jeudi 12 février 2015

Un pays pour mourir - Abdellah Taïa

« Je suis libre. A paris et libre. Personne pour me ramener à mon statut de femme soumise. Je suis loin d’eux. Loin du Maroc. Et je parle seule. Je cherche mon père dans mes souvenirs. »

Depuis qu’elle a quitté son village au pied de l’Atlas pour la France, Zahira se prostitue. Elle est en fin de carrière et a parfois du mal à joindre les deux bouts mais sa générosité reste inébranlable. Elle joue les confidentes pour son meilleur ami Aziz, un algérien qui se rêve en fille et qui bientôt, par la grâce d’une opération, se réveillera en Zannouba et quittera le « territoire maudit des hommes » : « Je la coupe. Sans bite. Sans verge. Sans zob. Sans excroissance. Sans sperme. Sans couilles. Sans cette chose inutile entre les jambes qui me bousille la vie depuis toujours ». Zahira recueille aussi Mojtaba, homosexuel chassé d’Iran, perdu dans les rue de Paris. Elle passera avec lui un merveilleux mois plein de complicité, avant qu’il disparaisse sans crier gare. Mais Zahira va également devoir faire face à la rancœur d’Allal, son premier amour resté au Maroc et qui cherche, coûte que coûte, à la retrouver…

Des vies brisées. Abîmées. En fragments. Des voix aux accents incantatoires qui disent le désespoir, la honte, la pauvreté, l’exil, le passé qui vous poursuit toujours, partout, le rêve impossible d’une existence et d’un ailleurs meilleurs. Les monologues, fiévreux, habités, se succèdent et s’enchâssent pour brosser le tableau dérangeant, aussi cru que poétique, de migrants fugitifs, précaires, sans pays et sans illusions. Point de misérabilisme, aucune caricature. Les phrases courtes bousculent et apostrophent, l’économie de moyens donne à la confession de chacun une puissance narrative impressionnante. J’en suis sorti groggy…

Un pays pour mourir d’Abdellah Taïa. Seuil, 2015. 164 pages. 16,00 euros.








44 commentaires:

  1. Il a l'air un peu plombant, je ne suis pas sûre que ce soit une lecture qui me plaise.

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    1. Plombant n'est peut-être pas le mot. Bon, ce n'est clairement pas gai mais il y a quand même beaucoup de lumière dans les trajectoires de ses personnes.

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  2. Pas très gai tout ça ! Je passe.

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    1. Je pourrais difficilement te dire le contraire ;)

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  3. Ce ne sera pas pour tout de suite !

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    1. Quand le soleil sera revenu peut-être...

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  4. Je n'ai pas le choix je le note. Là en lisant ton billet ça me fait penser à un roman que j'ai lu il y a très très longtemps et qui m'avait beaucoup marqué (il faut que je le relise, je l'ai dans la biblio) Ferdaous une voix en enfer de Naoual elSaadaoui. C'est aussi l'histoire d'une prostituée Égyptienne.

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    1. Moi il m'a rappelé les romans de Nedjma qui parlent de femmes maghrébine cherchant à s'affranchir du poids des traditions pour assumer une sexualité sans limite.

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  5. J'aimerais te dire comme Louise, mais je crois que je n'arriverai pas à le lire. Je ne suis pas assez forte les chéris !

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    1. Je sais que tu as du mal avec ce genre de texte et je peux tout à fait le comprendre.

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  6. J'ai découvert l'auteur en lisant son texte dans le monde des livres spécial attentats... il m'a beaucoup touchée. A voir, donc...

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    1. Je l'ai lu aussi ce texte dans le monde des livres et c'était très touchant en effet.

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  7. J'ai beau n'avoir jamais été déçu par Taïa (bien au contraire), j'hésitais cette fois-ci : je trouvais, à tort apparemment, que la mule était fort chargée. Merci à toi d'avoir balayé mes craintes. Je sais ce qu'il me reste à faire.

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    1. Je n'ai trouvé cela trop chargé, non. J'ai au contraire trouvé beaucoup de retenu et de dignité dans ces destins.

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  8. J'ai vu l'auteur dans La Grande Librairie et j'ai bien envie de lire son livre :)

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  9. OUI OUI OUI je veux le lire!! l'auteur m'a vraiment marquée à LGL

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    1. Il va falloir que je regarde l'émission en replay j'a l'impression.

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  10. totalement hermétique au style de cet auteur lorsque j'ai lu Le jour du roi. Je crains de ressentir la même chose après avoir "apprécié" le court extrait que tu viens de publier. Bisous

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    1. Je pense qu'il reste dans le même registre, alors si tu n'as pas accroché, pas la peine d'insister ;)

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  11. pas pour moi, je suis contente que ce livre existe, mais je n'ai pas le courage de le lire.

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  12. Abdellah Taïa est un auteur injustement méconnu. Je l'ai découvert grâce à un collègue et à In Cold Blog, et j'ai beaucoup aimé tout ce que j'ai lu de lui (Le jour du Roi, L'armée du salut et Une mélancolie arabe). Ses récits sont d'une sensibilité à fleur de peau, qui s'exprime avec une forme de violence en effet, mais c'est ce qui fait leur force.

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    1. Sensible et puissant, c'est ce que j'ai ressenti à la lecture.

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  13. J'avais très envie de me pencher sur ce texte après avoir entendu l'auteur dans Boomerang sur France inter. Ton billet enfonce le clou.

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    1. Tant mieux, je pense qu'il mérite vraiment le coup d’œil.

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  14. Pour découvrir l'auteur pourquoi pas ?

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    1. ça a été une belle découverte pour moi en tout cas.

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  15. Le titre ne me tentait pas. Mais pourquoi pas, finalement.

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  16. Ahlala en ce moment je n'arrive pas à lire des thématiques autour des destins tragiques, des histoires de vie un peu dures, même si visiblement tout cela est raconté sans misérabilisme et qu'on n'en sort pas déprimé. J'aime pourtant assez ce genre de récit. Je note pour quand je serai d'humeur...

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    1. Tu as raison d'attendre d'être dans l'humeur idéale parce que ça secoue quand même un peu l'air de rien.

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  17. Je suis également très tentée par ce livre. Bien sûr, il n'est pas encore à la bibliothèque, alors j'ai retenu "Infidèles" du même auteur

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    1. C'était ma première lecture de cet auteur et j'ai très envie de découvrir ses autres romans maintenant.

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  18. Auteur à découvrir pour moi... mais pas avec ce titre là... du moins pas tout de suite...

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    1. Ses autres romans ont l'air très bien aussi.

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  19. Un auteur que je ne connaissais pas... ce roman m'intrigue, je note!

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    1. Je ne le connaissais pas moi non plus. Une belle découverte !

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  20. Ben oui, j'étais passée à côté ... mea culpa ... ;-)

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