vendredi 16 décembre 2016

La faim blanche - Aki Ollikainen

Elle a laissé son homme mourant dans leur lit et a quitté la ferme avec ses deux enfants. Poussée par la faim dans le froid et la neige, Marja veut rallier Saint-Pétersbourg à pied. Ce but ultime, bien qu’inatteignable, est la seule motivation qui la pousse à avancer. Rejoignant la cohorte de mendiants jetés sur les routes par la famine et la rudesse de l’hiver, la mère de famille ne peut compter que sur la bienveillance de bonnes âmes croisées en chemin qui lui offriront une nuit à l’abri et un bouillon clair. Un maigre répit dans un océan de souffrance dont il sera bien difficile de sortir indemne.

 Un premier roman qui rappelle de façon effroyable la terrible disette qui frappa la population rurale de Finlande en 1867. Chassés de chez eux par le manque de vivres, les paysans affluèrent vers les villes dans l’espoir d’y trouver refuge et nourriture pendant que les politiques, impuissants, assistaient au désastre en pensant, non sans cynisme, que « peut-être que le destin de ce peuple, c’est de se battre pour son existence et de s’endurcir. »

A travers le parcours de Marja et de ses enfants, Aki Ollikainen touche à l’universel. Son texte est une ode à la survie, à la détermination de l’être humain face à une situation désespérée. L’écriture possède une force d’évocation saisissante, elle dit avec puissance la neige, la glace, les ventres vides, les paysages silencieux baignés par le soleil hivernal. Elle dit la folie et la mort qui rôdent autour de chacun et elle montre les effets hallucinogènes de la faim, les rêves délirants et enfiévrés venant terrasser les corps et les esprits épuisés. Le tout avec une certaine poésie mais sans esthétisation excessive, sans se perdre dans des descriptions où le romantisme viendrait prendre le pas sur la réalité la plus insupportable.

Un roman qui dérange, fascine et interroge sur notre capacité à rester debout et à continuer notre route malgré les épreuves. Il subsiste au final une note d'espoir, un rayon de lumière au cœur de ce sombre tableau. Pour souligner que les sacrifices ne sont jamais tout à fait vains, que la vie se poursuit envers et contre tout.

La Faim blanche d'Aki Ollikainen. Editions Héloïse d'Ormesson, 2016. 152 pages. 16,00 euros.




32 commentaires:

  1. Enfin quelqu'un qui l'a lu! Ce roman est complètement passé inaperçu. Et pourtant. J'espère que ton billet donnera à plusieurs l'envie de le découvrir.
    Mon billet paraîtra la semaine prochaine. Nous avons fait une lecture commune sans le savoir!
    Pour ma part, j'étais dans une colère noire en le terminant! Le Sénateur, le médecin et son frère, à boire du punch pendant que Marja et ses enfants avaient les deux pieds enfoncés dans la neige... Argggg!!! Et cette fichue politique d'austérité... Et l'endettement du pays pour construire le chemin de fer... La lueur d'espoir finale m'a apaisée, heureusement!

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    1. Argggg!!! Tu as quelque chose contre le punch ? :D

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    2. je me disais bien que tu allais sauter dessus ! ça y est, enfin lu ? bon je vois que Jérôme a aimé et toi tu as ragé, hâte de te lire !

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    3. L'attitude des politiques est absolument révoltante, je suis bien d'accord avec toi.

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  2. très envie de lire ce roman même si je pense qu'il va me plomber le moral.

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    1. Il n'est pas d'une folle gaieté, c'est clair.

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  3. J'aime les romans dérangeant qui plombe l'ambiance. Si en plus, y'a de la neige et le silence des paysages, je sens que je m'y plairais...

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  4. Oui, lorsqu'il n'est pas partagé par la majorité!

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  5. Ce ne sera pas pour tout de suite mais la thématique + Finlande, ça peut trouver un coin sur ma LAL.

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  6. Bon et bien il va falloir que ma PAL s'agrandisse un peu ^^

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  7. En lisant" ton billet, j'ai pensé à "La route de Mc Carthy", bien que le contexte soit différent.

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    1. J'ai lu plusieurs critiques où il est comparé à "La route".

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  8. haha, c'est ma lecture du moment et pour l'instant je l'aime pas mal.... je pense que je vais aussi le chroniquer en mode coup de cœur ! <3

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  9. Une disette en Finlande ? J'ignorais de le savoir.

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  10. Malgré le rayon de lumière, je pense qu'il est trop sombre pour moi en ce moment. Envie de plus de légèreté.

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    1. Pour la légèreté c'est cuit en effet !

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  11. Je garde l'idée dans un coin de ma tête mais je doute d'avoir envie de ce genre de lecture en cette fin d'année... Trop sombre pour moi en ce moment je crois !

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    1. C'est sûr que ça ne respire pas la joie de vivre.

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  12. j'étais un peu passée à côté...Merci d'avoir attiré mon attention sur ce livre !

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    1. On n'en a pas beaucoup parlé, c'est vrai.

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  13. Ça me parle ce genre d’histoire. Le froid, la neige et cette ode à la survie. L’être humain est étonnant dans ses déterminations et sa « capacité à rester debout ». Je retiens ce roman..

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  14. Je n'avais pas entendu parler de ce roman et pourtant il a l'air excellent ! Je l'ai ajouté à ma LAL, merci !

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