dimanche 8 novembre 2015

L’économie pour quoi faire ? - Robert Benchley

Robert Bentchley est un chroniqueur humoristique américain (1889-1945) qui a longtemps sévit dans de prestigieux magazines comme Vanity Fair ou le New Yorker. Dès 1928, il fut l’un des premiers comiques du cinéma parlant et reçut un oscar pour son film « Comment dormir ? ». Amis de Dorothy Parker, Hemingway et Errol Flynn, ce maître de l’humour décalé et absurde reste une référence pour ses pairs, de Stephen Leacock à Woody Allen.

Ne vous attendez pas dans ces douze leçons d’économie à tomber sur des analyses pointues et des concepts ardus. La première page donne d’ailleurs le ton :



Lorsqu’il propose ses perspectives économiques et financières pour l’année 1931, il insiste sur l’échec du contrôle du prix des marchandises et le déséquilibre de la répartition des réserves d’or, mais aussi sur l’excès de vermouth. Analysant la situation européenne, il relève « un accroissement surprenant de blondes à Paris » (la faute à "un dumping scandinave et allemand") et s’attarde sur la passion italienne pour les spaghettis. Jamais avare de conseils, il explique le plus sérieusement du monde (ou pas) la façon dont une famille doit tenir ses comptes : « L’avantage qu’il y a à tenir une comptabilité domestique est clair. Si vous n’en tenez pas une, vous avez le sentiment gênant de dépenser plus que vous ne gagnez. Si vous en tenez une, vous en êtes sûr. »

Quelques coups de gueule aussi au fil de ces leçons. Contre son banquier (« Mes relations personnelles avec les banques ont toujours été marqués par un certain sentiment de tension. Est-ce lié au fait qu’il n’y a jamais assez d’argent en dépôt sur mon compte ? Je suis peut-être trop susceptible à ce sujet, mais je suspecte les banques de ne pas vraiment raffoler de ma clientèle pour  cette raison. ») et contre le téléphone, devenu le jouet favori des hommes d’affaires (déjà à l’époque !) : « Ainsi va la vie. Il y a ceux qui agissent et ceux qui rêvent, les hommes pour qui chaque seconde compte et ceux qui perdent leur temps à ne rien faire. Les premiers sont les hommes d’affaire de ce pays ; les autres, des types dénués de sens pratique qui s’occupent en écrivant et en dessinant. Ou peut-être est-ce l’inverse. Je n’arrête pas de les confondre. »

Benchley, c’est surtout un ton particulier qui reflète un état d’esprit drôle et léger dans une Amérique tentant de se relever difficilement de la crise de 29. Du non sens derrière lequel affleurent des saillies bien plus virulentes qu’il n’y paraît. 

Une jolie découverte. Et un auteur qui compte dans le paysage littéraire américain du 20ème siècle. 

L’économie pour quoi faire ? de Robert Benchley. Wombat, 2015. 100 pages. 14,00 euros.





14 commentaires:

  1. Amusant. Si j'ai l'occasion d'y jeter un oeil, je ne m'en priverais pas.

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    1. Tu devrai faire une belle découverte ;)

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  2. J'aime beaucoup l'humour qui se dégage du passage photographié. Je vais regarder s'il est en médiathèque .

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    1. Tu trouveras peut-être d'autres titres de l'auteur.

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  3. J'ai chez moi un vieux Benchley en 10 / 18, que je garde précieusement... (tu comprends pourquoi!)

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    1. Je comprends oui, le bonhomme est précieux !

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  4. J'aime beaucoup son idée de travailler jusqu'à 80 ans .. il était un peu visionnaire, non ? Je connaissais son nom mais jamais lu. Alors pourquoi pas ?

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  5. J'avais noté "Psychologie du pingouin" de cet auteur il y a deux ans par là. Il m'avait déjà l'air bien foufou comme j'aime.:-) ... mais mais... force est de constater que je n'ai toujours pas réussi à le caser... Alors bon, je ne m'engagerai pas pour 2015 hein, mais je me renote cet auteur à ne pas oublier.:-)

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    1. Celui-là est tout petit et se lit très vite en tout cas.

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  6. Je ne pense pas qu'il risque de croiser ma route celui là, mais j'avoue que tu arriverais presque à me convaincre, j'ai dit presque ;-)

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    1. Je ne pense pas non plus, m'étonnerait qu'il te convienne.

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  7. J'aurais pensé qu'il parlait de la crise actuelle.

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    1. Il reste beaucoup de points communs avec aujourd'hui finalement. Comme quoi, les choses n'ont pas beaucoup changé.

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