vendredi 16 mai 2014

El ultimo lector - David Toscana

Quand Marilyne me propose une lecture commune je suis toujours partant, parce que son choix va forcément me plaire. Même si je ne connais pas le livre qu’elle me propose. Même si c’est un roman mexicain alors que je ne sais rien de la littérature de ce pays et même si le texte débute avec la découverte du cadavre d’une fillette…

A Imacole, bled paumé du nord du Mexique, la sécheresse semble ne jamais vouloir prendre fin. Seul Remigio a la chance d’avoir encore un peu d’eau au fond de son puits pour arroser son avocatier. Mais le jour où il y trouve le corps d’une enfant de 12-13 ans, il se dit que ce puits risque de lui attirer bien des ennuis. Cachant sa macabre découverte, il se rend chez son père Lucio, le bibliothécaire du village, pour lui demander conseil…

Pas la peine d’en dire davantage, ce n’est pas un roman qui se résume, c’est un roman dans lequel il faut juste croquer à pleines dents. Ne serait-ce que pour se régaler de la verve et de la lucidité de Lucio, un « ultimo lector » incorruptible passant au tamis de ses goûts littéraires chaque ouvrage aspirant à rejoindre les rayonnages de sa bibliothèque. Ceux n’ayant pas à ses yeux de qualités suffisantes finissent en enfer, une pièce où il élève des cafards dévoreurs de livres médiocres. « Le feu ne lui semble pas un châtiment approprié, car il confère à un livre prétentieux l’utilité de produire de la chaleur, la gloire de devenir lumière. L’enfer doit être quelque chose qui consume lentement, parmi l’urine et les mâchoires qui avec ténacité réduisent  en miettes couvertures, jaquettes et photographies d’auteurs immortalisés, les hommes dans une pose intellectuelle, les femmes dans leur désir de beauté. » Lucio est donc un grand malade, un fou de littérature autour duquel va graviter une cohorte de personnages plus savoureux les uns que les autres.

C’est un texte qui peut paraître foutraque, où la réalité ne cesse d’être transfigurée par l'imaginaire, où l’on se demande si c’est la fiction qui devient réelle où si c’est le réel qui n’est que fiction. On peut facilement perdre le fil mais peu importe. C’est un texte auquel il ne faut pas tenter de résister. Se laisser prendre par la main, se laisser porter par les mots et profiter d’une atmosphère incomparable, hors du temps et des modes. Un  grand moment de littérature ! Moi qui pensais être hermétique au réalisme magique latino-américain, je constate avec plaisir que ce n’est pas le cas. Borges me voila !

El ultimo lector de David Toscana. Zulma, 2013. 188 pages. 8,95 euros.

Le billet de Marilyne

Les avis de In Cold Blog, Manu et Coccinelle

38 commentaires:

  1. Eh bien tu confirmes... je suis preneuse, je note ! Je ne connais pas encore Borges non plus, disons que je l'ai lu il y a si longtemps que je ne me souviens de rien, c'est pareil ! ;)

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    1. Tu peux lire celui-là avant Borges sans problème.

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  2. Je suis restée un peu extérieure à ce roman, mais je ne dis pas que je ne le relirai pas... il est dans mes étagères et je le chéris particulièrement, il a fait une tournée de blogueurs et blogueuses il y a 4 ans de cela ! ;-)

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    1. J'ai vu qu'il avait beaucoup voyagé et que tous les lecteurs n'avaient pas été conquis, ce que je peux comprendre aisément.

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  3. J'aime bien David Toscana et son humour à froid. Et quelle érudition !

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    1. Et en plus, l'érudition, il ne l'étale pas comme de la confiture, j'apprécie beaucoup.

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  4. Cela m'a l'air foutrement bien ce bouquin !
    Un peu étrange, un peu fou et beaucoup imaginaire.
    Va falloir que je me penche sur ce mexicain. Va falloir que je rachète de la tequila.

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    1. Étrange et fou, c'est ça. A lire avec Tequila, sel et citron vert.

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  5. "c'est un texte qui peut paraitre foutraque", cette seule phrase donnerait presque envie de le lire! ;) et puis les couvertures de cette collection invitent à les compiler pour faire beau sur l'étagère... ;)

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    1. C'est vrai que les couvertures sont simple et belles. Comme celles du "Serpent à plumes" il y a quelques années.

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  6. Réalisme magique? Pa mon truc d'ordinaire, mais là ça parlait de livres et j'ai iamé!

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    1. J'ai vu que tu avais beaucoup aimé !

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  7. J'avais aimé aussi. Je me rappelle avoir été perplexe au départ... puis avoir trouvé le truc complètement jubilatoire!

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    1. Jubilatoire, il y a de ça effectivement !

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  8. Mais il me faut ça !!! Et de toute urgence !!

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    1. Je peux te le prêter, sans problème ;)

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  9. Et voilà le deuxième avis qui confirme le premier ! Et hop c'est noté et renoté !

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    1. On est souvent raccord avec Marilyne ;)

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  10. Alors, ça, c'est fait ! ;-) . Je ne te conseille pas Borges pour " débuter " dans le réalisme magique ( je ne le qualifierai pas vraiment ainsi, c'est encore un autre univers ) mais je peux te proposer un autre mexicain où l'on se demande " si c'est le réel qui n'est que fiction " ^^

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    1. Propose, propose, tu sais bien que je suis tes conseils à la lettre.

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  11. Magnifique roman ! Et autant que je me souvienne, je n'ai rarement (jamais ?) autant aimé les dernières phrases d'un roman.

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    1. Oui, les dernières phrases sont asse inoubliables.

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  12. Oh, j'avais a-do-ré ce livre ! Un de mes incontournables et coups de coeur livresques dont mon âme se souviendra à vie ! Ravie de voir qu'il t'ait conquis aussi !

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    1. Et si je te dis que ça ne m'étonne pas un seconde que tu aies adoré ce roman...

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  13. Je note. D'autant que j'adore cette maison d'édition.

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    1. Il y a de très belles choses chez Zulma, la lettre à Helga par exemple ;)

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  14. "Se laisser prendre par la main, se laisser porter par les mots..."
    Que voilà un programme bien tentant !

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  15. j'adore l'extrait... et ce que tu dis du livre... bon je sais ce qu'il me reste à faire :-)

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  16. Une narration qui t'a emporté, apparemment.

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    1. J'ai été totalement empoté, oui. Et pourtant au départ ce n'était pas gagné !

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  17. C'est typiquement le genre de livres qui me fait peur, et sur lequel je ne me serais même pas arrêté. Sauf qu'un librairie qui envoie les mauvais livres en enfer cafardesque, forcément ça me plait. Et vu que je me crois aussi hermétique que toi à tout cela, il n'a pas de raison de ne pas me plaire, n'est ce pas?

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    1. Tout à fait. Aucune raison qu'il ne te plaise pas.

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  18. Tu as réussi à m'intriguer avec ce personnage d'ultimo lector! Je vais voir si je le déniche..

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    1. Tu devrais le trouver facilement, il est sorti en poche récemment.

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  19. Je n'avais pas réussi à me plonger dans cette atmosphère.

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    1. J'avais lu ton billet et en effet, le charme n'avait pas fonctionné avec toi.

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