samedi 27 juin 2015

L’ampleur du saccage - Kaoutar Harchi

Ils sont quatre et leurs liens semblent ténus. Un fil, pourtant, relie l’histoire de Riddah, Ryeb, Si Larbi et Arezki. C’est de l’autre coté de la méditerranée, là-bas, en Algérie, où trois d’entre eux sont nés, que leurs destins vont se rejoindre et basculer une dernière fois. A l’origine, un acte collectif abominable perpétré trente ans plus tôt. Un acte sur les lieux duquel ils vont revenir depuis la France pour faire face à la vérité. Une vérité douloureuse et tragique, point de départ de tous leurs maux.

Difficile de rentrer dans ce texte choral tant il n’est pas simple à première vue de trouver des connexions entre chaque personnage. Mais peu à peu le puzzle se met en place, les interactions prennent sens et la tragédie à venir apparaît inéluctable. Kaoutar Harchi possède un sens aigu de la mise en scène. Elle avance ses pions avec une maîtrise narrative éblouissante, tissant un canevas dont la forme définitive surgit comme une évidence dans les toutes dernières pages. J’aime son écriture au lyrisme contenu, ses phrases brèves qui disent la douleur et le chagrin.

L’ampleur du saccage est une réflexion sur la quête des origines, la relation à la mère, l’exil, la violence des hommes. Des hommes perdus, souffrant de carences affectives et sexuelles, tellement en manque de repères qu’ils marchent en permanence au bord du précipice. Des hommes sans espoirs, torturés par le remords, certains de ne jamais trouver le repos, de ne jamais pouvoir expier leurs fautes. C’est beau, intense et triste comme la vie.

L’ampleur du saccage de Kaoutar Harchi. Babel, 2015 (première édition en 2011). 120 pages. 6,80 euros.

Un livre offert par une blogueuse chère à mon cœur pour des tas de raisons qui ne regardent qu’elle et moi. Merci encore, comme d’habitude, ton choix était parfait.

Extraits :

« Je ‘n’appartiens à aucune terre, je ne descends d’aucune lignée, je suis là, simplement. Cause abandonnée au bon vouloir des mystères mutiques, je dérive le long des impostures, épuisé, car tous les ports d’accueil ont disparu : j’ignore d’où je viens. »

« Nous étions des êtres nus, nos corps ne voulaient plus continuer. La décomposition et le pourrissement guettaient, seules nos âmes croyaient qu’il était encore possible de surmonter la boue, les puces et les rats. Criminels en fuite, nous portions en nous des cadavres, nos cadavres, car nous étions en avance sur la mort, nous lui avions mâché le travail. […] Comment ne pas tomber, ne pas creuser et s’enfouir soi-même, sans l’aide de personne, d’aucun Dieu, sous cette terre aux abois ? »





32 commentaires:

  1. Il me fait un peu peur, ce roman... mais sait-on jamais, si je croise sa route. J'aime en général les romans chorals.

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    1. Il n'y a pas à en avoir peur, c'est juste très beau ;)

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  2. N'ai pas peur Karine, c'est un très beau roman, très fort.

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  3. J'ai découvert l'auteur avec ce texte et je l'ai entendu parler aux rencontres Libfly sur les editeurs Barzach et Elyzad. Elle sait parler de ses origines, de son pays avec passion. C'est une tragédienne qui sait contenir ses mots, maîtriser son ambiance. Même si je préfère L'ampleur du saccage, A l'origine notre père obscur est aussi très bien.

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    1. Moi je l'ai découverte avec "A l'origine notre père obscur".

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  4. Entre ton billet et les commentaires, voici un dimanche matin où je sors mon "carnet de notes à lire" ; 120 pages belles, intenses et tristes, c'est pour moi, non ?

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    1. Clairement, c'est pile dans ce que tu aimes je pense.

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  5. Très tentant, c'est l'auteur de A l'origine notre père obscur ? Elle a une belle écriture.

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  6. Un livre noté pour les vacances !

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    1. Au format poche il est tout petit en plus, très facile à transporter ;)

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  7. Une auteure que je ne connais absolument pas, mais les mots "précipice", "tragédie", associés à "beau" et "intense", c'est forcément très tentant !

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    1. Une auteure qui gagne vraiment à être connue !

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    2. Le voilà achevé -il faut dire qu'il se lit très vite-, et j'avoue un enthousiasme bien plus modéré que celui exprimé par beaucoup de lecteurs. Si j'ai été conquise par la forme, l'écriture de l'auteure étant en effet très belle et très forte, le fond m'a laissé dubitative. L'intrigue souffre selon moi d'une accumulation de coïncidences et d'approximations qui pénalisent sa crédibilité.

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    3. J'ai été plus dubitatif avec la construction de son second roman (que j'avais lu en premier !) mais là, je me suis laissé porter sans trop me poser de questions à vrai dire.

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  8. Même si le traitement a l'air aussi noir que le suggère la couverture, ce livre semble passionnant. En tout cas, le s thèmes traités le sont.

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    1. La couverture est dans le ton du récit je trouve.

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  9. Je ne connaissais pas du tout mais l'idée générale de ce livre me plait bien :)

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  10. Ben je note, on ne sait jamais :)

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    1. On ne sait jamais, oui, tu pourrais aimer ;)

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  11. Repéré en librairie, je l'ai noté pour plus tard. Avec ton billet il remonte un peu dans ma liste de priorités !

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  12. Une vraie grande claque ce roman... Tellement contente que tu l'aies aimé ! Il était inconcevable que tu ne le lises pas un jour. Il y a des erreurs qu'il faut s'empresser de réparer... ;-)

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    1. Je me rappelle de ton enthousiasme, pour ça que je m'y suis lancé en toute confiance, je savais que je ne pourrais pas être déçu !

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  13. Je ne connais pas ... alors je note

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  14. Pfiou, "réflexion sur la quête des origines, la relation à la mère, l’exil, la violence des hommes, beau, intense et triste comme la vie", comment résister à ça ?...

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  15. J'ai fait la connaissance de cette auteure avec À l'origine notre père obscur, ma lecture avait été éprouvante mais je lirai sûrement L'ampleur du saccage.

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    1. J'ai lu les deux et je préfère "L'ampleur du saccage".

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