mardi 6 octobre 2015

Le premier mardi c'est permis (41) : Pas dans le cul aujourd’hui - Jana Cerna

« Pas dans le cul aujourd’hui / j’ai mal / et puis j’aimerais d‘abord discuter un peu avec toi / car j’ai de l’estime pour ton intellect. »

Le premier vers de ce poème donne ici son titre à une longue lettre d’amour. Car ce texte est bien une seule et unique lettre d’amour adressée par Jana Cerna à son amant Egon Bondy au début des années 60. Cerna, icône de la culture underground pragoise décédée dans un accident de la route en 1981, écrit à celui qui vient à peine de la quitter mais lui manque déjà tant. « J’ai commencé à écrire cette lettre qui n’a ni rime ni raison, où je ne veux rien révéler ni rien résoudre, mais je ne crois pas qu’il y ait besoin d’explication, tu comprendras sûrement et ça ne te posera pas de problème. »

Elle revendique l’impossibilité de séparer le désir physique, la sexualité et l’intellect, exprime son refus de se soumettre à la primauté masculine, défend le pouvoir de l’imagination tant malmené par le stalinisme et invite à lier de manière inéluctable et naturelle poésie et philosophie. Une prise de position sans concession, parfois mystique, pleine de souffle et de vitalité, traversée par des passages dignes d’une confession amoureuse des plus touchantes : « Je me sens bien et j’ai la certitude que tout est pour le mieux, qu’il n’arrivera jamais rien qui ne doit arriver. Je ne peux pas te perdre et toi, tu ne peux pas me perdre, l’état des choses et ceux qui s’en prévalent n’y peuvent plus rien, nous sommes arrivés à un tel point que c’est sûr et certain. Comment cela arrivera n’est pas de notre ressort, je n’ai aucune intention de forcer le destin et je m’accorde le luxe de cette insouciance d’un cœur léger. » ou encore « il faut savoir aimer et j’ai payé cher pour l’apprendre, je ne sais pas si j’ai réussi, mais ce dont je suis sûre et certaine, c’est que ce temps et ce prix-là m’ont permis de comprendre ce que c’est que d’aimer et que tu es le seul homme avec qui je puisse avoir une relation digne de ce mot profané et banal, mais pourtant clair et précis. »

Dans le dernier tiers, elle se lance dans une énumération érotique de ses envies et de sa frustration due à leur éloignement avec une incroyable liberté de ton :  « Pourquoi sacredieu n’est-je pas ta langue dans ma chatte alors que c’est mon plus ardent désir, pourquoi je ne sens pas la chatouille douloureuse de ta morsure sur la plante de mes pieds, pourquoi je ne peux pas te tendre mon cul pour que tu le possèdes, le morde, l’étrilles et l’arroses de ton sperme ? » / « Je voudrais te coucher sur le dos et te mordiller les tétons, lécher le fond de ton nombril et prendre tout à tour chacune de tes couilles dans ma bouche jusqu’à te faire geindre. »

Cette lettre d'une sincérité et d'une force d'évocation remarquable dresse le portrait d'une femme libre et indomptable, d'une femme amoureuse et insoumise, d'une femme incapable de se comporter de manière raisonnable. Une femme moderne, quoi.


Pas dans le cul aujourd’hui de Jana Cerna. La contre allée, 2014. 92 pages. 8,50 euros.

Une lecture commune que j'ai l'immense plaisir de partager avec Moka en ce premier mardi du mois où, grâce à Stephie, tout est permis !










28 commentaires:

  1. Le titre à lui seul vaut le détour.;-) Mais je viens de renoter Yparkho chez Keisha, déjà noté chez toi il y a... euh... quelque temps.Tu préfères que je lise Yparkho,non? :-P Voilà, il faut que je fasse des choix.^^

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    1. Yparkho c'est très bien, je ne peux pas te le déconseiller, ce serait malhonnête ;)

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  2. Voila qui me donne joie, sourire et envie dans ce mardi tout gris !
    merci merci j'aime les 1ers mardis ;-) et m'en vais en quête de cette merveille au titre somptueux !

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    1. Celui-là doit figurer dans ta bibliothèque personnelle, pas possible autrement ;)

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  3. le titre est très glamour je trouve...... mais bon, même s'il s'agit d'une seule lettre, j'ai toujours très très peur avec l'épistolaire qui n'a jamais réussi à me convaincre...

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    1. C'est une lettre mais c'est aussi et surtout un très beau texte, peu importe sa forme.

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  4. Tout comme pour Moka ton avis m'intrigue. Je suis curieuse de découvrir ce texte par moi même.

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  5. Lu. Bien que pas fan de l épistolaire j ai lu cette longue lettre ac délectation. Les 1ères pages mon surprise par leur côté non érotique, au regard du titre. Mem surprise vers la fin car je ne m y attendais plus.
    La puissance de son texte est, comme tu le soulignes, renforcée par l époque et le lieu où il a été écrit: Quelle audace!

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    1. C'est ça, écrire ce texte à cette époque et à cet endroit, il fallait oser !

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  6. Eh bien quel titre ! Il annonce la couleur ! La forme épistolaire est originale pour ce type de récit non ?

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    1. Je trouve que le titre est limite trompeur par rapport à l'ensemble du texte. C'est avant tout une lettre d'amour !

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  7. Carrément tentée, je crois que je ne pourrais pas faire l'impasse sur ce titre...!

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    1. Tu ne feras pas l'impasse, non, c'est une certitude. Hâte d'avoir ton avis du coup ;)

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  8. Je suis partagée là... Cette lettre semble magnifique mais d'un autre côté ne suis-je pas un peu prude ? o_O

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    1. Il ne faut pas s'arrêter au titre, cette lettre est vraiment magnifique.

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  9. Je n'aime pas le genre épistolaire et je trouve le titre peu subtil :p Cela n'est pas pour moi ^^

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    1. Pour le titre, j'aurais du mal à te contredire ;)

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  10. Le titre me laisse perplexe, alors que le sujet m'attire plutôt !

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  11. Avec un titre pareil, il avait déjà retenu mon attention ! ;)

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  12. Tu parles de liberté de ton, mais c'est difficile de ne pas appeler un chat un chat dans ce type d'échanges. ;)

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    1. La liberté de ton n'est pas que dans les passages purement érotiques, elle est aussi dans le propos poético-philosophique du début.

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  13. Un titre qui sait mettre en appétit ses lecteurs pour un texte d'une grande force. Une lecture que j'ai partagée avec toi pour mon plus grand plaisir. Ce mois d'octobre est décidément fabuleux. ;)

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    1. Une grande force, oui. Et un plaisir de partager ce titre provoc avec toi !

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  14. Mais, mais, mais, je n'ai pas laissé de commentaire ici ?
    Bon ok, je l'achèterai en même temps que le bouquin de la miss Fleury. Histoire de mettre de bonnes choses dans mon prochain mardi :)

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    1. Ou tu pourras demander à Noukette de te le prêter maintenant qu'elle l'a ;)

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