vendredi 21 octobre 2016

Pas trop saignant - Guillaume Siaudeau

« Certains hommes mettent une vie entière à se libérer de leurs chaînes. Lui a décidé de faire ça en une journée. Il ne sait pas si c’est possible. »

La fugue, la fuite, le mal-être qui se traduit par une envie de mettre les voiles, de disparaître, de se faire la malle… c’est un peu la thématique de ma semaine de lecture. Après « Ma fugue chez moi » j’ai enchaîné avec ce « Pas trop saignant » narrant l’équipée, non pas sauvage, mais tendre et poétique d’un héros comme seul Guillaume Siaudeau sait les croquer.

Troisième roman de ce jeune auteur né en 1980 et troisième fois que je me laisse embarquer dans son univers décalé, à la frontière du rêve et de la réalité. On suit ici le parcours de Joe, équarisseur dans un abattoir ne supportant plus la vue du sang et le cri des bêtes condamnées à une mort atroce. Un solitaire qui décide un jour de tout plaquer pour partir sur les routes au volant d’une bétaillère dérobée sur son lieu de travail et contenant des vaches destinées à finir en steaks hachés. Après un détour pour kidnapper Sam, un enfant placé et maltraité dont il est devenu le meilleur ami, Joe roule vers la montagne et trouve d’abord refuge chez son vieux pote Jacques. Il rencontre ensuite Robert, veuf bourru au cœur grand comme ça qui prend fait et cause pour les fuyards tandis que la traque s’organise et que les policiers de tout le pays se lancent aux trousses de la bétaillère et de ses drôles d’occupants.

Y a de la joie et de la tristesse dans cet inclassable petit texte, une gravité affleurant en permanence sous des faux airs de légèreté. La liberté a un prix, la fuite ne pourra jamais être que temporaire et on sait la partie perdue d’avance mais cela renforce l’infinie empathie que le lecteur ressent pour Joe et ses comparses. A l’opposé les forces de l’ordre en prennent pour leur grade, un matraquage en règle sous l’angle de la moquerie et de l’humour noir offrant une représentation aux accents anar certes caricaturale mais pour le coup vraiment drôle.

C’est une confirmation, j’aime beaucoup la plume et le ton de Guillaume Siaudeau, son regard lucide, désabusé et pétri d’humanité, sa capacité à mettre en scène des gens du peuple aussi attachants que solaires et ses histoires douces-amères dont la petite musique nous reste en tête longtemps après avoir tourné la dernière page. Un auteur qui me va comme un gant et que je continuerai à suivre les yeux fermés, c’est une évidence.

Pas trop saignant de Guillaume Siaudeau. Alma, 2016. 135 pages. 16,00 euros.

L'avis de Leiloona

Mes avis sur Tartes aux pommes et fin du monde et La dictature des ronces



46 commentaires:

  1. Il me faut impérativement découvrir cet auteur. Je suis allée lire tes billets sur ses deux romans précédents et, décidément, son univers me plaît. Je vais mettre la main sur "Pas trop saignant" d'abord, et ce, sans tarder. Merci pour la découverte!

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  2. Il m'attend. Je vais le lire incessamment sous peu :-)

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  3. Sur ma PAL. Il sera lu dans la semaine. ^^

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  4. j'ai lu un autre billet sur ce roman et toujours enthousiaste - je le lirai un jour (quand j'aurais le temps)

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    1. Le temps, c'est ce qui nous manque le plus ;)

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  5. Jamais lu et évidemment tu suscites grand désir, canaille :-p

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  6. Je l'ai remis dans ma pile après l'article de Leiloona, alors que j'avais bloqué... A voir donc...

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  7. connais pas du tout ! quel joli billet en tous cas!

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  8. un souvenir remonte à ma mémoire, un fais divers il ya quelques années, une vache avait réussi à s'enfuir de l'abattoir juste avant d'être trucidée , ses poursuivants ont mis une journée à la retrouver .. que crois tu qui lui arriva? la mort évidemment! je trouve qu'elle aurait mérité d'y échapper

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    1. La partie était perdue d'avance, comme toujours...

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  9. Voilà, je partage chacun de tes mots ... C'est exactement ça, un regard lucide sur la tristesse de ce monde avec cette pointe de poésie qui le rend infiniment ... beau. Paradoxal, mais vrai.

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  10. Dire que je n'ai toujours pas lu Guillaume Siaudeau... ;(

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  11. Je lis Antigone, et fais le même constat. Je ne l'ai toujours pas lu ...

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  12. Oui, à lire ton billet, c'est évident que cet auteur te va comme un gant.:-) Je pourrais me laisser tenter s'il croise mon chemin.

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    1. Il y a un coté assez barré que tu aimerais sans doute.

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  13. Rhooo vil tentateur ! Je ne connais pas l'auteur mais chaque fois que tu en as parlé c'était en bien alors...il arrivera un moment... rha ! :)

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  14. Suite à mes lectures précédentes, j'ai celui-ci dans l'oeil. Comme toi, j'aime son univers et les mots qu'il y pose

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    1. Une lecture prévue pour bientôt alors.

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  15. La citation m'intrigue énormément !

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    1. C'est une bonne chose d'être intriguée, non ?

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  16. Charmé par un troisième rendez-vous, alors il vaut la peine de le découvrir ce jeune auteur! J'irai voir ça de plus près.
    Bonne semaine Jérôme

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    1. Il ne m'a jamais déçu jusqu'alors en tout cas.

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  17. A noter sur ma longue liste d'errances bibliothesque :-)

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  18. Je n'ai lu aucun roman de ce monsieur mais il va falloir que j'y remédie !

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    1. Ah oui, tu vas le découvrir un jour ou l'autre, crois-moi !

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    1. C'est vrai, les titres sont toujours originaux.

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  20. Je lis en diagonale car je suis heureuse de l'avoir reçu de l'auteur, avec qui je partage un chouette échange par e-mail depuis ma lecture de "La dictature des ronces". Il est très sympa et ce 3ème roman me semble plutôt prometteur! Hâte de retrouver cette plume si fraîche.

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    1. Une écriture pleine de fraîcheur, c'est exactement ça !

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  21. Il devrait me plaire celui là !

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  22. J'avais un peu buté sur "La dictature des ronces" (mais je me suis promis de le relire) et celui-là me fait à la fois envie et pas du tout !

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    1. "La dictature des ronces" reste mon préféré pour l'instant.

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  23. J'ai préféré La dictature des ronces

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    1. De ses trois romans, ça reste aussi mon préféré.

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