mardi 16 octobre 2018

Tranquille comme Baptiste - Yaël Hassan

Baptiste est un solitaire, un rêveur incapable de se défendre dans la cour du collège. Un gamin calme, élevé par sa mère et sa grand-mère, qui passe le plus clair de son temps à lire dans l’atelier de Barnabé, son vieux voisin bricoleur. Mais le jour ou débarque Clara, qui prétend être la petite-fille de Barnabé, Baptiste se doute que les choses vont changer. Parce que du haut de ses douze ans Clara traîne derrière elle un passé mouvementé. Sans filtre, impulsive, jurant comme un charretier, cette incontrôlable tornade risque bien de faire voler en éclat le quotidien tranquille du pauvre garçon.

Un roman jeunesse sans prétention qui joue sur le registre de la bienveillance. Un texte plein de bons sentiments ou tout semble parfois trop beau pour être vrai mais on a envie d’y croire, envie de se persuader que de belles âmes existent, prêtes à tendre la main et à aider leur prochain sans jugement ni arrière-pensée. La différence de registre de langue entre Baptiste et Clara donne lieu à des échanges savoureux et montre à quel point il n’est pas toujours simple de se comprendre quand on ne possède pas le même niveau de vocabulaire.

Comme souvent chez Yaël Hassan les secrets de famille et une relation très forte entre enfants et personnes âgées sont au cœur du récit. Et comme toujours chez Yaël Hassan la tendresse et l’humour finissent par l’emporter sur les coups durs. Un petit livre positif qui fait du bien, il serait dommage de s'en priver !

Tranquille comme Baptiste de Yaël Hassan. Syros, 2018. 175 pages. 6,95 euros. A partir de 10 ans.









samedi 13 octobre 2018

Trois fois la fin du monde - Sophie Divry

Trois fois la fin du monde, comme les trois parties de ce roman étrange, atypique et plein de charme. Joseph Kamal en est le héros, un candide embarqué par son frère dans un braquage qui tourne mal. Emprisonné, Joseph découvre les horreurs de l’univers carcéral jusqu’au jour où une catastrophe nucléaire lui ouvre les portes de la liberté. Errant seul dans un monde déserté par ses congénères, il trouve refuge dans une ferme au fond des bois dont il va faire son domaine, avec un chat et un mouton pour seuls compagnons.

La première partie, « Le prisonnier », est étouffante. La seconde, « La catastrophe », le libère de ses chaînes. Et la troisième, de loin la plus longue, déplie son quotidien d’ermite, les avantages et les inconvénients d’une existence solitaire où la quête de nourriture et l’entretien du logis deviennent les uniques et indispensables (pré)occupations. 

Rien de révolutionnaire sur le fond dans cette fiction survivaliste lorgnant du coté de Robinson Crusoé mais sur la forme, Sophie Divry étonne. J’avais gardé d’elle le souvenir d’une écriture enlevée, drôle, débridée, et d’une narration un poil foutraque. Je la retrouve ici avec une intrigue extrêmement construite d’un surprenant classicisme et un style beaucoup plus académique malgré le mélange des points de vue (première et troisième personne) et l’utilisation de divers registres de langue.

La solitude est pour Joseph une renaissance, une occasion de remettre les compteurs à zéro, de se reconstruire. Et même si le désir de « l’autre » est présent, le dégoût de la nature humaine pousse notre Robinson à se persuader qu’il vaut définitivement mieux vivre seul que mal accompagné. Au final, c’est un vrai plaisir de partager ses questionnements sur son isolement et de traverser avec lui les épreuves et les saisons.

Trois fois la fin du monde de Sophie Divry. Notabilia, 2018. 235 pages. 16,00 euros.






mercredi 10 octobre 2018

Sacha et Tomcrouz T2 : La cour du roi - Anaïs Halard et Bastien Quignon

Sacha et Tomcrouz, le retour ! Pour ceux qui ne les connaîtraient pas, Sacha est un enfant surdoué et Tomcrouz le chihuaha qu’il a reçu pour ses dix ans et qu’il a baptisé en hommage à l’idole de sa maman. Le problème avec Tomcrouz c’est qu’à chaque fois qu’il éternue sur un objet ancien son maître et lui sont transportés à l’époque de cet objet. Dans leur première aventure une fiole les avait emmenés chez les vikings, ici c’est une cuillère de Louis XIV qui va leur faire découvrir le quotidien de la cour du roi soleil.

Une série jeunesse sympa comme tout, qui allie humour, aventure et informations historico-scientifiques absolument véridiques. C’est ainsi que dans ce tome on découvre le rituel du dîner du roi, la médecine, l’hygiène, les conditions de vie du peuple et quelques anecdotes surprenantes, comme le fait que les gens dormaient assis pour éviter que le diable ne rentre dans leur corps. Il y a même une expérience réalisée par Sacha pour se sortir d’une situation difficile que l’on peut reproduire à la maison. Tous les éléments  « instructifs » n’arrivent pas comme des cheveux sur la soupe, ils prennent place naturellement dans le récit sans l’alourdir.

J’ai trouvé ce second tome plus rythmé, plus palpitant, mieux construit. Le dessin de Bastien Quignon, tout en souplesse et en vivacité, illustre parfaitement l’enchaînement des événements et ses superbes illustrations pleine-page offrent des respirations bienvenues au cœur d’une intrigue sans temps mort.

J’aime quand la suite d’une série me semble meilleure que ses débuts, j’y vois une progression des auteurs et une plus grande maîtrise de leurs personnages et de leur univers.

Un voyage dans le temps trépidant et instructif qui ravira à coups sûrs les petits lecteurs férus d’aventure et d’histoire.

Sacha et Tomcrouz T2 : La cour du roi d'Anaïs Halard et Bastien Quignon. Soleil, 2018. 88 pages. 16,95 euros. A partir de 8-9 ans.

Mon avis sur le tome 1





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mardi 9 octobre 2018

Papa est en bas - Sophie Adriansen

Le papa d’Olivia est arrivé en bas. Au rez-de-chaussée. Avant, sa chambre était à l’étage. Avant, il jouait au foot, il courait, il adorait les balades en forêt, il n’avait pas besoin de tenir la rampe de l’escalier pour monter les marches. Olivia a constaté cette évolution sans trop se poser de questions, au début du moins. Et puis l’évidence lui a sauté aux yeux : son papa avait un problème. Du coup elle a demandé des explications à sa mère, qui lui a tout avoué. Une maladie orpheline, dégénérative, inarrêtable. Et un quotidien chamboulé où la famille tente de tenir le cap dans la tempête. Sans nier la réalité, sans faire semblant de croire que tout va s’arranger, mais en essayant de prendre les choses comme elles viennent, sans se plaindre malgré les difficultés et l’inéluctable conclusion qui s’annonce…

Tellement difficile de parler de la maladie dans un roman jeunesse. Surtout d’une maladie incurable dont on connaît d’avance l’issue. Le risque est grand de sortir les mouchoirs, de verser des torrents de larmes, de crier à l’injustice. Sophie Adriansen n’a pas choisi ce chemin et c’est tant mieux. Son Olivia est une battante d’une étonnante maturité. Une jeube fille qui ne se voile pas la face mais parvient à faire face, avec pudeur et sans colère. Difficile de trouver le point d’équilibre, de montrer sa fragilité sans misérabilisme ni chercher à la rendre trop forte par rapport à la situation, au risque de la faire passer pour insensible.

Le trio familial est touchant de solidité dans l’adversité, la résignation se fondant dans une forme de sérénité apaisante. Un très beau texte, plein de vie, qui aborde à la fois la question de la maladie et du deuil avec une justesse et une sensibilité bouleversantes.

Papa est en bas de Sophie Adriansen. Nathan, 2018. 120 pages. 5,95 euros. A partir de 10 ans.





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mercredi 3 octobre 2018

Un automne à Beyrouth - Lisa Mandel

Invitée par une ONG au Liban pour faire un reportage dans un camp de réfugiés syriens à l’automne 2017, Lisa Mandel va y rester trois mois et tenir sur son blog le carnet de bord de son périple. Histoire, géopolitique, condition féminine, place de la communauté gay, classe dirigeante exploitant ses domestiques comme des esclaves, les sujets montrent à quel point le Liban est un pays aussi fascinant que compliqué.

L’air de rien je commence à être calé niveau carnet de voyage en BD. De Florent Chavouet à Julie Blanchin Fujita en passant par Emmanuel Lepage, Maïté Verjux, Benjamin Flao, Troubs ou Simon Hureau, j’en ai parcouru des kilomètres autour du monde. Si je devais classer celui-ci, je ne le mettrais malheureusement pas en haut de la pile, loin s’en faut. A vrai dire rien ne m’a plus dans cet album regroupant des pages prépubliées sur le site du Monde.

Trop autocentré, survolant les sujets, anecdotique, trop bavard… le propos n’a rien de passionnant. Quelques traits d’humour et d’autodérision font sourire mais je dois dire que deux jours après ma lecture il ne m’en reste pas grand-chose. J’aime beaucoup ce que fait Lisa Mandel pourtant, son travail de coéditrice de la collection Sociorama par exemple est remarquable (je vous conseille d’ailleurs chaudement sa Fabrique pornographique) mais là, rien à faire, je n’ai pas accroché du début à la fin.

Il faut dire que graphiquement, le dépaysement n’est pas au rendez-vous. Le dessin tient plus du crayonné brouillon torché à l'arrache que du croquis léché et l’absence de décor pose quand même un vrai problème dans un carnet de voyage ! La forme en elle-même, idéale pour une publication sur un blog, perd de son attrait et de sa force dans un ouvrage papier. Le manque de liant saute aux yeux, on passe trop souvent du coq à l’âne, sans compter les virages hors sujet. Que vient par exemple faire un chapitre entier sur le salon du livre de Francfort dans un récit consacré au Liban ? Surtout quand ce chapitre se résume à une quête de téléphone portable oublié au restaurant.

Bref, cet automne à Beyrouth ne me laissera pas un souvenir impérissable, voire pas de souvenir du tout, ce qui est encore pire. Je constate une fois de plus que le passage de billets de blog dessinés au format papier est rarement une bonne idée et que le résultat est encore plus rarement convaincant. Dommage.

Un automne à Beyrouth de Lisa Mandel. Delcourt, 2018. 112 pages. 14,50 euros.




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mardi 2 octobre 2018

Ce soir je le fais / Ce soir je le quitte - Cathy Ytak

C’est une soirée entre ados comme tant d’autres. L’alcool, la musique, les hormones en surchauffe. Simon se prépare à y aller avec enthousiasme, persuadé qu’il va y connaître sa première fois avec la jolie Méline. Sa meilleure amie Emma, l’hôte du jour, pense elle aussi qu’il va atteindre son but. D’ailleurs elle a changé les draps dans la chambre où les tourtereaux sont sensés passer la nuit. Pour Emma, la fête a également son importance. Ce soir elle est décidée à quitter Loïc. Entre eux il n’y a que le sexe qui compte. Et sans les sentiments, la jeune fille sait que cette relation ne la mènera nulle part. Il lui faut juste trouver le bon moment. Et espérer que Loïc va bien prendre la chose.

Je suis toujours bluffé par la facilité avec laquelle Cathy Ytak parvient à se mettre dans la peau des ados. Et dans leur tête, surtout. Elle dit l’intime avec une justesse et une pudeur qui forcent l’admiration. Sans langue de bois, elle pousse Simon et Emma dans leurs retranchements, soulève des interrogations existentielles typiques de cet âge où l’on tâtonne, où l’on se cherche, où l’on expérimente, entre petites défaites et grandes victoires, l’incertitude chevillée au corps. Ainsi Emma, consciente que Loïc est son premier mec, se demande si c’est le bon : « Qui c’est qui va me dire : arrête-toi là, t’auras pas mieux ? Et si c’était mieux ailleurs ? Qu’est-ce que j’en sais ? Rien. »

Le récit fonctionne en miroir dans une sorte de recto-verso où Simon et Emma prennent tour à tour la parole pour raconter leur soirée. Certains événements sont vécus en commun et même si les points de vue diffèrent, la chute les réunit et boucle magistralement la boucle. Un superbe texte, qui prouve s’il en était encore besoin que les élans du corps ne sont pas forcément ceux du cœur.

Ce soir je le fais / Ce soir je le quitte de Cathy Ytak. Rouergue, 2018. 65 pages. 8,50 euros. A partir de 14 ans.



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