dimanche 23 avril 2017

Novembre - Josephine Johnson

« La ferme était comme un vieil homme malade et geignard qui exigeait de l’attention à toute heure. »

Après avoir lu le Pulitzer 1934 dans la même collection, il me semblait logique d’enchaîner avec celui de 1935. D’ailleurs les deux ouvrages ont de nombreux points communs : des premiers romans, écrits par des jeunes femmes et mettant en scène des familles blanches rurales touchées par la pauvreté.

 Si « Les saisons et les jours » se passait avant la guerre de sécession, « Novembre » se déroule pendant la crise du début des années trente. La narratrice, Margot, a quitté la ville pour s’installer à la campagne avec ses parents et ses deux sœurs. Le père découvre la rude vie de paysan, il s’investit sans compter pour que sa ferme devienne rentable. Mais très vite une sécheresse implacable s’abat sur la région, la production de céréales et de légumes est en danger et la chute du cours du lait met en péril les revenus du foyer. Car si le loyer ne peut être payé au riche propriétaire terrien qui leur met à disposition (et à crédit) les murs et les champs, la famille se retrouvera à la rue.

J’avoue avoir eu du mal à me mettre en route. Le quotidien raconté par Margot a d’abord des allures de pastorale un peu cucul et l’emploi récurrent de l’imparfait du subjonctif donne au texte une préciosité qui interpelle. Mais passé le premier tiers, les événements s’enchaînent de façon plus fluide. Merle et Kerrin, les deux sœurs atypiques de Margot, apportent du piquant à l’intrigue, tout comme l’arrivée de Grant, un jeune homme embauché par leur père qui trouble énormément la narratrice. Sans compter le renforcement de la sécheresse, la déliquescence inexorable des récoltes, l’ombre de la dette et de l’hypothèque qui plombe l’avenir. Le drame est en marche, la tragédie inéluctable…

Je garderai au final l’image d’un beau roman sur la grande dépression, un roman de la résignation devant un désastre naturel qu’il est impossible de combattre. Résignation donc, mais pas pour autant renoncement car cette plongée dans une middle class frappée par la pauvreté montre aussi la volonté sans faille d’un patriarche refusant de baisser les bras face à l’adversité, persuadé qu’il lui suffit de courber l’échine le temps des vaches maigres avant de pouvoir se redresser. Un roman d’une actualité brûlante au moment de sa publication et dont la thématique reste malheureusement au goût du jour 80 ans plus tard.

Novembre de Josephine Johnson. Belfond, 2017. 204 pages. 14,00 euros.









mardi 18 avril 2017

Rage - Orianne Charpentier

« Parfois on croit qu’on est vivant mais on est déjà mort à l’intérieur ».

Son amie Artémis l’a surnommée Rage. Le prénom d’avant, celui de l’enfance, elle veut l’oublier. A son arrivée en France, les psychiatres l’ont interrogée. « Elle voulait bien parler du voyage, des  privations, de l’épuisement, des frontières. Elle voulait bien évoquer la peur sur le bateau, la mer sans fin, les barbelés. Mais elle refusait d’évoquer l’avant ». L’avant c’est un pays en guerre, la fuite avec ses parents, la capture par ses bourreaux, l’évasion. Son rejet absolu des hommes ne changera plus jamais, elle en est persuadée. Recroquevillée dans une carapace hermétiquement fermée, le corps « verrouillé comme une prison », Rage n’espère plus rien. De la vie. Des autres.

Alors quand Artémis la traîne à une fête organisée par des copains, Rage panique. En essayant de s’échapper par le jardin de la maison où a lieu la soirée, elle tombe sur un pitbull à l’agonie. La bête a été maltraitée, sans doute utilisée pour des combats, et son propriétaire la cherche. Dans les yeux du chien, Rage voit sa propre détresse. Sauver la peau de l’animal pour se sauver soi-même devient son seul et unique objectif…

Le texte est ramassé sur lui-même, dépouillé à l’extrême. La voix intérieure de Rage résonne puissamment, loin de tout apitoiement. Pas la peine d’en dire trop sur le parcours de la jeune fille, pas la peine de rentrer dans des descriptions répugnantes, les mots simples suggèrent l’innommable avec  force. Pudeur et sobriété, style sec et rythmé font affleurer par couches successives une histoire douloureuse, sans excès d’émotion et encore moins de bons sentiments.

Un magnifique roman jeunesse où tout se joue l’espace d’une nuit, jusqu’au moment où l’aube chasse l’obscurité et où un nouveau jour se lève, au moment où une jeune femme au destin brisé constate avec stupéfaction et émerveillement qu’elle est de nouveau capable de conjuguer au futur.

Rage d’Orianne Charpentier. Gallimard jeunesse, 2017. 104 pages. 7,00 euros. A partir de 13-14 ans.


Une pépite jeunesse que j'ai comme toujours le plaisir de partager avec Noukette.






dimanche 16 avril 2017

Le troisième Gédéon - Taro Nogizaka

Octobre 1788. Alors que l’Ancien Régime vit ses dernières heures, les campagnes françaises sont touchées par une famine ravageuse. Gédéon, fervent défenseur du peuple, rêve de devenir député du Tiers-Etat. En attendant son heure de gloire, il en est réduit pour survivre à écrire sous le manteau des romans érotiques. Mais même publiés clandestinement, ces textes sulfureux finissent par lui attirer des ennuis. Ennuis dont va le tirer son ami d’enfance Georges, un noble cachant son visage derrière un loup et dont les idées politiques sont bien plus radicales que les siennes. Georges ne veut pas, comme Gédéon, transformer le fonctionnement du pays, il veut purement et simplement détruire l’ordre établi et l’ensemble des institutions.

Un drôle de manga historique, hyper réaliste sur certains détails (architecture, vêtements, organisation sociale, etc.) et beaucoup moins rigoureux sur d’autres aspects. Les personnages de Robespierre et St Just sont  par exemple représentés de façon très « libre », pour ne pas dire plus. Pareil pour les positions idéologiques défendues pas George, anarchiste un siècle avant l’heure.

Ce tome d’introduction laisse logiquement beaucoup de questions en suspens, notamment sur la relation entre Georges et Gédéon. On devine que c’est deux-là partagent  quelques lourds secrets depuis l’enfance et il est difficile de savoir qui du réformiste ou de l’extrémiste va au final prendre le dessus. Est-ce suffisant pour attendre la suite avec impatience ? Pas franchement en ce qui me concerne. Tout ça est sympa sans plus, même si j’aime beaucoup le trait simple et expressif de Taro Nogizaka, auteur à succès de la série « La tour fantôme ». Pas le manga du siècle, donc, mais une réflexion un peu décalée sur la fin d’une époque trouble et la naissance d’une époque encore plus trouble de l’histoire de France. A réserver aux amateurs de curiosités.

Le troisième Gédéon de Taro Nogizaka. Glénat, 2017. 200 pages. 7,60 euros.








vendredi 14 avril 2017

Prendre les loups pour des chiens - Hervé Le Corre

Je ne suis pas un spécialiste mais c’est sans doute à cela que l’on reconnaît un grand polar : un titre superbe, emprunté à un poème d’Aragon, une intrigue tendue comme un arc dont le résumé tiendrait sur un timbre. Pas de chichi ni de blabla inutile mais une écriture à la précision chirurgicale d’où rien de superflu ne dépasse, loin de toute démonstration futile.

Le pitch est donc réduit au minimum. Franck est libéré après cinq ans de taule pour braquage. Il aurait pu écourter sa peine en donnant son complice mais il ne l’a pas fait, hors de question pour lui de balancer Fabien, son frère aîné. Il sort en pensant le retrouver et enfin profiter de la part du pactole qui lui revient. Mais devant la prison, c’est une certaine Jessica qui l'attend. La nouvelle petite amie du frangin lui explique que Fabien est en Espagne pour régler quelques affaires. Hébergé dans la maison que Jessica partage avec ses parents dans un coin paumé de Gironde, Franck est mal à l’aise. Les beaux parents de Fabien le dégouttent, Jessica l’attire irrésistiblement et la gamine de cette dernière, prénommée Rachel, est loin de respirer la joie de vivre. Au fil des jours, alors que le frérot ne donne aucun signe de vie, Franck réalise qu’il a échoué « dans un nid de couleuvres aux prises avec des crotales ». Et encore, il est loin du compte…

Les premières pages sont traversées par une tension sexuelle hallucinante. Jessica, femme fatale, bipolaire et junkie, rend l’ex-taulard totalement accro. Mais la belle est « une fleur toxique. Un fauve doux capable de te dépecer à tout moment ». Dans la fournaise d’un été torride, Franck bascule peu à peu. Il sait qu’il noue une relation destructrice mais est incapable d’y résister. Jessica l’entraîne sur une pente glissante et ses fréquentations sont encore plus dangereuses qu’elle, c’est dire.

Punaise, j’ai ADORÉ ce roman ! Un noir amer, terriblement serré, loin de la mécanique bien huilé d’un thriller. Ici les engrenages coincent, ripent, grincent et déraillent, rien ne coule de source. Les éclats de violence explosent sans crier gare et alternent avec des scènes où la tension retombe, où chacun semble reprendre son souffle avant de remonter dans le grand huit.

Hervé Le Corre frappe fort. Il plante un décor étouffant, poisseux, sous un soleil de plomb et une chaleur écrasante exhalant la puanteur moite des sous bois. Il raconte les sans grades, les salauds, les petites frappes malingres, un univers où chacun est réduit à ses plus bas instincts. Il dit la précarité, la solitude, la misère affective, les blessures d’enfance mal cicatrisées. Il dit une France qui n’est même pas la France d’en bas mais une France des invisibles, des sans espoir ni bienveillance, uniquement guidés par leur capacité à survivre en milieu hostile.

Un roman où la bestialité le dispute à la sauvagerie, où s’exacerbent le désir et la brutalité. Dans une langue simple et directe comme un uppercut qui vous cueille au menton et vous laisse KO pour le compte. Un roman digne d’une tragédie où la fatalité a toute sa place. Beau et cruel, terriblement addictif. Un immense coup de cœur, je n’ai clairement rien lu de mieux depuis le début de l’année.

Prendre les loups pour des chiens d’Hervé Le Corre. Rivages, 2017. 320 pages. 19,50 euros.


PS : Prendre les loups pour des chiens a été élu meilleur roman policier de l’année par le magazine Lire. Une récompense amplement méritée, ce n'est pas moi qui vais dire le contraire.





jeudi 13 avril 2017

Les lectures de Charlotte (35) : Loup-Gris et la mouche - Gilles Bizouerne et Ronan Badel

Après avoir avalé une mouche par inadvertance, Loup Gris se met à zozoter. Chassé de la meute à cause de ce défaut de prononciation, il pense avoir trouvé la solution à son problème en gobant une araignée qui, se dit-il, va le débarrasser de la mouche. Mais aussitôt l’araignée dans son ventre, du fil sort de ses oreilles. Dépité, Loup-Gris se rabat sur un oiseau. Les oiseaux aiment les araignées, c’est bien connu. Oui mais rien n’est simple pour Loup Gris. L’oiseau avalé ne va pas le sauver, loin, s’en faut…

Je suis un grand fan de Ronan Badel depuis des années maintenant. Félicien Moutarde et Émile étaient jusqu’alors mes personnages préférés parmi son riche répertoire mais ce facétieux Loup Gris pourrait bien les détrôner. Maladroit, malchanceux, pas particulièrement futé, il a tout pour plaire le pauvre bougre.


« C’est facile de se moquer, z’ai zuste avalé une mouss ! ». Voila, tout est dit. Il lui a suffit d’avaler cette « mouss » pour que tout le monde se fiche de lui. Un album hilarant, le plus gros coup de cœur de Charlotte depuis bien longtemps. Le lire à voix haute en zozotant est un plaisir dont je ne me lasse pas. Le texte est drôle, le dessin irrésistible et la solution proposée par le renard pour faire passer le zozotement, bien que ne faisant pas dans la dentelle, est à hurler de rire !

Décalée, irrévérencieuse et désopilante, cette histoire en randonnée est d’ores et déjà à classer parmi les incontournables de l’année. Un bijou d’humour à glisser entre toutes les mains, qu’on se le dise !

Loup-Gris et la mouche de Gilles Bizouerne et Ronan Badel. Didier jeunesse, 2017. 36 pages. 12,50 euros. A partir de 4 ans.






mercredi 12 avril 2017

Le maître d’armes - Xavier Dorison et Joël Parnotte

Début du 16ème siècle. Alors que la bible impose ses règles à l’occident, des réformistes osent remettre en cause la seule et unique Vérité détenue par les catholiques « papistes ».  Le Moyen-âge tente d’étouffer dans le sang les premières lueurs de la Renaissance en brûlant les hérétiques (qui deviendront les protestants) et Hans Stalhoffer, le maître d’armes de François 1er, doit abandonner sa charge après avoir combattu en duel le comte de Maleztraza. Reclus au fin fond du Jura, Hans est contacté par le chirurgien Gauvin pour aider le jeune réformiste Casper à franchir les Alpes afin d’amener à un imprimeur suisse une bible traduite en français. La mission est périlleuse, surtout en plein hiver, et le maître d’armes est rapidement poursuivi par une horde de furieux catholiques prêts à tout pour l’empêcher de mener sa tâche à bien.

Une histoire médiévale aux allures de western matinée de chasse à l’homme à la sauce Rambo. C’est âpre, violent et crasseux comme l’était cette époque si particulière où l’obscurantisme recouvrait l’Europe de son voile terrifiant. Avec son vieux maître d’armes revenu de tous les combats, Xavier Dorison met en scène un personnage flamboyant, rugueux et taciturne, défenseur de valeurs chevaleresques d’un autre temps. Le scénariste ne se contente pas d’une BD d’aventure où seule l’action prédomine, il décrit un monde figé, victime d’une religion au service de traditionnalistes déterminés à garder le pouvoir en répandant la terreur.

Joël Parnotte excelle à représenter les décors forestiers et montagnards. Son découpage très cinématographique offre une esthétique de la violence assez fascinante. Les couleurs sombres, les jeux d’ombres et de lumière renforcent l’ambiance pesante qui écrase chaque planche.

Un one-shot qui ne fait pas dans la dentelle et s’avère au final parfaitement maîtrisé, tant au niveau du fond que de la forme. Les BD pleines de souffle aux allures de superproduction sont devenues bien trop rares pour ne pas apprécier comme il se doit une telle démonstration de force.

Le maître d’armes de Xavier Dorison et Joël Parnotte. Dargaud, 2015. 96 pages. 16.45 euros.



















mardi 11 avril 2017

Le groupe - Jean-Philippe Blondel

C’est la prof de philo qui a eu l’idée : un atelier d’écriture au sein du lycée encadré par son collègue Mr Roussel, qui a la double casquette d’enseignant et d’écrivain. Sur la base du volontariat, une heure par semaine pendant six mois. Résultat, dix élèves de terminale et deux adultes pour se plier à divers exercices où chacun va pouvoir mettre à l’œuvre son imaginaire. Les consignes sont précises, les contraintes plus ou moins légères, les règles clairement définies : pas de jugement, pas de critiques négatives ni de conseils. Après une légitime hésitation, voire une certaine appréhension, chacun se lance, se livre, et les barrières tombent, révélant des personnalités aussi riches que complexes, loin des apparences derrière lesquelles on se cache dans la vie de tous les jours.

Je ne vais pas vous raconter ma vie mais j’ai eu la chance, il y a une quinzaine d’années, d’encadrer des ateliers d’écriture avec un écrivain. Je l’accompagnais dans les classes, j’aidais les différents groupes à formaliser leurs textes, je participais aux restitutions et aux corrections. Nous avions volontairement choisi des publics compliqués, des élèves de collège en grande difficulté, des classes relais, des SEGPA, des EREA, des handicapés mentaux et des déficients intellectuels qui n'étaient pas en mesure d’écrire et avec lesquels nous utilisions le procédé de la dictée à l’adulte. Pour être honnête, il ne se passait parfois pas grand-chose, tout dépendait du groupe qui était face à nous, de la bonne volonté de chacun, de notre capacité à proposer des exercices « motivants ». Mais l’écrivain qui menait les débats maîtrisait l’exercice à la perfection, sa gentillesse, sa bienveillance, son autorité naturelle, sa légitimé indiscutable et son implication totale et sans faille dans chaque atelier ont toujours permis d’aboutir à un résultat au pire satisfaisant, au mieux totalement bluffant. J’ai vu des moments de grâce, des grands gaillards rebelles pleurant en lisant leur texte à voix haute devant leurs camarades, prêts à casser la figure au premier qui se fouterait d’eux. J’ai vu des profs sceptiques au départ  retournés comme des gants au bout de quelques semaines. Ça reste les meilleurs moments de ma vie professionnelle et j’ai pris un réel plaisir à la lecture de ce roman de Jean-Philippe Blondel qui sent le vécu à plein nez et m’a rappelé bien des souvenirs.

Ils sont touchants ces lycéens. Et loin de toute caricature. L’atelier d’écriture va engendrer une émotion non feinte, une plongée dans leur intimité, dans le tumulte d’une adolescence où l’on ne cesse de se poser des questions, tant sur le présent que sur l’avenir. Ils sont si différents les uns des autres et en même temps tellement à l’écoute les uns des autres. L’acte d’écrire devient un lien solide qui les unis, il sonne comme une révélation permettant de livrer des secrets, de confier des sentiments jamais partagés, sans retenu mais avec dignité.

Un roman jeunesse qui dit le pouvoir de l’écriture, la force de cette mise à nu qui pousse  à se dévoiler sans tricher. L’ensemble est maîtrisé de bout en bout, j’ai aimé cette conclusion abrupte, limite frustrante, qui correspond parfaitement à ce que peut être la fin d’une telle aventure. Une fois encore, Jean-Philippe Blondel sonne juste, terriblement juste. Un de ses meilleurs textes, dans une bibliographie qui, de toute façon, ne souffrait déjà d’aucune fausse note. C’est suffisamment rare pour être souligné.

Le groupe de Jean-Philippe Blondel. Actes sud junior, 2017. 128 pages. 13,00 euros. A partir de 13-14 ans.


Une pépite jeunesse que je partage comme chaque mardi ou presque avec ma chère Noukette.












lundi 10 avril 2017

Lagos Lady - Leye Adenle

Envoyé par son employeur anglais couvrir les élections présidentielles au Nigéria, Guy Collins a la mauvaise idée de sortir seul, le soir, dans les rues de Lagos. Le concierge de son hôtel l’avait pourtant rassuré et mis en confiance en lui affirmant que le Ronnie’s est un endroit sûr, qui plus est fréquenté par de nombreux blancs, mais une fois sur place, Guy comprend qu’il s’est fait berné et sent très vite le coup fourré. Une impression renforcée par la découverte sur le trottoir devant le bar du corps d’une prostituée aux seins coupés. D’abord effaré, son instinct de journaliste reprend vite le dessus. Mais rester sur place jusqu’à l’arrivée de la police est une seconde très mauvaise idée. Embarqué manu militari, l’anglais découvre les charmes des commissariats nigérians et les méthodes radicales des forces de l’ordre. Sorti d’une geôle surpeuplée par la belle Amaka, il doit en contrepartie enquêter sur le meurtre dont il a été témoin et qui semble être lié à des pratiques de sorcellerie locales. Une mission qui s’avérera à la longue bien plus dangereuse encore que la prison, c’est dire…

Oui, j’ai lu un polar nigérian, ça me surprend autant que vous. Mais si je me suis lancé, c’est parce que l’éditeur m’a gentiment proposé de rencontrer l’auteur lors du salon du livre et qu’il m’était inconcevable de me présenter devant lui sans avoir lu son ouvrage. Une sorte de lecture sous la contrainte donc (même si tout est relatif !) qui s’est révélée au final une très agréable surprise.

Il faut dire qu’il avait tout pour me plaire le Guy. Un pied nickelé du journalisme, naïf et maladroit, peu au fait des us et coutumes d’un pays au fonctionnement très différent de sa Grande-Bretagne natale. Second point positif, la délicieuse Amaka, déterminée, courageuse et n’ayant pas froid aux yeux. Rajoutez quelques politiciens et policiers véreux, des méchants aussi crétins que violents, une ambiance survoltée digne de Tarantino et une écriture tendue dont l’humour n’est pas absent et vous obtenez un cocktail détonnant à boire cul sec.

Leye Adenle ne se contente pas de proposer un polar pétaradant et sans temps mort. Il dénonce le traitement réservé aux femmes, l’écart monstrueux entre les plus riches et les plus pauvres, le poids de la religion, de l’argent et de la corruption dans la société nigériane. Son roman tient vraiment la route, il est solidement construit et sait vous agripper dès les premières pages. Après, ce n’est clairement pas le meilleur guide touristique pour le Nigéria, m'étonnerait qu'il donne envie aux occidentaux de se rendre dans son pays en en dressant un tel tableau. Mais peu importe, ce Lagos Lady me donnerait presque envie de mettre plus souvent le nez dans un polar, c'est dire s'il est efficace !

Lagos Lady de Leye Adenle (traduit de l’anglais par David Fauquemberg). Metailié, 2016. 332 pages. 20,00 euros.








samedi 8 avril 2017

Kadogo - Ingrid Chabbert et Joël Alessandra

Aujourd’hui Gabriel fête ses 11 ans. Au village, les femmes dansent, « les chants se mêlent aux cris de joie ». Pour son anniversaire, le garçon reçoit une kalachnikov. Pas un jouet mais une véritable arme de guerre. « Tu es un homme maintenant », lui dit son oncle en lui pressant l’épaule. D’abord amusé et fier de posséder un tel objet, Gabriel déchante lorsque le soir même on l’oblige à monter à l’arrière d’une jeep qui l’emmène vers une destination inconnue pour faire de lui un enfant soldat…

Un sujet terrible. Terriblement casse-gueule aussi. Comment parler aux enfants des enfants soldats ? Sans les traumatiser, sans non plus adoucir la dramatique réalité ? Comment éviter le voyeurisme, la surenchère ? Comment trouver le juste équilibre, comment placer le curseur au bon endroit pour faire mouche ? A la lecture de cet album, cela semble simple. Il suffit d’un texte sobre mais explicite. De dessins tout en suggestion mais particulièrement parlants. Il faut conjuguer émotion et information, sans oublier de pousser le lecteur à la réflexion. Il faut enfin ouvrir une porte vers la reconstruction, vers un avenir possible où le retour à une vie « normale » est envisageable, pour que l’espoir demeure malgré l'horreur.

Finalement, il suffit de faire les choses intelligemment. Avec tact, conviction et sensibilité. Il suffit de ne pas avoir peur d’affronter des thèmes complexes mais importants. Bon, ok, je reconnais que c’est en fait loin d’être simple. Mais quand des auteurs de talent et engagés, soutenus par Amnesty International et par un éditeur tout aussi engagé, se lancent dans une telle entreprise, le résultat est à la hauteur et ne peut que susciter l’admiration. Un album essentiel, indispensable, incontournable. Autant d’adjectifs pour une seule et même conclusion : à lire et à faire lire au plus grand nombre !

Kadogo d’Ingrid Chabbert et Joël Alessandra. Des ronds dans l’O, 2017. 34 pages. 13,50 euros. A partir de 8-9 ans.


Une lecture commune que j'ai une fois de plus le plaisir de partager avec Noukette.





jeudi 6 avril 2017

La pomme empoisonnée - Michel Laub

22 janvier 1993 (le jour de mes 18 ans !). Nirvana donne son unique concert brésilien au stade Morumbi de Sao Paulo devant 80 000 personnes, une prestation que Kurt Cobain qualifiera par la suite de « pire concert de la carrière de Nirvana ». Bien décidé à assister à l’événement avec sa petite amie Valéria, le narrateur se demande s’il doit ou non s’enfuir de la caserne où il effectue son service militaire. Une décision pas si évidente que cela à prendre et qui, même s’il ne le sait pas encore, aura une influence considérable sur son avenir. Vingt ans plus tard, se retournant sur ce jour particulier, il constate à quel point son choix a pu être lourd de conséquences.

Entremêlant sa propre histoire à celles de Kurt Cobain et d’une rwandaise survivante du génocide dans une forme d’autofiction aussi épurée que maîtrisée, Michel Laub déroule une gamme de sentiments où la douleur le dispute au regret. Ce faisant, il constate à quel point un destin se joue à peu de choses, à quel point des empreintes peuvent rester indélébiles malgré la fuite du temps.

Le récit passe du témoignage de la rwandaise au séjour londonien du narrateur, d’une méditation sur les raisons du suicide de Kurt Cobain à la trajectoire d’un gradé sauvé de l’alcoolisme par la bible et bien évidemment par ce fameux 22 janvier 1993. Cent chapitres en cent trente pages, comme autant de petits cailloux posés sur un chemin de prime abord sinueux mais au final d’une imparable limpidité. Avec comme pierre angulaire de l’existence passée et à venir une histoire d’amour brûlante et torturée comme un solo de guitare électrique.

Entre la chronique et le journal intime, ce court texte à la construction ambitieuse allie pudeur et profondeur de réflexion. Avec cette confession tout en introspection qui pousse le lecteur à s’interroger sur sa propre condition je découvre un auteur brésilien talentueux que je vais sans nulle doute continuer à suivre de près.

La pomme empoisonnée de Michel Laub (traduit du portugais par Dominique Nédellec). Buchet Chastel, 2017. 132 pages. 14,00 euros.








mercredi 5 avril 2017

Gonzo : une autobiographie graphique de Hunter S. Thompson - Will Bingley et Anthony Hope-Smith

« Sur ma pierre tombale, ils graveront : ça n’allait jamais assez vite à mon goût. »

Pour le grand public Hunter S. Thompson est l’icône du journalisme gonzo, « une espèce de lascar furieux au cerveau fumeux, profondément déprimé et autodestructeur ». Vénéré par Johnny Depp, adulé par de nombreux fans, l’homme fascine davantage pour son aura sulfureuse que pour la qualité de ses écrits, souvent torchés à la vite pour subvenir à ses besoins, notamment d’alcool et de drogues dures. Thompson a pourtant commis d’excellentes choses, je garde par exemple un excellent souvenir de son roman « Rhum Express » et du célèbre « Las Vegas Parano ».

Cette biographie graphique s’attarde peu sur son enfance dans le Kentucky au début des années 40. Après dix-huit mois dans l’armée il devient journaliste sportif dans le New-Jersey en 1957. Il enchaîne ensuite les postes à New-York, Porto-Rico, San Francisco, l’Amérique du sud ou encore le Nouveau-Mexique, incapable de garder un job plus de quelques mois, le plus souvent viré pour cause d’insubordination. Son premier coup d’éclat, il le réussit en 1965 avec un reportage sur les Hells Angels. Infiltré dans une bande de motards ultra violents, il en tire un ouvrage qui connaît un succès retentissant. Suivront une plongée au cœur du monde des courses de chevaux, un compte rendu de sa candidature au poste de shérif dans le Colorado publié par le magazine « Rolling stone », la description d’un bidonville hispanique à Los Angeles en 1971 ou encore, la même année, la fameuse virée à Las Vegas avec son compère Oscar Acosta.

C’est à Vegas qu’il dessine les contours du journalisme Gonzo, menant son enquête de terrain en toute subjectivité, considérant que « l’objectivité requise n’autorise que les faits. Pas la vérité ». Résultat, une suite de récits hallucinés à la première personne, « une satire, un conte picaresque atavique. Marrant. Pas une histoire fondée sur des faits réels, mais peut-être une histoire vraie ». La légende était en marche, pour le meilleur et surtout pour le pire. Rongé par une consommation abusive de drogues, Thomson s’enfonça les décennies suivantes dans la folie et la dépression,  jusqu’à un suicide aussi tragique qu’inéluctable en 2005.

Tout va très vite dans cet album, on a parfois l’impression de survoler les événements mais c’est finalement plutôt raccord avec la vie du bonhomme. Le récit est en grande partie centré sur les années 70, c’est à la fois la trajectoire d’un homme à l’existence chaotique et une description grinçante de l’Amérique de Nixon pendant la guerre du Vietnam.  Le dessin manque de caractère, il est passe-partout, sans relief, mais reste fluide et efficace.

Un portrait qui ne sombre pas dans l’hagiographie et permet de découvrir les faits « marquants » de la carrière de Thompson sans forcément rentrer dans les détails. Idéal pour les néophytes, cette première approche rondement menée est complétée par l’excellente préface sans langue de bois d’Alan Rinzler, qui a été son éditeur pendant trente-cinq ans.

Gonzo : une autobiographie graphique de Hunter S. Thompson de Will Bingley et Anthony Hope-Smith. Nada, 2017. 190 pages. 18,00 euros.







mardi 4 avril 2017

Parties communes - Anne Vassivière

Reprenons cette affaire depuis le début. L’éditeur annonce la création d’une collection (la collection G.) de romans érotiques pour les femmes et rien que pour les femmes. Je tique un peu mais la curiosité me pousse à y regarder de plus près. Une collection où les auteurs « doivent être des femmes, des vraies, pas des hommes masqués derrière des pseudos féminins ». Pourquoi pas. Et parce que, selon la directrice de la collection Octavie Delvaux, « beaucoup de lectrices attendent plus de la littérature érotique que des contes de fées saupoudrés d’étreintes passionnelles », elle veut défendre « une littérature érotique qui ne prend pas de pincettes pour décrire les actes sexuels ». Avec, ce qui avant le coup me plaisait le plus, des personnages féminins qui ne soient pas « d’éternelles victimes, des nunuches apprenant tout de la vie par un mentor, des femelles qui ne se définissent que par l’image que les hommes leur renvoient d’elles-mêmes ».

Une intention louable, une ligne directrice claire et précise, il y avait tout pour lancer un projet éditorial riche de promesses. Alors peut-on m’expliquer pourquoi le premier ouvrage de la collection est à ce point catastrophique ? Franchement, il y a loin de la coupe aux lèvres. En dehors du titre plutôt parlant et pertinent, je n’ai rien trouvé à sauver dans ce roman. Une succession de points de vue dans un immeuble Haussmannien, des voisins qui prennent tour à tour la parole, qui cachent des secrets, des vies sexuelles tristounettes, des tromperies, des coucheries, des frustrations. Un ramassis de nymphos, de beaufs, de machos, de jeunes, de vieux, d’insatisfaits chroniques et au final, aucun intérêt.

Déjà rien n’est crédible. On se croirait dans un vieux porno à papa. Un regard, un battement de cils, un tortillement du cul en montant les escaliers suffisent à déclencher les hostilités. Le livreur sonne à la porte et c’est parti, le plombier y a droit aussi… affligeant. Ensuite bonjour les clichés : les hommes pensent tous être de bons coups, les femmes comptent les fissures au plafond en attendant que ça se termine et dès qu’elles changent de partenaire, bingo, ça roule ! C’est bien connu, l’herbe est plus verte ailleurs. Cerise sur le gâteau, tout le monde pense au cul 24 heures sur 24. La proprio vieille France se fait tripoter par sa gyneco avant de roucouler avec un jeunot pendant que son mari joue à touche pipi dans l’ascenseur avec la nympho du deuxième étage, le gros macho du premier se tape la gardienne (espagnole et non pas portugaise, n’y allons pas trop fort non plus sur les clichés) avant de se faire enfiler (violer, je ne vois pas d’autre mot) par le célibataire du sixième, debout sur le palier. Et il adore ça le bougre (en même temps c’est bien connu les machos sont tous des homos refoulés). Je m’arrête là dans le ridicule mais je pourrais multiplier les exemples à l’infini.

Juste un mot sur l’écriture. Dans sa note d’intention, Octavie Delvaux prône une exigence de qualité littéraire. Elle réclame « de l’élan, du suspense, de l’émotion. En somme, de la surprise ». Bien, bien, bien. Alors pourquoi la prose est aussi pauvre que gratuitement vulgaire et pourquoi les métaphores navrantes n’engendrent pas le moindre soupçon d’excitation ?

Conclusion : j’ai sans doute commis une erreur fatale en me lançant dans une collection faite par des femmes pour les femmes. Mon instinct de mâle obtus ne m’a à l’évidence pas permis de voir l’or sous le vernis du fumier. J’aurais peut-être dû prendre ce roman au second degré (voire au troisième ou au quatrième) pour l’apprécier à sa juste valeur. Il faut dire aussi que je ne vis pas en appartement, je ne sais donc pas si le fait que tous les habitants d’un immeuble soient de gros obsédés correspond à la norme ou pas. En tout cas dans mon quartier pavillonnaire je ne suis jamais tombé sur une voisine cochonne (vous remarquerez que je ne précise pas « à mon grand regret »). En même temps je vis entouré d’octogénaires, ceci explique sans doute cela.

Mais trêve de digressions, revenons à l’essentiel. Ce roman n’est pas bon. Pas bon du tout. Je ne vois pas en quoi il diffère de ce qui est proposé ailleurs dans le même genre, sauf à considérer que sa médiocrité le singularise du reste de la production. En tout état de cause pour moi, par rapport à l’objectif initial, il y a clairement tromperie sur la marchandise. Ce n’est que mon avis et je vous accorde qu’il ne vaut pas grand-chose mais je le donne quand même.

Parties communes d’Anne Vassivière. La Musardine, 2017. 250 pages. 16,00 euros.

PS : Je vais conclure ce billet par un extrait que je trouve parlant. L’auteure affirme qu’elle s’adresse moins à la raison des lectrices qu’à leur ventre. N’étant pas une lectrice mais un lecteur, je me demande si un paragraphe comme celui-ci remplit cette belle intention.

« J’aime me faire un mec par soir pour me sentir sale et bonne grosse salope jusqu’au suivant. J’aime être la seule de l’immeuble qui se fait enculer et suce après, la vraie salope pur jus de couilles, celle qui chie des bulles de sperme pendant trois jours après une bonne enculade. Et attendre le maximum avant de me laver de la sueur des ébats bestiaux. Et aussi garder la trace argentée du sperme séché qui craquelle la raie du cul, le ventre, les miches, le cou et la joue. Admirable souillure. La preuve tangible et fièrement affichée qu’on m’est passé partout et qu’on s’y est bien affairé. Oui, attendre pour me débarrasser des traces du qualificatif chéri entre tous de "pute", que je m’applique dare-dare à remériter le soir d’après, tous derrière, queues devant. »

Alors, verdict ?











dimanche 2 avril 2017

Flying Witch T1 - Chihiro Ishizuka

Au moment d’entrer au lycée, Makoto, une apprentie sorcière, quitte Tokyo pour rejoindre ses cousins Kei et Chinatsu à la campagne. Avec son chat noir Chito, elle découvre les charmes de la vie au grand air. Mais pour une jeune fille de 15 ans espiègle et spontanée comme Makoto, il n'est pas simple de garder secret son statut de sorcière auprès de ses camarades de classe et de ses nouveaux voisins.      

Un titre parfait pour une première prise de contact avec le manga. Le dessin est épuré à l’extrême et les décors sont minimalistes, les personnages étant souvent mis en scène sans arrière-plan. C’est une façon efficace de fluidifier la narration et de gagner en lisibilité, l’idéal en somme pour ceux qui ouvrent leur premier manga et doivent en priorité s’habituer à un sens de lecture déroutant. Après, ce tome d’introduction pose les bases de l’intrigue et permet de découvrir en douceur les différents protagonistes et leur environnement. Pas d’événements majeurs donc, pas de rebondissements permanents mais juste suite de petites scénettes de la vie quotidienne à la campagne.

Une série que je pourrais qualifier (pour l’instant du moins) de « calme », loin des aventures pétaradantes et sans temps mort que l’on trouve souvent dans la BD japonaise, même pour les plus jeunes. Makoto est attachante, son étourderie, sa maladresse et son sens de l’orientation défaillant, utilisés sous forme de running-gag, déclenchent le sourire. L’aspect fantastique lié à sa condition de sorcière est finalement très peu évoqué mais nul doute que le sujet sera au cœur du récit par la suite.

Un manga jeunesse que ma pépette n°2 (11 ans) a dévoré. Elle n’est pourtant pas une adepte du genre, c’est bien la preuve que cette Flying Witch est parfaite pour les débutants.

Flying Witch T1 de Chihiro Ishizuka. Nobi-nobi, 2017. 160 pages. 6,95 euros. A partir de 8-9 ans.






samedi 1 avril 2017

Trois ans de pépites jeunesse : les gagnants !

Sans fausse modestie, jamais nous n’aurions cru que ce concours anniversaire aurait autant de succès. Et au-delà du nombre de participants, les commentaires laissés ici ou chez Noukette nous ont fait chaud au cœur, c’est rien de le dire. Devant le nombre important de participants, nous avons décidé de faire gagner trente personnes au lieu de vingt-six. Je profite de l’occasion pour remercier chaleureusement les éditeurs qui ont eu la gentillesse de nous fournir les exemplaires que nous glisserons dans les enveloppes.

Mais trêve de blabla, voici la liste des gagnants :

Alex Mot-à-Mots – Antigone – Asphodèle – Bidib - Blandine (Vivrelivre) – Dadou – Didi - Fanny (pages versicolores) – Framboise – Gambadou – Hélène – Julia – Kathel – Krol – Lacomtesse – Lasardine – Laurielit – Manika – Manu B – Marie-Claude - Martine écri'turbulente – Mo – Moka – Nadège - Nadine – Nahe - Petite Noisette – Saxaoul – Stephie – Violette -

On ne vous dit pas quel livre vous allez recevoir, ce sera la surprise en ouvrant votre boîte aux lettres.Vous n'avez qu'à nous transmettre votre adresse, on s'occupe du reste. De toute façon, comme il n’y a que du bon dans nos pépites, vous ne devriez pas être déçus. Et nous vous donnons évidemment rendez-vous pour fêter les quatre ans de nos pépites jeunesse l’an prochain !









vendredi 31 mars 2017

Sacha et Tomcrouz T1 : Les vikings - Anaïs Halard et Bastien Quignon

Sacha est un brillant élève qui impressionne ses camarades. Pour ses 10 ans, il rêve d’avoir un rat qui l’assisterait dans ses expériences scientifiques. A la place il reçoit un chihuahua riquiqui qu’il baptise Tomcrouz en l’honneur de l’idole de sa mère. Après avoir lapé le contenu d’une fiole interdite, le chien éternue et est transporté avec son maître au temps des vikings. Fait prisonnier dès son arrivée par le clan Vik du chef Oda, Sacha se demande comment il va pouvoir retourner chez lui.

Rien de transcendant dans cette histoire mais une barque bien menée, des traits d’humour qui font mouche, un rythme haletant et quelques respirations bienvenues comme la fiche « prends en de la graine » ou la fiche « Einstein » qui donne la recette de la fusée aspirine. L’album fonctionne aussi grâce à la confrontation forcément inégale entre le héros gaulé comme une crevette accompagné de son chihuahua maigrelet et les grosses brutes de vikings qui le prennent pour un nain. Un gamin qui n’a pas sa langue dans sa poche, sauvé par sa débrouillardise et une répartie à toute épreuve, c’est le genre de protagoniste que les enfants adorent.

Le coup du voyage temporel est tout sauf original mais au moins le lecteur connaît le principe et sait à quoi s’en tenir. Le charme de ce premier tome tient également à l’univers graphique plein de peps de Bastien Quignon, très à l’aise pour alterner scènes d’action et moments calmes avec un découpage particulièrement dynamique. Mention spéciale aux personnages secondaires, de la maman excentrique au bellâtre viking en passant par la douce et jolie esclave qui n’aura de cesse de venir en aide à Sacha.

Une nouvelle série jeunesse sympathique et riche de promesses tant le champ des possibles offert par le thème du voyage dans le temps est vaste. Pas de quoi révolutionner le genre pour autant mais la mayonnaise prend dès ce premier tome, et c’est évidemment de bon augure pour la suite.

Sacha et Tomcrouz T1 : Les vikings d’Anaïs Halard et Bastien Quignon. Soleil, 2017. 84 pages. 16,95 euros.

Une lecture commune que j'ai le plaisir de partager avec Mo.






jeudi 30 mars 2017

Suisen - Aki Shimazaki

« Notre vie conjugale va ainsi depuis le début. Je sors librement sans elle, et elle croit que toutes mes sorties sont pour la société. Qu’il s’agit de relations publiques. Cela est commode quand je veux voir mes maîtresses. Vingt-trois ans de mariage sans crise. C’est formidable. Je suis fier de mon excellent choix. »

Il est content de lui Gorô. A la tête d’une société fondée par son grand-père, marié et père de deux enfants, amant de deux maîtresses. Il  est invité dans toutes les événements festifs de Nagoya, se pavane en costume de luxe et distribue sa carte de visite sourire aux lèvres et coupe de champagne à la main. Tout le monde le respecte et l’admire, rien n’est plus important pour lui. En gros il se gargarise chaque jour d’avoir réussi sa vie et d’avoir tout pour être heureux. Mais les apparences sont parfois trompeuses et les certitudes peuvent vaciller au moindre coup de vent. Un grain de sable dans la mécanique bien huilée de son existence va suffire pour tout faire dérailler. Le genre de grain de sable que l’on ne voit pas venir, surtout lorsque l’on passe son temps à se regarder dans le miroir plutôt que de porter attention à ceux qui nous entourent.

Suisen en japonais, c’est la fleur de narcisse. Une fleur parfaite pour le très narcissique Gorô. Un égoïste débordant de confiance en lui, enfermé dans une vision archaïque de l’entreprise, de la famille et du statut de l’homme : « Je ne veux pas épouser une fille plus instruite que moi. Je crois toujours que, pour former un couple idéal, l’homme doit être supérieur à sa femme sous tous les rapports ». Un personnage finalement plus ridicule que méprisable, plus pitoyable qu’haïssable.

J’ai eu l’impression, au début en tout cas, qu’Aki Shimazaki avait un compte à régler, qu’elle cherchait à se « payer » un gros lourdaud aux convictions dépassées, symbole d’une société patriarcale d’un autre âge, et qu’elle y prenait un malin plaisir. Pour le coup elle a manqué d’une certaine finesse dans l’enchaînement des événements. Une fois le premier domino tombé, j’ai compris qu’il allait emporter tous les autres et j’ai vu venir de loin chaque nouvelle catastrophe. Aucune surprise donc, en dehors de ce traitement plutôt caricatural qui ne correspondait pas à mes souvenirs du délicat et sensible Azami, le seul roman que j’avais lu d’elle avant celui-ci.

Heureusement sur la fin elle adoucit le trait, elle rentre dans un registre plus complexe et donne de Gorô une image moins stéréotypée qui gagne en profondeur. Pas suffisant cela dit pour atténuer le portrait à charge sans nuance des trois premiers quarts du récit, même si je reconnais que l’ensemble se lit fort bien, que la prose est d’une remarquable fluidité et que j’ai pas mal ri aux dépens de ce pauvre homme.

Suisen d’Aki Shimazaki. Actes sud, 2017. 162 pages. 15,00 euros.









mercredi 29 mars 2017

Snaergard - Vincent Wagner

Dans la Norvège du 13ème siècle, il ne fait pas bon être le fils d’un seigneur sanguinaire si l’on n’est pas soi-même du genre violent. Ne supportant pas la cruauté gratuite de son père, Pelle quitte en catimini le château familial avec sous le coude les parchemins du scribe Adriel censés délivrer son ami Njal et sa sœur jumelle Solveig de la terrible malédiction qui les frappe depuis plus de dix ans. Un chemin semé d’embûches l’attend jusqu’au sommet de la montagne d’Asketill où, un soir d’éclipse, le charme maléfique pourra enfin être rompu.

Une aventure trépidante digne d’une grande saga nordique. Mêlant action et introspection, Vincent Wagner déploie en 170 planches une fresque dense et maîtrisée au cœur d’étendues enneigées, sous un ciel bas et gris où les forêts sont aussi sombres qu’inquiétantes. La malédiction aux accents fantastiques prend des allures de tragédie shakespearienne dans une fin peut-être un peu trop rapidement expédiée mais dont la puissance dramatique est indéniable.

Au-delà de la quête à mener à bien, l’auteur interroge sur la filiation, sur la difficulté à s’extraire de son milieu et à échapper aux pressions familiales. La narration est ambitieuse, fluide malgré les flashbacks et les passages oniriques qui cassent à bon escient le rythme endiablé de l’aventure. Traits souples, encrage épais, contraste poussé entre des masses de blanc et de noir accentuant l’atmosphère oppressante d’un hiver traversé par une lumière exsangue, le graphisme et le choix d’une gamme chromatique volontairement terne sont parfaitement adaptés à un univers médiéval en perpétuel clair-obscur.

Un chouette album, estampillé « jeunesse » et pouvant être lu dès 12-13 ans mais qui se révèle au final vraiment tout public. En bonus, le dossier documentaire ouvrant ce superbe objet-livre se révèle fort instructif pour comprendre le contexte de l’histoire et les intentions de l’auteur. Les amateurs de récit moyenâgeux épique peuvent foncer les yeux fermés, ils en auront pour leur argent.

Snaergard de Vincent Wagner. Éditions du Long Bec, 2017. 184 pages. 24,50 euros. A partir de 12-13 ans.














mardi 28 mars 2017

Une mère à Brooklyn - Ingrid Chabbert

Judith a 15 et elle est en souffrance. Absences injustifiées en cascade au collège, impossibilité de communiquer avec son père, le claquement de porte est devenu son seul moyen d’expression. Pierre, le papa, ne comprend pas comment les choses ont basculé. Il ne comprend pas que son ado de fille soit entrée en rébellion contre la terre entière. Il ne voit notamment pas le rapport avec le secret qui entoure sa naissance, le pacte qu’il a scellé avec cette mère qu’elle n’a jamais connue et dont personne ne lui a jamais parlé. Alors que les grandes vacances s’annoncent, il contacte cette maman fantôme partie s’exiler à New-York pour vivre une carrière à Broadway. Elle accepte à contrecœur d’accueillir Judith pour un mois, en se faisant passer pour une amie de Pierre. Bonne ou mauvaise idée ?

Franchement, j’ai eu peur que tout se termine bien ! Je n’aurais pas adhéré, je n’y aurais pas cru, j’aurais trouvé ça nunuche. Mais Ingrid Chabbert mène sa barque avec malice. Et réalisme. Surtout, elle montre que l’inconséquence parentale peut faire des ravages, que les secrets que l’on pense devoir cacher à nos enfants pour leur bien finissent toujours par causer de lourds dégâts. Sans juger de manière frontale, sans trouver d’excuses ni jouer les procureurs. Parce que les choses ne sont pas toutes noires ou toutes blanches. Aucune ambigüité par contre sur le fait que Judith est une victime. Et que l’égoïsme de sa mère, assumée et revendiquée, ne pouvait que lui être néfaste. Pour le reste, la fin offre un rayon de lumière, une fenêtre entrouverte vers l’apaisement. A peine entrouverte cela dit, et sans régler les problèmes d’un coup de baguette magique, loin de là.

Un texte délicat et sensible sur la difficulté de se construire et de trouver son chemin quand on ne sait pas d’où l’on vient. J’ai beaucoup aimé le personnage de Judith, touchante, pleine de vie et d’incertitudes, loin de toute caricature.

Une mère à Brooklyn d’Ingrid Chabbert. Les éditions du mercredi, 2017. 114 pages. 12,80 euros.


Une lecture commune que j'ai évidemment le plaisir de partager avec Noukette.










dimanche 26 mars 2017

Les lectures de Charlotte (35) : Minute papillon ! - Gaëtan Doremus

« Voici donc une chenille », nous annonce-t-on en première page. Une affirmation que ladite chenille s’empresse de rectifier : « Eh, minute papillon, je ne suis pas une chenille, je suis un ogre ! ». Le cadre est posé, cette chenille persuadée de ne pas en être une vit dans le déni permanent. Le narrateur nous dit qu’elle mange des haricots ? Elle réplique qu’elle déteste ça et préfère le poisson. Des aubergines lui conviendront davantage, peut-être ? Beurk ! Elle aime mieux grignoter des baleines. Fruits et légumes sont passés en revue et se voient opposer une fin de non-recevoir catégorique : la chenille est un ogre, elle mange des lutins, des enfants, des lapins ou des dinosaures et rien d’autre, nom d’une pipe !

Elle est marrante cette chenille un brin énervée, un poil tête à claque et sacrément râleuse mais surtout (et c’est à l’évidence son plus gros souci) incapable de s’accepter telle qu’elle est. Et pire encore, incapable d’accepter les changements que son corps subit avant une métamorphose à venir dont elle aura sans doute du mal à se remettre.

Un joli album qui vaut autant pour son texte drôle et décalé que pour ses illustrations rappelant des planches encyclopédiques d’antan. A chaque nouvelle « rencontre » avec un fruit ou un légume la chenille se pare d’une couleur supplémentaire pour finir en beau papillon multicolore. Une trouvaille aussi charmante qu’efficace, à l’image de ce bel objet-livre qui ravira à coup sûr petits et grands.



Minute papillon ! de Gaëtan Doremus. Le Rouergue, 2017. 32 pages. 13,90 euros. A partir de 4 ans.






vendredi 24 mars 2017

La nuit myope - A.D.G

J’adore le résumé de l’auteur de polars Jérôme Leroy en préface : « La Nuit myope est un roman noir, mais sans morts et avec beaucoup de style. Ça compense. C'est explicitement placé sous le signe d'Antoine Blondin, Marcel Aymé et Jacques Perret, dans la grande tradition des traversées de Paris. L'histoire est simple. C'est l'Odyssée à l'envers d'un Ulysse ivre qui quitte Pénélope pour retrouver Calypso mais qui en sera empêché parce qu'il est myope et qu'il a cassé ses lunettes en repassant de nuit au domicile conjugal. »

L’histoire est simple en effet. Domi accompagne des collègues en boîte. Tout le monde picole et s’éparpille, lui se rapproche d’une inconnue pour partager un verre. Elle lui écrit son adresse sur un paquet de clopes avant de monter dans un taxi. Il rentre chez lui mais au lieu de se coucher près de bobonne, il se change et repart avec son chien, prêt à tout quitter pour retrouver sa nouvelle conquête et l’emmener dans les Cévennes sur les traces de Stevenson voyageant avec son âne. Problème, Domi casse ses lunettes juste avant de sortir de son appart. La perte de ses lorgnons est si handicapante qu’il décide de passer à son bureau chercher une paire de rechange. Le voilà donc embarqué, bourré comme un coing et myope comme une taupe, dans une traversée nocturne de Paris aussi improbable que riche de surprenantes rencontres.

Si vous me connaissez un peu vous vous doutez que ce petit texte d’une centaine de pages avait avant le coup tout pour me plaire. Et ce fut le cas. Un bonheur ce Domi, loser magnifique s’il en est, couillon et poissard, fleur bleue tirant d’impossibles plans sur la comète. La mauvaise décision prise sur un coup de tête et les déboires inhérents à une randonnée pédestre alcoolisée, ça me parle !

Et puis le décor me plait, ce Paris du début des années 80 avec jeunes giscardiens en goguette désespérés par la victoire de Mitterrand, cabines téléphoniques en état de marche, cigarettes autorisées dans les lieux publics et gardiens de nuit taciturnes ou débonnaires rappelle une époque vraiment particulière.

Style insouciant, narrateur pince sans rire adepte de la dérision et faisant preuve d’inventivité lexicale (« coquetèles », « disque-joquet », « bloudjine », « ouiquende », etc.)  l’écriture d’A.D.G, auteur culte du « néo polar » à la française mort en 2004, vaut vraiment le détour. J’ai aimé cette fausse désinvolture. Ne pas se prendre au sérieux et faire les choses sérieusement, c’est le genre de pratique que j’apprécie particulièrement. Le fond et la forme, il n’y a  pour moi rien à jeter dans cette Nuit myope. Évidemment, ce ne sera pas le roman de tout le monde mais les adeptes de curiosités (de qualité) y trouveront leur compte, je vous le garantis.

La nuit myope d’A.D.G. La Table ronde, 2017. 108 pages. 5,90 euros.


Extrait :

« Le veilleur se trouvait être un personnage pitoyable : d’allure plutôt nunuche et de taille brève, des yeux jaunes veinulés d’incarnat, un nez cassé et rose à l’arête, le teint d’un sac de jute et l’haleine d’une charogne. Il picolait comme un boyard, égarant ses kils de rouge à tous les étages lors des rondes réglementaires et comme il était sujet également à une bronchite chronique, il se rinçait le gosier avec des sirops relativement opiacés, sans préjudice des tranquillisants qu’il croquait assidûment au motif d’une vie insignifiante ».









mercredi 22 mars 2017

La Famille Fun - Benjamin Frisch

La couverture annonce la couleur : les Fun, représentent la famille américaine parfaite. Robert, le père, est un dessinateur de BD dont les strips autobiographiques connaissent un grand succès dans les journaux. Marsha, la mère, femme au foyer, est  une épouse modèle. Et leurs quatre enfants Robby, Molly, Mikey et J.T sont d’adorables garnements. Tout va bien donc chez les Fun, tout le monde s’aime et n’arrête pas de se le dire pendant que le sucre et la guimauve dégoulinent et que le lecteur a l’impression d’avoir été projeté dans une pub vantant l’American way of life.

Je vous rassure (ou pas), cette impression ne dure que les cinq premières pages. Parce qu’après les choses se gâtent. Un coup de téléphone annonce le décès de la maman de Robert. Ce dernier sombre dans la dépression, Marsha plie bagage et s’acoquine avec un gourou pendant que les enfants tentent de sauver les meubles. En vain.

J’ai rencontré Benjamin Frisch à Angoulême. Un jeune homme souriant, charmant et affable à qui on donnerait le bon Dieu sans confession. Un jeune homme doux comme son dessin tout en rondeur aux couleurs chaudes. Je ne savais pas alors ce qu’allait donner la lecture de l’album mais après coup, je me dis que ce cher Benjamin cache drôlement bien son jeu. Je ne pouvais pas me douter que ce visage d’ange et ce style « cartoonesque » dissimulaient un humour noir féroce et une critique acerbe du politiquement correct made in America.

Je vais rester évasif pour ne pas trop en dévoiler mais sachez que la famille Fun n’a rien de fun et que sous le verni très hypocrite du « tout le monde est happy » on trouve des névroses corsées et des pathologies plutôt lourdes. Le propos est grinçant et la fin, loin d’apaiser la situation, installe un malaise que je n’avais pas vu venir et que j’ai trouvé très dérangeant.

Une chronique familiale sans concession, portrait au vitriol d’une Amérique rongée par la religion, l’égoïsme et la cupidité. Le décalage entre le dessin tout mignon et les horreurs racontées est à l’évidence la trouvaille la plus remarquable (et la plus efficace) de l’album. Assurément une de mes plus belles surprises de ce début d’année en matière de BD.

La Famille Fun de Benjamin Frisch. Ça et là, 2016. 240 pages. 22,00 euros.










mardi 21 mars 2017

Trois ans de pépites jeunesse, ça se fête !

Trois ans que Noukette et moi avons décidé d’organiser un rendez-vous pour présenter ensemble  (presque) chaque mardi une pépite jeunesse. Un rendez-vous auquel nous tenons beaucoup et une volonté commune de partager nos lectures et de mettre modestement en lumière des titres courts et percutants qui montrent toute la diversité et la vitalité de la littérature jeunesse actuelle.

98 pépites en trois ans donc, et une envie de marquer le coup pour fêter cet anniversaire. Nous étions partis sur l’idée de choisir 10 pépites de 10 auteurs différents mais il nous a été impossible de respecter ce schéma de départ. Nous avons donc décidé de mettre à l’honneur 13 pépites et 13 auteurs qui ont marqués notre rendez-vous. Une sélection forcément subjective mais sur laquelle nous nous accordons en tout point.

Et puisque l’idée de ce rendez-vous est avant tout le partage, nous vous proposons de découvrir ces pépites. Deux exemplaires de chaque sont à gagner. Pour participer, rien de plus simple, il suffit de laisser un commentaire ici ou chez Noukette et de nous préciser si vous avez déjà lu un ou plusieurs titres de la liste. Pour le reste, on s’occupe de tout.

PS : les belges, les suisses, les canadiens et les DOM-TOM sont évidement les bienvenus. Et les résultats seront annoncés le 1er avril, ce n'est pas une blague !



Nos treize pépites incontournables :


La piscine était vide de Gilles Abier
Max et les poissons de Sophie Adriansen
Dans le désordre de Marion Brunet
Traits d’union de Cécile Chartre
La Belle Rouge d’Anne Loyer
Sauveur et fils, saison 1 de Marie-Aude Murail
Ma mère, le crabe et moi d’Anne Percin
A ma source gardée de Madeline Roth
Les fragiles de Cécile Roumiguière
Hugo de la nuit de Bertrand Santini
Ma tempête de neige de Thomas Scotto
Rien que ta peau de Cathy Ytak
Trop tôt de Jo Witek















samedi 18 mars 2017

Les lectures de Charlotte (34) : Le monstre du bain de Colin Boyd et Tony Ross

Vous êtes-vous déjà demandé où allait l’eau sale de votre bain ? La mère de Jackson connaît la réponse : elle est aspirée (à la paille) par un monstre caché sous la baignoire. Un monstre dont cette eau sale du bain est le SECOND plat préféré. Jackson le sait bien et c’est pour ça qu’il se lave tous les soirs, afin de s’assurer que le monstre est repu. Un jour pourtant il décide de ne plus y croire et file se coucher tout crotté. N’ayant rien à se mettre sous la dent, le monstre doit se rabattre sur son PREMIER plat préféré. Et la maman de Jackson trouve le lendemain matin le lit de son fils vide…

Je  vous rassure tout de suite, la chute est très drôle et absolument pas dramatique (en même temps il fallait s’en douter).  L’idée de départ est farfelue et le petit Jackson, garnement espiègle et pas franchement porté sur l’hygiène, plaira à nombre de petits lecteurs. Le dessin reconnaissable entre mille de Tony Ross offre au monstre du bain une bonne bouille, bien plus rigolote qu’effrayante.

Un album qui fait mouche, avec une thématique parlante, un texte savoureux, des illustrations particulièrement expressives et une conclusion aussi inattendue que rigolote. Le genre de petit bonbon à savourer le soir au moment du coucher. Et sans le moindre risque de carie en plus !

Le monstre du bain de Colin Boyd et Tony Ross. Seuil jeunesse, 2017. 32 pages. 12,90 euros. A partir de 3-4 ans.







jeudi 16 mars 2017

Le nom du fils - Ernest J. Gaines

Louisiane, début des années 70. Malgré la fin « officielle » de la ségrégation, la vie est toujours compliquée pour les noirs du sud profond. La lutte pour l’égalité mobilise encore fortement la communauté, notamment dans la petite ville de Sainte Adrienne où officie le révérend Philippe Martin. Un révérend exemplaire, admiré de tous pour son engagement dans la défense des droits civiques. Un révérend dont la vie va basculer le jour où débarque en ville un jeune homme venu de nulle part se faisant appeler Robert X. Le garçon refuse de dire à sa logeuse pourquoi il est là, il passe ses journées à traîner dans les rues et s’attarde souvent devant la maison de la famille Martin. Un soir, invité à une réception, il croise le regard du pasteur. Celui-ci, après l’avoir fixé quelques secondes, est pris d’un étourdissement et s’écroule sous les yeux de ses paroissiens…

Bien que fan absolu d’Ernest J.Gaines, dont j’ai lu tous les ouvrages sans exception, je dois reconnaître que ces dernières productions (« Mozart est un joueur de Blues » et « L’homme qui fouettait les enfants ») laissaient entrevoir un petit coup de mou. C’est donc avec un plaisir non dissimulé que je l’ai retrouvé ici en pleine forme, toujours aussi à l’aise pour faire entendre la voix de ceux qui n’ont pas droit au chapitre et redonner leur fierté aux hommes et femmes du Sud qu’il a côtoyé toute sa vie durant.

Avec « Le nom du fils », il installe une ambiance pleine de tension et de non-dits où un homme persuadé d’avoir trouvé la paix après une jeunesse troublée voit resurgir un passé qui vient ébranler les fondations sur lesquelles il pensait reposer avec force et sérénité. Le dilemme dans lequel s’enfonce le pasteur pousse à la réflexion et soulève des questions à la fois éthiques et intimes. Le texte résonne avec force, porté par des dialogues comme d’habitude plein de vivacité. Et comme d’habitude le drame se noue et les personnages se drapent dans la douleur et la dignité. Un roman sobre et puissant, du Gaines comme je l’aime en sorte.

Le nom du fils d’Ernest J. Gaines. Liana Levi, 2013. 270 pages. 19,00 euros.


Une lecture commune que j'ai le plaisir de partager avec Innganmic.






mercredi 15 mars 2017

Wake up America T3 : 1963-1965 - John Lewis, Andrew Aydin et Nate Powell

Après l’opération des « voyageurs de la liberté » menée par les étudiants et militants noirs pour mettre un terme à la discrimination raciale dans les bus et les gares routières des états du sud, après la fameuse marche sur Washington du 28 août 1963, John Lewis, infatigable défenseur de la lutte pour les droits civiques, raconte dans ce troisième volume le combat mené pour que la population noire puisse s’inscrire sur les listes électorales dans le Mississipi et l’Alabama. A Selma et Montgomery les autorités, défiant les lois fédérales, soutenaient la ségrégation en refusant les demandes d’inscription des candidats noirs. Des manifestations furent organisées devant les palais de justice, sévèrement réprimandées par les forces de l’ordre. Le 7 mars 1965, 600 manifestants pacifiques furent attaqués par la police locale sur le pont Edmund Pettus à Selma. La répression, d’une violence inouïe, filmée et photographiée par les journalistes, agit comme un révélateur de la cruauté du sud ségrégationniste aux yeux du reste de l’Amérique, ce qui contribua à accélérer l’instauration de la loi sur le droit de vote qui fut promulguée au mois d’août de la même année.

Un troisième tome beaucoup plus dense que les deux précédents. Beaucoup plus politique et également bien plus bavard, traversé par les discours fleuves de Malcolm X et Martin Luther King, par les prises de position du président Lyndon Johnson et par les échanges entre les défenseurs des droits civiques. Rien d’assommant pour autant. Il faut certes rester concentré pour suivre les événements, pour ne pas se perdre dans la chronologie et les différents lieux, mais franchement ça en vaut la peine tant le propos est passionnant de bout en bout.

La complexité de la situation, les tensions entre les activistes non-violents et les tenants d’une réponse « musclée », le regard porté sur la place des femmes dans le mouvement (elles-mêmes mises à l’écart par les antiségrégationnistes, un comble !), tout est décrit avec une fluidité et une lisibilité absolument remarquables. Le noir et blanc de Nate Powell, sobre et puissant, donne à voir à la fois l’ignoble réalité et la volonté inébranlable d’une communauté décidée coûte que coûte à ne plus se résigner et à gagner la dignité à laquelle chaque américain est en droit d’aspirer, quelle que soit sa couleur de peau.

Pédagogique, émouvante et instructive la trilogie Wake up America est surtout essentielle pour éclairer un des pans les plus sombres de l’histoire américaine. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’elle a remporté le National Book Award 2016 (catégorie Littérature jeunesse). Une lecture indispensable, qu’on se le dise !

Wake up America T3 : 1963-1965 de John Lewis, Andrew Aydin et Nate Powell. Rue de Sèvres, 2017. 256 pages. 15,00 euros.


Mes avis sur les tomes 1 et 2

Un lecture commune que j'ai le plaisir de partager avec Mo.