mardi 27 septembre 2016

Mauvais joueurs - Julien Dufresne-Lamy

Il s’appelle Marceau et il grandit dans une famille en apparence classique : « Trois enfants, mère au foyer, père à carrure, une corbeille de fruits sans pépins. Une famille de ces maisons de briques, enveloppées de lierre, en retrait derrière une grille. Une famille sans histoire, cherchant l’adjectif ».

Sauf que. Marceau est trop sensible. Son père voudrait un fils solide, un vrai mec. Le temps passe, la mère sombre dans la dépression, le fiston traverse les années collège en souffrant, réservé et indécis quant à sa sexualité. Il est trop gentil Marceau, il veut toujours faire plaisir sans jamais penser à ce qui lui ferait plaisir. On l’appelle Marcelle, on se moque de lui en sport. Il s’isole, ne s’impose jamais aux autres. Il voudrait plaire au père mais celui-ci reste distant, froid, sans pitié. Les années défilent et un jour ce père implacable lui prépare sa valise et l’envoie chez un oncle, en Bretagne. Le garçon fugue, direction le sud-ouest, puis l’Espagne. Une vie d’errance, d’abord. Un port d’attache, ensuite. Une nouvelle vie, enfin. Partir, c’est mourir un peu. Mais pour Marceau, rester, c’était mourir beaucoup...

Un étrange roman d’apprentissage, tant sur la forme que sur le fond. Chaque chapitre s’ouvre sur une règle du jeu et les trois grandes parties ont pour titres « La partie », « La revanche », « La belle ». La vie est un jeu, on gagne (rarement), on perd (souvent), on triche (tout le temps). Un texte bizarre, dont je ne sais que penser. Peut-être trop singulier pour plaire à des ados. J’ai eu du mal à y trouver mes marques tant tout semble aller trop vite. Mais dans la seconde moitié, j’ai aimé accompagner Marceau vers l’émancipation, le voir atteindre son « stade méduse » : « Dans les mers, quand les cellules grandissent, on appelle ça le stade méduse. Les cellules quittent leurs racines. Elles se développent. Elles gagnent en liberté. »

L’écriture est superbe, la construction ambitieuse. Un roman jeunesse atypique qui interpelle et surprend. C’est déjà beaucoup.

Mauvais joueurs de Julien Dufresne-Lamy. Actes sud junior, 2016. 152 pages. 13,20 euros. A partir de 15 ans.


Une nouvelle lecture du mardi que j'ai le plaisir de partager avec Noukette.







30 commentaires:

  1. J'ai bien envie de le lire pour le côté surprenant !

    RépondreSupprimer
  2. Vos billets sont curieux, comme ce roman ;-) Du coup, ça m'interroge drôlement ! vais peut être aller voir de plus près !
    Bisous jeune homme

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Intriguer c'est toujours une bonne chose, non ?

      Supprimer
  3. Un roman jeunesse qui aurait mérité d'être publié dans une collection pour adultes ?

    RépondreSupprimer
  4. Je pense que je vais passer mon chemin... Au plaisir de te relire...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je pense que tu ne vas pas être le seul ;)

      Supprimer
  5. tu piques ma curiosité. Et puis j'aime bien cette collection. A voir donc...à lire plutôt ;-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je suis comme toi, j'adore cette collection.

      Supprimer
  6. Tu répètes beaucoup l'adjectif étrange, ce qui me fait hésiter.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est l'impression la plus forte qui m'est resté de ce texte.

      Supprimer
  7. Pourquoi pas? Je vais aller voir ce qu'en pense ta complice...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Elle sur la même longueur d'ondes que moi. Comme presque toujours ;)

      Supprimer
  8. Les romans d'apprentissage n'ont jamais trop été ma tasse de thé mais si en plus il est un peu étrange et qu'on ne sait pas trop quoi en penser, bon...;-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Et puis ton bouclier, ta pile, toussa toussa...

      Supprimer
  9. Espérons pour ce roman qu'il trouve son public! Entre ado et adulte , c'est parfois compliqué.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je ne suis vraiment pas certain qu'il le trouve son public. Je demande à voir...

      Supprimer
  10. Si, atypique, j'aimerais le découvrir

    RépondreSupprimer
  11. Mais voilà un titre qu'il serait dommage de laisser de côté non?

    RépondreSupprimer
  12. Il semble t'avoir laissé une étrange impression celui-là.
    "Partir, c’est mourir un peu. Mais pour Marceau, rester, c’était mourir beaucoup..." - j'adore!

    RépondreSupprimer
  13. Tu as su titiller ma curiosité...

    RépondreSupprimer
  14. Mon commentaire est donc passé à la trappe, grrrr....
    J'aime bien tomber sur ce genre de pépite, c'est ambitieux oui, mais bien écrit et très juste. J'en garderai un bon souvenir...!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est un texte vraiment ambitieux, difficile de le nier.

      Supprimer

Je modère les commentaires pour vous éviter les captcha pénibles de Google. Je ne filtre rien pour autant, tous les commentaires sans exception seront validés au plus vite, promis !