« J'ai passé quinze ans en prison. J'ai vingt-neuf ans. Mon corps est celui d'un homme bien plus âgé. Une relique que je connais trop intimement : ces cicatrices, cette silhouette brisée. Toutes ces années ! Elles m'ont tout pris. Ma santé et ma famille. Elles m'ont pris la personne que j'aurais pu être et m'ont rendu à la place la moitié d'un homme, une ombre. »
Nord du Pakistan. Après un long séjour derrière les barreaux, un jeune homme est recueilli avec bienveillance par un sage épris de livres et de poésie. Aidé de la fille de son hôte, il va consigner son histoire dans un cahier pour celle qu'il n'a jamais cessé d'aimer, celle dont il s'est épris et qui aura été malgré elle la cause de son malheur.
« Saba. Nous n'étions alors que des enfants, nous ne savions rien des frontières qui traversent le monde des adultes. Nous ne savions pas que le monde était constitué de murs et de barreaux, que les peuples étaient séparés les uns des autres. Les montagnes étaient poreuses, comment aurait-on pu y tracer des frontières ? Et si même les nations ne pouvaient être séparées, alors pourquoi deux personnes quelconques auraient-elles dû l'être ? Non, nous étions des enfants et ne savions rien de tout ça ; peut-être ne serons nous plus jamais aussi sages. »
Une lettre à l'absente, belle et déchirante. L'écriture fait œuvre de résilience, elle lui permet d'avancer malgré les épouvantables stigmates d'un douloureux passé. L'horreur de la prison côtoie le calme apaisant du verger de son enfance dans lequel il revient dorénavant chaque jour. Les épisodes sordides de sa vie en captivité sont précédés ou suivis de réflexions sur la beauté de la nature, du vol des hirondelles au goût suave de la grenade dont le jus fait frémir les lèvres. Sur le cahier, les mots apportent la lumière et aident à rester debout. C'est parfois poétique, à d'autres moment d'un réalisme qui fait frémir mais toujours d'une grande beauté. Un superbe texte, vraiment.
Une découverte que je dois à Marilyne. Elle a eu la gentillesse de me prêter ce livre, pensant qu'il pourrait me plaire. Comme d'habitude, elle ne s'est pas trompée.
Un verger au Pakistan de Peter Hobbs. Bourgois, 2013. 138 pages. 14,00 euros.
Les avis de Alex Mot-à-mots, Clara, Krol, Marilyne
Heureuse que cette lecture t'ait plu, qu'elle t'ait touché. J'ai été fascinée, bouleversée même, par la beauté des images, des émotions profondes sur des souvenirs si violents et cruels. Magnifique retour à la vie. ( merci pour ce billet, heureuse aussi que ta lecture offre une nouvelle visibilité à ce livre )
RépondreSupprimerUn magnifique retour à la vie, c'est ça. Et quelle écriture !
Supprimeroh la la , tout ce que j'aime et juste en lisant ton billet j'ai des frissons. Hâte de le découvrir
RépondreSupprimerJ'espère que tu pourras le trouver facilement.
SupprimerBillet qui m'incite à faire un tour chez mon libraire...
RépondreSupprimerTant mieux !
SupprimerAh oui ! J'ai adoré ce roman et je l'ai beaucoup prêté... et il a toujours été très apprécié ! On n'en pas entendu assez parler sur les blogs... Merci Jérôme !
RépondreSupprimerC'est vrai que je ne l'ai pas beaucoup vu sur les blogs.
SupprimerJe l'ai noté chez Maryline et je le surligne chez toi, je pense que c'est un texte qui me plaira.
RépondreSupprimerAucune raison qu'il ne te plaise pas.
SupprimerÉcoute, je n''en ai pas entendu parler (et franchement, ce n'est pas un gage d'imperfection, car il y a tellement de bouquins qui sortent et certains, on se demande bien pourquoi). Mais le côté sordide de la vie en captivité a tendance à m'effrayer (disons que j'ai vraiment envie de lire autre chose en ce moment. Je t'embrasse (fort)
RépondreSupprimerC'est vrai qu'il y a un coté sordide par moments mais l'espoir et la beauté l'emportent.
SupprimerAlléchant comme ça, d'après ce que tu en dis, le thème me parle en plus. Après le côté déchirant et parfois poétique, je ne sais pas si ça me correspondrait trop.
RépondreSupprimerJe ne sais pas si c'est déchirant. On va dire que c'est une longue et belle lettre d'amour ;)
SupprimerMais c'est encore pire ! ^^
SupprimerSi tu le dis... En tout cas il se lit super vite. Je dis ça, je dis rien...
SupprimerEncore un titre dont je n'avais pas entendu parler et que je lirai sûrement un jour grâce à toi...
RépondreSupprimerSur ce coup-là tout le mérite revient à Marilyne.
SupprimerUne lecture envoutante et touchante, tu as raison.
RépondreSupprimerJe l'impression que l'on est tous d'accord là-dessus.
Supprimerje ne sais pas s'il est pour moi, mais le titre est très beau!
RépondreSupprimerJe serais curieux de savoir ce que tu en penses.
SupprimerJ'hésite mais le petit nombre de pages n'est jamais bon signe avec moi.
RépondreSupprimerC'est vrai que tu es plutôt une adepte des pavés.
SupprimerLe thème me parle et si en plus c'est bien écrit, je ne résiste pas !
RépondreSupprimerTu as bien raison de ne pas résister.
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