cet album sur la pointe des pieds. Comme c’est une réédition (il a été publié pour la première fois en 2005) j’ai pu lire pas mal d’avis et beaucoup insistaient sur la complexité du propos, sur la difficulté à s’y retrouver parmi tous les noms cités et une chronologie pas forcément évidente à appréhender. Et bien au final j’ai surmonté sans problème les obstacles et j’ai même trouvé le récit d’une grande lisibilité. Alors oui, mieux vaut être frais, dispo et concentré avant de se lancer mais franchement, si on reste attentif du début à la fin, la démonstration d’Eisner est aussi limpide qu’imparable. Et l’on referme ce livre terrifiant de lucidité en ayant compris, comme le dit si bien Umberto Eco en introduction, que « ce ne sont pas les Protocoles qui produisent l’antisémitisme : C’est le besoin profond de désigner un Ennemi qui mène les gens à y croire. »

Le Complot : L’histoire secrète des Protocoles des Sages de Sion de Will Eisner (traduit de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat). Grasset, 2018. 145 pages. 20,90 euros.





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mardi 13 novembre 2018

Le mot d’Abel - Véronique Petit

Dans le monde d’Abel chacun, à l’adolescence, se lève un matin avec en tête « son » mot. Un mot obsédant, chevillé au corps et à l’esprit, qui va forcément conditionner l’avenir professionnel et personnel. Abel est inquiet car il n’a pas encore eu la révélation de son mot. Il rêve d’un grand mot mais craint de ne recevoir qu’un mot insipide qui lui réservera un futur sans saveur. Pire encore, il espère que son mot ne sera pas un mot noir, un de ses mots maudits qui font de vous un tueur, un fou ou un délinquant en puissance.

Depuis que le mot de Clara, la fille la plus populaire du collège, a été inscrit sur le mur des toilettes, l’angoisse d’Abel ne fait qu’augmenter. Révéler le mot de quelqu’un à son insu est une violation de son intimité, un crime sévèrement puni. Pendant que la police mène l’enquête, Abel attend anxieusement son mot. Le jour où il arrive enfin, le jeune garçon comprend que ses rêves de gloire risquent fort de ne jamais se concrétiser...

Je n’ai pas tout compris. Enfin si, j’ai compris le propos, j’ai compris la façon dont cette société où le destin de chacun est façonné par la révélation de son mot fonctionne, mais je n’ai pas compris où l’on voulait m’emmener, je n’ai pas vu l’intérêt. Sans doute parce que je ne suis ni spécialiste ni fan de dystopie. Du coup les inquiétudes et les questionnements existentiels d’Abel me sont passé au-dessus de la tête. Et puis j’ai eu l’impression que le récit ouvrait un tas de portes sans jamais les refermer, que la boucle n’était pas bouclée au final, à tel point que j’ai quitté ce livre en me disant « tout ça pour ça » ?

Le mot d’Abel vient de remporter le prix Gulli, un prix jeunesse décerné par huit personnalités. Des adultes dont le regard d’adulte a pu saisir les enjeux politiques et les références à notre société actuelle. Je me demande si les ados, public cible de ce roman, seront à même d’avoir un regard aussi pertinent sur les différents niveaux de lecture. Pour tout dire j’en doute. Et pour tout dire je ne considère pas vraiment ce titre comme une pépite jeunesse. Ma complice Noukette n’est pas du même avis. Pour une fois nos avis divergent et finalement, ce n’est pas pour nous déplaire.

Le mot d’Abel de Véronique Petit. Rageot, 2018. 190 pages. 12,90 euros. A partir de 14 ans.   
















vendredi 9 novembre 2018

Au loin - Hernan Diaz

Au loin ou l’histoire d’un homme qui, nulle part, ne semble à sa place.

Cette histoire, c’est celle d’Hakan, jeune paysan suédois débarquant à San Francisco seul, sans argent et sans parler la langue. En cette fin de 19ème siècle, si la ruée vers l’Ouest aimante des pionniers en quête de fortune, Hakan navigue pour sa part à contre-courant. Son but est de rejoindre New-York pour y retrouver son frère. Mais les embûches vont se succéder, les mauvaises rencontres s’accumuler, l’hostilité des hommes et de l’environnement se faire trop prégnante. Malgré lui, Hakan va devenir une légende et trouver son salut dans la solitude et l’isolement, loin de la folie d’un monde en pleine mutation.

Roman d’apprentissage, roman d’aventure, hymne à la nature, il y a un peu de tout dans ce texte. On ne peut pas dire que le sujet déborde d’originalité mais il est bien traité. Les codes du western sont revisités à travers le cheminement d’Hakan, du chercheur d’or à la tenancière de bordel en passant par l’explorateur scientifique, l’arnaqueur ou le shérif crapuleux. C’est rythmé sans excès, on alterne les phases quasi contemplatives et les scènes d’action, on avance doucement aux côtés de ce personnage étrange, clairement pas à son aise entouré d’une telle cour des miracles. Hakan l’âme pure est en quelque sorte le révélateur de la nature humaine,  chacun tombe le masque à son contact, et ce n’est en général pas beau à voir. D’ailleurs, malgré sa naïveté de façade, le jeune homme comprend vite que si l’homme est capable du meilleur comme du pire, c’est très souvent pour le pire qu’il est le meilleur. D’où sa volonté de trouver refuge loin de toute civilisation.

J’ai passé un bon moment avec ce livre, mais davantage grâce à l’ambiance générale et à la galerie de personnages secondaires que grâce à Hakan. Difficile de ressentir de l’empathie pour un tel taiseux, difficile de trouver sa légitime misanthropie touchante. Recroquevillé dans une coquille fermée à double tour, le garçon ne se livre pour ainsi dire jamais, il subit les choses plus qu’il ne les vit, dans une forme d’indifférence qui nous éloigne de lui au fur et à mesure que lui-même s’éloigne du monde. Après, si tel était le but d’Hernan Diaz, il faut reconnaître que le contrat est parfaitement rempli.

Au loin d’Hernan Diaz (traduit de l’anglais par Christine Barbaste). Delcourt, 2018. 335 pages. 21,50 euros.



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mercredi 7 novembre 2018

Le reste du monde T3 : Les frontières - Jean-Christophe Chauzy

Trois ans ont passé depuis la catastrophe. La terre n’est plus qu’un champ de ruines, une épidémie fait des ravages, des clans utlra-violents terrorisent les survivants. De l’autre côté des Pyrénées, une frontière a été construite par l'armée, empêchant toute intrusion. Au moment du premier séisme Marie, prof de français en vacances à Bagnères-de-Luchon, souhaitait rejoindre son ex-époux en Espagne avec ses deux fils. Mais ces derniers avaient dû abandonner leur mère et s’enfuir après une mauvaise rencontre. Depuis, Jules et Hugo vivent dans une communauté où règne un semblant de paix. Pensant se reconstruire dans un environnement relativement serein, les frangins déchantent quand une attaque nocturne de leur campement les remet sur la route et les ramène à une insupportable réalité.

Ça devait être un diptyque à la base mais Jean-Christophe Chauzy a décidé d’en faire une tétralogie. Choix judicieux ? Pourquoi pas, il faudra juste que le dernier tome soit aussi tendu et efficace que les trois premiers. Parce que le post-apocalyptique, c’est du vu et revu, c’est même la grande mode du moment, tant en littérature qu’en BD. Et Chauzy ne se démarque pas du lot pour ce qui est de l’intrigue. Sa singularité s’exprime dans le rythme de son histoire, l’alternance des temps calmes et des tempêtes, la succession de paysages somptueux et de scènes de désolation, le pessimisme absolu d’un scénario auquel on ne peut imaginer une issue positive.

Franchement, je me demande comment il va s’en sortir : laisser ses personnages en plan avec une fin ouverte et un lecteur réduit à imaginer lui-même la suite des événements ? Une happy-end tellement en décalage avec le reste qu’elle en deviendrait ridicule ? Ou le nihilisme poussé à son paroxysme avec une fin du monde en bonne et due forme ? Il y a évidemment bien d’autres options, je laisse le soin à ce conteur émérite de mener sa barque à bon port avec le talent qui le caractérise. J’espère juste qu’il sait où il va. Personnellement, je sais que je serai au rendez-vous pour la sortie du dernier volume, tiraillé entre l’appréhension d’une conclusion décevante et l’impatience de savoir comment tout cela va se terminer.

Le reste du monde T3 : Les frontières de Jean-Christophe Chauzy. Casterman, 2018. 112 pages. 18,00 euros.

Mon avis sur le Tome 1 et le Tome 2.




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mardi 6 novembre 2018

Loukoum mayonnaise - Olivier Ka

Avant de partir travailler en Égypte, son pays d’origine, le père de Victor le confie à ses grands-parents maternels, en pleine campagne belge. Ses grands-parents paternels, vexés de ne pas en avoir eu la garde, viennent souvent lui rendre visite et finissent par s’installer dans la maison juste en face. Les relations entre les deux grands-mères deviennent vite exécrables, les exactions se multiplient, la guerre est déclarée. Pris entre deux feux, Victor ne sait pas dans quel camp se ranger et vit de plus en plus difficilement sa double origine. Belge ou arabe, peu lui importe finalement, tout ce qu’il veut, c’est la paix !

Un roman qui m’a fait passer par plusieurs phases. D’abord un brin de scepticisme devant une intrigue cousue de fil blanc déjà vue cent fois. Un poil d’ennui aussi face à des situations répétitives et une intrigue qui semblait tourner en rond. La surprise ensuite en découvrant la tournure prise par les événements. La stupéfaction, enfin, en constatant à quel point Olivier Ka a su mener sa barque pour emporter mon adhésion.

Ce roman, qui aborde avec finesse les questions du racisme et de la haine ordinaire, montre à quel point la bêtise des adultes peut briser une enfance. D’abord otage de cette guerre des grands-mères à laquelle il ne comprend pas grand-chose, Victor en devient une victime. Finalement, il se rend compte qu’il n’était qu’une excuse pour déclencher les hostilités et qu’une fois ces dernières lancées, son cas personnel n’intéresse plus grand monde.

Il aurait été tellement plus simple, après le point culminant de l’affrontement, d’entrer dans une phase d’apaisement. Olivier Ka ne cède pas à cette facilité. Les points de vue demeurent irréconciliables et Victor comprend que chaque camp l’a manipulé, qu’il n’y en a pas un pour rattraper l’autre. Le cheminement de sa réflexion est superbement construit, la naïveté des premiers temps laissant place à la colère et à une forme de maturité qui force l’admiration. Surprenant et rondement mené.

Loukoum mayonnaise d’Olivier Ka. Le Rouergue, 2018. 150 pages. 12,00 euros. A partir de 11 ans.


Une pépite jeunesse évidemment partagée avec Noukette.








samedi 3 novembre 2018

Pension complète - Jacky Schwartzmann.

On prend les mêmes et on recommence. Après le gars de cité et la banquière (Demain c'est loin), Jacky Schwartzmann enchaîne avec le gars de cité, la rentière et l'ex-Goncourt. Ou comment marier des personnages qui ne devraient rien avoir à faire ensemble. L'idée est sympa, cette volonté de frotter des caractères et des mondes à milles lieux les uns des autres ne peut que faire des étincelles. Surtout quand on a le flow de Schwartzmann, son bagout et son art de forcer le trait avec un naturel renversant.

Rien de surprenant donc à le voir mettre en scène Dino, venu de sa cité lyonnaise pour s'installer au Luxembourg et s'acoquiner avec une millionnaire de près de 80 balais alors que lui approche doucement la cinquantaine. Un gigolo me direz-vous ? Que nenni ! Sa Lucienne, il l'aime d'amour. L'appartement XXL, la vie fastueuse du grand duché et sa Mercedes GT ne font pas de lui un glandouilleur entretenu, il le jurerait sur la tête des enfants qu'il n'aura jamais. Seulement voilà, le Luxembourg est un village et un coup de boule asséné à un banquier dans un bar à putes suffit pour vous marquer au fer rouge. Après ce regrettable incident, et pour éviter de faire des vagues, Dino accepte de s'exiler temporairement. A Saint-Tropez, sur le yacht de madame. Mais une panne sur l'autoroute l'oblige à prendre ses quartiers dans un camping de La Ciotat. Un camping où les meurtres s'enchaînent et où son voisin de bungalow, écrivain célèbre et goncourisé, va devenir un compagnon de vacances aussi affable que flippant.

Verdict ? J’aurais dû adorer mais j'en resterai à un petit « sympa sans plus ». Il est étonnant de constater que les romans d'un auteur baissent en qualité à chaque nouvelle parution. C'est en tout cas l'impression que j'ai eu avec les trois titres publiés en trois ans par Jacky Scwartzmann. Le premier (Mauvais coûts) reste de loin mon préféré. Le second était très bon aussi mais un ton en dessous. Celui-ci descend encore un échelon en terme de plaisir de lecture. J'y ai retrouvé le cynisme et la noirceur qui caractérisent son univers mais les punchlines mordantes et les dialogues enlevés ont quasiment disparu. Résultat, le texte m'a semblé bien fade et sans surprise, à part dans les toutes dernières pages. Pas suffisant pour emporter mon adhésion. Dommage, c'est un des rares romans de la rentrée que j'attendais avec impatience.

Pension complète de Jacky Schwartzmann. Seuil, 2018. 185 pages. 18,00 euros.






mercredi 31 octobre 2018

Valentin le vagabond, l'intégrale volume 1 - Gosccinny et Tabary

Je suis bien trop jeune pour avoir connu Valentin le vagabond au moment de sa création en 1962 (ben oui, quand même!) mais je me rappelle l'avoir découvert dans les vieux magazines Pilote de mon père quand j'avais une douzaine d'années (il n'y a donc pas si longtemps que ça^^). Quoi qu'il en soit, c'est un plaisir de le retrouver aujourd'hui dans le premier tome de cette intégrale qui en comptera au total deux.

Valentin est une création de Jean Tabary et René Goscinny. D'emblée, ce dernier précise à son dessinateur que « Valentin doit plutôt être du genre Charlot que clodo sous les ponts ». Le ton est donné, Valentin sera un vagabond naïf, épris de liberté, rêveur et poète à ses heures. Un vagabond qui ne se plaint pas de son sort et aime les arbres, les fleurs et le grand air. Un vagabond qui va où ses pas le mènent, nez au vent, son baluchon sur l'épaule, le port altier et les poches trouées. Le personnage est sympathique en diable mais il a la sale habitude de se fourrer dans des situations difficiles. Goscinny ne scénarisera que quatre mini-récits, Tabary prenant sa suite pour commettre en tout sept albums, publiés entre 1973 et 1977.

Bien sûr, c'est de la BD à l'ancienne qu'il faut lire en gardant en tête le contexte de l'époque mais contrairement à bien d'autres personnages, Valentin a plutôt bien vieilli. L'humour porte la marque de Goscinny, même dans les histoires qu'il n'a pas lui-même scénarisées. Quiproquos, comique de situation et de répétition, méchants toujours crétins qui finissent par boire le calice jusqu'à la lie, les « marqueurs » propres au papa d'Astérix se reconnaissent au premier coup d’œil. Il y a en plus chez Valentin une présence récurrentes des forces de l'ordre, toujours tournées en dérision. Le gendarme est dans chaque récit un benêt au QI de tasse à café dont la bêtise n'a d'égal que l'incompétence.

Valentin, c'est du franco-belge old school comme j'aime, un personnage injustement méconnu qui trouve dans cette réédition l'occasion de revenir sur le devant de la scène. L'intégrale est en plus somptueuse, regorgeant d'infos et d'anecdotes avec, cerise sur le gâteau, une histoire de 28 pages inédite en album. Le second tome est prévu pour le 14 février 2019. Si, pour une fois, ma femme souhaite me faire un cadeau de Saint Valentin, il est tout trouvé ! 

Valentin le vagabond, l'intégrale volume 1 de Gosccinny et Tabary. Imav éditions, 2018. 250 pages. 29,90 euros.




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mardi 30 octobre 2018

Dans la gueule du Loup - Michael Morpurgo et Barroux

Au crépuscule de sa vie, Francis Cammaerts se souvient. De sa jeunesse en Angleterre, de la seconde guerre mondiale à laquelle il n'a pas voulu prendre part par conviction pacifiste et qu'il a fini par vivre au sein de la résistance française après la mort de son frère aviateur abattu par l'armée allemande. Une période sombre passée à fuir, à se cacher, à coordonner les actions de sabotage. Le jour de ses 90 ans, il repense aux années de clandestinité, aux rencontres inoubliables, aux camarades arrêtés et fusillés, aux combats menés dans l'ombre, la peur au ventre, jusqu'à la libération.

Francis Cammaerts a vraiment existé, c'est un oncle de Michael Morpurgo. Ce dernier donne l'impression de se glisser dans la peau de son aïeul avec une certaine forme de retenue. On ne bascule pas dans un torrent d'émotion malgré l'emploi récurrent de la première personne. Le récit des événements peut paraître uniquement factuel mais il gagne en force en refusant de jouer sur la corde sensible. Surtout, la voix de Francis s'attarde moins sur son propre cas que sur ceux de ses proches, de Pieter le frère adoré à Nancy, sa femme aimante, en passant par son père, philosophe anarchiste lui ayant enseigné très tôt les vertus du pacifisme. 

Son rôle de résistant, sans être minimisé, ne donne pas dans l'héroïsme. Là encore le narrateur préfère s'attarder sur ses camarades de lutte qui, à ses yeux du moins, méritent bien plus d'éloges et de gloire que lui. Le texte montre également la difficulté de concilier ses convictions d'homme de paix avec sa volonté de venger la mémoire de son frère et la certitude que l'inaction ne peut que servir les intérêts de l'ennemi.

Superbement illustré par l'excellent Barroux, Dans la gueule du loup est un roman jeunesse porteur de valeurs d'amitiés et de solidarité doublé d'une belle déclaration d'amour aux femmes engagées dans la résistance. Un texte par ailleurs plein de respect et d'admiration pour Francis Cammaerts, qui a néanmoins l'intelligence de ne pas tomber dans l'hagiographie.

Dans la gueule du Loup de Michael Morpurgo et Barroux (traduit de l'anglais par Diane Ménard). Gallimard jeunesse, 2018. 176 pages. 14,50 euros. A partir de 10 ans.





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vendredi 26 octobre 2018

Sakari traverse les nuages - Jan Costin Wagner

J’ai voulu tenter le polar allemand, j’aurais pu m’abstenir. En fait ce polar est comme un épisode de l’inspecteur Derrick : il ne se passe rien, les dialogues sont soporifiques, les personnages sonnent creux, on dirait qu’ils s’ennuient autant que nous. Une scène avec des gens coincés dans une maison en feu est aussi excitante qu’une tranche de foie de veau grésillant dans une poêle à frire, une autre où un flic tue à bout portant un jeune homme nu dans une fontaine laisse l’encéphalogramme du lecteur totalement plat. Vous voyez le genre, quoi…

L’intrigue est vraiment mollassonne, elle s’ouvre sur le meurtre perpétré par le flic (légitime défense, évidemment) et s’enchaîne avec l’enquête menée sur la victime et ses proches. Il en ressort que le gamin était dérangé (tu m’étonnes) et qu’un sombre drame de voisinage serait la cause de tous ses maux. Les chapitres s’attardent l’un après l’autre sur un personnage différent, c’est le seul vrai point positif car cette construction du récit donne un peu de rythme et évite l’essoufflement complet.

Je ne vais pas en rajouter des tonnes, ce n’était clairement pas un roman pour moi. Trop psychologique, trop statique, pas assez descriptif, pas assez réaliste, je n’y ai pas cru une seconde en fait. Seul point positif, j’ai pu grâce à lui m’endormir chaque soir sans somnifère pendant une petite semaine, je dois au moins lui reconnaître cette qualité.

Sakari traverse les nuages de Jan Costin Wagner (traduit de l’allemand par Marie-Claude Auger). Actes Sud / Jacqueline Chambon, 2018. 250 pages. 22,00 euros.













mercredi 24 octobre 2018

La croisade des innocents - Chloé Cruchaudet

Fuyant son foyer pour éviter le courroux paternel, Colas trouve refuge dans une sinistre taverne où il est employé à des tâches ingrates avec d’autres enfants. Après avoir découvert sous la glace d’un étang un visage qu’il prend pour celui de Jésus, le jeune garçon s’imagine investi d’une mission divine et il convainc ses camarades de le suivre jusqu’à Jérusalem pour délivrer le tombeau du Christ. Commence alors un périple de plusieurs mois où la caravane des enfants gueux, ne cessant de grossir au fil de ses étapes, va devoir affronter mille défis pour poursuivre sa route.

L’innocence ne dure qu’un temps, voilà sans doute la morale à retenir de cette fable cruelle concoctée de main de maître par une Chloé Cruchaudet au sommet de son art. S’inspirant d’une histoire vraie datant de 1212, elle propose ici un roman graphique initiatique puissant, porté par un sens du récit d’une grande maîtrise et un trait nerveux, sans fioriture, laissant les décors à leur strict minimum  pour concentrer son attention sur les mimiques des personnages. Le jeu des couleurs, nuances de marron, gris, bleu et violet ne laissent passer que peu de lumière et renforce l’ambiance crépusculaire qui traverse tout l’album.

La croisade de ces miséreux avance au gré des obstacles rencontrés sur des chemins aussi tortueux que les esprits du Moyen-âge. Le froid, la faim, la promiscuité, l’altruisme, la solidarité et la débrouillardise forment un mélange détonnant, oscillant entre réalisme cradingue, mélancolie, douceur et poésie. L’évolution des relations entre les enfants à l’intérieur du groupe est fascinante et n’est pas sans rappeler par moment l’esprit du terrible « Sa majesté des mouches ».

La conclusion, empreinte de pessimisme et d’une douloureuse lucidité, signe la fin de l’insouciance et plonge les âmes pures dans ce que l’humanité peut révéler de plus impitoyable. Un roman graphique magistral !

La croisade des innocents de Chloé Cruchaudet. Soleil, 2018. 170 pages. 20,00 euros.




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mardi 23 octobre 2018

Jefferson - Jean-Claude Mourlevat

A quoi ça tient une vie paisible ? A un rendez-vous chez le coiffeur qui tourne à l’accusation de meurtre par exemple. C’est la terrible mésaventure que va connaître le hérisson Jefferson au cours d’une belle matinée d’automne. Trouvant la porte du salon close mais distinguant derrière les rideaux une chèvre assoupie sous son casque à permanente, Jefferson décide de passer par une fenêtre ouverte. Une fois à l’intérieur, il découvre le corps du coiffeur sur le sol de la boutique, des ciseaux enfoncés dans la poitrine. Formellement identifié par la chèvre comme le meurtrier, le hérisson s’enfuit. Aidé par son ami Gilbert, le placide animal va devoir se faire violence pour prouver son innocence en se lançant dans une enquête dont il ne soupçonne pas la dangerosité.

Pauvre petit Jefferson ! Embarqué malgré lui dans une histoire qui le dépasse, sa naïveté et sa maladresse sont aussi touchantes que sa détermination. Jean-Claude Mourlevat ne se contente pas d’un polar animalier mignon et sans enjeu. A travers les malheurs de Jefferson il aborde la question du droit des animaux et de leur rapport aux humains. Sa prise de position est claire mais son apologie de la cause animale se fait en finesse, avec le talent de conteur qui le caractérise, associant une touche de romance à un zeste d’humour et une énorme dose d’entraide à une grosse pincée d’amitié.

Autant d’ingrédients qui, au-delà du message engagé, permettront aux jeunes lecteurs de passer un excellent moment en compagnie de Jefferson et de ses acolytes à poils et à plumes. Un régal de roman jeunesse, parfait pour les vacances qui s’annoncent.

Jefferson de Jean-Claude Mourlevat. Gallimard jeunesse, 2018. 264 pages. 13,50 euros. A partir de 10 ans.



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vendredi 19 octobre 2018

Nirliit - Juliana Léveillé-Trudel

« Le Nord est dur pour le cœur. Le Nord est un enfant balloté d’une famille d’accueil à une autre, le Nord ne veut pas être rejeté de nouveau, le Nord te fait la vie impossible jusqu’à ce que ton cœur n’en puisse plus et que tu le quittes avant d’exploser, et il pourra te dire : voilà, je le savais, tu m’abandonnes. Parce qu’on vous abandonne tout le temps, on a fait de vous des parenthèses à l’infini, des aventures que l’on vient vivre pour un temps avant de retrouver nos vies rangées du Sud ou repartir vers de nouvelles expériences qui nous semblent maintenant plus alléchantes que votre exotisme du Nord. »

La narratrice sait de quoi elle parle. Venant régulièrement du Sud jusqu’à Salluit, village du grand nord canadien « roulé en boule au pied des montagnes », cette missionnaire-aventurière passe ses journées au grand air à s’occuper des enfants des rues et à constater l’état de délabrement avancé des infrastructures et des âmes. Quand l’hiver s’annonce, elle repart vers Montréal, consciente de laisser les autochtones à leurs conditions de vie difficilement supportables.

Elle s’adresse à Eva, l’amie disparue dont on n’a jamais retrouvé le corps. A Eva la « locale », qui connaissait parfaitement la situation, elle dresse le portrait sans concession d’une jeunesse perdue, d’adultes irresponsables, de familles en totale décomposition, de filles dont la beauté se fane au fil des saisons, d’enfants qu’elle « quitte heureux et libres à la fin de l’été pour les retrouver démolis et perdus l’année suivante, sans arriver à comprendre ce qui se passe entre dix et onze ans dans ce village du bout du monde. »

Il y a l’alcool, la malbouffe, la violence endémique, les cancers, les dépressions et les suicides, la natalité galopante, la rudesse du climat. Il y a les ouvriers blancs venus pour quelques mois avec lesquels on fricote en rêvant d’un avenir meilleur alors que pour eux la femme inuite n’est qu’une parenthèse refermée le jour où ils montent dans l’avion du retour.

Malgré les apparences il n’y a rien de misérabiliste dans les réflexions de la narratrice. Aucun jugement non plus, simplement un constat amer et désabusé doublé d’un regard lucide porté sur son propre statut : « Nous sommes les nouveaux missionnaires blancs. Nous prêchons la bonne hygiène de vie. Ne fumez pas, ne prenez pas de drogue, ne mangez pas de fast-food, consommez plus de fruits et de légumes, dormez huit heures par nuit, […] utilisez un moyen de contraception lors de vos rapports sexuels, […] vaccinez les enfants et stérilisez les chiens. Vous devez nous trouver tellement fatigants ».

J’ai adoré ce texte elliptique où chaque chapitre tient en quelques paragraphes. Je l’ai lu comme une succession de micro-nouvelles formant un tout cohérent, même si les deux parties le constituant sont très différentes. J’ai d’ailleurs trouvé la seconde partie moins percutante que la première mais au final je suis resté sous le charme d’une écriture magnifique, rude, âpre, sincère, crue, poétique, à l’image de ce bout du monde d’une fascinante complexité.

Nirliit de Juliana Léveillé-Trudel. La peuplade, 2018. 175 pages. 18,00 euros.







mardi 16 octobre 2018

Tranquille comme Baptiste - Yaël Hassan

Baptiste est un solitaire, un rêveur incapable de se défendre dans la cour du collège. Un gamin calme, élevé par sa mère et sa grand-mère, qui passe le plus clair de son temps à lire dans l’atelier de Barnabé, son vieux voisin bricoleur. Mais le jour ou débarque Clara, qui prétend être la petite-fille de Barnabé, Baptiste se doute que les choses vont changer. Parce que du haut de ses douze ans Clara traîne derrière elle un passé mouvementé. Sans filtre, impulsive, jurant comme un charretier, cette incontrôlable tornade risque bien de faire voler en éclat le quotidien tranquille du pauvre garçon.

Un roman jeunesse sans prétention qui joue sur le registre de la bienveillance. Un texte plein de bons sentiments ou tout semble parfois trop beau pour être vrai mais on a envie d’y croire, envie de se persuader que de belles âmes existent, prêtes à tendre la main et à aider leur prochain sans jugement ni arrière-pensée. La différence de registre de langue entre Baptiste et Clara donne lieu à des échanges savoureux et montre à quel point il n’est pas toujours simple de se comprendre quand on ne possède pas le même niveau de vocabulaire.

Comme souvent chez Yaël Hassan les secrets de famille et une relation très forte entre enfants et personnes âgées sont au cœur du récit. Et comme toujours chez Yaël Hassan la tendresse et l’humour finissent par l’emporter sur les coups durs. Un petit livre positif qui fait du bien, il serait dommage de s'en priver !

Tranquille comme Baptiste de Yaël Hassan. Syros, 2018. 175 pages. 6,95 euros. A partir de 10 ans.




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samedi 13 octobre 2018

Trois fois la fin du monde - Sophie Divry

Trois fois la fin du monde, comme les trois parties de ce roman étrange, atypique et plein de charme. Joseph Kamal en est le héros, un candide embarqué par son frère dans un braquage qui tourne mal. Emprisonné, Joseph découvre les horreurs de l’univers carcéral jusqu’au jour où une catastrophe nucléaire lui ouvre les portes de la liberté. Errant seul dans un monde déserté par ses congénères, il trouve refuge dans une ferme au fond des bois dont il va faire son domaine, avec un chat et un mouton pour seuls compagnons.

La première partie, « Le prisonnier », est étouffante. La seconde, « La catastrophe », le libère de ses chaînes. Et la troisième, de loin la plus longue, déplie son quotidien d’ermite, les avantages et les inconvénients d’une existence solitaire où la quête de nourriture et l’entretien du logis deviennent les uniques et indispensables (pré)occupations. 

Rien de révolutionnaire sur le fond dans cette fiction survivaliste lorgnant du coté de Robinson Crusoé mais sur la forme, Sophie Divry étonne. J’avais gardé d’elle le souvenir d’une écriture enlevée, drôle, débridée, et d’une narration un poil foutraque. Je la retrouve ici avec une intrigue extrêmement construite d’un surprenant classicisme et un style beaucoup plus académique malgré le mélange des points de vue (première et troisième personne) et l’utilisation de divers registres de langue.

La solitude est pour Joseph une renaissance, une occasion de remettre les compteurs à zéro, de se reconstruire. Et même si le désir de « l’autre » est présent, le dégoût de la nature humaine pousse notre Robinson à se persuader qu’il vaut définitivement mieux vivre seul que mal accompagné. Au final, c’est un vrai plaisir de partager ses questionnements sur son isolement et de traverser avec lui les épreuves et les saisons.

Trois fois la fin du monde de Sophie Divry. Notabilia, 2018. 235 pages. 16,00 euros.






mercredi 10 octobre 2018

Sacha et Tomcrouz T2 : La cour du roi - Anaïs Halard et Bastien Quignon

Sacha et Tomcrouz, le retour ! Pour ceux qui ne les connaîtraient pas, Sacha est un enfant surdoué et Tomcrouz le chihuaha qu’il a reçu pour ses dix ans et qu’il a baptisé en hommage à l’idole de sa maman. Le problème avec Tomcrouz c’est qu’à chaque fois qu’il éternue sur un objet ancien son maître et lui sont transportés à l’époque de cet objet. Dans leur première aventure une fiole les avait emmenés chez les vikings, ici c’est une cuillère de Louis XIV qui va leur faire découvrir le quotidien de la cour du roi soleil.

Une série jeunesse sympa comme tout, qui allie humour, aventure et informations historico-scientifiques absolument véridiques. C’est ainsi que dans ce tome on découvre le rituel du dîner du roi, la médecine, l’hygiène, les conditions de vie du peuple et quelques anecdotes surprenantes, comme le fait que les gens dormaient assis pour éviter que le diable ne rentre dans leur corps. Il y a même une expérience réalisée par Sacha pour se sortir d’une situation difficile que l’on peut reproduire à la maison. Tous les éléments  « instructifs » n’arrivent pas comme des cheveux sur la soupe, ils prennent place naturellement dans le récit sans l’alourdir.

J’ai trouvé ce second tome plus rythmé, plus palpitant, mieux construit. Le dessin de Bastien Quignon, tout en souplesse et en vivacité, illustre parfaitement l’enchaînement des événements et ses superbes illustrations pleine-page offrent des respirations bienvenues au cœur d’une intrigue sans temps mort.

J’aime quand la suite d’une série me semble meilleure que ses débuts, j’y vois une progression des auteurs et une plus grande maîtrise de leurs personnages et de leur univers.

Un voyage dans le temps trépidant et instructif qui ravira à coups sûrs les petits lecteurs férus d’aventure et d’histoire.

Sacha et Tomcrouz T2 : La cour du roi d'Anaïs Halard et Bastien Quignon. Soleil, 2018. 88 pages. 16,95 euros. A partir de 8-9 ans.

Mon avis sur le tome 1





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