mercredi 24 septembre 2014

Prévert, inventeur - Cailleaux et Bourhis

Prévert est le poète de l'école par excellence. Celui que tous les élèves vont croiser au moins une fois au cours de leur scolarité. Mais avant d'être poète, le bon Jacques a été un gamin de vingt ans. Après la conscription en Turquie où il rencontrera Marcel Duhamel, il rentre à Paris. Nous sommes en 1921 et avec son ami le peintre Yves Tanguy, il va connaître une existence bohème. De petits boulots en glandouille permanente, de colocations festives en soirées arrosées, le jeune homme traverse les années 20 en toute insouciance, comme si demain n'existait pas.

Une biographie dessinée passionnante car elle montre Prévert avant Prévert. Un gosse jouant les dandys, punk avant l'heure, vivant au crochet de ses proches, reconnaissant qu'il n'a « aucun goût pour le travail ». Il multiplie les excès, ne respecte rien ni personne. Alors qu'il na pas encore écrit quoi que ce soit, il se permet de déclarer à Desnos : « Je connais votre travail, vous savez. Je trouve ça dégueulasse. Positivement dégueulasse. » Fréquentant André Breton et les surréalistes, participant activement à l'invention des fameux « cadavres exquis », il va peu à peu trouver sa voix en scénarisant des courts métrages, notamment pour son frère, Pierre. A la fin de ce premier volume (il y en aura trois en tout), alors que le cinéma l'accapare à plein temps, un de ses textes est publié dans la revue « Commerce » fondée par Paul Valéry. Une entrée en littérature timide, au cours de l'été 1931, qui lui ouvrira bien d'autres portes.

Graphiquement, Christophe Cailleaux a pris le parti de faire sauter les cadres classiques de la narration en faisant de chaque page un mini tableau sans véritable case. Une façon de recréer le foisonnement du Paris des années folles et de mettre en lumière la liberté et l’irrévérence de son personnage. Ce coté déstructuré ne nuit en aucun cas à la lisibilité, il donne au contraire une dimension supplémentaire au récit.

Un vrai bonheur de découvrir Prévert loin de l'image d'Épinal du vieux poète chantant la nature et l'enfance. Sa jeunesse rock'n roll méritait bien un album et Cailleaux et Bourhis lui rendent ici un bel hommage !


Prévert, inventeur de Cailleaux et Bourhis. Dupuis, 2014. 72 pages. 16,50 euros.







40 commentaires:

  1. J'aurais bien vu du noir et blanc pour les illustrations intérieures, un peu comme ce qu'ont fait Catel et Bocquet sur les Kiki et Olympe de Gouges.
    Tentant ce que tu dis de ce titre. Trois tomes... je vais attendre du coup :P

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    1. Tous les tomes peuvent se lire indépendamment. D'ailleurs je pense en rester au 1er, les autres m'intéressent moins.

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  2. Une bonne façon de s'intéresser à ce grand poète !

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    1. Et surtout de découvrir une partie de sa vie très peu connue.

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  3. Interessante, cette biographie. le duo Cailleaux/Bourhis a l'air de bien fonctionner.

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    1. Il avait déjà bien fonctionné il y a quelques années en retraçant le parcours de Boris Vian.

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  4. Ces années-là étaient vraiment riches culturellement et Paris était l'endroit où il fallait être. J'aime beaucoup ce genre de présentation, en dehors des cadres, surtout si ça reste lisible, bien sûr. Quelle bonne idée de faire revivre un Prévert jeune et bohème!

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    1. Oui, c'était un Paris bouillonnant de culture et de vie après les horreurs de la 1ère guerre mondiale.

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  5. Je ne connais pas le Prévert jeune, une excellente occasion de faire connaissance.

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    1. Je ne le connaissais pas non plus et ce fut une bien belle découverte.

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  6. Pourquoi pas...? La biographie d'un si grand monsieur en BD, ça ne peut qu'être passionnant !

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    1. Passionnant, c'est ça. Et il était tellement irrévérencieux, le bonhomme !

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  7. Pas très envie pour le moment mais pourquoi pas un jour ...

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  8. Celui-ci me tente, j'aime beaucoup son graphisme ! Et le sujet est intéressant.

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    1. Le sujet et le graphisme se complètent parfaitement.

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  9. Tiens, tu m'intrigues. Vie rock and roll, pas de cases, ça pourrait me plaire. Rien à voir mais je suis en train d'écouter Miss Pitmann.

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    1. Écouter Miss Pitmann ? J'espère que c'est une femme qui lit.

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  10. Je ne sais pas... J'aime bien que mes bd soient cadrées. Je suis encore très classique. Je verrai à la bibli !

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    1. Mais là, ça ne gêne aucunement la lecture.

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  11. Je note, je note ! C'est quelque chose qui pourrait beaucoup me plaire !

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  12. Oh voilà qui m'intéresse très fort !! Merci pour ce billet et cette info donc.

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  13. Je me rends compte que je ne connais pas tant de choses que cela de la vie de ce grand homme. La découvrir par une BD est très tentant !

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    1. Et moi je ne connaissais strictement rien à sa jeunesse !

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  14. Une façon originale de le redécouvrir qui me tente plutôt !

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  15. Tu donnes carrément envie. Mais le duo d'auteurs et le sujet me laissait un à priori positif, je dois dire...

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    1. Et moi j'aimerai beaucoup découvrir leur travail sur Boris Vian.

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  16. Moi qui ne suis pas BD à cause de la lisibilité justement eh bien celle-ci pourrait me plaire. Et savoir que Prévert a été un glandeur a quelque chose de jouissif (quand on a dû l'apprendre à l'école en mode intensif parce qu'on est tombé sur une prof dingue de Prévert)... Quand tu dis "punk", on pourrait caser "hippie" aussi !!! :D

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    1. C'est vrai ça, il continue de faire souffrir bien des enfants avec ses poésies. C'est le comble pour un glandeur !

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  17. J'aime quand l'on sort, justement, de la présentation de BD "traditionnelle" avec 6 ou 8 cases. J'aime être surprise à chaque page ... et puis, j'aime Prévert.
    2 arguments qui me feront regarder si je peux un jour (a)voir cette BD

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    1. Cette BD a donc beaucoup d’arguments pour te plaire on dirait !

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  18. Intéressant, et j'aime cette originalité graphique personnellement. Noté !^^

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    1. Moi aussi je l'aime cette originalité graphique.

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  19. Une façon ludique de connaître la vie de ce grand personnage

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    1. Ludique et très documentée l'air de rien.

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  20. Bonne idée de nous faire découvrir Prévert avant Prévert ! En BD en plus ...

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    1. C'est un angle d'attaque vraiment très intéressant je trouve.

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