jeudi 11 juillet 2013

Pendant les combats - Sébastien Ménestrier

J’aime que l’on me confie des livres précieux. Par précieux j’entends des livres que l’on a particulièrement appréciés et que l’on a envie de partager. Par exemple quand Marilyne qualifie un texte de « merveille » et qu’elle me l’envoie, je sais d’avance que je vais me régaler. Pour le coup, ça n’a pas manqué.     

Joseph et Ménile se connaissent depuis l’enfance. Quand le premier entre dans la résistance par conviction, le second le suit sans trop réfléchir. Ils multiplient les actions plus ou moins spectaculaires et finissent par être arrêtés. Au moment où leur amitié passe au révélateur des interrogatoires, les choses vacillent : « J’ai donné Joseph. La nuit, quand les soldats sont venus, ils nous ont mis dans ce camion. Joseph et moi, on s’est regardés. On tiendrait l’un pour l’autre. On tiendrait. »

Ce pourrait être l’histoire d’une amitié trahie mais les choses ne sont pas si simples. Disons que l’on y découvre un homme qui renonce, vaincu par la tristesse : « C’est la tristesse, Jeanne, c’est la tristesse qui m’a eu. » C’est une tragédie en cinq actes dont on connait d’avance la funeste conclusion. C’est beau parce que malgré les circonstances, tout cela reste pétri d’humanité. Et puis c’est l’écriture que j’aime. Peu de mots, zéro dialogue, des phrases courtes, des petits  paragraphes qui claquent comme autant de micro-chapitres. La suggestion est tellement plus forte que les descriptions les plus précises : « On l’a conduit dans le bureau du colonel. On l’a fait asseoir en face de lui. Joseph n’a rien dit. Après ils l’ont mené dans un réduit, au fond du couloir, et ils lui ont fait mal, longtemps. Lorsqu’il est remonté par l’escalier, la nuit tombait, ses jambes tremblaient. » Tout est dit sans jamais rentrer dans les détails. Une puissance d’évocation tellement plus parlante, tellement plus forte…

Pendant les combats est un magnifique texte. Un premier roman qui, sous son apparente concision, se révèle particulièrement ambitieux. Et surtout particulièrement réussi. Applaudissements, comme dirait Marilyne.


Pendant les combats de Sébastien Ménestrier. Gallimard, 2013. 94 pages. 9,50 euros.

24 commentaires:

  1. J'abdique sans chercher à opposer la moindre résistance. Au fait touchée et coulée ( et pas qu'un peu) avec Une dernière fois la nuit ( billet à venir).

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    1. Ah je suis ravi de constater que tu as apprécié "une dernière fois la nuit."

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  2. Je ne sais pas, là...La période?

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    1. La 4ème de couv précise 1943 mais en fait il n'y a aucune référence temporelle dans le texte.

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  3. Décidément vous parlez d'une même voix... pour encenser ce roman... Je note !

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  4. Après le billet de Maryline, voilà qui ne nous laisse guère le choix. Noté !

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    1. Tu peux le noter sans trop de risque je pense.

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  5. Ravie, vraiment ravie d'avoir pu partager cette lecture avec toi. Ambitieux, tu as raison, le sujet pouvait être piégeant. Et l'auteur a su trouver la voie/ la voix.

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    1. C'était bien de penser à moi pour ce titre. D'une part ça m'a touché et d'autre part tu es parfaitement bien tombée ;)

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  6. Comme Clara, la double recommandation Marilyne/Jérôme suffit amplement à ce que je note la référence les yeux fermés.

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  7. A mon tour, je rejoins les futures lectrices de ce titre ; concision, ambition, le petit extrait choisi en donne vraiment l'impression ...

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    1. C'est le genre de titre qui pourrait te plaire il me semble.

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  8. Je vais le noter. Le thème me plait, celui de l'amitié et de sa fragilité. Et je retiens aussi l'écriture qui en dit beaucoup sans avoir besoin d'en faire des tartines.

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    1. La fragilité de l'amitié, c'est exactement ça !

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  9. J'aime la complémentarité de vos deux billets ! Désolée, je ne le note pas... c'est déjà fait ;-)

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  10. Je suis convaincu ! Pense-bête !

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