mercredi 9 octobre 2013

Les nombrils T6 : Un été trop mortel - Delaf et Dubuc

Drôle d’été pour les nombrils. Les trois inséparables amies suivent désormais leur propre route. Karine ne quitte plus Albin et son groupe de musique, Jenny passe son temps à draguer sur la plage et Vicky est envoyée par ses parents dans un camp de remise à niveau pour les élèves nuls en anglais. De nouvelles rencontres en événements inattendus, de petits drames en belles surprises, chacune va  vivre des moments très particuliers. Leurs trajectoires vont évidemment à nouveau se croiser pour un final à rebondissement qui clôt un cycle important de la série.

Chaque nouvel album des nombrils se fait attendre mais au regard de la qualité de l’ensemble, on ne pourra jamais reprocher aux auteurs de prendre leur temps. Loin de la série à gags classique, ils font évoluer constamment leurs héroïnes et leur environnement. Rien n’est laissé au hasard, l’introduction de chaque nouveau personnage est travaillée à l’extrême et prend son sens sur la durée. Ici, parmi les nouveaux venus, mention spéciale au maître nageur craquounet au QI d’huitre Jean-Franky et à la gothique Mégane dont on se doute qu’elle va prendre à l’avenir une place de plus en plus conséquente.

La construction du récit se révèle imparable. Par exemple un épisode à priori anodin de la page 31 revient comme un boomerang de façon inattendue à la toute dernière planche. Et puis il y a toujours ce ton un peu vachard, les répliques nunuches de Jenny, l’égocentrisme de Vicky, le cynisme de ses parents, bref une marque de fabrique qui fait des nombrils LA série jeunesse du moment. Si j’avais un seul petit bémol à émettre je dirais que Karine devient de plus en plus transparente, tenant au mieux le rôle de faire-valoir. En fait, on sent les auteurs beaucoup plus à l’aise pour mettre en scène ses deux acolytes.

A la lecture de ce nouvel album, difficile de ne pas reconnaître que le succès de la série est amplement justifié. D’ailleurs j’ai une fan à la maison qui attendait ce sixième volume avec la plus grande impatience et qui l’a dévoré en deux temps trois mouvements.


Les nombrils T6 : Un été trop mortel de Delaf et Dubuc. Dupuis, 2013. 50 pages. 10,60 euros. 








mardi 8 octobre 2013

Suite à un accident grave de voyageur - Eric Fottorino

En septembre 2012, trois personnes se sont jetées sur les voies du RER dans les Yvelines, non loin de chez l’auteur. Des tragédies que la SNCF qualifie d’ « accident grave de voyageur. » Pour Éric Fottorino, c’est bien plus que cela : « Je ne reconnaissais rien dans ces paroles désincarnées. Elles composaient un chef d’œuvre d’évitement. L’accident grave n’évoquait aucun geste, ne suggérait aucune image. Il relevait d’une langue vidée de sa substance, dénuée de compassion. Une suite de mots pour ne plus y penser, pour passer à autre chose. »

Fottorino, utilisateur quotidien des transports en commun, s’interroge sur les raisons de cette déshumanisation. Il voudrait redonner aux victimes la dignité qu’elles méritent. Des morts passées sous silence par les médias et que la SNCF ne considère que comme des problèmes techniques : « L’échelle des priorités s’imposait dans sa crudité, sa cruauté. Le suicide sur les voies n’est pas une vie de perdu. C’est du temps de perdu. L’existence de tous est contrariée par la défaillance d’un seul. Des retards. Des arrêts inopinés. Des trains qui n’arriveront pas à l’heure. Il faut aller vite. S’assurer que le trafic peut être rétabli. » Des morts dont on se fiche ou pire, qui agacent. Sur certains forums, les usagers se lâchent. Ces suicidés ne sont que des égoïstes qui auraient mieux fait d’avaler des médocs ou de se tirer une balle dans la tête plutôt que d’embêter le monde. Ces suicidés anonymes dont on ne retient que le geste, dont l’existence n’intéresse personne. Heureusement, il y a aussi des messages de résistance au cynisme ambiant. D’aucuns voient  « dans ces gestes la volonté de choquer et d’exhiber sa détresse avec une violence indécente, comme un reproche à notre indifférence ». L’auteur pense aussi aux témoins directs qui, pour la plupart, ne pourront jamais oublier ce qu’ils ont vu.

Ce texte est, entre autres, un cri de douleur poussé face au mépris et à l’indifférence, mais j’ai apprécié le fait que Fottorino ne se mette pas au-dessus de la mêlée : « Combien de fois ai-je moi-même pesté à l’annonce d’un retard dû à un accident de personne ? Suis-je donc devenu insensible aux autres ? Je préfère croire que les trains de banlieue anesthésient mes émotions. [ …] Le temps du trajet, je ne suis plus tout à fait humain. Je ferme mes yeux à la laideur, mon cœur à la misère ».  A aucun moment il n’endosse le costume du donneur de leçon. Il voudrait juste comprendre comment un geste aussi irréparable est possible : « Je me demande si on s’entraîne à mourir. Si se jeter sur les voies est un crime prémédité contre soi. Ou un meurtre sans coupable. »  La réflexion est profonde et parfaitement construite, l’écriture magnifique. Un texte rare dont la beauté n’a, je trouve, rien de morbide.

Une découverte que je dois à Philisine Cave. Elle a une fois de plus joué son rôle de tentatrice à la perfection.


Suite à un accident grave de voyageur d’Eric Fottorino. Gallimard, 2013. 62 pages. 8,20 euros.


lundi 7 octobre 2013

Volt - Alan Heathcock

Un père qui écrase accidentellement son enfant avec un tracteur et perd les pédales. Un homme demandant à son gamin de l’aider à faire disparaître le corps d’un conducteur récalcitrant. Un pasteur et sa femme qui ne se remettent pas de la mort de leur fils en Irak. Une femme shérif désemparée devant la folie des hommes. Une paysanne un peu cintrée qui déambule dans un labyrinthe de maïs…

Tout cela se passe à Krafton, dans le trou du cul de l’Amérique. L’enfer sur terre. Des baraques déglinguées et des âmes cabossées. Des voitures en ruine, de la boue partout. Les éléments se déchaînent, les eaux recouvrent cette ville de péchés  et chacun semble chercher une impossible  rédemption. C’est sombre, violent, d’une infinie tristesse. Dans chacune de ces nouvelles, il y a au moins un personnage qui, à un moment ou un autre, pleure. Le plus souvent, d’ailleurs, ce sont des hommes.

Un beau recueil donc, à l’écriture poétique et enlevée, mais qui ne m’a pas pour autant totalement enthousiasmé. Il manque ce petit grain de folie, ce coté abrasif qui mettrait le feu aux poudres. La comparaison avec Donald Ray Pollock n’a pas lieu d’être, Heathcock restant dans l’ensemble beaucoup trop sage. Parmi les nouvellistes américains découvert il y a peu, Frank Bill et Anthony Doerr restent pour moi un cran au dessus. Pour autant, mon point de vue est comme d’habitude totalement subjectif. Faites-vous donc votre propre idée…

Volt d’Alan Heathcock. Albin Michel, 2013. 296 pages. 23 euros.


Une lecture commune que j’ai le plaisir de partager avec Anne et Clara.



samedi 5 octobre 2013

Trembler te va si bien - Risa Wataya

 « Etô Yoshika, vingt-six ans. Nationalité japonaise, groupe sanguin B, employée à K.K. Mareuil, facilement acnéique. Copain zéro, économies zéro. Loyer mensuel 75 000 yens. Ce que je déteste : les glandeurs. Ce que j'aime : le ragoût de bœuf. Ma passion du moment : chercher sur Wikipédia les espèces animales éteintes. »

Yoshika est célibataire mais elle a deux amoureux. Du moins, elle est restée follement amoureuse d’Ichi, la star du lycée qu’elle n’a pas revue depuis des années. Malheureusement Ichi ne s’est jamais intéressé à elle. Ce n’est pas le cas de Ni, un collègue du bureau lui ayant officiellement demandé si elle souhaitait devenir sa petite amie. « Ni, c’est l’ex-sportif affublé d’un petit début de bidon propre au buveur de bière, le type qui fixe sa vieille coupe ras du crâne quelque peu défraîchie au gel extrafort, grand nez, grands yeux, le type qui dégage une aura chaude et humide comme l’épaisseur d’un bento tout frais. » Entre les deux son cœur balance. Quoi que… Elle ne ressent rien pour Ni mais au moins il lui offrira une certaine sécurité affective. Seulement, lorsqu’Ichi réapparaît à une réunion d’anciens élèves, Yoshika se dit qu’elle va peut-être enfin avoir sa chance avec celui auquel elle n’a jamais cessé de penser depuis la fin de son adolescence…

Ça démarrait bien. Yoshika, jeune femme un peu paumée mais pleine de fraîcheur et d’humour raconte son quotidien avec une belle autodérision. Elle analyse avec finesse ses relations compliquées aux autres. On sourit devant les incertitudes amoureuses qui occupent ses pensées la plupart du temps et on se dit qu’elle est finalement aussi lucide que naïve. Bref, un portrait de femme sans doute assez typique d’un grand nombre de jeunes japonaises actives d’aujourd’hui très joliment troussé.

Mais dans le dernier tiers du roman le soufflé retombe. Les atermoiements de Yoshika deviennent exaspérant et on a juste envie de lui mettre un bon coup de pied aux fesses pour qu’elle cesse de se plaindre et se remue un peu, pour qu’enfin elle prenne les rennes et arrête de subir les événements. En fait ce dernier tiers est trop psychologique pour moi. La confession n’est plus légère et drôle, elle agace. C’est simple, j’ai eu l’impression d’être un psy auquel s’adresse une patiente. Mais je ne suis pas un psy, je suis juste un lecteur et j’avoue que la fin du roman m’a paru terriblement ennuyeuse.

Je retenterai néanmoins le coup avec cette auteure parce que j’ai trouvé le début de son récit excellent. Peut-être avec « Appel du pied », le roman qui lui fit gagner le prix Akutagawa (le Goncourt japonais) alors qu’elle n’avait que 19 ans. Dernier détail, je trouve le titre très beau mais je ne lui vois strictement aucun rapport avec le texte. Si quelqu’un a une explication je suis preneur.

Trembler te va si bien de Risa Wataya. Picquier, 2013. 144 pages. 16 euros.




vendredi 4 octobre 2013

La célèbre Marilyn - Olivier de Solminihac

Marilyn, c’est bien simple, personne ne fait attention à elle. Elle n’a qu’un seul ami et le jour où il est malade, il ne lui reste plus personne à qui parler. De toute façon un seul ami ce n’est pas assez selon elle pour exister. Pour exister, il faut être célèbre. Sans forcément faire quoi que ce soit de particulier pour le devenir. Son idée ? Se planter au milieu de l’école avec à la main un stylo et un calepin pour signer des autographes. A priori, impossible que cela fonctionne. Mais il suffit parfois de pas grand-chose pour déclencher un effet « boule de neige »…  

Un roman jeunesse sans prétention et finalement sans grand intérêt. C’est bien écrit et le narrateur est malicieux mais le propos est convenu et les situations présentées trop simplistes. Se poster dans la cour de récré pour signer des autographes alors que l’on a aucun talent particulier et connaître ainsi la gloire, c’est prendre les enfants pour plus bêtes qu’ils ne sont il me semble. Bien sûr il y a un message derrière tout ça. La célébrité, n’importe qui peut y accéder (clin d’œil appuyé à la téléréalité)  et on fini toujours par s’en mordre les doigts. Certes. C’est dans l’air du temps et ça peut faire réfléchir mais je ne suis pas convaincu par la façon dont l’auteur mène sa barque.

Un texte court, qui se lit très vite mais qui, je le crains, s’oublie aussi très rapidement. En ce qui me concerne il ne m’en restera rien d’ici peu…


La célèbre Marilyn d’Olivier de Solminihac. L’école des loisirs, 2013. 70 pages. 8,00 euros. A partir de 8-9 ans.

jeudi 3 octobre 2013

Les pieds bandés - Li Kunwu

 « L’âge idéal est six ou sept ans quand la peau est douce et les articulations tendres. Il faut d’abord préparer deux petites paires de souliers bien cousus et tout l’équipement nécessaire : une bande blanche de tissu de chanvre, raidie avec l’amidon, bien sèche et enroulée ; également une paire de ciseaux, un dé à coudre, une bonne aiguille et du gros fil de couture, sans oublier de l’alcool jaune, une cuvette, du coton, des chutes de tissu… Ah oui, j’allais oublier, il faut encore du sang frais de chèvre. »  « La potion est amère mais le jeu en vaut la chandelle. » 

Au début du 20ème siècle, en Chine, si une femme voulait se marier avec un fils de bonne famille, elle devait avoir de tout petits pieds. Et pour avoir de tout petits pieds, il fallait les bander de manière abominable, une vraie torture. Une torture qu’a dû endurer Chunxiu. Elle n’avait que huit ans lorsqu’on lui a bandé les pieds. Dix ans plus tard, alors qu’elle était devenue une magnifique jeune femme prête à marier, l’armée révolutionnaire renversa l’empereur et édicta de nouvelles règles. Les vestiges de l’institution féodale furent bannis et le bandage des pieds interdit. Retournant dans son village natal, Chunxiu devint, suite à un événement tragique, une simple paysanne puis la nounou de Li Kunwu, l’auteur de ce one-shot en tout point édifiant.

Un douloureux destin de femme intimement lié à celui de son pays. Un destin individuel qui symbolise l’évolution de la Chine et sa marche forcée vers la révolution communiste. J’ai trouvé les pages où est décrite la technique du bandage à la limite de l’insoutenable. Quelle horreur ! Le personnage de Chunxiu est pour sa part touchant. Elle a traversé avec une étonnante dignité une existence pas épargnée par le malheur. Li Kunwu mélange avec bonheur la petite et la grande histoire. Son propos est clair et la progression chronologique se fait sans heurts. Une vraie maîtrise de la narration en somme.  

Coté dessin, j’ai bien aimé ce noir et blanc (of course !) à l’encrage épais et un peu tremblotant. Les scènes de foule et de marché sont notamment très réussies.

Un bel album, riche et instructif. En même temps c’était une recommandation de Mo’ et de Marilyne donc je ne prenais pas de grands risques en me lançant dans cette lecture.


Les pieds bandés de Li Kunwu. Kana, 2013. 127 pages. 15 euros.

Les avis de Mo', Cristina et Audouchoc.





mercredi 2 octobre 2013

Les filles de Montparnasse T1 : Un grand écrivain - Nadja

1873 à Paris. Sur les ruines de La Commune, la vie continue. A Montparnasse,  quatre jeunes femmes se partagent le même appartement. Garance peint, Rose-Aymée est modèle, Élise voudrait devenir chanteuse et Amélie écrit. Quatre destins de femmes dans un Paris bohème et artistique d’une étonnante modernité.

Nadja entremêle les trajectoires de ses héroïnes avec facilité. Mais sous le vernis d’une apparente liberté, on constate à quel point elles évoluent dans un univers totalement sous l’emprise des hommes. Pour chanter, Élise doit se soumettre aux désirs d’un patron de cabaret tandis qu’Amélie effectue son travail de correctrice sous la coupe d’un éditeur lui faisant comprendre qu’elle ne gagnera jamais autant en travaillant sur ses propres textes. Pour autant, dans ce monde très masculin, ces filles rêvent, pleurent, désirent. Leurs échangent sont sans tabous et chacune d’elle exhale à sa manière une grande sensualité.

Auteur bien connue pour sa production jeunesse (Le chien bleu), Nadja propose un style graphique particulier, chaque case étant entièrement réalisée à la gouache. C’est spécial mais très expressif et l’ensemble se révèle au final visuellement fort intense.  A noter que l’album s’ouvre sur un long passage onirique, ce qui ne manquera pas de rappeler aux lecteurs connaissant bien son œuvre que chez Nadja, le rêve occupe toujours une place importante.

Les filles de Montparnasse est une tétralogie dont le troisième volume sort demain. Un joli portrait de femmes au parti-pris graphique original aussi séduisant qu'efficace.

Les filles de Montparnasse T1 : Un grand écrivain de Nadja. Olivius, 2012. 230 pages. 24 euros.








mardi 1 octobre 2013

Demande à la poussière - John Fante

Arturo, le héros de  Bandini, a bien grandi. Jeune adulte expatrié à Los Angeles, il se rêve écrivain et vient de publier sa première nouvelle dans une revue. En attendant que son talent lui ouvre les portes de la gloire, il crève la faim dans une chambre sordide, bouffant de la vache enragée et ayant toutes les peines du monde à payer son loyer. Et puis dans cette ville immense, Arturo est seul, tellement seul. Dans un troquet minable où le café est pire que de l’eau de vaisselle, il va rencontrer Camilla, une serveuse d'origine mexicaine dont il va tomber fou amoureux, pour le meilleur et surtout pour le pire.

Ah le bonheur ! Grâce à cette lecture commune proposée par Syl, j’ai pu replonger dans un texte découvert il y a 20 ans. Un roman culte, incontournable, une pépite qui a déclenché en moi un coup de foudre pour la littérature américaine. Demande à la poussière est une réécriture de La faim de Knut Hamsun. Il y a dans ces pages une vitalité, une fraîcheur, une urgence et une liberté de ton incomparables. Les phrases se bousculent, Arturo est tour à tour égocentrique, affreusement méchant, imbuvable, touchant ou exaspérant, parfois d'une totale mauvaise foi. Humain, quoi. Ce roman est d’une infinie tristesse mais il déborde d’amour. Il est aussi plein d’humour, d’autodérision, de désespoir. On touche à la folie, à la passion, à la vie dans ce qu’elle propose de plus universel, ce mélange de sentiments allant de la colère à la compassion, de l’attendrissement au dégoût.

L’écriture de John Fante est très orale, elle coule avec une sidérante simplicité. J’adore la variété de son registre de langue. Le vulgaire côtoie des moments de pure beauté, les dialogues sonnent parfaitement juste, c’est tout ce que j’aime en fait.

Les cinq pages du chapitre six sont à tomber par terre. C’est pour moi l’exemple même de l’écrivain touché par la grâce. Jugez plutôt : "J’ai regagné ma chambre, remontant les escaliers de poussière de Bunker Hill, le long des bicoques en bois mangées par la suie qui longent cette rue obscure, avec ses palmiers étouffés par le sable, le pétrole et la crasse, ces palmiers si futiles qui se tiennent là comme des prisonniers moribonds, enchaînés à leur petit bout de terrain, les pieds dans le goudron. Rien que de la poussière partout et des vieilles bâtisses, avec tous ces vieux assis aux fenêtres, tous ces vieux qui sortent de chez eux à petits pas, qui se déplacent douloureusement dans la rue noire. Les vieux de l’Indiana, de l’Iowa et de l’Illinois, de Boston et Kansas City et DesMoines, qui vendent maisons et pas-de-porte et s’en viennent ici en train et en automobile, au pays du soleil, histoire de mourir au soleil, avec juste assez d'argent pour vivre jusqu'à ce que le soleil les tue. [...] Juste assez pour entretenir l'illusion que c'est vraiment le paradis et que leurs petites bicoques en papier mâché sont des vrais châteaux. Les déracinés, les gens vides et tristes [...] On est du même pays, eux et moi, on est les nouveaux californiens."

Fante mon amour ! Sans John Fante, je n’aurais jamais connu Selby et consorts. Sans John Fante, une certitude, ma vie de lecteur aurait été bien plus triste !

Demande à la poussière de John Fante. 10/18, 2002. 272 pages. 7,10 euros.

Une lecture commune que j'ai le plaisir de partager avec Syl, Nahe et Manu.



Un billet qui signe ma 1ère participation au mois américain



lundi 30 septembre 2013

Le cycliste de Tchernobyl - Javier Sebastian

Vassia Nesterenko est ce vieil homme abandonné dans un self-service des Champs-Élysées et confié à la charge du narrateur, un fonctionnaire espagnol venu à Paris pour participer à la conférence internationale des poids et mesures. Il est aussi celui qui trouve refuge dans la cabine des auto-tamponneuses de Pripiat (la ville la plus proche de Tchernobyl) pour échapper aux chiens et qui circule à vélo entre les immeubles abandonnés. Mais il est également ce physicien menacé de mort par le KGB pour avoir dévoilé l’effroyable réalité de la catastrophe nucléaire et dénoncé la désinformation permanente mise en place par les sources officielles. Il fut l’un des tout premiers envoyés sur place et l’un des plus lucides aussi. Dès le début, il décida de venir en aide en priorité aux enfants et chercha à alerter les médias sur l’ampleur du drame. Une sincérité et une volonté de transparence qui lui valurent bien des inimités.

Il y a ce formidable décalage entre l’implacable réalité des chiffres (des millions de cancers), le discours politique rassurant qui relève forcément du mensonge d’état et la vie qui perdure dans les zones contaminées. Le monde des survivants de Pripiat, ou plutôt celui des condamnés en sursis, est un condensé d’optimisme et d’humanité, une volonté farouche de rester debout et de résister, quoi qu’il arrive : « Ils savent tous qu’ils doivent partir. Sinon ils vont mourir. Et pourtant ils sont là. » Parce que c’est ici qu’ils sont nés, parce que c’est ici qu’ils reviennent affronter une mort certaine, parce que c’est ici qu’ils veulent s’aimer, danser et chanter une dernière fois. Emmanuel Lepage avait parfaitement retranscrit cela dans Un printemps à Tchernobyl, Antoine Choplin aussi avec La nuit tombée et Javier Sebastian l’exprime ici à son tour. Un monde interlope où se croisent les résidents permanents, les pillards à la recherche de derniers vestiges à monnayer et même quelques touristes en quête de sensations fortes. Une communauté vibrante et solidaire dans un univers apocalyptique.

Le cycliste de Tchernobyl est un roman engagé, profondément antinucléaire. Sebastian parvient à mélanger des éléments scientifiques purement factuels et des tranches de vie romanesques avec une facilité déconcertante. La figure héroïque de Vassia, physicien altruiste seul contre tous, ayant très vite compris l’ampleur de la catastrophe et voulant à tout prix témoigner de la réalité de la situation, est d’une grande pureté. Un texte sombre, désespéré et humain, une grande réussite.

Le cycliste de Tchernobyl de Javier Sebastian. Métailié, 2013. 204 pages. 18 euros.

Une fois de plus, c’est une lecture commune que j’ai le plaisir de partager avec Marilyne.

L’avis de Leiloona 



samedi 28 septembre 2013

La petite fille en rouge - Roberto Innocenti et Aaron Frisch

Sophia habite avec sa mère dans une forêt de béton et de briques. Sa mamie habite de l’autre coté de la forêt et elle n’est pas très en forme. Alors Sophia décide d’aller lui tenir compagnie. Elle remplit son sac de biscuits et de fruits, boutonne son manteau à capuche rouge et quitte l’appartement avec en tête les recommandations maternelles : « Ne t’écarte jamais de ton chemin. » Mais la forêt est tellement grande. La petite fille n’a pas encore tous ses repères dans le monde extérieur, dans cette foule où « tout le monde vous voit mais personne ne vous voit. »

Sur la route devant la mener chez sa grand-mère, Sophia passe par le cœur de la forêt, un centre commercial gigantesque brillant de mille feux. Un endroit où les tentations sont nombreuses et par lequel l’enfant décide de faire un détour.  Elle s’y perd et en sortant, un terrible danger la guette. Bien plus tard, dans l’immeuble de la petite fille en rouge, une mère inquiète veille depuis des heures lorsque le téléphone sonne…

Une réécriture moderne et dérangeante du Petit chaperon rouge pour cet album angoissant à souhait. Ce n’est plus en forêt mais en ville que l’enfant chemine. Une mégalopole sombre et immense remplie de dangers. La naïveté de Sophia lui fait faire de bien mauvaises rencontres dans cet enfer urbain de pauvreté, de violence et de solitude. 

Les illustrations de Roberto Innocenti sont réalistes et d’une richesse folle. Toutes fourmillent de détails et l’étude minutieuse des arrières plans révèle une ambiance des plus malsaines : agressivité, crasse, pollution, omniprésence de la publicité, cohabitation entre une population aisée (dans le centre commercial) et une autre misérable. Très peu de lumière dans les rues, un ciel gris délavé et triste… tout concourt à distiller une atmosphère oppressante, jusqu’à la scène finale où les auteurs proposent deux versions : une conclusion que l’on imagine tragique et une happy end optimiste. La lecture de l’image tient un rôle majeur dans la perception de l’album par les plus jeunes. De cette interprétation découlera (ou pas) la compréhension fine des tenants et des aboutissants de l’histoire.

Cet album fascinant est à la fois un récit d’initiation et une réflexion politique sur notre société actuelle. Surconsommation, pollution, fracture sociale, délinquance, les choses sont montrées sans fard et poussent à la réflexion. 

Un coup de cœur et un coup de poing comme on en voit peu en littérature jeunesse, à réserver néanmoins aux lecteurs ayant suffisamment de maturité pour l’aborder avec le recul et la sérénité nécessaires.

La petite fille en rouge de Roberto Innocenti et Aaron Frisch. Gallimard jeunesse, 2013. 32 pages. 13, 90 euros. A partir de 8-9 ans.





vendredi 27 septembre 2013

Ça ressemble à une vie - Roger Wallet

Alors voila. J’ai offert ce livre à Philisine et Philisine en a tellement bien parlé qu’elle m’a donné envie de le relire. Ce n’est pas un livre comme les autres pour moi parce que c’est un livre de Roger. Un homme avec qui j’ai longtemps travaillé, un homme avec lequel j’ai vécu de fabuleux moments au cours d’ateliers d’écritures mémorables. Un homme qui m’a fait découvrir Michon et Carver. Un homme que je considère comme un grand écrivain, un nouvelliste exceptionnel. Bref je lui voue une admiration sans bornes et j’ai toujours beaucoup de mal à parler de ses ouvrages. Trop de proximité, je ne trouve pas les mots justes et je n’arriverai jamais à lui rendre l’hommage qu’il mérite.

Ça ressemble à une vie raconte l’histoire de Louis Even. Apprenti menuisier avant guerre. Sa femme Marthe. Son premier fils Martin. Il se met à son compte, voit son entreprise prospérer. Un adultère. Marthe qui s’en va. Entre temps David est né. Attardé. Il sourit et il bave. Toujours dans les jupes de sa mère et puis
« un jour d’avril 77 une lettre c’est marthe. 
cancer. Promets-moi de veiller sur lui je ne t’ai jamais rien demandé mais là je te le demande  
Promets-moi
s’effondre
il avait oublié ce goût du sel dans la bouche »
Ça ressemble à une vie et les années passent. Il vend son affaire. Vieillit. Martin est enseignant. David grandit et fait des progrès. Un jour ça lui échappe il l’appelle fiston. De la tendresse. Un père et son fils, ensemble, jusqu’à la fin. Une vie quoi...

Ce texte ne se donne pas facilement, il me semble qu’il se mérite. Une existence racontée en 33 tableaux. Forcément elliptique. Le rythme est saccadé, les phrases coupées, les majuscules et la ponctuation absentes la plupart du temps. De la poésie en prose ou de la prose poétique. On s’en fout. Il faut se laisser porter par la beauté et l’âpreté de la langue. Etre submergé par l’émotion quand l’image surgit. En quelques mots à peine. Pas d’effet de style, pas de grandiloquence. Une écriture minuscule à la force d’évocation incomparable. C’est beau. C’est de la littérature.

Ça ressemble à une vie de Roger Wallet. Éditions des Vanneaux, 2005. 70 pages. 10 euros.

PS : vous pouvez retrouver Roger Wallet dans la revue numérique et gratuite « Les années ». Une revue bimensuelle dont il est le co-fondateur et le grand manitou et à laquelle j’ai le plaisir de participer en y alimentant la rubrique BD. Si vous souhaitez la recevoir par mail, il suffit de me le demander.



jeudi 26 septembre 2013

Faillir être flingué - Céline Minard

Des cow-boys, des indiens, des voleurs de chevaux, des chariots dans la plaine, des danseuses de saloon… Brad, Josh, Jeffrey, Elie, Zébulon, Sally et les autres. Une multitude de personnages convergeant volontairement ou pas vers une ville champignon sortie de nulle part : « Une rue longue d’environ 600 mètres, bordée de part et d’autre de tentes et de baraques en planches plus ou moins solides. » La naissance d’un monde neuf ou chacun aura sa chance, quel que soit son turbulent passé.

Tous les clichés possibles s’empilent (attaque de la diligence, saloon tenu par une maquerelle, chinois blanchisseurs…)  et pourtant l’image mythique du western ne cesse d’être bousculée. Céline Minard a à l’évidence pris beaucoup de plaisir à tricoter cet univers à la fois décalé et respectueux des codes du genre. Et c’est surtout parce qu’elle maîtrise à la perfection ces codes qu’elle peut se permettre de les chahuter comme bon lui semble. Elle est tellement à l’aise dans cet environnement si cloisonné que l’on a parfois envie de hurler : « Dorothy M. Johnson, sors de ce corps ! ».  Il suffit de voir la facilité déconcertante avec laquelle elle parvient à installer une ambiance « typiquement western » : son saloon a l’odeur du tabac froid et du whisky bon marché, sa prairie verdoyante résonne du bruit des sabots des chevaux indiens et quand on s’assoit sur le fauteuil du barbier, on sent la douceur de la mousse à raser et la pression du coupe-chou sur notre carotide. Une écriture descriptive à la précision diabolique qui plonge le lecteur en pleine immersion.  Que ce soit dans les passages contemplatifs où lors de scènes d’action trépidantes, tout sonne terriblement juste. Même le final, nerveux à souhait, que l’on attend crépusculaire et tragique, se termine sur une pirouette inattendue.

Du souffle, un hymne poétique à la nature sauvage, des personnages incarnés et des destins croisés… pas de doute, Céline Minard est bien une virtuose.

Faillir être flingué de Céline Minard. Rivages, 2013. 325 pages. 20 euros.

L'avis d'Hélène





mercredi 25 septembre 2013

June - Nicolas Moog

Quand papa boit, c’est toute la famille qui trinque. Otis picole en cachette mais quand il rentre à la maison puant la vinasse, il ne trompe personne. Otis est malade. L’alcool le ronge petit à petit. Il en a conscience mais ses démons sont plus forts que lui : « Le docteur a dit qu’une rechute serait catastrophique. Le docteur a dit qu’une hospitalisation à la demande d’un tiers serait la seule solution face à cette catastrophe. Le docteur a dit que le tiers le plus approprié, c’était moi. »

Fébrilité, crise de délire, dépression… le mal est chaque jour plus profond. Sa femme ne baisse pas les bras mais elle sait que la démarche vers le sevrage doit venir de lui. Quant aux enfants, ils vivent les choses difficilement. Thomas le fils a compris à quel point son père est fragile et si la petite June semble perdue devant l’ampleur de la situation, elle continue de lui vouer un amour sans borne : « Mon papa, il a jamais fait de mal à personne. Pourquoi il serait devenu le diable tout à coup ? Il voulait pas qu’on sache que c’était la foire dans sa tête… alors il buvait. Comme un trou. A un moment il était oppressé comme un citron, il a plus supporté. Il voulait pas avoir l’air faible… comme si c’était un problème, comme si c’était honteux.  C’est pour ça. Il nous a tellement donné… »

L’album est découpé en courts chapitres. Une succession de scénettes où les protagonistes donnent tour à tour leur point de vue. Le huis clos familial, cette volonté commune de ne pas ébruiter la situation, de ne rien dire aux voisins et aux amis. Si Otis a disparu depuis quelques semaines c’est parce qu’il est parti rendre visite à sa mère dans le sud. La fraternité entre les enfants, le soutien mutuel que l’on s’apporte pendant cette période difficile. La joie du retour à la maison après la cure. La mère, pleine d’espoir et de doutes : « Et la vie continue. Comme avant… enfin espérons. »

Les choses sont exposées sans fard, la simplicité du dessin et du découpage rend la narration d’une parfaite limpidité. Je ne connais pas Nicolas Moog ni son parcours mais on sent du vécu dans ce scénario. J’ai aussi beaucoup aimé la fin ouverte. Pas de happy end. Une histoire en suspens. Malgré l’apparente guérison, le mal rôde, une rechute est toujours possible… C’est fort. Très fort.

June de Nicolas Moog. 6 pieds Sous Terre, 2011. 56 pages. 20 euros.

L'avis d'Oliv





lundi 23 septembre 2013

Le chemin des morts - François Sureau

Les années 80, « la cocaïne, l’indifférence à la misère, le goût d’aller vite et de gagner beaucoup d’argent. » Le narrateur sort de  l’école de la magistrature et prend son premier poste au conseil d’État en qualité d’auditeur de deuxième classe. Acceptant une affectation à la commission des recours des réfugiés, une juridiction chargée d’examiner les demandes d’asile, il découvre que les décisions ne sont pas toujours simples à prendre : « Ces malheureux ne quittent pas le pays où ils ont été persécutés avec un certificat de torture en poche signé du chef de la police. Ils ne présentent presque jamais de preuves. C’est leur récit qui compte. Il y faut beaucoup de discernement. Certains ne disent pas la vérité qui leur vaudrait le statut, et préfèrent raconter les fables dont un ami les a persuadés qu’elles emporteraient la conviction. D’autres font mauvaise impression en plaidant d’une voix de stentor ou en essayant d’émouvoir, alors qu’un récit plus simple, plus fidèle, déciderait leur juge. »  

Chargé d’instruire le dossier d’un certain Ibarrategui, militant basque réfugié en France depuis la fin des années 60 après avoir pris part à la guérilla pro-républicaine, le jeune juge et ses pairs rejettent la demande d’asile, justifiant cette décision par le retour de la démocratie en Espagne. Un verdict lourd de conséquence puisque qu’un groupuscule clandestin franquiste assassinera peu après le militant de retour au pays.  

Des années après, le juge revient sur ce qu’il considère sans doute comme un cas de conscience, un sentiment prégnant de culpabilité même si, au fond de lui, il sait qu’il n’a commis aucune erreur et que la décision finale ne pouvait être différente. Le droit et la justice face à l’humanité. La raison d’état et la politique qui s’imbriquent de façon intime. Comment un récit aussi « technique » juridiquement parlant peut être aussi touchant ? Sans doute parce que de ce regret, ce remords même, à l’évidence très autobiographique, François Sureau a su faire une œuvre littéraire. A peine soixante pages âpres, denses, limpides, sans un mot de trop. A travers la figure christique du militant basque déchargeant par avance les juges de la responsabilité de sa mort à venir, il offre à son récit une surprenante hauteur spirituelle.

Voila un tout petit texte qui pousse à la réflexion. Sur la notion de droit, sur les enjeux politiques de certaines décisions juridiques, sur le fait que la raison d’état prend toujours le pas sur les considérations individuelles. Impressionnant !

Le chemin des morts de François Sureau. Gallimard, 2013. 55 pages. 7,50 euros.

Une nouvelle lecture commune que j’ai le plaisir de partager avec Marilyne.




samedi 21 septembre 2013

Esprit d’hiver - Laura Kasischke

Un matin de Noël. Une tempête de neige. Une mère qui se retrouve seule à la maison avec sa fille adoptive. La gamine a 15 ans. Ses parents sont allés la chercher dans un orphelinat Sibérien alors qu’elle n’était qu’un bébé. Mais en ce matin de Noël Tatiana, d’habitude si gentille, a un comportement étrange. Un comportement qui, au fil de la journée, va devenir de plus en plus inquiétant…

La middle class américaine décortiquée jusqu’à l’os. Sous le vernis des apparences proprettes, le mal rode et le malaise est profond. Cette thématique est le fonds de commerce de Laura Kasischke, une auteure à l’univers romanesque parfaitement délimité. Kasischke, c’est un peu une bonne copine qui proposerait gentiment de faire votre nœud de cravate et serrerait petit à petit la soie autour de votre cou jusqu’à vous étrangler totalement. Sans avoir l’air d’y toucher. Elle possède cette capacité à diffuser une ambiance malsaine en toute décontraction. Dans ses romans, on tourne les pages avec le même leitmotiv en tête : « jusque-là tout va bien, jusque-là tout va bien… ». Et pourtant on sait que ça va mal finir. C’est du moins ce que j’ai toujours ressenti en la lisant. Et ici aussi c’était le cas jusqu’à la moitié du texte. Mais après j’ai lâché prise. Trop de longueurs, trop de redites. Les incessants flash-backs dans l’orphelinat de Sibérie pour répéter en permanence un seul et unique événement m’ont saoulé. L’impression d’être pris pour un abruti auquel on rabâche sans cesse les mêmes informations pour être certain qu’il a bien compris.

En fait ce roman est beaucoup trop psychologique pour moi. Ce huis-clos glaçant en pleine tempête de neige avait pourtant tout pour me plaire. Mais l’ensemble n’est pas assez tendu, pas assez nerveux. Surtout il pourrait largement être amputé d’une centaine de pages sans que cela gêne le moins du monde, bien au contraire. Pour tout vous dire, je l’ai acheté le jour de sa sortie, il y a un mois. Commencé dans la foulée avec impatience, je l’ai ensuite fait traîner pendant des semaines. Un signe qui ne trompe pas et me pousse à classer ce texte dans la catégorie des lectures « chiantes », ni plus ni moins. Dommage mais ça arrive. Et je me sens bien seul puisqu’après voir fait un tour sur Babelio je constate que 24 chroniques sont en ligne et pas une seule ne met moins de 4/5 à ce titre. C’est quoi mon problème ?

Esprit d’hiver de Laura Kasischke. Bourgois, 2013. 276 pages. 20 euros.

Un autre avis négatif, celui de Cuné !




vendredi 20 septembre 2013

Ernest et Rebecca T5 : L’école des bêtises

Rebecca va mieux. Depuis que ses défenses immunitaires se sont renforcées, le microbe Ernest, son meilleur copain, a disparu. Mais alors qu’elle retourne à l’école, l’affreux « virus-zombie » de la grippe fait des ravages dans la cour de récré. Fièvre, vomissements, fébrilité, les enfants tombent comme des mouches. Heureusement pour Rebecca, Ernest continue de veiller sur elle. Si la grippe lui cherche des noises, elle trouvera à qui parler !

Toujours aussi trognonne, cette gamine pétillante me fait fondre. Elle n’a pourtant pas la vie facile entre sa santé fragile, sa sœur Coralie en pleine crise d’adolescence et la difficile séparation de ses parents. En plus dans ce nouveau volume, son grand-père chéri, pépé bestiole, se retrouve à l’hôpital. Pas mal d’inquiétude et quelques larmes versées mais la bonne humeur et la joie de vivre finissent pas l’emporter. En courtes scénettes, les auteurs dressent avec bonheur le quotidien d’une petite fille attachante en diable.

Je suis totalement fan de cette série depuis ses débuts mais j’ai quand même ressenti un petit coup de moins bien sur ce tome. Moins de poésie et d’humour, un intérêt moindre pour l’histoire et surtout une certaine frustration tant beaucoup de questions restent en suspens : qui est le mystérieux correspondant virtuel de Coralie ? Comment va évoluer la santé de Pépé  bestiole ? Je serai évidemment au rendez-vous du prochain album parce que j’adore Ernest et Rebecca mais j’espère que ce tome de « transition » ne restera qu’une parenthèse un peu moyenne dans un ensemble de grande qualité. En même temps je ne suis pas spécialement inquiet. Avec Guillaume Bianco au scénario, le destin de Rebecca est entre de bonnes mains.


Ernest et Rebecca T5 : L’école des bêtises. Le Lombard, 2013. 46 pages. 10,60 euros. A partir de 7-8 ans.

Mon avis sur les tomes 1 et 2.





jeudi 19 septembre 2013

La révolte des personnages - Gwladys Constant et Kristel Arzur

« Il était une fois dans un lointain royaume, un château où vivaient un roi, une reine et leur fille, la princesse Émeraude… »

Et là, patatras, l’auteur est interrompu par ses décors et ses personnages. C’est d’abord le château qui se plaint parce que, comme d’habitude, on ne lui consacre qu’une ligne. Puis c’est au tour de la princesse de ronchonner. Comme d’habitude, on veut la marier à un prince mais elle préfèrerait de loin s’unir à une star du showbiz. Ensuite Jacques, le meunier qui doit épouser la princesse après avoir été transformé en beau jeune homme par une sorcière, refuse de jouer le jeu pour la bonne et simple raison que sa promise s’appelle Martine et n’a rien d’une princesse.  Bref, tous les personnages se révoltent et le pauvre auteur, magnanime, doit sans cesse revoir sa copie pour pouvoir mener son histoire à bon port.

Gros coup de cœur pour cet inclassable petit texte qui dépoussière l’image du conte traditionnel. La princesse, que l’on veut habiller d’une robe à cerceaux, réclame un tailleur Dior. Elle interrompt le déroulement de l’intrigue pour aller aux toilettes. Jacques reproche au conteur de plagier Cendrillon. Quand nos deux héros dansent au bal pendant des heures, ils se plaignent d’avoir faim, soif, et d’avoir des ampoules aux pieds. En gros la mécanique est simple : l’auteur enfile les poncifs propres au conte comme des perles et ses personnages ne cessent de lui rappeler que le monde a changé et qu’il serait temps de faire preuve de modernité. Les échanges sont savoureux. Soucieux de ménager la susceptibilité de ses protagonistes, l’auteur navigue à vue, s’énerve parfois de leurs demandes mais finit toujours par céder. Jusqu’au dénouement : « Ils vécurent longtemps, heureux, et eurent beaucoup d’enfants… ». Réflexion de la princesse Émeraude : « Beaucoup d’enfants, beaucoup d’enfants, comme vous y aller ! Deux me suffiront ! » Délicieux jusqu’au bout je vous dis !

Alors bien sûr, il faut que le jeune lecteur se lançant dans cette histoire possède les références nécessaires pour saisir les nombreux clins d’œil adressés aux contes classiques et à leur schéma narratif si répétitif. Si tel est le cas ou s’ils sont bien accompagnés par un adulte, une certitude, ils vont se régaler.


La révolte des personnages de Gwladys Constant et Kristel Arzur. Alice, 2013. 58 pages. 11,50 euros. A partir de 8-9 ans.

L'avis de Noukette




mercredi 18 septembre 2013

Saveur coco - Renaud Dilliès

Jiri et Polka sont dans le désert. Un désert où la pluie semble ne jamais s’inviter. Un désert où la chaleur vous écrase du matin au soir. Chez Jiri et Polka, il y a bien une dépression en train de s’installer mais elle n’est pas climatique. En désespoir de cause, les deux amis quittent leur modeste logis et se mettent en quête d’un nuage annonciateur de précipitations. Pas si simple à trouver, surtout lorsque les « brumes vaporeuses d’un désert accablant » ne créent que des mirages et que les poissons volent sous la lune la nuit venue.

On y est. Le nouvel album de Dillies est enfin sorti. Et comme d’habitude c’est excellent.  Prenez deux amis, « un bougre d’âne » et un fumeur de pipe joueur de cithare. Ajoutez une noix de coco, une mystérieuse boite à musique, un escargot, une bouteille vide, un cirque itinérant, des poissons bohêmes et un représentant de la maréchaussée pointilleux.  Secoué le tout et vous obtiendrez un cocktail en tout point délicieux.

Une BD inclassable que l’on pourrait à juste titre qualifier « d’absurde ». Pas facile comme genre l’absurde. Tellement casse-gueule. Ici pourtant le pari est relevé haut la main et tout tient dans les dialogues savoureux et les pérégrinations farfelues de nos héros. Alors bien sûr, la trame de cette Saveur coco tranche quelque peu avec les publications précédentes de Dillies. Mais les habitués y retrouveront ce duo d’amis inséparables que l’on croise dans toutes ses histoires. Ils retrouveront aussi la musique, la douceur, la poésie et la fantaisie qui caractérise l’ensemble de son œuvre. 

Sans compter que son trait, reconnaissable entre mille, reste le même. Chaque planche est une composition à l’inventivité graphique folle. Mais cette propension à casser les codes les plus classiques de la bande dessinée ne relève pas d’un quelconque effet de style, elle est en permanence porteuse de sens. C’est ce qui fait pour moi de Dillies un grand auteur, tout simplement.

Bon voila, comme d’habitude, je suis sous le charme. Rien à faire, je crois que ce monsieur ne me décevra jamais.  Et ce n’est pas pour me déplaire.

Une lecture commune que j’ai le plaisir de partager avec Moka et Noukette.
Moka, Noukette et Dillies, je peux difficilement trouver meilleure compagnie !

Saveur coco de Renaud Dillies. Dargaud, 2013. 80 pages. 16,45 euros. 





mardi 17 septembre 2013

Les Années reviennent !

Notre petite revue bi-mensuelle  reprend son rythme de croisière après la parenthèse estivale du Guide des voyages.

Et l’on repart sur les chapeaux de roues dans ce 37ème numéro avec, en écrivain de la quinzaine, l’incontournable Erri de Luca et de nombreuses notes de lecture. Au menu Richard Ford, Michèle Lesbre, Laurent Graff, la poétesse et nouvelliste autrichienne Ingebor Bachmann et la reprise de mes chroniques publiées ici même et consacrées à Claire Keegan (« Les trois lumières ») et Michèle Halberstadt (« La petite »).

Les rubriques habituelles sont également présentes : poésie, chanson, BD (avec « L’étranger » de Camus adapté par Ferrandez), Mus’art (une étude de « La femme dans la vague » de Courbet), le portrait militant et l’inénarrable billet du professeur  Hernandez.

Puisque la pérennité de cette revue numérique et gratuite est dorénavant assurée je vous propose si vous le souhaitez de vous l’envoyer automatiquement chaque quinzaine. Il vous suffit pour cela de vous signaler dans les commentaires de ce billet ou en faisant la demande par mail (dunebergealautre@gmail.com). La création d’un fichier des abonnés simplifiera l’envoi des nouveaux numéros et ne vous obligera plus à renouveler  à chaque fois votre demande. Et si par la suite vous voulez vous désabonner un simple petit message suffira. Je remercie au passage Gwenaëlle qui m'a soufflé cette idée...

lundi 16 septembre 2013

Lucia Antonia, funambule - Daniel Morvan

Accepter la perte. Lucia Antonia, funambule, ne peut s’y résoudre. Arthénice est tombée. Sa partenaire, son âme sœur, son double. Depuis la chute fatale, Lucia Antonia a quitté le cirque de son grand-père. « Ma famille m’a bannie […] je me suis bannie moi-même pour ne pas porter malheur au cirque. »

Aujourd’hui pourtant, sur cette presqu’île où elle a échoué, elle accepte à nouveau de déplacer son corps sur un fil. Sur cette presqu’île elle rencontre Eugénie et Astrée, réfugiées fuyant un pays en guerre, mais aussi un artiste peintre et un garçon voilier qui deviendra son ami. Sur cette presqu’île Antonia va peu à peu se reconstruire et accepter la perte.

Poétique et fragmenté, ce texte relève de l’esquisse. Par petites touches successives, Lucia Antonia brosse le portrait de sa douleur la plus intime. Tout en retenu, elle consigne dans de petits carnets la géographie de cette absence qu’elle ne parvient pas à surmonter. Arthénice le corps brisé. Cette partenaire, cette amie, cette jumelle. La mort d’Arthénice dont elle se sent responsable. Rien de larmoyant pour autant, aucun pathos. Les réflexions de Lucia Antonia naviguent entre ciel et terre, dans une sorte de rêverie éthérée.

Évidemment, j’aime cette écriture elliptique, tout en suggestion. Une écriture minuscule pouvant parfois sembler insaisissable et nébuleuse mais qui se révèle au final lumineuse. De la poésie, quoi. Et une forme de catharsis pour cette touchante funambule qui, grâce aux mots, parvient à faire les pas décisifs devant l’amener sur le chemin de la résilience et accepter la perte, enfin : « Il y avait près d’une année que tu étais morte, et c’est seulement ce jour où je me perdis en forêt que je pénétrai dans le territoire de ta mort. Ta voix me priait d’ouvrir jusqu’à elle le chemin de la perte, et je consentis à m’égarer. »

Un très beau texte.

Lucia Antonia, funambule de Daniel Morvan. Zulma, 2013. 130 pages. 16,50 euros.

Une fois de plus, c’est une trouvaille que je dois à mes pérégrinations bloguesques. Les tentatrices se nomment Un autre endroit pour lire et Anne et je les remercie pour cette bien jolie découverte.

Et c’est encore une lecture commune que j’ai le plaisir de partager avec Marilyne.



samedi 14 septembre 2013

Les vrais, les durs, les tatoués : le tatouage à Biribi

Biribi, ça me rappelle le roman éponyme de Georges Darien. Le roman le plus antimilitariste que j’ai eu l’occasion de lire, un roman qui m'a convaincu de ne jamais mettre les pieds dans une caserne. Ça me rappelle aussi le formidable reportage d’Albert Londres publié en 1925 sous le titre « Dante n’avait rien vu ». Ça me rappelle ma folle jeunesse, l’époque du service militaire, quand j’écrivais ma lettre au ministre de la défense : « pour des raisons de conscience, je refuse de porter les armes et l’uniforme ». Ça me rappelle les trois jours passé à Cambrai, au centre des armées. En tant que futur objecteur de conscience, chevelu en plus, j’en ai pris plein la gamelle : «  Tu vas voir, on va t’envoyer désherber le maquis pendant 20 mois » (ben oui en tant qu’objecteur on faisait le double des trouffions, c’était la punition). Tu parles, je me suis retrouvé dans une bibliothèque, heureux comme un pape. Le début de ma vocation...

Bref, revenons à ses gros durs de Biribi et leurs tatouages. Biribi n’est pas un lieu à proprement parler. C’est un terme générique désignant l’instrument répressif de l’armée française en Afrique du nord (Tunisie, Maroc, Algérie), en vigueur de 1830 à 1962. Les fameux Bat d’Af (bataillons d’infanterie légère d’Afrique). Au départ des pénitenciers militaires où on mate les fortes têtes. Par la suite on y enverra aussi les engagés ayant subi des condamnations civiles : cambrioleurs, souteneurs, assassins, etc. Des soldats devenus bagnards…

Dans l’enfer de Biribi, où l’on casse des cailloux sous un soleil insupportable, l’armée torture ses propres enfants en toute impunité. Le tatouage est la seule véritable distraction. Une bouffé d’oxygène aussi, servant à la fois de carte d’identité et de moyen d’expression. Les mots gravés sur la peau sont une façon de montrer son état d’esprit. Ainsi, les fatalistes n’hésitent à écrire sur leur corps « Pas de chance », « né sous une mauvaise étoile », « enfant du malheur », « né pour souffrir ». Les révoltés y vont aussi de leur couplet : « vaincu mais non dompté », « arrivé en mouton, sorti en lion », tout comme les antimilitaristes purs et durs : « inquisition militaire », « l’armée fait pleurer les mères ». Les motifs aussi sont riches de sens : papillons, oiseaux, fauves, fleurs et surtout des femmes, beaucoup de femmes.

Le récit de Jérôme Pierrat et Éric Guillon est passionnant. Il permet notamment de découvrir les techniques
rudimentaires utilisées par les tatoueurs et la vie quotidienne dans ces pénitenciers où règnent la violence et l’injustice et où l’homosexualité est partout présente.

Mais Au-delà du texte, le point fort de ce petit livre réside évidemment dans les photos. Non mais regardez-moi ces gueules ! Le naturalisme de Zola en chair et en os, les loulous parisiens mis en scène par Charles-Louis Philippe dans le célèbre Bubu de Montparnasse qui se matérialisent sur la page ! Les portraits de tatoués publiés ici ont été réalisés entre 1900 et 1930 par les services de l’identité judiciaire. Ces clichés des anciens de Biribi ont été pris « à la faveur » d’une arrestation ou d’un séjour en prison.  Des vrais, des durs, pas des tatoués d’aujourd’hui qui s’essaient au symbole maori pour se la jouer « cool » alors qu’ils
n’ont jamais foutu les pieds en Polynésie. Bon je vais m’arrêter là parce que je commence à m’égarer…

Les vrais, les durs, les tatoués : le tatouage à Biribi de Jérôme Pierrat et Éric Guillon. Édition Larivière, 2005. 112 pages. 20,50 euros.

Ce billet signe ma première participation au projet « non-fiction » de Marilyne.

vendredi 13 septembre 2013

Deadline - Laurent-Frédéric Bollée et Christian Rossi

Ça commence par un meurtre. En 1901. Un meurtre commis de sang froid sur un vieillard. Pas d’autres explications avant un bond dans le temps. Des années en arrière. En pleine guerre de sécession. Petit à petit on va remonter le fil de cette pelote et comprendre le pourquoi du comment. Pourquoi ce meurtre, pourquoi cette victime. L’histoire est celle du meurtrier, un gamin enrôlé de force dans l’armée sudiste. Un gamin qui va tomber amoureux d’un prisonnier. Noir. Un gamin qui va découvrir l’horreur de la guerre et garder chevillé au corps le souvenir de ce prisonnier et une rancœur, une haine même. Tenace. Impossible à évacuer… 

Un western sans cowboys et sans indiens mais un western quand même. Tendu, nerveux, crépusculaire. Beaucoup de flash-backs qui demandent au lecteur une certaine attention pour ne pas se perdre en route mais le récit est tricoté au cordeau et chaque élément trouve sa place naturellement.

Après on peut trouver que la barque de Louis Paugham, le personnage principal, est un peu chargée. Orphelin très jeune suite à l’assassinat de ses parents, il voit mourir son père adoptif sous ses yeux à l’adolescence. Homo refoulé qui a le coup de foudre pour un noir alors qu’il vient d’être enrôlé dans l’armée sudiste, il va enchaîner les désillusions et les tragédies… tout ça fait peut-être un peu beaucoup. Mais son terrible destin permet de mettre en lumière cette période complexe de l’après-guerre de sécession aux États-Unis. Sa vie d’errance et de solitude est confrontée au racisme prégnant malgré la victoire nordiste, à un idéalisme qui restait souvent de façade et une homosexualité inacceptable pour la société de l’époque.

Graphiquement c’est beau, très beau. Christian Rossi s’était déjà frotté au western en reprenant la série Jim Cutlass scénarisée par Jean Giraud et surtout avec l’inclassable W.E.S.T qui, elle aussi, se déroule aux USA dans les années 1900. Ici, il alterne entre l’acrylique et l’aquarelle et son travail sur la lumière et les couleurs est magnifique. Sans compter que son découpage très cinématographique sied parfaitement à un récit de ce genre. 

Si je devais souligner un bémol c’est que le héros subit trop les événements et n’est pas assez charismatique. Pas qu’il soit transparent mais il lui manque un petit quelque chose pour endosser l’image d’écorché vif à laquelle il était en droit d’aspirer. Disons qu’il avait tout pour être inoubliable et malheureusement ce n’est pas tout à fait le cas. 

J’ai quand même passé un bon moment avec ce one shot qui sort un peu des sentiers battus. Et je félicite au passage l’éditeur pour ne pas avoir cédé à la tentation d’en faire un diptyque plus intéressant commercialement mais beaucoup moins cohérent d’un point de vue narratif.  Ça devient tellement rare de penser au lecteur avant de penser à la rentabilité…

Une nouvelle lecture commune que j’ai la plaisir de partager avec Mo’. Sa chronique est ici.

Deadline de Laurent-Frédéric Bollée et Christian Rossi. Glénat, 2013. 92 pages. 18,50 euros.



jeudi 12 septembre 2013

Trois petits riens - Michaël Escoffier et Kris Di Giacomo

C’est l’histoire de trois petits riens qui rencontrent un chien. Un chien gentil comme tout qui leur propose de les emmener en balade autour du monde. En chemin, ils vont croiser Louise, une petite fille désespérée parce qu’elle a perdu son doudou. L’enfant  est inconsolable et les trois petits riens vont se plier en quatre pour lui venir en aide. Évidemment, ils vont retrouver le doudou et faire de Louise la plus heureuse des petites filles. Comme quoi il suffit souvent de trois fois rien pour connaitre le bonheur.

Qu’il fait du bien cet album ! Sa simplicité et le message positif qu’il véhicule sont ses atouts majeurs. L’histoire est si universelle et facile à comprendre qu’elle emportera forcément l’adhésion des petits bouts. Graphiquement Kris Di Giacomo va à l’essentiel sans s’interdire quelques trouvailles graphiques savoureuses. Et puis l’écriture de Michaël Escoffier est musicale à souhait et son vocabulaire, parfois soutenu, sonne juste : « le doudou , tel une enclume, a chu dans la cheminée. » J’adore !

Allez, un dernier petit extrait pour la route : « La vie est faite de petits riens, de tout petits riens de riens du tout, invisibles au yeux de certains, mais qui comptent pour nous, plus que tout. »

Un grand merci à Leiloona dont le billet enthousiaste m’a donné envie de découvrir cet album. Je ne regrette pas une seconde de m’être laissé tenter. Et un autre bel avis, celui d'Un autre endroit pour lire


Trois petits riens de Michaël Escoffier et Kris Di Giacomo. Balivernes, 2013. 32 pages. 12 euros. A partir de 3-4 ans.



mercredi 11 septembre 2013

Nous ne serons pas des héros - Frédérik Salsedo et Olivier Jouvray

Trentenaire au chômage, Mickaël vit au jour le jour, sans aucune perspective d’avenir. Quand son père infirme lui propose de l’accompagner dans un voyage autour du monde, le jeune homme accepte sans enthousiasme. Il faut dire que Charles, son paternel, en plus d’être en petite forme et de demander des soins constants est aigri, méchant et grande gueule. De La Réunion au Vietnam en passant par l’Inde, New York, le Maroc et la Finlande, Mickaël et Charles vont vivre une aventure humaine pleine de turbulences mais qui au final les rapprochera de manière inattendue.

L’album repose sur un choc de générations doublé d’une difficile relation père-fils. Entre un père souhaitant retourner sur les lieux de sa jeunesse bohème et un fils glandouilleur, paumé et inculte, la cohabitation est plus que délicate. Charles ne comprends pas le manque de curiosité intellectuelle de son rejeton,  il lui reproche son apathie.  Mickaël quant à lui ne supporte pas la mauvaise humeur et les excès permanents de son géniteur. Finalement chacun juge l’autre durement dans un climat d’incompréhension totale qui va quelque peu à peu s’atténuer au fil du voyage. Tout cela se termine sur une note pleine d’émotion, certes attendue mais fort bien amenée. Seul regret, quelques passages bavards et des propos moralisateurs sur les méfaits de la société de consommation pas forcément indispensables.

Le dessin réaliste laisse parfois place à quelques cases « cartoonesques » qui ne sont pas sans rappeler des effets graphiques propres au manga. Pour chaque pays visité une illustration pleine page offre une respiration bienvenue qui casse le coté trépidant d’un voyage effectué au pas de course.

Une jolie réflexion sur la filiation et le sens de l’existence pour un album à la fois intimiste en non dénué d’une certaine profondeur. En gros et pour faire simple : j’ai aimé.

Une BD offerte par Cristie que je remercie au passage pour cette gentille attention.

Nous ne serons pas des héros de Frédérik Salsedo et Olivier Jouvray. Le Lombard, 2010. 84 pages. 16,45 euros.

Un petit extrait en passant : "  Je crois en rien et je m’interroge sur tout. Je me poserai la question de l’existence de Dieu quand je serai mort, avant ça, je risque pas trop d’avoir une réponse sensée, alors je m’intéresse à autre chose. "

L'avis de Cristie