lundi 20 avril 2015

La dictature des ronces - Guillaume Siaudeau

Parce qu’il a accepté de s’occuper du chien de son ami Henry devant s’absenter pendant un mois, le narrateur débarque sur l’île de Sainte Pélagie. Au bord de la dépression, il voit dans ces vacances tombées du ciel l’occasion de faire le point et de se ressourcer. Mais il va rapidement comprendre que son lieu de villégiature ne ressemble à rien de ce qu’il a connu auparavant. Dès la traversée, le passeur ivre mort donne le ton. A la bibliothèque, tous les ouvrages ont des titres et des sujets déprimants et sont prêtés avec des paquets de mouchoirs. Les vendeurs d’encyclopédie frappent à sa porte à 3h du matin tandis que des avions publicitaires survolent la plage en traînant derrière eux des messages semblant anticiper chacun de ses faits et gestes. Pendant que les autochtones l’invitent à la pêche aux étoiles filantes, un cirque ambulant animé par d’anciens alcooliques anonymes propose un numéro de lancer de couteaux en mousse. Je vous épargne l’épisode de la neige en plein été et celui où un gosse passe ses journées au bord d’une falaise à attendre l’hypothétique retour de son père…

De Guillaume Siaudeau j’avais lu et apprécié le premier roman, « Tarte aux pommes et fin du monde ». J’ai retrouvé ici son univers riche de fantaisie et d’humour décalé, son écriture très imagée et son art de la formule : « J’étais plutôt du genre à ne pas croire au paradis mais à craindre l’enfer. A banaliser la lumière et à sacraliser les ombres. Je ne sais pas si mon pessimisme était à la hauteur de mes problèmes mais il y mettait du sien. » En creux, j’ai trouvé d’une grande justesse le portrait d’un narrateur digne de son époque dans son mal-être et sa fragilité, sa solitude, son manque d’espoir et d’ambition. Un homme aussi lucide que désabusé, capable d’associer une belle dose d’autodérision à une empathie sincère et désintéressée pour les doux-dingues qu’il croise sur cette île mystérieuse. Un homme en plein paradoxe, ressentant avec cette expérience insulaire, « un bien être doublé d’une gêne indescriptible. Le sentiment de ne pas être à [sa] place, mais de manière très confortable. C’était aussi difficile à expliquer qu’à vivre ».

Farfelu mais pas que, loin de là, ce second roman beaucoup plus subtil qu’il n’y paraît installe Guillaume Siaudeau parmi les jeunes auteurs français à suivre avec le plus grand intérêt. Du moins en ce qui me concerne.

La dictature des ronces de Guillaume Siaudeau. Alma, 2015. 178 pages. 16,00 euros.


Les avis d'Aifelle Blablablamia et Cathulu










42 commentaires:

  1. Bon en ce moment il me faut du léger mais surtout de la joie, alors ... je reviendrai voir celui-ci lorsque je me sentirai capable de lire une petite déprime ! :)

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    1. Ici la déprime est quand même assez joyeuse je trouve.

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  2. Un auteur à suivre c'est certain, il a un ton très personnel et j'attends déjà son troisième roman.

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    1. C'est ça, le plus intéressant est son ton tellement particulier. ça devient tellement rare un écrivain que l'on reconnait au premier coup d’œil.

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  3. de belles choses chez cet éditeur je trouve!

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    1. Je suis bien d'accord, j'ai multiplié les belles découvertes chez Alma.

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  4. Un peu fou. J'aime cette ambiance. Je vais le noter mais... toujours ce "mais qui gâche tout ! mais je ne sais pas quand je le découvrirai.
    Bonne semaine

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    1. Oui, il y a quelque chose d'un peu fou sur cette île. Mais pas que.

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  5. Un auteur qu'il faut que je découvre à mon tour !

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    1. Il gagnerait à être davantage connu.

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  6. ce qui me réjouit c'est que je n'ai pas lu le premier, donc je peux attendre pour le deuxième.
    A lire : Maus (tu ne t'en tireras pas, mon vieux)

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    1. (hahaha, t'as raison keisha, ne lâche pas)

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    2. Maus tu dis ? Connais pas ;)

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  7. J'avais beaucoup aimé le premier aussi, une écriture très poétique. Déjà noté celui-ci chez Cathulu, ça fait plaisir de voir que vous êtes d'accord !

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    1. C'est une écriture assez particulière à laquelle on peut rester hermétique je pense. Mais ce n'est pas mon cas.

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  8. un univers de fantaisie pour un titre bien rugueux! Mais j'aimerais le découvrir!

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    1. Ah ça oui, il y a beaucoup de fantaisie dans cet univers !

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  9. Il va falloir que je le découvre, Aifelle m'avait déjà bien tentée :)

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    1. J'espère que avoir enfoncé le clou ;)

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  10. Il me plaît bien celui-ci. Je note, je note...

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  11. je fais partie du 0,1 % des méchants petits canards ( et pas de billet ) pour ce livre. Je n'ai pas du tout accroché à l'histoire.

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    1. Tu n'es pas le seule, je connais une autre personne qui n'a pas aimé du tout. On ne peut pas plaire à tout le monde de toute façon, et c'est tant mieux.

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  12. Ça donne envie de mettre du sable dans ses chaussures...j'ai beaucoup aimé cette tendresse derrière la folie de ceux qui ont des étincelles dans les yeux.
    Maintenant, je prendrai bien un peu de tarte aux pommes

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    1. La tarte aux pommes est un roman différent mais tout aussi excellent je trouve.

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  13. Aifelle m'avait déjà tentée, il et noté pour plus tard mais j'y viendrai ! ;)

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  14. Mouarf, bouclier KO... Farfelu, subtil, humour décalé, il n'y a rien à jeter là-dedans. Déjà dès le 1er paragraphe, je sentais que j'étais foutue. Bon, c'est le genre de billet sur lequel je suis plutpot contente de tomber parce que ce genre de livres complètement pour moi, si on ne me signale pas, je ne tombe pas forcément dessus au hasard d'un passage à la bib' ou en librairie. Une urgence 2015, une autre !

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    1. Tes urgences 2015 vont finir par glisser sur 2016 (au moins !), pas possible autrement.

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  15. Ok, je le garde dans un coin de ma tête

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  16. J'ai vraiment très envie de découvrir cet auteur !

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  17. Ça a l'air barré et complètement foutraque ! Vendu !

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  18. Quant le farfelu donne aussi à réfléchir, je note !

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    1. Il y a de ça, un mélange de farfelu et de réflexion.

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  19. Je suis curieuse du coup de lire son premier roman. :)

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    1. Il est dans la même veine, on retrouve ce coté décalé et inclassable.

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