mercredi 25 septembre 2013

June - Nicolas Moog

Quand papa boit, c’est toute la famille qui trinque. Otis picole en cachette mais quand il rentre à la maison puant la vinasse, il ne trompe personne. Otis est malade. L’alcool le ronge petit à petit. Il en a conscience mais ses démons sont plus forts que lui : « Le docteur a dit qu’une rechute serait catastrophique. Le docteur a dit qu’une hospitalisation à la demande d’un tiers serait la seule solution face à cette catastrophe. Le docteur a dit que le tiers le plus approprié, c’était moi. »

Fébrilité, crise de délire, dépression… le mal est chaque jour plus profond. Sa femme ne baisse pas les bras mais elle sait que la démarche vers le sevrage doit venir de lui. Quant aux enfants, ils vivent les choses difficilement. Thomas le fils a compris à quel point son père est fragile et si la petite June semble perdue devant l’ampleur de la situation, elle continue de lui vouer un amour sans borne : « Mon papa, il a jamais fait de mal à personne. Pourquoi il serait devenu le diable tout à coup ? Il voulait pas qu’on sache que c’était la foire dans sa tête… alors il buvait. Comme un trou. A un moment il était oppressé comme un citron, il a plus supporté. Il voulait pas avoir l’air faible… comme si c’était un problème, comme si c’était honteux.  C’est pour ça. Il nous a tellement donné… »

L’album est découpé en courts chapitres. Une succession de scénettes où les protagonistes donnent tour à tour leur point de vue. Le huis clos familial, cette volonté commune de ne pas ébruiter la situation, de ne rien dire aux voisins et aux amis. Si Otis a disparu depuis quelques semaines c’est parce qu’il est parti rendre visite à sa mère dans le sud. La fraternité entre les enfants, le soutien mutuel que l’on s’apporte pendant cette période difficile. La joie du retour à la maison après la cure. La mère, pleine d’espoir et de doutes : « Et la vie continue. Comme avant… enfin espérons. »

Les choses sont exposées sans fard, la simplicité du dessin et du découpage rend la narration d’une parfaite limpidité. Je ne connais pas Nicolas Moog ni son parcours mais on sent du vécu dans ce scénario. J’ai aussi beaucoup aimé la fin ouverte. Pas de happy end. Une histoire en suspens. Malgré l’apparente guérison, le mal rôde, une rechute est toujours possible… C’est fort. Très fort.

June de Nicolas Moog. 6 pieds Sous Terre, 2011. 56 pages. 20 euros.

L'avis d'Oliv





30 commentaires:

  1. Je viens de découvrir Nicolas Moog puisqu'il a réalisé un reportage pour le numéro 1 de La Revue Dessinée. J'aime beaucoup son coup de crayon. Je serais tentée de découvrir cet album-là du coup. Ce que tu en dis donne envie

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    1. C'est dommage, j'ai emprunté cet album à la médiathèque sinon je l'aurais bien fait voyager jusqu'à toi.

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  2. Un thème difficile, très dur...que certain ont vécu enfant...Personnellement cet album ne m'apprendra rien que je n'ai déjà vécu...l'extrait que tu cites est bouleversant, magnifique...mon papa n'a jamais rechuté...même quand le "crabe" a fait son œuvre...la vie continue...

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    1. C'est un album qui peut en effet "remuer" beaucoup de choses chez nombre de lecteurs. Et comme tu dis quoi qu'il arrive, la vie continue.

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    1. C'est de toute façon une BD très touchante.

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  4. Un thème difficile oui... Se remet-on de la honte et de l'angoisse vécues...

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    1. Et figure-toi que ta question trouve un semblant de réponse dans les toutes dernières pages où l'on voit la petite June devenue adulte...

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  5. Je prends ! Il fait suite à la lecture bouleversante que je viens de finir !

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    1. Alors n'hésite c'est un bien bel album malgré son thème difficile.

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  6. Tiens, je vais relire mon avis !! Mais j'ai beaucoup aimé le tien !!! Mieux, je suis très content de voir cet album chroniqué de ce côté de ta berge ;)

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    1. J'ai vraiment rencontré cet album par hasard sur un présentoir de la médiathèque. Une heureuse rencontre !

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    1. Je n'y avais pas pensé mais je ne crois pas. Malgré cette fin ouverte, il me semble qu'il a mené son scénario à son terme.

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  8. Mmhh... Malgré ton billet élogieux, je passe mon chemin. Pas du tout envie de lire sur ce sujet en ce moment.

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    1. Je comprends, c'est un sujet délicat et particulier.

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  9. Je me suis dit... mais c'est qui ce petit bout de chou tout seul...
    L'histoire n'est pas joyeuse ! remarque je m'en doutais en voyant la couverture...
    Je ne note qu'à moitié. Je suis comme Soukee, pas trop envie de ce genre d'histoire et pourtant, on dirait qu'il y a de l'optimisme à la fin.

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  10. Je note. J'iame les lectures coups de poing.

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    1. ça remue un peu, c'est un fait. Maintenant tu vas peut-être trouver cet album trop court...

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  11. Ce n'est pas un sujet facile a abordé. Mais cette bande-dessinée a l'air de le traiter de façon réaliste. Je la note donc.

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    1. De façon réaliste et surtout tout en subtilité je trouve. C'est la grande force de cet album.

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  12. Noté ! Un coup de coeur, un coup de poing, j'en veux des lectures comme ça !

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    1. Oui il me semble que ça pourrait bien te convenir. Même remarque qu'à Mo', si je ne l'avais pas emprunté je l'aurais volontiers fait voyager...

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  13. J'aime beaucoup cette maison d'édition. J'y ai toujours trouvé de petites pépites. Et June me semble être une jolie découverte à faire.

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    1. J'avoue que je connais très peu cet éditeur mais je ne doute pas qu'il publie des albums de qualité.

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  14. Je l'avais déjà noté il y a longtemps celui-là, mais je l'avais complètement oublié. Je renote donc ;)

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    1. Oui tu peux renoter parce que c'est vraiment très bon.

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  15. Oh, ça semble vraiment intéressant. Merci pour ce billet. Je vais tenter de me la procurer :)

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