vendredi 4 novembre 2016

Irezumi - Akimitsu Takagi

Orochimaru, Jiraya et Tsunadehimé. Le serpent, la grenouille et la limace. « Le serpent engloutit la grenouille, la grenouille gobe la limace, la limace dissout le serpent ». Impossible de tatouer ces trois motifs sur la peau d’une seule et même personne en raison de la vieille superstition selon laquelle ces créatures se feraient la guerre et finiraient par détruire leur porteur.

Le maître tatoueur Horiyasu connaissait cette règle, il a choisi de tatouer un animal sur chacun de ses enfants, sans savoir qu’il ne pourrait malgré tout vaincre la superstition et le maléfice qui s’y attache. C’est d’abord sa fille Tamaé qui disparaît après les bombardements de Nagazaki. Ensuite sa jumelle Kinué est retrouvée démembrée dans sa salle de bain, la porte fermée de l’intérieur. Le tueur a laissé sur place ses jambes, ses bras et sa tête mais a pris soin d’emporter le tronc sur lequel était représenté le serpent. Quelques mois plus tard c’est au tour de son fils aîné Tsunatarô d’être assassiné dans un terrain vague. Son corps est entier mais on a pris soin de lui prélever l’épiderme où se trouvait l’image de la grenouille. La police penche pour un maniaque collectionneur de tatouages comme le Dr Hayakama. Surtout que ce dernier refuse de donner un alibi pour le soir du premier meurtre. Un coupable idéal donc. Pourtant trop de zones d’ombres subsistent. Incapable de percer le mystère de la pièce verrouillée de l’intérieur, les forces de l’ordre s’en remettent à Kyosuke Kazimu, médecin légiste de génie dont le sens de l’observation, la finesse d’analyse et la capacité de déduction hors normes vont permettre d’orienter l’enquête dans la bonne direction.

L’irezumi, l’art traditionnel du tatouage intégral, est au cœur de ce polar publié en 1951 et vendu à plus de dix millions d’exemplaires depuis. La pratique du tatouage était interdite dans le Japon de l’après-guerre. C’est donc en toute clandestinité que les grands maîtres officiaient. Quant aux tatoués, loin d’être tous des yakuza, ils étaient néanmoins nimbés d’une aura sulfureuse et fascinaient autant qu’ils effrayaient. Ce milieu fermé participe à l’atmosphère mystérieuse entourant l’enquête et ses protagonistes. En dehors de cela l’histoire est d’un grand classicisme mais l’ensemble s’avère particulièrement efficace, surtout si comme moi on est un lecteur occasionnel de polar sans grande expérience du genre (c’est rien de le dire !). Et puis au-delà de l’énigme j’ai aimé découvrir les difficultés quotidiennes d’une population humiliée par la défaite et peinant à s’imaginer un avenir dans un pays en ruines où tout était à reconstruire.

Sans doute pas le roman policier le plus original du monde, mais une découverte dépaysante qui offrira aux amateurs de meurtres en chambres closes une variante au Double assassinat dans la rue Morgue ou au Mystère de la chambre jaune.

Irezumi d’Akimitsu Takagi. Denoël, 2016. 290 pages. 17,00 euros.









30 commentaires:

  1. Oh ça me plaît bien comme idée :-) tu sais qu'au Japon, tu ne peux toujours pas entrer aux bains publics (une institution) si tu portes un tatouage :-)

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    1. Dans le roman, la première victime se rend aux bains publics jusstement ;)

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  2. c'était donc lui, ce fameux roman ! :)
    je note, j'aime beaucoup le thème du tatouage en littérature!

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  3. Un début intéressant et ton billet : noté !

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  4. Pour arriver au niveau de Maurice Leblanc, il y a du travail et j'en sais quelque chose...

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    1. On va dire que le principe est le même...

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  5. ah le fameux polar ! on va réussir à l'amadouer notre Jérôme! Je ne suis pas fan des romans japonais mais un polar et l'histoire me tente bien!

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    1. C'est quand même pas tout à fait un polar comme les autres, hein ;)

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  6. Joli billet... mais pas sûre d'accrocher...

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  7. Mais dis donc tu commences à être calé en polars, tu cites même des références !!! :) Et puis le polar n'est pas un genre mineur qu'on se le dise ! Il y en a d'excellents... Celui-ci me semble un peu daté cependant, je verrai, à l'occasion...

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    1. Mes références sont celles de tout le monde, je n'ai pas de quoi me vanter ;)

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  8. pas pour moi mais j'ai sûrement tort!

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    1. Pas de raison d'avoir tort si ce n'est pas pour toi.

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  9. Très tentant, mais bon, toute la nuit j'entends les plaintes de ma PAL qui se sent négligée

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    1. C'est marrant, la mienne se comporte de la même façon ;)

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  10. j'adorerais plonger dans cet univers ! Dommage que tu ne trouves l'ensemble finalement peu original.

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    1. A l'époque de sa sortie, il a dû sembler original.

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  11. Merci pour la suggestion, mais non. ^^

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  12. Aaargh, je crois que mon bouclier ne peut rien contre une telle attaque ! Pas si violente pourtant car tu préviens que l'intrigue n'est pas incroyablement originale, mais d'autres éléments de ce récit (japonais en plus) me parlent. Et puis un polar de temps à autre, je prends aussi.:-)

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    1. Je me doutais que tu y serais sensible à ce roman ;)

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  13. J'ai vu ce polar chez mon libraire, avec une note très enthousiaste, qui m'a intriguée, autant que la couverture. C'est un point de vue original, j'aime bien cette histoire de tatouages, je sais que je vais le lire bientôt.

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