jeudi 30 mars 2017

Suisen - Aki Shimazaki

« Notre vie conjugale va ainsi depuis le début. Je sors librement sans elle, et elle croit que toutes mes sorties sont pour la société. Qu’il s’agit de relations publiques. Cela est commode quand je veux voir mes maîtresses. Vingt-trois ans de mariage sans crise. C’est formidable. Je suis fier de mon excellent choix. »

Il est content de lui Gorô. A la tête d’une société fondée par son grand-père, marié et père de deux enfants, amant de deux maîtresses. Il  est invité dans toutes les événements festifs de Nagoya, se pavane en costume de luxe et distribue sa carte de visite sourire aux lèvres et coupe de champagne à la main. Tout le monde le respecte et l’admire, rien n’est plus important pour lui. En gros il se gargarise chaque jour d’avoir réussi sa vie et d’avoir tout pour être heureux. Mais les apparences sont parfois trompeuses et les certitudes peuvent vaciller au moindre coup de vent. Un grain de sable dans la mécanique bien huilée de son existence va suffire pour tout faire dérailler. Le genre de grain de sable que l’on ne voit pas venir, surtout lorsque l’on passe son temps à se regarder dans le miroir plutôt que de porter attention à ceux qui nous entourent.

Suisen en japonais, c’est la fleur de narcisse. Une fleur parfaite pour le très narcissique Gorô. Un égoïste débordant de confiance en lui, enfermé dans une vision archaïque de l’entreprise, de la famille et du statut de l’homme : « Je ne veux pas épouser une fille plus instruite que moi. Je crois toujours que, pour former un couple idéal, l’homme doit être supérieur à sa femme sous tous les rapports ». Un personnage finalement plus ridicule que méprisable, plus pitoyable qu’haïssable.

J’ai eu l’impression, au début en tout cas, qu’Aki Shimazaki avait un compte à régler, qu’elle cherchait à se « payer » un gros lourdaud aux convictions dépassées, symbole d’une société patriarcale d’un autre âge, et qu’elle y prenait un malin plaisir. Pour le coup elle a manqué d’une certaine finesse dans l’enchaînement des événements. Une fois le premier domino tombé, j’ai compris qu’il allait emporter tous les autres et j’ai vu venir de loin chaque nouvelle catastrophe. Aucune surprise donc, en dehors de ce traitement plutôt caricatural qui ne correspondait pas à mes souvenirs du délicat et sensible Azami, le seul roman que j’avais lu d’elle avant celui-ci.

Heureusement sur la fin elle adoucit le trait, elle rentre dans un registre plus complexe et donne de Gorô une image moins stéréotypée qui gagne en profondeur. Pas suffisant cela dit pour atténuer le portrait à charge sans nuance des trois premiers quarts du récit, même si je reconnais que l’ensemble se lit fort bien, que la prose est d’une remarquable fluidité et que j’ai pas mal ri aux dépens de ce pauvre homme.

Suisen d’Aki Shimazaki. Actes sud, 2017. 162 pages. 15,00 euros.









36 commentaires:

  1. Mouais, pas de quoi augmenter ma vertigineuse pal...

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  2. Les éditions Actes Sud publient de bons romans généralement. Surprenant !

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    1. Celui-là est loin d'être mauvais, je te rassure ;)

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  3. Si je veux découvrir l'auteur je lirais donc Azami. En plus, je sors d'un roman sur le couple avec Les furies de Lauren Groff, points de vues successifs du mari et de la femme dans un couple parfait en apparence.

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  4. J'aime beaucoup la plume d'Aki Shimazaki qui me berce souvent dans la mélancolie, la tristesse et l'amour, à tour de rôle.
    Je n'en suis qu'à sa première pentalogie, mais nul doute que je viendrais un jour sur sa seconde pentalogie puis ce troisième cycle...

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    1. Malgré cette petite déception je compte bien continuer à la lire.

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  5. bof pas tenté, mais j'adore ton billet !

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  6. Après avoir lu "Les putes voilées n'iront pas au paradis, ps du tout envie de lire les pérégrinations d'un gros lourdaud

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  7. Je note que tu as bien ri. Mais un rire un peu méchant, non?

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    1. C'est vrai que l'on rit un peu jaune sur le compte de Gorô.

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  8. J'ai A DO RE Azami et j'aime beaucoup son écriture alors forcément j'ai envie de lire Suisen !

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    1. Azami reste pour l'instant ma référence.

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  9. Bon, tu ne m'as pas l'air bien convaincu, je passe pour celui-là, mais j'avais commencé une autre série de Shimazaki il y a des années, il faudrait que je la reprenne ! Il ne me semble pas avoir été totalement conquise non plus mais je me souviens que je voulais la continuer quand même.

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    1. Je suis dans le même cas que toi, je veux continuer à la lire.

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  10. J'avais adoré ses 5 romans à la suite. Un peu moins ses derniers, et ce que tu dis de celui-ci ne me tente pas plus que cela.

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    1. Ses premiers ont vraiment l'air excellents, il me les faut !

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  11. Je viens justement de découvrir Hôzuki. Pour la suite, je commencerai par Azami alors.

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  12. je m’apprête à découvrir cet écrivain...

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  13. J'achète tous ses romans les yeux fermés, car j'adore Shimazaki Aki. Mais ce dernier titre m'a un peu moins plu.

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    1. Ravi de savoir que c'est son "moins bon" ;)

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  14. Je suis une inconditionnelle de la plume de Aki Shimazaki. J'ai lu plusieurs de ses livres et j'ai même eu la chance de la rencontrer. Une femme exceptionnelle...

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    1. J'ai vu qu'elle vivait par chez toi ;)

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  15. Pas certaine de craquer cette fois ci...

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    1. Mais c'est quand même une auteure que tu devrais découvrir un jour ou l'autre ;)

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  16. Rire en lisant n'est pas si courant ! mais je passerai mon tour ma PAL est tellement haute

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    1. On en est tous là j'ai l'impression !

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  17. Ça fait des siècles que je dois lire shimamzaki, impardonnable je suis :-)

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    1. Tu as le choix pour commencer, son oeuvre est tellement riche !

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  18. Pas trop tentée, je vais m'en passer.

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    1. Mais tu peux essayer ses autres romans ;)

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