mardi 2 avril 2013

Le premier mardi c'est permis (15) : Le boucher

Reyes © Seuil 1995
Marre de la clit lit. Pas envie non plus de me plonger dans un pseudo guide sur la sexualité ou un essai bancal. Pas davantage tenté par un retour vers les grands classiques de la littérature érotique qui m’ont jusqu’alors laissé sur ma faim. Ok, mais il reste quoi ? Et bien il reste un petit roman publié avant la mode du Mommy Porn. Un texte qui ne surfe sur aucune vague, paru en 1988. Un premier roman qui a fait grand bruit à l’époque et remporté le Prix Pierre Louÿs. Surtout, pour moi qui me plains sans cesse de ces éphèbes en tous points parfaits que l’on se coltine dans les trilogies d’E.L James ou Sylvia Day (Gidéon, si tu lis ces lignes, sache que je ne t’aime pas, mais alors pas du tout…) voir un boucher source de fascination érotique, ça me plait. Ben oui quoi, le boucher, c’est un peu comme le professeur-documentaliste, c’est loin d’être l’icône glamour par excellence. Du coup ça me fait du bien de croiser des gens comme moi (euh, je précise juste en passant que  je suis documentaliste, pas boucher, même si c’est un métier tout à fait respectable).

La narratrice tient la caisse dans une boucherie. C’est un job d’été. Le boucher la trouble au plus haut point. Voir s’étaler sous ses yeux la chair du boucher et celle du bœuf a pour elle quelque chose de fascinant : « Qui a dit que la chair est triste ? […] la chair est notre guide, notre lumière noire et dense, le puits d’attraction où notre vie glisse en spirale, sucée jusqu’au vertige ». Le boucher lui parle de sexe toute la journée, il lui promet la lune : « Tu verras comme je prendrais soin de toi… J’ai les mains habiles, tu sais, Et la langue longue, tu verras. » Si écœurant et si doux. Elle l’a surpris une fois dans la chambre froide avec la bouchère : « La bouchère s’était agrippée des deux mains à deux gros crochets de fer au-dessus d’elle, comme on le fait dans le métro ou dans le bus pour garder l’équilibre. Sa jupe était remontée et roulée autour de la taille, découvrant ses cuisses et son ventre blanc, avec la touffe noire qui, de profil faisait une tache en relief. Derrière elle se tenait le boucher, le pantalon aux pieds et le tablier entortillé autour de la ceinture, la chair débordante. » Pas ragoutant le boucher, et pourtant elle ne pourra résister à son charme si particulier : « J’eus envie de lui. Il était laid, avec son gros ventre moulé dans le tablier taché de sang. Mais sa chair était aimable. » Leurs ébats vont s’étaler sur une vingtaine de pages, dans une succession de scènes d’un érotisme torride. Chaud bouillant !    

Alina Reyes ne cherche pas à faire fantasmer la ménagère. Alliant poésie et sauvagerie, elle traduit avant tout la conscience du corps qui s’éveille et s’abandonne jusqu’à à atteindre le seuil d’une certaine forme de folie. Troublant et dérangeant.

Entendons-nous, c’est un très bon roman mais ce n’est pas non plus un titre exceptionnel qui va me faire grimper au rideau. J’ai quand même eu l’impression de lire de la littérature, ce qui n’est pas si courant ces derniers temps dans le cadre du rendez-vous deStephie.       
   

Le boucher d’Alina Reyes. Le Seuil (Points), 1995. 90 pages. 4,60 euros.






Prix Pierre Louÿs 1988



45 commentaires:

  1. Il est même dans ma bibliothèque celui-là : je l'avais lu à sa sortie et je me souviens l'avoir trouvé pas mal même si j'aurais été en peine de retrouver la trame de l'histoire. Ca va commencer à devenir dur pour toi ces premiers mardis si tu n'as plus de matériau...

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    1. Disons que c'est surtout la motivation qui commence à me manquer. Sinon il me reste quelques cartouches dans ma pal, tu penses bien !

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  2. Le boucher dit il à un moment donné...?
    - J'vous en ai mis un peu plus ...J'vous laisse...?
    Oupssss...je sors...^^

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    1. Le boucher est toujours serviable avec ses clientes, voyons... Un vrai gentleman.

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  3. Le fantasme du bouche dans la chambre froide... C'est malin ! Moi qui me sers chez un "boucher à l'ancienne" qui a une vraie chambre froide, je n'ai pas fini de gamberger ^^

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    1. Excellent ! Tu penseras à moi la prochaine fois que tu iras. Moi j'achète ma viande au supermarché, c'est moins glamour^^

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  4. déjà troublée... je voulais parler du fantasme du boucheR

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  5. Un classique du genre... Lu ... très jeune... mais chuut §

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    1. Tu as raison, chut... Après tout, c'est une lecture inavouable...

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  6. Le jour où tu grimpes au rideau, on veut une photo ;)

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    1. Promis, si ça arrive un jour il y aura une photo rien que pour toi (mais je te préviens ça devrait pas être joli-joli...).

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  7. ALina Reyes a un parcours (sans aucun doute personnel avant tout) très particulier : elle a commencé à écrire dans ce genre et elle a fini (ou presque) par écrire une biographie de Bernadette Soubirous ! Si, si, je t'assure ! Mais bon, on reste dans les ébats, qu'ils soient mystiques ou autres.

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    1. Oui, c'est vraiment un drôle de personnage. Et d'après ce que j'ai compris, elle vient de se convertir à l'islam.

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  8. tiens, je l'ai lu celui-là! (il y a longtemps)... c'est bien la première fois pour cette "catégorie" ;-)

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    1. Tout arrive^^ Mais je suis sûr qu'en fouillant dans ta bibliothèque tu trouverais d'autres lectures inavouables...

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  9. Eh ben dis donc, si j'avais su qu'un boucher pouvait faire autant fantasmer, je serais allée faire mes courses en vrai plus souvent (dit celle qui a découvert les supermarchés "drive" où on met tes courses direct dans le coffre et qui ne s'en passe plus).

    Mais sinon, tu prends des risques, toi... Le coup du prof doc pas glamour... Si Noukette passe par là, je te dis pas! ;)

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    1. Attention, j'ai pris mes précautions, j'ai écrit "le" prof doc, pas "la" prof doc (pas fou le gars !). On est super minoritaires dans la profession et les quelques confrères que je croise de temps en temps sont loin d'être des gravures de mode, crois-moi (s'cusez les mecs mais rassurez-vous je me compte dans le lot).

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    2. ;-)Nous on est glamour à fond voyons... Tssss...!

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    3. Tu m'étonnes, des docs (femmes) glamour, j'en connais des tonnes...

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  10. Ca fait plaisir de voir que pour une fois tu as choisi un titre potable! Je n'ai pas lu celui-ci, mais j'ai beaucoup aimé ce que j'ai lu d'Alina Reyes. Et, comme tu dis, ça c'est de la littérature!
    Bon, maintenant quand est-ce que tu essayes Gabrielle Ciam ou Emma Becker?

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    1. Gabrielle Ciam et Emma Becker tu dis ? Je ne connais pas mais je note précieusement.

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  11. "La clit litt", je ne connaissais pas !

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    1. C'est LE concept à la mode. Après la bit lit et la chick lit, on a droit à la clit lit^^

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  12. Ton billet confirme que j'ai lu ce roman il y a bien longtemps, alors que je n’étais encore qu'une oie blanche, si, si, vrai de vrai... Je pense que comme Hélène j'avais du me planquer pour le lire...! ;-) J'ai bien envie de relire du Alina Reyes tiens !

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    1. Quand tu n’étais encore qu'une oie blanche, ça doit remonter, alors ;)
      Ah, nostalgie, quand tu nous tiens...

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  13. Merci Jérôme pour la visite chez moi (via Stephie que j'embrasse).
    Bien que ma participation aujourd'hui soit tout à fait fortuite, je vais afficher la mignonne vignette du challenge sur mon billet.
    Surtout qu'alors que je pensais être une piètre lectrice dans la catégorie X, je me souviens avoir lu et aimé "Le Boucher" quand Aldus l'avait signalé comme ouvrage auto-édité en numérique (3 euros sur le site de l'auteur !).
    Mais ne tergiversez pas, allez tâter de l'Edith chez Bonnand, vous ne le regretterez pas ;)

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    1. Edith est notée précieusement, je devrais me pencher sur son cas d'ici peu...

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  14. En voilà un billet qui fait du bien !
    Vive les produits naturels !! ^^

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  15. De lard de se faire tiller ... une bavette :O)
    Oups

    Bises

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    1. de lard de se faire tailler... une ... bavette.
      Désolée l'émotion de cette grosse bêtise
      je sors
      bises

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    2. Décidément, ce boucher met toutes les femmes en émoi^^

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  16. Je crois que je ne vais pas pouvoir m'empêcher de sourire la prochaine fois que j'irai chez mon boucher ! ;-)

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    1. Tu risques de ne plus le regarder du même oeil...

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  17. euh a'il y a bien quelque chose que je trouve anti-érotisme c'est bien de la viande bien fraîche dégoulinante de sang ... pire quand c'est mon boucher qui la tient entre ses mains (je parle de la viande)

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    1. Alors tu n'es pas du tout dans le même état d'esprit que cette jeune caissière. Parce que elle, la viande rouge et dégoulinante, ça lui fait un effet boeuf !

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  18. Ben, j'aurais trop peur qu'elle finisse dépecée et proposée à l'étal, décorée de persil. Le boucher ne m'inspire paaaas du tout.

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    1. Nan, t'inquiète, c'est pas un thriller...

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  19. Comment cela, tu n'as pas grimpé au rideau ? Ah mais alors, cela ne va pas du tout, mais vraiment pas du tout. Remboursez ! (c'est le cas de le dire)

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    1. Très rare que je grimpe aux rideaux avec de la littérature érotique. Je me demande même si ça m'est déjà arrivé...

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  20. Hum... Moi le cadre d'une boucherie ne me fait pas fantasmer...

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    1. Je t'avouerais que non plu mais il faut croire que certains y trouvent leur compte ;)

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  21. Le fantasme du boucher, pour la végétarienne que je suis, on repassera ;-) Y a pas le même avec un maraîcher ?

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    1. Je vais faire quelques recherches et je te dis quoi^^

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