jeudi 2 octobre 2014

La beauté du diable - Radhika Jha

Si vous passez ici régulièrement, vous savez que je suis un adepte du grand écart. Au niveau des lectures du moins. J’aime varier les plaisirs, sortir de ma zone de confort, m’aventurer sur des chemins totalement inconnus. C’est pour cela que je me suis laissé tenter par ce roman de prime abord digne du diable s’habille en Prada ou des confessions d’une accro du shopping. Je dis de prime abord parce qu’au final, on en est loin.

A Tokyo, Kayo, la narratrice, s’adresse à un mystérieux destinataire. Elle lui explique son parcours : mariée trop vite à un salaryman accaparé par son métier de banquier, elle devient mère trop jeune et végète dans un rôle de femme au foyer sans avenir ni perspectives. Son désœuvrement la ronge. L’ennui insondable qu’elle vit au quotidien la pousse inexorablement vers la dépression.  En retrouvant Tomoko, une ancienne camarade de lycée, elle découvre le monde de la mode, le shopping compulsif, les vêtements, chaussures et accessoires de marque. Elle enchaîne les ventes privées, fait sienne la devise de son mentor (« Les vêtements représentent le seul vrai pouvoir que nous autres femmes détenons sur le monde ») et finit par se brûler les ailes.

Ayant ouvert un compte sans en parler à son mari grâce à un don de sa mère, elle dépense sans compter jusqu’au jour où la source se tarît. Croulant sous les dettes, elle s’adresse à des usuriers mafieux pour obtenir un crédit. Les yakuzas vont lui faire comprendre qu’il y a un moyen très simple d’obtenir tout l’argent qu’elle désire en toute discrétion : la prostitution…

J’ai vraiment beaucoup, beaucoup aimé ce roman. Radhika Jha est indienne mais j’ai retrouvé dans son texte le sombre désespoir que j’apprécie tant dans la littérature japonaise contemporaine, notamment chez Murakami Ryu. Aucune superficialité malgré les apparences. Le mal être de Kayo est profond, elle achète pour exister, pour ne pas devenir invisible. Elle achète pour combler un vide qui a désespérément besoin d’être rempli. Sa confession agace, touche, inquiète. Elle fascine aussi. Sous les abords légers la cruauté affleure, le glamour devient glauque, l’ivresse du shopping tourne à l’aigre. Percutant et fort bien mené.


La beauté du diable de Radhika Jha. Picquier, 2014. 274 pages. 19,50 euros.









38 commentaires:

  1. J'ai tendance à faire confiance à l'éditeur, en général c'est bon. Et ce que tu dis du roman me tente beaucoup.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. On est rarement déçu avec cet éditeur, c'est vrai.

      Supprimer
  2. Un livre que je n'aurais pas pris.
    Ton avis me dit de tenter.
    Bonne journée.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tant mieux si je t'ai donné envie de tenter ;)

      Supprimer
  3. C'est effectivement très japonais pour un roman écrit par une indienne, surprenant ! Je l'avais repéré dans les dernières sorties de Picquier, après ton billet, je ne peux que le noter !

    RépondreSupprimer
  4. Je l'avais repéré, grâce à l'éditeur qui déniche toujours les pépites japonaises (ou indiennes, dans ce cas !) et le thème m'intéresse. Les acheteurs compulsifs de livres doivent s'y reconnaître aussi, mais notre passion est moins coûteuse.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Beaucoup moins coûteuse, c'est clair !

      Supprimer
  5. Cela n'a pas l'air trop japonais comme ambiance.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah si, c'est très japonais, même si l'auteure est indienne.

      Supprimer
  6. Tu n'es qu'un vil tentateur ! Il faut que j'arrête de traîner mes guêtres par ici ! ;-)

    RépondreSupprimer
  7. tu réussirais presque à mon convaincre dis donc... pourtant au départ le thème était trop shopping pour moi mais vu sous cet angle :-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est très shopping mais très inattendu aussi.

      Supprimer
  8. Est ce que toi tu ne serais pas le diable de la lecture...tes avis sont tous des tentations....

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah non, pas tous, il m'arrive aussi de ne pas donner envie du tout !

      Supprimer
  9. Bizarrement, ce roman ne me fait pas du tout envie... Je crois que je vais devoir me faire soigner parce que tu le vends quand même drôlement bien ! ;-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Peut-être parce que tu n'es pas toi-même une acheteuse compulsive (mouhahaha !).

      Supprimer
  10. Je vois que ce roman fait un carton plein ! Il est excellent tout simplement !

    RépondreSupprimer
  11. et voilà, j'ai lu ton billet et je suis allée l'emprunter à la médiathèque.. vil tentateur! :-)

    RépondreSupprimer
  12. Merdoum ai-je envie de dire ! Voilà qui est diablement tentant ! En plus une Indienne écrivant sur la thématique Japon ! Pfff quel coup de traître !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu ne peux pas passer à coté de celui-là. Et pas dans 10 ans ;)

      Supprimer
  13. C'est un drôlement beau billet Jérôme, punaise! C'est pile le genre de titres et de couv que j'ignore (c'est mon côté ringard et désuet), mais ce que tu dis dans ton dernier paragraphe est vraiment très juste. Forcément, c'est tentant ;-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci Galéa. J'avoue que la couverture ne rend pas franchement hommage au texte.

      Supprimer
  14. et donc tu nous le conseilles. Et bien je note car je l'ai vu passer mais j'ai eu la même réaction que toi en passant qu'il s'agissait d'un roman un peu trop superficiel. Merci pour le recadrage ! hihi

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. En plus tu aimes plutôt les romans asiatiques il me semble donc celui-là devrait te plaire.

      Supprimer
  15. Merci,j'étais passée à côté de ce roman !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il a été un peu noyé dans le flot de la rentrée et c'est bien dommage.

      Supprimer

Je modère les commentaires pour vous éviter les captcha pénibles de Google. Je ne filtre rien pour autant, tous les commentaires sans exception seront validés au plus vite, promis !