lundi 16 septembre 2013

Lucia Antonia, funambule - Daniel Morvan

Accepter la perte. Lucia Antonia, funambule, ne peut s’y résoudre. Arthénice est tombée. Sa partenaire, son âme sœur, son double. Depuis la chute fatale, Lucia Antonia a quitté le cirque de son grand-père. « Ma famille m’a bannie […] je me suis bannie moi-même pour ne pas porter malheur au cirque. »

Aujourd’hui pourtant, sur cette presqu’île où elle a échoué, elle accepte à nouveau de déplacer son corps sur un fil. Sur cette presqu’île elle rencontre Eugénie et Astrée, réfugiées fuyant un pays en guerre, mais aussi un artiste peintre et un garçon voilier qui deviendra son ami. Sur cette presqu’île Antonia va peu à peu se reconstruire et accepter la perte.

Poétique et fragmenté, ce texte relève de l’esquisse. Par petites touches successives, Lucia Antonia brosse le portrait de sa douleur la plus intime. Tout en retenu, elle consigne dans de petits carnets la géographie de cette absence qu’elle ne parvient pas à surmonter. Arthénice le corps brisé. Cette partenaire, cette amie, cette jumelle. La mort d’Arthénice dont elle se sent responsable. Rien de larmoyant pour autant, aucun pathos. Les réflexions de Lucia Antonia naviguent entre ciel et terre, dans une sorte de rêverie éthérée.

Évidemment, j’aime cette écriture elliptique, tout en suggestion. Une écriture minuscule pouvant parfois sembler insaisissable et nébuleuse mais qui se révèle au final lumineuse. De la poésie, quoi. Et une forme de catharsis pour cette touchante funambule qui, grâce aux mots, parvient à faire les pas décisifs devant l’amener sur le chemin de la résilience et accepter la perte, enfin : « Il y avait près d’une année que tu étais morte, et c’est seulement ce jour où je me perdis en forêt que je pénétrai dans le territoire de ta mort. Ta voix me priait d’ouvrir jusqu’à elle le chemin de la perte, et je consentis à m’égarer. »

Un très beau texte.

Lucia Antonia, funambule de Daniel Morvan. Zulma, 2013. 130 pages. 16,50 euros.

Une fois de plus, c’est une trouvaille que je dois à mes pérégrinations bloguesques. Les tentatrices se nomment Un autre endroit pour lire et Anne et je les remercie pour cette bien jolie découverte.

Et c’est encore une lecture commune que j’ai le plaisir de partager avec Marilyne.



28 commentaires:

  1. Je l'ai noté, j'attendrai le bon moment, ce sont des lectures qui se savourent.

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    1. Oui il ne faut pas se précipiter avec un tel livre.

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  2. J'avais vu le billet des tentatrices que tu cites. Ton billet ajoute son poids dans la balance de l'envie...

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    1. Ton avis bientôt alors, je me demande ce que tu vas en penser.

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  4. Lucia Antonia navigue entre ciel et terre, ses mots aussi. Je ne voudrais pas faire dans la formule facile avec un texte si dense mais ce choix, cette image de la funambule dit tout de ce récit, la vie sur un fil.

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    1. Il y a de ça tu as raison. Et puis le fil est si fragile, difficile de trouver les mots pour évoquer la perte.

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  5. Et de trois avec l'avis le plus enthousiaste, j'ai noté

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  6. Je note... Ca a l'air diablement beau et savoureux.

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  7. Très joli billet touchant, émouvant, tout en finesse, merci :) Mais j'en resterai à cette page. Je suis à peine remise du livre de Besson "Son frère", j'attendrai un peu...

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    1. Je comprends. D'ailleurs je ne te conseillerais pas cette lecture, elle raviverait sans doute des plaies douloureuses.

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  8. C'est étrange et elle me rappelle "Neige".
    Je note également.
    Beau billet.

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    1. Neige de Maxence Fermine tu veux dire ? Tout le monde en dit le plus grand bien et pourtant je ne l'ai toujours pas lu.

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  9. Marilyne et toi me donnez vraiment envie de relire ce livre ! Quel beau billet, une fois de plus...

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    1. N'oublie qu'au départ c'est toi (entre autre) qui nous a donné envie de le lire.

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  10. beau livre visiblement
    je croule un peu sous les bonnes idées mais c'est déjà mieux qu ede ne rien trouver à lire!!
    Luocine

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    1. Voila, au moins tu prends les choses du bon coté.

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  11. Une fois de plus, tu nous tentes !

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  12. Aah c'est ça mon problème, je n'ai aucune sensibilité pour la poésie, et même parfois elle m'irrite, du coup ce genre de livre me fait fuir.:)

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    1. Rassure-toi tu n'es pas la seule, je connais d'autres personnes allergiques à ce type de récit.

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  13. Je l'ai lu et partage largement ton avis ! Très beau roman !

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