mercredi 13 janvier 2016

Martin Eden d’après le roman de Jack London – Aude Samama et Denis Lapière

Martin Eden, marin des bas fonds d’Oakland, est invité à dîner par un fils de bonne famille qu’il a défendu lors d’une rixe. Il rencontre au cours de la soirée la délicate Ruth, dont il tombe éperdument amoureux. Pour s’élever socialement et briller aux yeux de sa belle, Martin décide de s’instruire par la lecture.

Autodidacte forcené, travailleur acharné, Martin devient un homme cultivé et se lance dans l’écriture. Malgré ses efforts, tous ses manuscrits sont rejetés par les éditeurs. Il finit par nouer avec Ruth une tendre et sincère relation amoureuse mais lorsqu’un journal local le présente comme un socialiste après une réunion syndicale, sa fiancée rompt les ponts définitivement. Peu après, ses écrits sont publiés et connaissent un succès phénoménal. Devenu un écrivain célèbre, Martin décide de fuir le monde et de retourner en mer…

Martin, aveuglé par l’amour, désireux d’intégrer la bourgeoisie en s’élevant culturellement, va se heurter au cloisonnement des conventions de classe. Ruth, qui soutient dans un premier temps ses tentatives d’écriture, souhaite rapidement le voir s’engager dans une direction professionnelle plus stable et surtout plus conforme aux souhaits de sa famille. Elle devient  un muse néfaste qui, par conformisme, va couper les ailes de l’artiste en devenir. Après leur séparation, Martin souffre terriblement, et au moment où ses talents sont reconnus, où il obtient ce qu’il désire et peut enfin vivre de sa plume, il ne ressent que tristesse et désillusion.

Le trait d’Aude Samama, influencé par l'expressionnisme allemand, m’a rappelé celui de Nadja (« Les filles de Montparnasse »). Son travail à la gouache offre des nuances chromatiques quasi infinies. Et même si cette représentation plus proche de la peinture que du dessin a tendance à « figer » les personnages et souffre par conséquent d’un certain manque de souplesse, cela ne nuit en rien à un récit qui reste dans l’ensemble très statique.

Une belle adaptation de ce roman du désenchantement, surement le plus autobiographique de London. Un roman qui dresse le portrait en creux d’un écrivain narcissique et idéaliste sombrant dans la dépression et l’autodestruction. L’histoire ne dégouline certes pas d’optimisme béat mais dégage une forme de beauté romantique assez fascinante.

Martin Eden d’après le roman de Jack London – Aude Samama et Denis Lapière. Futuropolis, 2016. 175 pages. 24,00 euros.



La BD de la semaine,
c'est aujourd'hui chez Stephie




36 commentaires:

  1. Dans ma PAL... et le parallèle que tu fais avec le trait de Nadja... mmh ;)

    RépondreSupprimer
  2. Peut-être pas à lire en ce moment avec ce noir, ce vent et cette pluie ;-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Au contraire, c'est une lecture de saison ;)

      Supprimer
  3. Tiens, tiens, irai y jeter un œil ... ou 2 ;-)
    merci jeune homme
    bizzzzzz

    RépondreSupprimer
  4. Tu sais que j'ai le roman dans ma pal depuis.....pff... J evais peut-être commencer par là ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Si tu l'as sous le coude, c'est préférable, oui.

      Supprimer
  5. Je n'ai pas lu ce roman de London, mais si je tombe sur cette adaptation à la médiathèque je le prends.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ce sera l'occasion de le découvrir, en images ;)

      Supprimer
  6. Une beauté romantique fascinante, tout un programme....

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est ce que j'y ai trouvé en tout cas.

      Supprimer
  7. Le dessin me parle, l'histoire aussi...! Une tentation de plus, c'est malin ! ;-)

    RépondreSupprimer
  8. Tu as lu le roman de London? J'ai très envie de lire depuis qu'il m'a été conseillé par un ami.
    Et cette BD-là, je l'attends de pied ferme tant elle me parait belle.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pas lu le roman, non. Mais j'ai envie maintenant.

      Supprimer
  9. Une adaptation BD d'un roman de Jack London ? C'est pour moi !! :D

    RépondreSupprimer
  10. J'ai failli l'acheter la semaine dernière et puis je ne l'ai pas fait... je n'ai toujours pas lu le roman de London, qui est pourtant, parait-il, très bon, voire son meilleur... tout en étant le plus autobiographique.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le plus autobiographique, c'est certain.

      Supprimer
  11. je n'accroche pas trop au dessin mais ton billet en dit tant de bien...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le dessin est particulier, mais il a son charme.

      Supprimer
  12. Je sens que cet album va devenir un incontournable! Cela tombe bien je n'avais pas l'intention de lire le roman de London avant un moment.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. JE ne sais s'il va devenir un incontournable, mais c'est une adaptation réussie.

      Supprimer
  13. Pas certaine d'aimer cette mode des adaptations en BD

    RépondreSupprimer
  14. D'abord le roman avant (éventuellement) la BD. Je dois dire que tu m'as bien donné envie de lire ce titre de Jack London. Quant à la BD, les illustrations ne m'emballent pas trop comme ça, ce côté gouache qui "fige" comme tu dis, mais le rendu m'intrigue assez pour que j'y regarde de plus près au détour d'une librairie.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le rendu est vraiment spécial, on peut y rester insensible, mais moi ça me plait ;)

      Supprimer
  15. Je sais pas ça ne me fait pas envie...

    RépondreSupprimer
  16. Il faut lire le bouquin , absolument passionnant ! Martin Eden est tout sauf un écrivain narcissique , mais c'est vraiment la figure de l'autodidacte , travailleur acharné qui va se brûler les ailes dans l'intransigeance et la soif d'absolu, comme tu le dis. Je suis heureuse qu'une bd travaille ce texte superbe et humain , tellement humain ...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai lu une bio de London et il expliquait à un journaliste que ce roman était en premier lieu une mise en scène de l'écrivain égoïste et narcissique mais qu'il avait dû mal si prendre car personne ne retenait cette interprétation.

      Supprimer
  17. le roman de mon adolescence , j'ai adoré et pleuré en lisant ce livre. je n'ai guère envie de le lire en BD

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je te comprends, les romans qui marquent l'adolescence sont sacrés ;)

      Supprimer
  18. Une adaptation cinématographique de London, j'aime l'idée! :D
    Voilà qui pourrait vraiment me plaire...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est pas un film, hein, c'est de la BD !

      Supprimer

Je modère les commentaires pour vous éviter les captcha pénibles de Google. Je ne filtre rien pour autant, tous les commentaires sans exception seront validés au plus vite, promis !