mercredi 28 septembre 2016

Winter Road - Jeff Lemire

Derek est un ancien joueur de hockey professionnel exclu de la ligue après avoir violement blessé un adversaire. Reparti  s’installer dans son village natal en Ontario, Derek travaille dans le restaurant où officiait sa mère avant son décès dans un accident de la route. Solitaire, dépressif, buveur invétéré, Derek est en proie à des accès de colère incontrôlables qui lui valent d’être dans le collimateur de la police locale. Le jour où sa sœur, accro aux drogues dures, débarque en ville pour fuir un compagnon violent, Derek décide de partir vivre avec elle en forêt, loin du monde et de leurs démons respectifs.

Bienvenue chez les indigents, les marginaux. Jeff Lemire ne vend pas du rêve, c’est le moins que l’on puisse dire. Dans le fin fond de son Canada, le ciel est bas et triste, la neige boueuse, l’humidité suinte de chaque mur, le froid glacial mord les os sous les vêtements, le mauvais alcool échauffe les corps et les esprits. Pauvreté et désœuvrement poussent chacun vers le repli sur soi et la solitude. Les échanges sont rares, les rapports humains tournent en permanence au rapport de force. Chez ces laissés pour compte, on se bat et on se débat. Pour éviter la noyade, éviter la chute finale et définitive.

J’ai découvert Jeff Lemire avec Jack Joseph, je retrouve ici le côté introspectif qui m’avait charmé, sans les dimensions fantastiques et oniriques. Le récit intimiste est brut, sans filtre, linéaire malgré quelques flash-back. Beaucoup de silences chez ces gens de peu de mots, pas besoin de grands discours pour illustrer des vies aussi étriquées. C’est simple et direct, brutal, réaliste, sans complaisance. Le trait est aussi nerveux et torturé que les personnages, il se dégage de l’ensemble à la fois de la lenteur et une certaine forme d’urgence.

Une histoire qui gratte et bouscule, avec une petite touche de lumière finale qui laisse envisager un futur où l’apaisement pourrait enfin être de mise. Une lueur d’espoir dans les ténèbres, minime mais bien présente.


Winter Road de Jeff Lemire (traduction Sidonie Van den Dries).  Futuropolis, 2016. 280 pages. 28 euros. 


Une lecture commune que j'ai le plaisir de partager avec Mo, en ce jour particulier où elle accueille pour la première fois les participants à la BD de la semaine.












31 commentaires:

  1. "Winter Road" est très réaliste et je crois bien que c'est la première fois que je lis un album de Lemire sur ce registre. On ne part pas dans l'onirisme comme il avait pu le faire dans "Jack Joseph", ni dans l'imaginaire comme "Essex county". En fait, c'est troublant que les personnages soient si ancrés dans la vie. Une réflexion sur la souffrance et la manière de l'oublier que je trouve intéressante

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    1. Ce réalisme m'a beaucoup plu, j'y suis beaucoup plus sensible qu'à l'onirisme par exemple.

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  2. j'avais hésité à lire cette BD mais du coup tu me donnes envie ! Je note pour une prochaine fois :)
    Merci !

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    1. ça te changera sans doute de tes lectures habituelles.

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  3. Je la note pour mes emprunts à la BD (enfin si elle y est !)

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    1. Elle vient juste de sortir, il va te falloir attendre un peu je pense.

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  4. Bon, moi j'avoue que j'ai envie qu'on m'envoie du rêve... Pas certaine que cet album soit fait pour moi je dois dire !

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    1. C'est dur mais les personnages sont attachants.

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  6. Oh là là, pour le graphisme et l'histoire, je passe.

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  7. Je note, sais pas bien pour moi mais ça devrait sacrément plaire à mon poilu ;-)
    Bizzzzz jeune homme <3

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    1. SI ton poilu aime les gros durs tatoués, il va être servi.

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  8. Pas spécialement tentée par ce titre... J'ai envie d'albums un peu plus doux graphiquement parlant.

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    1. Je vois très bien ce que tu veux dire ;)

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  9. Pas trop envie de ce type d'univers en ce moment, mais cet album est susceptible de me plaire à d'autres moments. J'aime ce que tu en dis.

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  10. Je passe mon tour.Pas certaine d'aimer ce genre de BD

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  11. Rien à voir mais j'ai appris ce matin que Saint Jérôme était le patron des traducteurs car il fut le premier à traduire la Bible.

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    1. Tu me l'apprends. Mais en ce qui me concerne je n'ai aucune compétence en matière de traduction.

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  12. Aaah mais c'est teeeellement ton univers !:-) Bon, c'est pas dit clairement mais je suppose que tu as été conquis. Ma PAL m'interdit tout écart, je reste raisonnable sur ce coup-là.

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    1. J'ai été conquis oui, on peut dire ça.

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  13. Décidément Lemire est un auteur qui me fait très envie !

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    1. Et moi je pense que je vais lire tous ses autres albums.

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  14. Au début de ta chronique, je me suis dit que ce livre n'était pas pour moi et puis, finalement,.... On verra bien si j'ai l'occasion de le feuilleter !

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    1. J'espère que cette occasion se présentera.

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  15. Une BD qui saurait plaire à mes gars. Mais pas pour moi... Ils la connaissent peut-être déjà.
    p.s.: il y a tellement de violence dans les ligues de hockey "contact", c'est affolant!

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    1. J'imagine, c'est un sport très rude le hockey !

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