lundi 30 septembre 2013

Le cycliste de Tchernobyl - Javier Sebastian

Vassia Nesterenko est ce vieil homme abandonné dans un self-service des Champs-Élysées et confié à la charge du narrateur, un fonctionnaire espagnol venu à Paris pour participer à la conférence internationale des poids et mesures. Il est aussi celui qui trouve refuge dans la cabine des auto-tamponneuses de Pripiat (la ville la plus proche de Tchernobyl) pour échapper aux chiens et qui circule à vélo entre les immeubles abandonnés. Mais il est également ce physicien menacé de mort par le KGB pour avoir dévoilé l’effroyable réalité de la catastrophe nucléaire et dénoncé la désinformation permanente mise en place par les sources officielles. Il fut l’un des tout premiers envoyés sur place et l’un des plus lucides aussi. Dès le début, il décida de venir en aide en priorité aux enfants et chercha à alerter les médias sur l’ampleur du drame. Une sincérité et une volonté de transparence qui lui valurent bien des inimités.

Il y a ce formidable décalage entre l’implacable réalité des chiffres (des millions de cancers), le discours politique rassurant qui relève forcément du mensonge d’état et la vie qui perdure dans les zones contaminées. Le monde des survivants de Pripiat, ou plutôt celui des condamnés en sursis, est un condensé d’optimisme et d’humanité, une volonté farouche de rester debout et de résister, quoi qu’il arrive : « Ils savent tous qu’ils doivent partir. Sinon ils vont mourir. Et pourtant ils sont là. » Parce que c’est ici qu’ils sont nés, parce que c’est ici qu’ils reviennent affronter une mort certaine, parce que c’est ici qu’ils veulent s’aimer, danser et chanter une dernière fois. Emmanuel Lepage avait parfaitement retranscrit cela dans Un printemps à Tchernobyl, Antoine Choplin aussi avec La nuit tombée et Javier Sebastian l’exprime ici à son tour. Un monde interlope où se croisent les résidents permanents, les pillards à la recherche de derniers vestiges à monnayer et même quelques touristes en quête de sensations fortes. Une communauté vibrante et solidaire dans un univers apocalyptique.

Le cycliste de Tchernobyl est un roman engagé, profondément antinucléaire. Sebastian parvient à mélanger des éléments scientifiques purement factuels et des tranches de vie romanesques avec une facilité déconcertante. La figure héroïque de Vassia, physicien altruiste seul contre tous, ayant très vite compris l’ampleur de la catastrophe et voulant à tout prix témoigner de la réalité de la situation, est d’une grande pureté. Un texte sombre, désespéré et humain, une grande réussite.

Le cycliste de Tchernobyl de Javier Sebastian. Métailié, 2013. 204 pages. 18 euros.

Une fois de plus, c’est une lecture commune que j’ai le plaisir de partager avec Marilyne.

L’avis de Leiloona 



32 commentaires:

  1. Celui-là, je tiens à le lire, je vais surveiller de près la bibliothèque ..

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    1. Il mérite que l'on s'intéresse à son cas.

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    1. Et ton billet est magnifique. Je te l'ai déjà mais je le répète avec plaisir ici.

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  3. Beaucoup de livres sur Tchernobyl en ce moment.

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    1. Ce coté apocalyptique a quelque chose de fascinant, qu'on le veuille ou non.

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  4. je ne suis pas souvent chez moi ces temps ci et j'ai du mal à lire et à commenter mes blogs préférés que je lis sur mon téléphone.Le côté militant de l'auteur me gène !
    Luocine

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    1. Ce n'est pas forcément à voir comme du militantisme. Les faits et les chiffres parlent d'eux mêmes !

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  5. Si je n 'avais pas autant à lire... je l'aurais noté.

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    1. Ta pal aura peut-être sacrément baissé quand il sortira en poche ;)

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  6. Effectivement, ce roman a l'air d'une belle surprise et d'une belle rencontre... S'il te marque autant il ne peut que me plaire !

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    1. Je pense qu'il ne pourrait que te plaire.

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  7. Je suis déjà assez désabusée sur le monde. Le genre de choses que je lis plus dans des articles que dans un roman.

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    1. Moi c'est l'inverse, je préfère aborder des thématiques de ce genre par le biais de la fiction.

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  8. Je veux le lire aussi ! Tiens, c'est le contraire de Manu pour moi : les romans m'attirent plus pour apprendre (même si je sais qu'il faut vérifier la part de vérité).

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    1. Je suis exactement comme toi. Et j'ai cru comprendre que tu allais bientôt pouvoir le découvrir, chouette !

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  9. On ne parlera jamais assez des ravages de Tchernobyl...

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    1. Tuas bien raison. Et en plus ici c'est fait de manière magistrale !

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  10. Bonsoir, sur ce thème je lirais la BD et je note aussi celui ci !
    Mais aujourd'hui je passe et laisse un commentaire pour te souhaiter une joyeuse Fête ! Bisous
    Amicalement

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    1. Merci Didi, ça me fait plaisir que tu aies pensé à ma fête.

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  11. Je l'ai noté. C'est un thème qui me plait particulièrement !

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    1. Et puis c'est un éditeur que tu apprécies. Rappelle toi de "Coup de sang" !

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  12. Tel que tu en parles ce livre doit être très intéressant et en même temps il doit faire très peur ...

    Jamais lu ce genre de livre, je note dans mes prochaines lectures

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    1. Bien sûr c'est terrifiant mais on ne peut se voiler la face devant de telles tragédies.

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  13. Je m'étonne d'une critique aussi positive pour un roman qui se permet d'utiliser le nom d'un homme réel, lequel fut un "Juste"face à la catastrophe de Tchernobyl, et est ici défiguré, présenté comme obsédé par sa propre sécurité, affolé par l'idée d'être tué, alors que le vrai Nesterenko fit toujours passer l'intérêt des enfants contaminés dont il s'occupait avant le souci de sa propre survie. Je signale aussi qu'il y a beaucoup d'erreurs, dont certaines tournent même au ridicule, dans cette fiction.

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  14. Quand les commentaires sont anonymes, quel crédit leur accorder ? Et qu'apporte ces propos au débat ? On a le courage de ses opinions. Ou pas. Je nommerai donc l’auteur de ces lignes Mr, Mme, Mlle Oupas et je l''invite malgré tout à se dévoiler. Ou pas....

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