mardi 1 octobre 2013

Demande à la poussière - John Fante

Arturo, le héros de  Bandini, a bien grandi. Jeune adulte expatrié à Los Angeles, il se rêve écrivain et vient de publier sa première nouvelle dans une revue. En attendant que son talent lui ouvre les portes de la gloire, il crève la faim dans une chambre sordide, bouffant de la vache enragée et ayant toutes les peines du monde à payer son loyer. Et puis dans cette ville immense, Arturo est seul, tellement seul. Dans un troquet minable où le café est pire que de l’eau de vaisselle, il va rencontrer Camilla, une serveuse d'origine mexicaine dont il va tomber fou amoureux, pour le meilleur et surtout pour le pire.

Ah le bonheur ! Grâce à cette lecture commune proposée par Syl, j’ai pu replonger dans un texte découvert il y a 20 ans. Un roman culte, incontournable, une pépite qui a déclenché en moi un coup de foudre pour la littérature américaine. Demande à la poussière est une réécriture de La faim de Knut Hamsun. Il y a dans ces pages une vitalité, une fraîcheur, une urgence et une liberté de ton incomparables. Les phrases se bousculent, Arturo est tour à tour égocentrique, affreusement méchant, imbuvable, touchant ou exaspérant, parfois d'une totale mauvaise foi. Humain, quoi. Ce roman est d’une infinie tristesse mais il déborde d’amour. Il est aussi plein d’humour, d’autodérision, de désespoir. On touche à la folie, à la passion, à la vie dans ce qu’elle propose de plus universel, ce mélange de sentiments allant de la colère à la compassion, de l’attendrissement au dégoût.

L’écriture de John Fante est très orale, elle coule avec une sidérante simplicité. J’adore la variété de son registre de langue. Le vulgaire côtoie des moments de pure beauté, les dialogues sonnent parfaitement juste, c’est tout ce que j’aime en fait.

Les cinq pages du chapitre six sont à tomber par terre. C’est pour moi l’exemple même de l’écrivain touché par la grâce. Jugez plutôt : "J’ai regagné ma chambre, remontant les escaliers de poussière de Bunker Hill, le long des bicoques en bois mangées par la suie qui longent cette rue obscure, avec ses palmiers étouffés par le sable, le pétrole et la crasse, ces palmiers si futiles qui se tiennent là comme des prisonniers moribonds, enchaînés à leur petit bout de terrain, les pieds dans le goudron. Rien que de la poussière partout et des vieilles bâtisses, avec tous ces vieux assis aux fenêtres, tous ces vieux qui sortent de chez eux à petits pas, qui se déplacent douloureusement dans la rue noire. Les vieux de l’Indiana, de l’Iowa et de l’Illinois, de Boston et Kansas City et DesMoines, qui vendent maisons et pas-de-porte et s’en viennent ici en train et en automobile, au pays du soleil, histoire de mourir au soleil, avec juste assez d'argent pour vivre jusqu'à ce que le soleil les tue. [...] Juste assez pour entretenir l'illusion que c'est vraiment le paradis et que leurs petites bicoques en papier mâché sont des vrais châteaux. Les déracinés, les gens vides et tristes [...] On est du même pays, eux et moi, on est les nouveaux californiens."

Fante mon amour ! Sans John Fante, je n’aurais jamais connu Selby et consorts. Sans John Fante, une certitude, ma vie de lecteur aurait été bien plus triste !

Demande à la poussière de John Fante. 10/18, 2002. 272 pages. 7,10 euros.

Une lecture commune que j'ai le plaisir de partager avec Syl, Nahe et Manu.



Un billet qui signe ma 1ère participation au mois américain



39 commentaires:

  1. Woawww...bel extrait en effet....et ce titre...déjà une invitation à la lecture...je note...merci...devrait pas être difficile à trouver celui-là...

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    1. Non il doit être très à facile à trouver, c'est devenu un classique.

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  2. Tu me donnes envie de le relire!

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  3. Gloups ! j'ai oublié de parler du style de l'auteur ! Gros oubli...
    En fait, j'ai été embarquée dans l'histoire et lorsque je l'ai terminée, je ne pensais qu'à Camilla et Arturo.
    J'ai préféré "Bandini". J'ai aimé la gouaille du père et la sainteté de la mère.
    Je suis bien contente d'avoir lu ces 2 titres. Merci Jérôme ! Tu es associé à Fante à présent !
    Quant à ton billet, il est un très bel éloge.

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    1. C'est parce que tu as eu envie de le lire que je m'y suis replongé. Merci à toi !

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  4. J'ai "Mon chien stupide" et "L'orgie" dans ma PAL.

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    1. Je les ai moi aussi, tu penses bien. Lus depuis longtemps mais si tu veux continuer l'aventure avec John Fante je t'accompagnerais avec plaisir.

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  5. Eh ben dis moi, quand tu aimes, ça se voit...! Bel article, vraiment... Mais au fait, vaut mieux lire Bandini avant non pour une néophyte...?

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    1. Pas forcément la peine de lire Bandini. Demande à la poussière est pour moi son chef d'oeuvre, autant commencer par celui-là.

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  6. La vache!!!! Quelle conviction... Quelle verve ! Quelle extrait! C'est tout simplement beau to billet. Tu sais que je ne sais plus où donner de la tête moi.... tssssss......

    Et comment je fais moi hein ???? :D

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    1. Désolé mais avec John Fante je ne pouvais pas faire autrement.

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  7. Je note ce titre, car ma précédente expérience avec l'auteur n'a pas été concluante.

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    1. Si tu ne dois lire qu'un titre de cet auteur, prends celui-là.

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  8. Jérôme, je te déteste quand tu me rappelles que je dois absolument lire cet auteur... ^_^

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    1. Keisha, il faut abso-lu-ment que tu lises cet auteur !! Tu sais ce livre, c'est un non-lecteur qui m'en avait parlé avec enthousiasme à l'époque (j'entends par non-lecteur, des gens qui lisent occasionnellement, sans trouver ça désagréable, mais en tout cas loin de notre passion des livres - même pas dans leur rubrique "hobbies"^_^). Forcément j'étais curieuse de ce livre qui avait réussi à passionner un non-lecteur ! Et j'ai compris. Hé ben depuis, je l'écoute.^_^ (heureusement que vu son rythme de lecture, il ne contribue pas trop à augmenter ma PAL;)).

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    2. A girl, non mais quand même, tu augmentes ma LAL chez les autres? Tu sais, j'ai déjà lu un de ses livres, mais il y a siiiiiiiiiiiiiii longtemsp (tu ne devais pas savoirl ire à l'époque)

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    3. hahaha oui c'est un nouveau concept, comme les LAL en photo sur son phone, augmenter les LAL chez les autres.^_^ Si tu te mets sur un Fante en 2014, invite-moi à une LC (Jérôme, on fait salon ici, désolée ^_^)

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    4. Vous pouvez faire salon ici, vous serez toujours les bienvenues. C'est un plaisir de lire vos échanges.

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  9. Une belle découverte, je comprends ton enthousiasme !

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    1. N'est-ce pas. C'est un roman et un auteur spécial pour moi...

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  10. Waouw, une vraie déclaration d'amour ! "In illo tempore" j'ai lu Bandini et Le vin de la jeunesse... j'avais aimé mais n'en ai pas lu d'autre...

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    1. Tu dois absolument lire "Demande à la poussière" !

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  11. Encore un qui attend dans ma PAL depuis des lustres...

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  12. Je veux absolument découvrir cet auteur !

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  13. Merci de m'avoir encouragée à le sortir de ma PAL celui-ci ! Tu lui fais une magnifique déclaration :-)
    C'est drôle, je dis des choses pareilles, mais bien moins bien que toi !

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    1. Ah ben non, pas moins bien, il est très beau ton billet je trouve.

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  14. quel texte! j'aime bien cet auteur et je vais le relire grâce à toi
    Merci
    Luocine

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    1. Pas de quoi, je suis le VRP officiel de John Fante et ça me plait !

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  15. Un de mes auteurs préférés!

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    1. Je sais que tu l'aimes beaucoup, comme Carver d'ailleurs. Tu es une femme de goût^^

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  16. Lu il y a quelques années, qu'est ce que j'avais aimé ce roman...

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    1. Sans doute un des cinq incontournables de ma bibliothèque.

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  17. Je viens de le terminer. C'est pas le coup de coeur ( après Céline et Buk, je crois que les coups de coeur dans ce genre-là seront très rares )mais j'ai passé un super bon moment. C'est le genre de livre qui marque et dont on garde un souvenir ému. Ton billet est magnifique et lui rend bien honneur ! Je compte lire Bandini dans quelques temps. Tu as un autre de ses titres à me conseiller ?

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    1. Parmi ses autres titres, j'aime beaucoup "Mon chien stupide". A éviter par contre selon moi "Rêves de Bunker Hill" et surtout "La route de Los Angeles" qui n'est vraiment pas bon.

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