samedi 10 octobre 2015

Quand le diable sortit de la salle de bain - Sophie Divry

Sophie est dans la dèche. Et pas qu’un peu. Chômage, RSA, factures qui s’accumulent, compte en banque au bord du précipice. Pâtes ou riz à tous les repas, aucune sortie possible, aucun loisir, aucun homme dans sa vie en dehors d’Hector, son meilleur ami dans la même situation qu’elle. Pas la joie donc, dans son studio lyonnais de douze mètres carrés, mais elle fait avec. La colère est contenue mais bien présente. Elle narre sa vie au jour le jour, la débrouille, la lutte contre la faim, la pauvreté qui, une fois qu’elle vous est tombée sur le dos, ne vous lâche plus. Elle décrit les méandres kafkaiens de Pôle Emploi, les non-dits face à la famille (pas question de faire pitié, de demander de l’aide, de les entendre la plaindre ou l’enfoncer) et un retour à l’emploi plutôt mouvementé dans le monde de la restauration. Jubilatoire !

Jubilatoire, oui. Parce que le ton n’est pas larmoyant. Il est drôle, enlevé, direct. La précarité n’est certes pas des plus joyeuses mais ici elle est racontée dans une langue explosive, une construction foutraque pleines de digressions potaches, de listes interminables, de néologismes, de prise à partie (ou à témoin) du lecteur, de changement intempestif de typographie, d’interventions d’un diable à la langue bien pendue, j’en passe et des meilleures. Ça pourrait être du grand n’importe quoi, ça devrait être du grand n’importe quoi, et pourtant ça se tient car l’ensemble relève d’une forme d’humour très pointue et très maîtrisée.

D’habitude, ce romanesque débridé n’est pas ma tasse de thé et j’avoue que je suis rentré dans ce texte sur la pointe des pieds. Mais très vite mes réticences sont tombées. Parce qu’au milieu d’une liberté formelle déroutante, le propos n’en reste pas moins pertinent et la description de la dèche particulièrement précise. En gros, c’est cocasse mais lucide. Extrêmement lucide même. L’équilibre semblait impossible à trouver. On marche tout du long sur un fil et j’étais certain d’en tomber à un moment donné. Ce n’est jamais arrivé. La prose se révèle aussi énergique que nerveuse et au final je me suis régalé d’un roman picaresque à souhait.

Quand le diable sortit de la salle de bain de Sophie Divry. Notabilia, 2015. 310 pages. 18,00 euros.




64 commentaires:

  1. La condition pavillonnaire avait été un coup de coeur. Celui-ci, de par son sujet, me tentait moins. Mais là... Je change mon fusil d'épaule et mettrai la main dessus. Tu sais trouver les mots, toi!

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    1. Je n'ailu aucune de ses autres romans, il faudrait que je répare cette erreur.

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  2. Je suis contente que ce roman ait satisfait un lecteur exigeant comme toi. Il est inclassable mais très réussi.

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    1. Franchement, avant le coup, j'étais certain de détester.

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  3. J'espère ne pas être déçue (trop d'éloges?) mais il est à la bibli, yep!

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  4. Je l'ai presque terminé, je suis quasiment de ton avis, un poil un peu moins enthousiaste peut-être ..

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    1. Je vais bientôt pouvoir lire ce que tu en penses alors ;)

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  5. Je l'avais vu celui-là, un des rares de la rentrée à me tenter à cause du titre et de l'objet livre, le sujet me retenait de franchir le pas, voilà une note qui me décide !

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    1. Le sujet est beaucoup mieux traité qu'il n'y paraît, c'est vraiment ce qui m'a séduit.

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  6. Il me fait de l’œil celui-là ;-) Après tes si jolis mots je crois que ce sera une de mes lectures de vacances héhé
    merci jeune homme et un joli dimanche à toi

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    1. Pour les vacances, c'est une lecture idéale !

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  7. Très très envie de le lire celui-ci. Il est prévu. ;)

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  8. Bon, je suis comme toi d'habitude alors vraiment, ce titre me laisse dubitative. Mais tout le monde semble tellement enthousiaste.

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    1. Je me demande ce que tu en penserais. Je l'ai ouvert avec une telle certitude de ne pas l'aimer que la surprise a été grande.

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  9. ah bon, je l'avais laissé de côté , mais je ne sais plus pourquoi (une maivaise critique sur un blog certainement), je vais donc finalement y revenir

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  10. Un titre que j'avais repéré pour mes achats de rentrée littéraire. Je n'ai toujours pas sauté le pas mais ton billet, une fois de plus m'encourage à le faire.

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    1. Saute donc le pas, tu devrais apprécier ;)

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  11. Réponses
    1. L'air de rien il y a beaucoup d'entrain dans ce texte !

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  12. Il fait drôlement envie celui-ci ! Cocasse mais lucide, un bon moyen de parler des difficultés sans larmes ! Je dis Yes !
    Bon dimanche
    Bises

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  13. Je n'étais pas du tout tentée, mais finalement pourquoi pas... Si je le trouve à la bibliothèque, je me laisserai faire.

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    1. Il faut toujours se laisser faire avec les livres ;)

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  14. Deuxième avis positif que je lis aujourd'hui et pourtant, il ne m'attire pas ce titre...

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    1. S'il ne t'attire pas, tu peux laisser tomber.

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  15. Rhoooo si toi aussi tu t'y mets... C'est malin...

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    1. C'est vrai que je ne suis pas le seul sur le coup.

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  16. Bon, si le livre est jubilatoire, je vais peut-être changer d'avis. Je crains un peu de rester totalement en dehors de ce livre. Je sens que je vais tenter pour voir ...

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    1. En tout cas je l'ai trouvé jubilatoire. Et j'avais les mêmes craintes que toi.

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  17. déjà repéré, tu me tentes encore plus! Beau billet!

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  18. Bonsoir, je note, j'aime beaucoup ce que tu en dis.

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  19. Je n'ai lu que du bien sur ce roman...il va falloir que je me le procure te le lise d'ici peu :)

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  20. Encore une bonne critique ! Ça fait envie !!

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    1. Il est vrai qu'elles sont nombreuses les bonnes critiques.

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  21. Je dois avouer que je suis très curieuse vis-à-vis de ce livre :)

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    1. Avec les livres, la curiosité n'est jamais un vilain défaut ;)

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  22. Celui-là je le lirai sans doute, beaucoup de bonnes critiques autour de moi, et tu confirmes. Mais bon, je le sens comme pour du 2016 au plus tôt.:-)

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    1. Au plus tôt, je te trouve bien optimiste :)

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  23. J'avais lu un article dans le magazine Lire à propos de ce livre et ils étaient aussi enthousiastes que toi. Je me note le titre.

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  24. Si c'est jubilatoire, je note!! Il faut vraiment que je découvre cette auteure.

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  25. C'était franchement pas gagné que je m'intéresse à ce titre, je me méfie comme de la peste de ce genre de texte en temps normal... Cela dit, je ne suis pas contre sortir de ma zone de confort, je suis prête à te faire confiance sur ce coup là ;-)

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    1. Et en plus tu aimes sortir de ta zone de confort de temps en temps ;)

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  26. Je crois bien qu'il me tente celui-là !

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  27. J'ai découvert cette auteure avec la condition pavillonnaire dont je n'ai pas encore parlé sur mon blog et j'aime beaucoup son écriture directe et accessible. Celui ci est sur ma liste.

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    1. Moi il faudrait que je lise ses autres titres maintenant.

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  28. Décidément, il est partout ce roman et qu'avec des commentaires positifs. L'an dernier, une blogueuse disparue avait pépité la condition pavillonnaire et la cote 400 avait été bien accueilli aussi, je pense que c'est une romancière à suivre. Je ne sais pas par lequel je commencerai, je crains pour celui)ci un tout petit peu de trop qui n'a pas l'air de t'avoir gêné. Tu as la main heureuse toi en cette rentrée je trouve ;-)

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    1. Je suis quand même tombé sur quelques navets et je n'ai pas encore déniché de pépite mais dans l'ensemble je n'ai pas à me plaindre, c'est vrai.

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  29. Beaucoup d'avis positifs mais je ne sais pas encore si je vais me lancer.

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  30. Je suis en train de le lire... J'adore...
    Je te conseille la condition pavillonnaire, très différent mais excellent aussi.

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    1. Merci du conseil, je compte bien découvrir ses autres titres.

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