vendredi 2 octobre 2015

Alcoolique - Jonathan Ames et Dean Haspiel

J’adore la séquence d’introduction de cet album (peut-être parce qu'elle me rappelle quelques souvenirs de jeunesse...). Jonathan A., le narrateur et double de l’auteur, se réveille à l’arrière d’une voiture, pendant qu’une naine d’un certain âge (pour ne pas dire d’un âge certain) lui tripote la braguette. Il ne sait pas comment il est arrivé là mais quand les flics viennent cogner au carreau, il prend ses jambes à son cou, trouve refuge sur la plage, s’allonge sous un ponton et s’enfouit dans le sable pour passer inaperçu.

Entre temps, il a commencé à raconter son histoire. Ses premiers déboires avec l’alcool, à 15 ans. Des bières partagées avec son meilleur copain. Il trouve le goût infect et vomit presque à chaque biture, mais boire le rend cool aux yeux des autres alors que d’habitude, il passe inaperçu. Puis vient son dépucelage (un fiasco), ses études, brillantes, jusqu’au diplôme obtenu à la prestigieuse fac de Yale. La mort de ses parents dans un accident de voiture est un tournant. Il part pour Paris avec l’argent de son héritage et s’abîme dans la boisson et la drogue. Retour au pays, cure de désintox. Des années de sevrage, un boulot de taxi à New Haven, la publication d’un premier roman, un polar fortement inspiré d’Hammett et Chandler. Un gros chagrin d’amour et c’est la rechute. Sans parler de la tragédie du 11 septembre qu’il vit en direct depuis le toit de son immeuble New-yorkais et la perte de Sal, son ami d’enfance, emporté par le sida. Une succession de coups durs et une plongée vertigineuse (vodka, bière, cocaïne et héroïne), dont il ne se remet pas…

Si vous me connaissez un peu, vous vous doutez que cet album me va comme un gant. Peut-être parce qu’Alcoolique est un roman graphique de mec. Entendons-nous, pas un mec plein de testostérone, sûr de lui, avançant gaillardement et franchissant les obstacles avec calme, maîtrise et maturité, mais plutôt un mec fragile, faible, lâche, incapable de sortir la tête de l’eau et possédant suffisamment de lucidité pour proposer une belle dose d’autodérision. Du loser comme je les aime, tellement paumé qu’il en devient touchant. Il pense qu’il va s’en sortir, se dit que chaque cuite sera la dernière en sachant pertinemment qu’il remettra le nez dans un verre à la première occasion. C’est à la fois triste et drôle, pathétique surtout, mais jamais geignard.

Contrairement au sujet, le dessin est sobre (oui, elle est facile mais je suis fatigué en ce moment…). Du noir et blanc réaliste aux cadrages maîtrisés. Pas de fioriture et une recherche d’efficacité qui fait mouche.

Confession sans pathos de la romance destructrice d’un homme avec la bouteille, Alcoolique est une vraie belle réussite. Premier roman graphique des éditions Toussaint Louverture (Mailman, vous vous rappelez ?), l’ouvrage est, comme toujours chez cet éditeur, d’une qualité de fabrication bien au dessus de la moyenne. Un objet livre-livre somptueux et un contenu à consommer sans modération ! (fatigué je vous dis…).

Alcoolique de Jonathan Ames et Dean Haspiel. Monsieur Toussaint Louverture, 2015. 144 pages. 22,00 euros.







30 commentaires:

  1. Ha l'éditeur se lance dans la BD!

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  2. héhéhé voilà qui me plait ! Ton billet me fait penser à Robert Goolrick (et à son personnage de loser dans Féroces !même si je ne sais pas si la comparaison est heureuse !) Bref un paumé comme je les aime alors je note ! Merci jeune homme !

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    1. Pas lu Féroces, mais ici le personnage est aussi un sacré paumé dans son genre.

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  3. il est cher mais il est beau cet objet et moi aussi j'aime les losers ! je vais voir si ma bibli en fait l'acquisition !

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  4. l'éditeur avait déjà publié un roman presque graphique, Vite trop vite de Phoebe Gloeckner
    Je note celui-ci, j'adore la série tv Bored to Death, écrite par Jonathan Ames

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    1. Ce n'était pas sous son propre nom mais sous le label "La belle colère" qui est en fait une co-édition avec Anne Carrère. Je dois le lire d'ailleurs ;)

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  5. s'il croise ma route, pourquoi pas mais ça ne m'étonne pas que ça t'ait plu en tout cas :-)

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  6. Je l'avais déjà repéré sur le site de l'éditeur et il me tente encore plus après t'avoir lu !!

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  7. Je ne suis pas étonnée par ton engouement, il était fait pour toi celui là ! (Quant à tes frasques adolescentes, hu hu hu, je me gausse... :-) )

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    1. Oui, il ne pouvait que me plaire celui-là !

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  8. C'est bien aussi, les jeux de mots faciles parce qu'au moins, je les comprends.

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    1. J'essaierai d'en retrouver à l'avenir pour te faire plaisir alors ;)

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  9. Ah ouais, Môssieur se laissait caresser la braguette par une naine d'un âge certain quand il était plus jeune !!! On en apprend des choses en passant sur ton blogue !
    Quant au livre, cela sera sans moi

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    1. On va dire que je me suis souvent réveillé dans des endroits inconnus, auprès de personnes inconnues. Mais chuuuuuuut !

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  10. (haha le com' de Zazy) Ben oui, cette BD, ça se sentait de loin que c'était pour toi. Pas à cause du titre non (me permettrais pas) mais de l'univers qu'on pressent derrière. Bon,moi mon bouclier est levé pour tout le mois, voilà qui est dit !

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    1. Tu dis ça parce qu'on a lu Bukowski ensemble :p

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  11. Oh ça m'intéresse ! J'avais vu cette couverture sur leur fil FB mais je pensais que c'était un roman, le roman graphique m'intrigue beaucoup plus. Noté !

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    1. N'hésite pas à le lire si l'occasion se présente.

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  12. Les grands esprits se rencontrent. Je suis rentrée hier avec... à peu de chose près, on pouvait se faire une LC (ça fait trop looongtemps). Bref, lecture prochaine ;)

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    1. ça fait trop longtemps, oui, il va falloir remédier à cela ;)

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  13. Tout à fait ce que j'aime. Je note.

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