mardi 14 juin 2016

Les grandes jambes - Sophie Adriansen

« Jusqu’à peu, j’étais une fille normale. Plutôt grande, d’accord, mais rien d’une géante. Et puis je suis entrée au collège, et là ma croissance s’est emballée. Tous mes vêtements sont devenus trop petits d’un seul coup, et depuis il faut en racheter tous les trois mois. Pour les manches, passent encore […] Mais pour les jeans, c’est la catastrophe. En trouver un qui m’aille se révèle mission impossible… »

Il suffit de pas grand-chose pour complexer une ado. Un pantalon trop court, qui révèle  les chaussettes par exemple, et le mal être s’installe durablement. Parce que Marion le sait bien, il n’y a rien de pire que d’attirer les regards : « Dans la cour du collège, les paires d’yeux sont des mitraillettes. Aucune faute de goût ne passe inaperçue. Les jugements sont immédiats, les conclusions définitives. Les blagues fusent, souvent gratuites, parfois cruelles. »

Marion est donc une grande perche, une grande perche mal fagotée. Et forcément mal dans sa peau. Pas comme ça qu’elle aura un jour le courage d’adresser la parole au beau Grégory, dont elle est follement amoureuse. A moins que le voyage scolaire à Amsterdam qui s’annonce, avec la visite de la maison d’Anne Frank et du célèbre Rijksmuseum où cette passionnée d’art et de dessin va pouvoir découvrir les œuvres grandeur nature de son idole Rembrandt, change durablement la donne...

Ah, les complexes ! Le genre de truc qui s’attrape en général à l’adolescence et peut vous poursuivre jusqu’à la fin de vos jours. Sophie Adriansen aborde la question avec finesse et intelligence. Sans en faire des tonnes, sans tomber dans les clichés ou transformer son héroïne en ado dépressive. Résultat, c’est léger en apparence mais ça pousse à la réflexion sur le fond. La visite de la maison d’Anne Frank incite Marion à relativiser ses propres problèmes et son rapport à l’art prouve que, si l’art n’est pas la vraie vie, il peut la changer, cette vie. A cet égard, le passage où la jeune fille « s’immerge » dans le monumental tableau  de Rembrandt « La ronde de nuit » est en tout point magnifique.

Un roman positif et qui sonne juste, prouvant que la confiance en soi, si elle n’est pas innée, n’as parfois pas besoin de grand-chose pour  éclore au moment où l’on s’y attend le moins.


Les grandes jambes de Sophie Adriansen. Slalom, 2016. 112 pages. 10,90 euros.


Les avis d'Antigone et Fanny



Une nouvelle lecture commune que j'ai le plaisir de partager avec Noukette.








32 commentaires:

  1. oh, merci pour le lien !
    Je partage ton avis, un joli roman positif !

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  2. Tu vas le passer à tes ados ?

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  3. Oui c'est un roman positif qui donne des ailes, et envie d'apprécier la peinture, et Amsterdam ;).

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    1. C'est vrai qu'il m'a furieusement donné envie de visiter Amsterdam ce roman !

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  4. A conseiller à nos ados donc...

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  5. S'immerger dans La ronde de nuit ? Je demande à lire !

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    1. Tu as de grandes jambes ? Logique remarque pour une grenouille :)

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  7. C'est amusant, j'ai une grande perche dans ma classe qui s'appelle... Marion !

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  8. Il faudra que je la lise un jour (je la lirai un jour, je la lirai !).

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  9. Vraiment très chouette ce roman ! J'ai beaucoup aimé cette balade à Amsterdam et la découverte de ce tableau que je connaissais bien peu. Bonne pioche !

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    1. Les bonnes pioches, on sait faire à force ;)

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  10. Je vais le conseiller à l'achat du CDI. Merci.

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  11. Je n'en avais jamais entendu parlé mais je rajoute immédiatement à ma commande pour le CDI à cause de ton avis, du thème et de la couverture qui attirera sans aucun doute mes lecteurs !

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    1. Tu vas les attirer avec ce titre, c'est certain.

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  12. Un roman qui me plairait, c'est sûr!

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  13. Les grandes jambes je connais car je fais partie des grandes perches. J'en ai souffert mais aujourd'hui, j'assume sans problème. Rien n'est donc perdu pour les ados complexés !

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    1. C'est exactement le propos du roman d'ailleurs ;)

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  14. Ho super la couverture donne envie en plus !

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    1. Oui, je trouve qu'elle est très réussie cette couverture.

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  15. Étant particulièrement svelte et élancée, voilà un titre pour moi...

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    1. C'est simple, je n'ai pensé qu'à toi en le lisant :p

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  16. J'ai aimé ! certes il m'a replongée dans ces années bizarres où aucun de mes pantalons ne touchaient le sol, mais c'était avec tendresse. ;)

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    1. Je n'ai pas connu ça moi, je ne suis pas assez grand ;)

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