mercredi 19 juin 2013

L’Étranger - Jacques Ferrandez d’après Albert Camus

« Aujourd’hui maman est morte. » Meursault vient de perdre sa mère. Il se rend à l’asile pour l’enterrement. Sans émotion, il veille le corps, refuse de faire ouvrir le cercueil et repart aussitôt après la mise en terre. Le lendemain il rencontre Marie, l’emmène au cinéma et couche avec elle. Puis son voisin Raymond le sollicite et les ennuis commencent. La tragédie se jouera sur une plage écrasée de soleil. Meursault tire d’abord une fois puis il presse à nouveau la détente à quatre reprises. Un meurtre qui va le confronter à l’implacable « justice » des hommes.

Adapter L’Étranger en BD est un pari risqué. Jacques Ferrandez était sans doute le plus à même de relever le défi. D’abord parce qu’il a déjà adapté Camus (L’hôte, une nouvelle tirée du recueil L'exil et le royaume) et ensuite parce que c’est un dessinateur parfaitement à l’aise pour mettre en images l’Algérie des années 30. Respectant au maximum le texte d’origine, sa construction suit scrupuleusement la chronologie des événements et il a focalisé toute son attention sur les dialogues, laissant le plus souvent de coté la voix off qui est très présente dans le roman. Le résultat, gratté jusqu’à l’os, est bluffant.

L’Étranger, c’est avant tout une réflexion philosophique sur la condition humaine. Meursault est un personnage totalement atypique sur lequel la vie semble constamment glisser. Il traverse chaque jour avec insouciance. Rien, absolument rien, n’a d’importance. Son patron lui propose une promotion ? Pour lui cela n'a pas de sens. La seule question valable est : que fait-on sur cette terre ? La vie est absurde, elle ne vaut pas la peine d’être vécue. Meursault refuse les règles de la société. Il ne croit pas en Dieu. Sa confrontation avec l’aumônier, qu’il refuse d’appeler « mon père », est d’une rare violence. Profondément antisocial, c’est un être mystérieux dont il est impossible de comprendre le fonctionnement intime.  
      
Graphiquement, la patte de Ferrandez est inimitable. Mélangeant dessin au trait et aquarelle, il représente à merveille la mer, le soleil, la lumière si particulière de la méditerranée, la chaleur... La retranscription d’Alger est par ailleurs d’une grande fidélité (notamment le port et la prison Barberousse) et on a l’impression de ressentir le bruit et les odeurs d’épices qui montent de la ville.  

Une adaptation lumineuse. Difficile de matérialiser les silences de Meursault, difficile de traduire en images son état d’esprit si particulier, insaisissable. Jacques Ferrandez a su exprimer le détachement que le jeune homme affiche en toute circonstance. Avec talent et simplicité, il offre un magnifique écrin au chef d’œuvre de Camus. Un très grand album.
 


L’Étranger de Jacques Ferrandez, d’après Albert Camus. Gallimard, 2013. 134 pages. 22 euros.

J'ai une fois encore le plaisir de partager cette BD du mercredi avec Noukette.

L'avis d'Hélène





50 commentaires:

  1. J'ai un mauvais souvenir de l'étude de textes de Camus à l'école et depuis j'ai bloqué. Mais bon, cette année est l'année Camus, alors je pourrai faire un effort pour 1 : lire l'Étranger (je suis censée faire une LC avec ma Belle-Mère), 2. poursuivre avec cette adaptation qui a l'air fort réussie.

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    1. Une LC avec ta belle-mère ! J'avoue que ça me ferait un peu peur... Maintenant tu as raison, c'est l'année Camus.

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  2. Livre culte pour moi, j'ai reculé devant la BD, craignant le pire et trouvant les couleurs un peu trop pâlottes pour mon souvenir. J'ai toujours ressenti une sensation de grande chaleur et de couleurs vives en lisant et relisant le texte de Camus en même temps qu'une grande solitude.

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    1. Pour moi aussi c'est un livre culte. S'il n'y avait pas eu Noukette pour m'embarquer dans cette LC, je n'aurais jamais jeté un œil à cette adaptation.

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  3. "Respectant au maximum le texte d’origine" : c'est ce qui m'inquiète un peu. J'aime beaucoup le roman originel et c'est pour cela que je ne vous avais pas suivi sur cette lecture. L’interprétation me fait peur, ressenti que je n'avais pas eu sur "Journal d'un corps" parce que 1/ je n'avais pas lu le roman de Pennac (ça aide ^^) et 2/ c'est le texte de Pennac dans son intégralité.
    Bon, je vais peut-être tenter la lecture. Encore quelques avis de lecteurs et je fais le grand saut ^^
    Je n'arrive pas à commenter chez Noukette par contre (ni chez Moka, ça bug chez Overblog... !)

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    1. Il est vraiment resté très fidèle au roman. Maintenant l'interprétation, elle est forcément là. La scène du meurtre, difficile de la mettre en images, il faut interpréter les mots de Camus. Mais franchement, c'est une réussite.

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  4. Une très belle adaptation, je l'ai même préféré à l'original c'est dire ! Et je t'assure Mango qu'on ressent fortement cette sensation de caleur étouffante que tu décris...!
    PS : je confirme que ça bugue chez OB... Grrrrrrrrrrr

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    1. Je ne peux pas dire que je l'ai préféré à l'original mais j'y ai retrouvé l'original et déjà, c'est énorme !

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  5. Bon, bon, bon... Je reste dubitative (un peu de mal avec la mise en albums de romans, je me suis déjà fait mes propres images, mais tu me diras que c'est pareil avec les adaptations cinématographiques)car "L'étranger" ne me paraît pas facile à adapter ainsi, mais je m'y risquerai si je le trouve en bibli.

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    1. Pour moi il était impossible d'adapter L'Étranger en BD. Le résultat est d'autant plus bluffant.

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  6. Pourquoi pas, si il rend bien l'atmosphère du roman.

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  7. Je crois bien que n'ai jamais lu "L'étranger" alors c'ets peut être l'occasion.

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  8. Jamais lu Camus, c'est grave docteur?

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    1. C'est plus que grave, c'est inadmissible, impardonnable !

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  9. oups ... Carine Abrantes c'est moi :)
    désolée

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  10. (ou comment mon anonymat n'est plus ...)

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  11. Arrête de me tenter comme ça ! Je dois lire le roman d'abord ! ;-)

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    1. Ben oui, qu'est-ce que tu attends, c'est l'année Camus.

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  12. J'aime tellement Camus que effectivement, il y a risque mais vu la façon dont tu en parles, je la note (note le caractère exceptionnel de la chose, moi, noter une BD, warf) !!! Sûr que si je la croise, je lui fais un sort ! :)

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    1. Ce serait beau de voir un billet sur cette BD par chez toi...

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  13. J'adore le roman, mais je rêve de lire cette BD ! Et tu confirmes que cela a l'air vraiment très bien !

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  14. Je serais curieuse de découvrir cette adaptation... Même si mes souvenirs du roman remontent à mon année de 2nde ! ;)

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    1. Moi je l'ai étudié à la fac avec une grande spécialiste de Camus, ça reste un souvenir magique !

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  15. Je l'emprunterai à la bibli', j'aime tant "L'étranger".

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    1. Si tu aimes le roman tu aimeras forcément cette BD.

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  16. Je ne m'attendais pas à voir un jour L'étranger en BD, le résultat m'intrigue d'autant plus...

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    1. Moi aussi ça m'a beaucoup intrigué... et très agréablement surpris.

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  17. Il a l'air superbe en effet :-)

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  18. Réponses
    1. Oui, je me rappelle très bien de ton billet.

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  19. je vois que tu n'es pas le seul à avoir aimé, comme beaucoup l'étranger est un livre incontournable surtout la première partie. La réflexion sur la peine de mort , j'en garde un souvenir plus mitigé .
    si je croise cette BD je la regarderai certainement
    Luocine

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    1. C'est une BD qui vaut vraiment le coup d’œil.

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  20. Bonsoir Jérôme, je sais que cette BD a été primée et je pense que c'est mérité. Pas encore lu mais patience, patience. Bonne soirée.

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    1. J'espère que tu pourras la découvrir d'ici peu, c'est une BD qui vaut vraiment le détour.

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  21. Je garde un souvenir confus de l'Étranger. J'avais été réellement dérangée par ma lecture, à l'adolescence. Du coup, la revisiter de cette manière me tente beaucoup!

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  22. Excellente adaptation en effet, et qui m'a donné envie de découvrir plus avant ce bédéiste... moi qui suis plutôt néophyte en la matière!

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    1. Mettre un pied dans la BD avec Ferrandez, c'est un très bon départ !

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  23. Quelle bonne idée de mettre en images ce roman de Camus. Cela a l'air bien réussi en tout cas. Bises

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    1. C'est une bonne idée et c’est parfaitement réussi. même toi qui n'est pas amatrice de BD, je pense que tu aimerais.

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  24. Argggg, j'hésite pour cette adaptation. J'ai déjà craqué pour le Gatsby dans cette collection et je sens que celui-ci va suivre...

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    1. Moi je n'ai pas craqué pour Gatsby mais je ne regrette pas L'étranger.

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  25. Le roman met en scène un personnage-narrateur, Meursault, vivant en Algérie française. Un homme que des circonstances extérieures vont amener à commettre un crime et qui assiste, indifférent, à son procès et à sa condamnation à mort.

    Meursault se retrouve au calme avec le départ de l’aumônier. Sa présence fut un véritable supplice pour le condamné, comme nous pouvons constater « Lui parti, j’ai retrouvé le calme. J’étais épuisé et je me suis jeté sur ma couchette ». C’est cette fois, Meursault et non la justice qui relit sa vie. http://www.encyclodocs.com/fiche.php?id=921

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  26. Résumé de l'oeuvre d'Albert Camus, l'Etranger, avec une courte biographie de l'auteur, la méthode utilisé par l'auteur pour écrire ce roman et dans quel conditions il l'a écrit, le résumé de l'œuvre et son compte rendu. Plus présence d'une section allons plus loin ou l'on rapproche l'étranger du roman de Zola : Thérèse Raquin. http://www.encyclodocs.com/fiche.php?id=1000

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