dimanche 19 avril 2015

Hautes œuvres : petit traité d’humanisme à la française - Simon Hureau

Je ne pouvais pas clôturer cette séquence «cadeaux » sans sortir de ma bibliothèque un livre offert par Mo’. Qui dit Mo’ dit BD. Je fréquente son bar depuis des années et on y est toujours aussi bien accueilli. J’ai honte de l’avouer mais elle m’a offert l’intégrale de Maus et je ne l’ai toujours pas lue, tout comme elle m’a offert le diptyque de Miriam Katin (« Lâcher prise » et « Seule contre tous »), que je n’ai pas lu non plus ! Promis, promis, promis, je m’y mets bientôt. En attendant, j’ai poursuivi grâce à elle ma découverte de l’univers de Simon Hureau (Crève saucisse, Mille parages) avec ces « Hautes œuvres », récit édifiant (et véridique !) du calvaire subi par Robert-François Damiens, accusé de tentative de meurtre sur Louis XV et torturé devant des milliers de parisiens sur la place de Grève.

En 1757, le régicide était considéré comme le crime suprême (le crime de lèse-majesté). Pour Damiens, cet attentat raté à l’arme blanche (le roi n’eut qu’une simple éraflure) se solda par la plus impitoyable des condamnations : main brûlée ; bras, cuisses et poitrine découpés à la tenaille ; huile bouillante ; pois et plomb fondu versé sur les plaies avant un démembrement à l’aide de chevaux et, cerise sur le gâteau, le bûcher. Le tout devant un public nombreux, fasciné ou horrifié par le spectacle.

C’est le bourreau, Charles-Henri Sanson, qui revient par le menu sur l’interminable supplice du condamné. Exécuteur des hautes œuvres maladroit et inexpérimenté, il a dû faire face à de nombreux soucis « techniques », finissant cette éprouvante journée sous les quolibets de la foule. Hureau n’épargne au lecteur aucun détail et certains passages sont peu ragoutants, mais au-delà de l’atrocité, il rend bien compte de l’atmosphère particulière de l’époque, du sentiment de révolte et d’injustice grondant dans les rangs du peuple au libertinage d’une noblesse décadente.

Le récit, très documenté,  s’avère passionnant et montre à quel point le siècle des lumières aura, malgré sa volonté affichée de modernité, gardé des pratiques relevant de la barbarie et de l’obscurantisme le plus abominables. Pas pour rien d’ailleurs que l’album a pour sous-titre plein d’ironie, « Petit traité d’humanisme à la française ». Autre ironie, et non des moindres, le même Charles-Henri Sanson deviendra quelques années plus tard le véritable régicide officiel, celui-là même qui guillotinera Louis XVI et Marie-Antoinette. Édifiant je vous dis !

Hautes œuvres : petit traité d’humanisme à la française de Simon Hureau. La boîte à Bulles, 2013. 48 pages. 13,00 euros.

L'avis de Mo'







16 commentaires:

  1. Ah ! Ce dessin mon cher Jérôme !! Ce dessin !! ^^
    Contente qu'il t'ai plu (j'avais même oublié que je te l'avais offert... c'est que ça doit dater tout cela :P). Par contre je me rappelais bien de "Maus" dont j'attends toujours ton avis avec autant d'impatience :D
    (ce n'est pas le tout de ça... je venais chercher le lien d'une de tes chroniques pour l'insérer dans un article. Alors je retourne à mes petites affaires ^^)

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    1. Je n'ai pas parlé du dessin, c'est vrai, mais j'aime de plus en plus le trait de Simon Hureau !

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    2. Je ne sis pas parler de son dessin. Tellement riche et minutieux que les mots me manquent ^^

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    3. Voila, pareil. Pour ça que j'en n'ai pas parlé ;)

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  2. Et bien, je passe de bon matin!
    Il faut absolument que tu lises Maus !

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  3. Sanson... je le retrouve également dans les enquêtes de Nicolas le Floch. Il était bourreau et médecin légiste !
    Je crois que je vais passer sur ce coup, même si j'aime l'Histoire !
    J'aime l'ironie du sous-titre.

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    1. Moi aussi j'aime beaucoup le sous-titre !

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  4. Cette BD a l'air passionnante !! Je la veux !! J'adore les dessins !

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  5. Jérôme, tu lis Maus, sinon j'te cause plus.

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  6. Haha, je rigole du commentaire de Keisha ! Bon sinon cette BD m'aurait bien tentée mais je suis une petite nature, je vais déjà cauchemarder ce soir de tes descriptions pourtant assez sommaires des supplices. Dommage, dommage... Sinon j'ai "Lâcher prise" dans ma PAL. Qui le lira le premier ?^^

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    1. On parie pour "Lâcher prise" ? Moi je devrais m'y mettre cette année. Toi, j'hésite entre 2017 et 2018 ;)

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  7. Tu n'as pas lu Maus et Mo' qui te l'a offert te parle encore...? Tss, c'est moche ! ^^

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    1. Pas la peine d'en remettre une couche, hein, madame !

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