jeudi 26 avril 2012

Clandestin de Philip Caputo

Caputo © Le Cherche Midi 2012
Gill Castle a perdu sa femme dans les attentats du 11 septembre. Incapable de surmonter sa peine, ce financier New Yorkais aux revenus très confortables décide de tout plaquer pour partir s’installer sur le ranch de son cousin Blaine, au fin fond de l’Arizona. A quelques kilomètres à peine de la frontière mexicaine, Castle tente de se reconstruire dans la solitude et l’isolement. Mais le jour où il sauve d’une mort certaine un mexicain ayant franchi la frontière clandestinement, il ne se doute pas que cette rencontre va changer sa vie…

Des années que je n’avais pas lu un tel pavé ! Je suis plutôt un adepte des écritures minuscules, des recueils de nouvelles et des courts romans. J’aime les auteurs capables de dire beaucoup en peu de mots, ceux qui vous installent une ambiance avec un minimum de moyens. Là pour le coup, c’est tout le contraire. Clandestin est un roman ambitieux, ample, très construit, où plusieurs histoires s’entremêlent allègrement. Le propos de Caputo pousse à la réflexion. Dans cette Amérique violente où la frontière mexicaine ressemble de plus en plus à une ligne de front, il est temps de s’interroger. Sur la condition des migrants, sur la position défendue par les propriétaires terriens américains, sur les motivations purement financières des passeurs et des narcotrafiquants, sur le rôle ambigu joué par la police… Beaucoup de questions qui n’appellent au final aucune prise de position franchement tranchée. « Certains de ces immigrants ont des histoires qui font passer Les raisins de la colère pour une comédie », déclare l’un des personnages. Castle porte également un regard plein d’humanité sur le clandestin qu’il vient de sauver : « Miguel était une victime-née […] Il y avait en lui quelque chose de doux, de triste, de malheureux, qui éveillait des sentiments de tendresse […] en même temps que ça invitait, presque inexorablement, la cruauté aveugle du monde à s’abattre sur lui. » Mais quand ces mêmes clandestins saccagent vos terres, votre perception évolue rapidement : « Je comprends les mexicains. […] Ils n’ont qu’à ramper sous une clôture ou escalader un mur pour gagner dix dollars de l’heure en passant le balai chez Wal-Mart (contre dix dollars par jour chez eux). Y a pas photo. Je ferais pareil. Mais on m’a découpé mes clôtures. Et il y a deux ans Mc Intyre a attrapé un clandestin qui essayait de piquer ma camionnette. Je suis désolée pour ces gens, mais en même temps il me font vraiment chier, et je crois que je ne devrais pas avoir de scrupules. » C’est cette ambivalence des sentiments qui fait à mes yeux tout le sel du récit. Non, ce n’est pas tout blanc ou tout noir, ce n’est pas si simple.

Le point de vue tout en finesse pousse le lecteur à la réflexion mais au final Clandestin reste avant tout un roman plein de souffle, une saga familiale aux nombreux rebondissements qui se lit d’une traite. A recommander sans réserve !         

Clandestin de Philip Caputo, Le Cherche Midi, 2012. 732 pages. 22,00 euros.

L'avis de Kathel

L'avis de Clara

L'avis de Keisha

16 commentaires:

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    1. Une fois de plus nous sommes d'accord !

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  2. Un vrai beau roman, en effet il n'y a pas de séparation entre le vrai le faux, le noir le blanc, c'est plus subtil que cela. j'ai aussi aimé les parties plus intimistes sur le deuil et la douleur de la perte, c'est aussi très bien fait.

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    1. Oui, un roman dense et profond que j'ai beaucoup aimé. Tu m'avais prévenu que ne serais pas déçu, tu avais raison !

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  3. Avec un tel avis, je ne peux que noter...

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  4. Intéressant en effet, je suis généralement assez friande de ce genre de saga... Mais tout de même... plus de 700 pages...

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    1. Oui, ça fait beaucoup ! Je me suis étonné en avalant ce pavé assez facilement au final.

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  5. Que de tentations ! Moi, j'aime les pavés.

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    1. Si tu aimes les pavés tu vas être servie !

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  6. C'est noté. J'adore les nouvelles mais les pavés j'adore aussi.

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    1. Je pense que tu ne devrais pas être déçue.

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  7. Ton billet est hyper tentant ... même pas peur du nombre de pages (et pourtant, en ce moment, je me traine sur un pavé que j'aime bien mais dont les pages ne défilent pas vite !)

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    1. LA peur du pavé, c'est un grand classique chez moi. Le tout c'est de passer au moins la moitié. Après, on se dit que l'on va faire l'effort jusqu'au bout quoi qu'il arrive.

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  8. Tes citations sont parfaitement choisies ! Je note ton billet en lien.

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    1. Je rajoute ton lien également. C'est dommage que ce roman soit passé quasi-inaperçu au moment de sa sortie. Il méritait mieux que ça !

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