jeudi 1 août 2013

Chiennes de vies - Frank Bill

Bon, après les minauderies cucul la praline de Frédéric Martinez (je vous en parle demain), il fallait que je retourne à la source, que je replonge dans cette littérature américaine cradingue que j’aime tant. En dernière page, parmi une tripotée de remerciements, on peut lire ceci : « Merci à Donald Ray Pollock pour son amitié, son soutien et ses conseils. » Sûr que Frank Bill doit beaucoup à Pollock. Même ambiance de fin du monde dans l’Amérique des paumés, au sud de l’Indiana. Mêmes trouduc alcooliques et violents, accros aux méthamphétamines et vivant dans des mobiles homes entourés de carcasses de bagnoles. Tous voleurs et escrocs à temps partiels, ivrognes à temps plein. Ils ont les cheveux sales, le « regard vide, comme dépouillé de toute étincelle de vie par un dieu qui ne [sait] dispenser que la souffrance. » Ici, on trouve « des couples où les hommes à l’haleine chargée de bière ne savent caresser leur femme qu’à coup de poing, leur offrant généreusement ecchymoses violettes, boursouflures rouge vif et os fracturés. » Ici, ce n’est qu’ « hommes et femmes d’un certain âge aux mains devenues calleuses à force de trimer pour survivre, et qui aspirent au carnage. » 

Dix sept nouvelles en tout où l’on découvre des chasseurs de ratons laveur, des organisateurs de combats de chiens, des dealeurs à la petite semaine, des junkies prêts à tout pour se payer leur dose, des femmes aux mœurs foutrement dépravées. C’est l’Amérique profonde des rednecks où l’on n’hésite pas à enfermer dans un sac un nourrisson né dans l’adultère pour le balancer à la rivière comme un chaton dont on veut se débarrasser et où les rancœurs séculaires entre voisins se terminent dans un bain de sang. Certains personnages se retrouvent d’une nouvelle à l’autre et donnent un semblant de fil conducteur à l’ensemble. Il faut dire que ce monde est tout petit et aux mains de quelques clans. Autre point commun entre ces textes, ils se terminent systématiquement mal, l’espoir n’ayant aucune raison d’être ici-bas.   
    
Âme sensible s’abstenir, un recueil aussi brutal vous secouera forcément. L’écriture est sèche comme un coup de trique, très visuelle. Frank Bill va à l’essentiel, il ne s’embarrasse pas de superflu et ne donne pas dans le gratuitement vulgaire. Chienne de vies s’est vu décerner le titre de meilleur polar de l’année par le magazine Lire du mois d’avril. Je ne vois pas bien en quoi c’est un polar mais on s’en fout un peu. Sachez juste que ça dépote sévère et qu’on en sort pas indemne. Autant dire que j’ai adoré.   


Chiennes de vies : chroniques du sud de l’Indianna de Frank Bill. Gallimard, 2013. 248 pages. 21 euros.

32 commentaires:

  1. Vu à la média mais pour le moment, je suis en mode "béatitude sous le soleil" alors je ne vais pas gâcher le moment par une lecture brute de décoffrage...

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    1. Si tu n'es pas dans l'ambiance, c'est pas la peine.

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  2. Bon, je le rajoute forcément à ma liste d'auteurs white trash, mais il n'est pas certain du tout que je le lise, ça me fatigue vite ce genre-là, sauf exception.

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    1. Disons qu'il ne faudrait pas lire que ça sinon c'est l'overdose assurée. Mais à petite dose, c'est un vrai plaisir.

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  3. J'ai adoré aussi! C'est du noir, assurément, mais certains emploient l'étiquette "polar" comme synonyme... On s'en fiche des étiquettes!

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    1. Je suis d'accord, on s'en balance des étiquettes, le tout c'est que ce soit de qualité.

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  4. J'ai aimé sur Goodreads, ils appellent ce genre Country Noir.

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    1. Country noir, voila une appellation que je ne connaissais pas du tout. ça semble correspondre tout à fait en tout cas.

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    2. J'ai également trouvé le terme "rural noir". J'ai justement trouvé cet article sur ce thème. Il y a une petite bibliographie, mais je suppose que tu connais la plupart des auteurs.

      http://litreactor.com/columns/its-more-than-just-meth-labs-and-single-wides-a-rural-noir-primer

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    3. Je ne connais pas Larry Brown et je n'ai jamais pu finir un roman de Tom Franklin mais les autres noms me parlent en effet. Un article très intéressant en tout cas.

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    1. C'est bon de se laisser tenter de temps en temps.

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  6. Du noir, huummm. D'après ton billet, le ton me fait songer à celui de " Bienvenue à Oakland " de Williamson. Tu confirmes ?

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    1. Non ce n'est pas tout à fait la même chose. " Bienvenue à Oakland " est beaucoup plus urbain (un peu comme Pike de Benjamin Whitmer). Là on est peut-être plus proche d'une ambiance rurale à la Joe R.Lansdale (l'humour en moins) ou de Daniel Woodrell. En fait la référence absolue reste Pollock !

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  7. tu sais ce que je vais dire .. :)!

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    1. Tu vas dire que t'aime pas ? C'est sans doute trop vulgaire pour toi, je comprends.

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  8. Han ! Mais voilà un titre qui fait rudement envie !! Je note, bien sûr !!

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  9. Houlà je note de suite ! Un livre à la Pollock ne peut que me plaire !

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    1. Celui-là c'est vraiment un livre à la Pollock !

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  10. Evidemment, la référence à Pollock ne peut que me tenter, mais il ne fait pas redite ? parce qu'à lire ton résumé, je me demande si trop de trash ne tuerait pas le trash ? Je retiens l'expression "Country noir", c'est amusant la valse des étiquettes ... Comme celle du "Nature writing", à force de la voir partout, elle finit par ne plus coller !

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    1. Évidemment, il fait un peu redite avec Pollock. Mais quand on a lu tout Pollock et qu'on en veut encore, c'est un palliatif idéal !

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  11. Euh pas sûr que ce soit le moment pour moi de lire ce genre là (pourtant, à petite dose...)

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    1. La fan de Joe R. Lansdale que tu es ne peut qu'aimer ce genre de nouvelles.

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  12. La référence à Pollock est évidemment très "vendeuse", du moins, en ce qui me concerne.
    Mais, avant de craquer, j'aimerais savoir si c'est dans la lignée de Pike, que j'ai lu la semaine dernière et que j'ai trouvé noir de chez noir, à la limite du "too much", un peu comme chez Tarantino.

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    1. C'est forcément dans la lignée de Pike mais c'est dans un univers très rural alors que Pike était plus urbain si je me rappelle bien. Et puis on est loin de chez Tarantino, les personnages sont naturellement borderline, pas besoin de forcer le trait. Non je crois que la référence à Pollock reste la plus évidente.

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  13. Et pour le Martinez, tu n'es pas le seul a être resté sur ta faim, si j'en crois une critique parue cette semaine.

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    1. Intéressante cette critique mais je crois que je vais être beaucoup plus cinglant, ce petit livre m'a agacé au plus haut point.

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  14. Toujours pas fan de nouvelles, et bon, vu que je sors d'un roman qui parle un peu de ce genre de milieu (en moins trash), je vais passer.

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    1. Je comprends. Et puis tu as tellement d'autres choses sous le coude^^

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