vendredi 27 février 2015

La nuit des trente - Éric Metzger

Félix bosse dans la pub et ce soir il a trente ans. Mais il ne veut pas le fêter, cet anniversaire. De toute façon personne au bureau n’est au courant et c’est très bien ainsi. On est vendredi, les collègues proposent d’aller boire un pot et Félix suit le mouvement. Le début d’une nuit d’ivresse où, à scooter dans les rues de Paris, il va cheminer de bars en boîtes de nuit, seul ou accompagné, pour oublier le gâchis de cette vie si tristounette. Il repense à ses vingt ans, aux copains et à l’insouciance de l’époque, quand il se rêvait romancier. Il repense à celle qu’il a aimée follement et qui l’a quitté, ce « fantôme » dont l’ombre ne le lâche pas d’une semelle depuis. En chemin il va croiser Louise. Entre eux deux, un semblant de début de quelque chose, une fenêtre qui pourrait s’ouvrir sur l’avenir. Oui mais voila, Félix est plus prompt à renoncer qu’à s’emballer, c’est tellement plus simple à gérer…

Personnellement, je ne garde aucun souvenir de la nuit de mes trente ans. Pas comme celle de mes dix-huit ans, que je n’oublierai jamais, mais c’est une autre histoire… En tout cas il aurait pu m’énerver ce premier roman. Il aurait dû m’énerver, même. Trop parisien, trop bobo, trop plein de boites de nuit et d’ivresse gratuite, trop futile. Et puis un gars de trente ans qui surfe sur le « c’était mieux avant », qui radote déjà, c’est typiquement le genre de personnage que j’ai envie de baffer. Sauf que ça n’a pas été le cas. Le Félix, j’ai aimé le suivre dans ses pérégrinations. J’ai aimé ses rencontres impromptues, sa façon de prendre les choses à la légère malgré ses questionnements existentiels, sa lâcheté permanente. C’est un trentenaire d’aujourd’hui, un romantique mollasson qui s’imagine un instant prendre un billet d’avion pour New York sur un coup de tête mais sait très bien qu’il n’en fera rien, que le métro-boulot-dodo restera son quotidien en attendant sagement la retraite ou la maladie. Désabusé mais pas révolté, faut pas exagérer…

Finalement Félix, il aurait pu se jeter dans la Seine après une nuit pareille, après un tel constat d’échec. Mais au lieu de ça, il rentre chez lui pour cuver, ni plus ni moins. Et je crois que c’est pour ça que je l’aime, allez comprendre... Après, les toutes dernières pages m’ont déçu, je n’ai pas compris le besoin de cette chute inattendue qui n’apporte strictement rien. Ce n’est qu’un détail mais il vient quelque peu gâcher la bonne impression d’ensemble, et c’est bien dommage.

La nuit des trente d’Éric Metzger. Gallimard / L’arpenteur, 2015. 108 pages. 10,90 euros.







40 commentaires:

  1. Mais j'aime....Moi le type déjà nostalgique à 30 ans, j'adore, surtout s'il a bien conscience de passer à côté du sel de la vie , sans rien faire pour opérer autrement. Un bon gros jeune perdant....

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    1. Pas certain qu'il te plaise jusqu'au bout ce personnage ;)

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    2. ah mince !!! Je crois deviner pourquoi...

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    3. Remarque, je me trompe peut-être...

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  2. Je le lirai peut-être par curiosité, pour l'auteur...

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    1. Il fait de la télé, parait-il,mais je ne le connais pas du tout.

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  3. j'aime bien ton billet , je crois qu'il me suffit mais c'est aussi que j'ai beaucoup de retard dans mes lectures, en ce moment je traîne deux ou trois romans , c'est un peu pénible.

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    1. Je suis pareil que toi, j'en ai quatre en route...

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  4. Comme toi, je me souviens de la nuit de mes 18 ans ! les autres...
    Quant au livre, pourquoi pas ?

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    1. C'est un premier roman qui ne démérite vraiment pas.

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  5. Les trentenaires bobos, nombrilistes, ras la casquette. Comme dirait l'autre "c'est plus de mon âge"

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    1. Ce ne sera bientôt plus du mien non plus ;)

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  6. Les livres où à la fin on se dit : tout ça pour ça? je préfère éviter, mais je pourrais faire une entorse pour découvrir cet auteur qui devrait être agaçant, mais ne l'est pas.

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    1. Je ne me suis pas dit "tout ça pour ça", je le suis plutôt dit "pourquoi donc faire ça ?".

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  7. Pas franchement tentée même si étant très curieuse je me demande bien quelle est cette fin inattendue.

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    1. Elle est inattendue parce qu'elle tombe comme un cheveu sur la soupe. Du moins selon moi.

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  8. Ok, vu comme ça, rien que par curiosité c'est à lire.

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    1. Ah oui, je ne regrette pas de l'avoir lu.

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  9. Pas pour moi je pense... Je pense que ça me hérisserait le poil...
    (cela dit, je veux bien savoir comment s'est passée la nuit de tes 18 ans moi ^^)

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    1. Je ne peux pas parler de la nuit de mes 18 ans ici, il y aurait atteinte aux bonnes mœurs ;)

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  10. Si la chute est décevante, ça coince pour moi..

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    1. Décevante je ne sais pas mais elle m'a paru artificielle. D'autres en auront peut-être une meilleure compréhension.

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  11. Moi, ce genre de roman, ça a tendance à m'agacer. En revanche, ta chronique est excellente. Je me contente de ce billet, comme Luocine. Je n'irai pas plus loin.

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    1. C'est gentil et j'avoue que ce billet s'est un peu écrit tout seul.

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  12. le thème aurait tendance à m'agacer aussi :-)

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  13. Mmmh... moi j'ai l'impression qu'il m'énerverait ce roman.^^ Le trentenaire d'aujourd'hui, parisien, romantique mollasson, pfffrt !

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    1. Romantique, il ne l'est pas vraiment...

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  14. Le problème de la chute n'est pas pour moi rédhibitoire mais c'est vrai que ça gâche un peu quand c'est raté.

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    1. Raté, je ne sais pas si c'est le mot. Pour moi ça a été surprenant, dans le mauvais sens du terme.

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  15. Il va falloir que tu nous en dise plus sur cette fameuse nuit de tes 18 ans.....

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    1. Comme je l'ai dit à Noukette, c'est absolument impossible ;)

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  16. Il me semble qu'il ne serait pas pour moi. J'ai souvent du mal avec cette lecture contemporaine d'hommes ou de femmes dans cette tranche d'âge.

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    1. Moi je suis plutôt bon client et dans l'ensemble j'ai apprécié.

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  17. Même si tu as plutôt aimé, je ne suis pas trop tentée. Peut-être d'autres avis me feront changer le mien.

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    1. Qui sait... nous sommes tous assez influençables finalement ;)

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  18. Pas facile de savoir finir un livre en beauté !

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    1. La fin, c'est clairement le plus difficile.

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  19. Je l'ai vu en librairie, j'ai hésité... mais je suis une fille de 25 ans et j'ai craint de rester en marge du récit, de ne pas vraiment le vivre, le ressentir. J'ai préféré passer mon tour pour cette fois.

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    1. Je ne sais pas s'il faut être au moins trentenaire pour l'apprécier. Je ne me suis même pas posé la question en fait ;)

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