lundi 7 septembre 2015

L’œil de l’espadon - Arthur Brügger

Charlie est apprenti poissonnier dans un grand magasin. A 24 ans, cet orphelin n’ayant jamais quitté sa ville natale, n’ayant jamais vu la mer et n’ayant jamais eu la moindre petite amie est installé dans une routine qui lui convient. Il raconte ses journées faites de découpage, écaillage, évidage, emballage et nettoyage, ses relations avec les collègues, les clients, la hiérarchie, le rush de Noël, les promos qui attirent le chaland et le gâchis permanent.

Le jour où il rencontre Emile, nouveau préposé à la gestion des poubelles au « niveau zéro », sa vie change. Emile est un idéaliste qui s’est fait embaucher à ce poste ingrat pour mener une enquête sur le gaspillage dans les grandes surfaces et dénoncer le scandale dans les médias, photos à l’appui. Emile est aussi un lettré dont la liberté d’esprit va peu à peu influencer la vision du monde du naïf Charlie.

Un premier roman venu de Suisse qui offre une vision décalée du monde du travail. Charlie est un esprit simple qui porte un regard sans filtre sur son environnement et son statut d’employé. Mais sa candeur a aussi des limites, notamment face à l’indifférence et au manque de politesse : « C’est vrai qu’après le dix-huitième client qui ne dit pas au revoir bonne journée quand on lui donne son sac sous vide avec le poisson dedans, le dix-neuvième qui me sourit et puis m’adresse juste la parole pour me dire une banalité, je pourrais lui sauter au cou de joie. Ça fait simplement du bien de sentir qu’on existe. Qu’on est autre chose que le gardien d’une proie appétissante. Autre chose qu’une machine, qu’un distributeur, qu’un automate. Parfois j’ai l’impression que les clients, ils nous regardent moi et les autres employés du Grand Magasin comme de la marchandise. »

Un texte qui tient presque de la fable. Ni glorification ni condamnation de la grande distribution, la vision en apparence naïve de Charlie, ses mots simples ont une portée bien plus efficace que n’importe quel discours militant. Et Charlie le vrai gentil ne vous fera plus jamais regarder les employés de supermarché du même œil.

L’œil de l’espadon d’Arthur Brügger. Zoé, 2015. 154 pages. 15,50 euros.




30 commentaires:

  1. Tu le vends bien, ce premier roman ;)

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    1. Pas aussi bien que Charlie vend son poisson ;)

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  2. Je suis d'accord avec Stephie ;-)

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  3. Un thème qui peut m'intéresser. Je note !

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    1. Un thème traité de façon très originale.

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  4. Un univers vu par le petit bout de la lorgnette.

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    1. Non, univers vu avec un regard différent mais absolument pas réducteur.

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  5. Ma curiosité est totalement piquée. Je vais aller y voir de plus près. Merci pour ce billet inspirant.

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    1. Merci à toi pour e gentil commentaire ;)

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  6. Je ne sais pas si je le lirai, je suis vraiment très intriguée ! :)

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    1. C'est un premier roman vraiment original.

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  7. intéressée mais le prix .. pour 154 pages .. je sais mais ça me fait tiquer ! j'attendrais la bibli ou le poche !

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    1. La bibli sera sans doute plus rapide que le poche ;)

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  8. Ça a l'air sympa. Les éditions Zoé me plaisent beaucoup depuis que j'ai découvert Max Lobe (La trinité bantoue) édité chez eux. Peut-être que 2016, je vais explorer un peu plus côté Suisse.^^ Et Belgique aussi, tiens, tant qu'à faire !

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    1. Tu me rappelle que j'ai un Max Lobe dans ma pal ("39 rue de Berne").

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  9. Assez tentant, je dois dire...j'espère que le dénouement est à la hauteur , je crains toujours les rencontres littéraires entre le "simple" et le "cultivé", le fait que tu parles de fable me rassurerait...

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    1. Ce n'est que l'histoire de cette rencontre, c'est surtout un regard décalé sur le monde du travail.

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  10. Un regard intéressant, franc, la gentillesse notion qui tend à disparaître, le monde du travail, sa froideur... ça pourrait me plaire.

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    1. Un regard franc et sans méchanceté, c'est vrai que cela devient très, très rare...

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  11. Intéressant merci d'en parler jamais vu ce livre ailleurs

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    1. C'est vrai qu'on ne l'a pas beaucoup vu pour l'instant, mais il vient juste de sortir.

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  12. Pas fan des romans avec le monde du travail pour thème moi... Je passe sur celui ci (ouf !)

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    1. Moi au contraire, ça me botte carrément ce genre de roman. Et il m'en reste deux de la rentrée sur le même thème dans ma pal !

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