vendredi 4 décembre 2015

Fable d’amour - Antonio Moresco

« Par une fin d’après-midi pluvieuse, assise sur une chaise à regarder la pluie couler sur la vitre de sa fenêtre, se sentant loin de tout et de tous et complètement seule et vide, elle se souvint tout à coup de ce vieux fou et de leur amour impossible. Elle se souvint que, dans sa vie, un temps, il y avait eu cette inconcevable rencontre et qu’elle avait cru, elle aussi, que l’impossible était possible, que c’était là la seule chose possible pour pouvoir vivre dans un monde pareil. »

Antonio et Rosa. Le vieux fou et la fille merveilleuse. La belle et le clochard. Elle le ramasse dans la rue, crasseux, infesté de parasites, dormant sur des cartons, se nourrissant dans les poubelles, avec sur le dos des vêtements récupérés dans des conteneurs. Elle le ramène chez elle après avoir prononcé un seul mot : « viens ». Elle le lave, l’épouille, l’habille. Elle lui accorde une place dans son lit. Ils s’aiment. Puis elle le rejette avec une infinie violence. De retour dans la rue, le vieux fou se laisse mourir. Et pourtant, leur histoire ne fait que commencer…

A lire mon résumé comme ça, on dirait du Musso ! Sauf que non. Du tout (et encore heureux). En fait à première vue ce texte, c’est à n’y rien comprendre. Du moins si on reste les pieds sur terre, engoncé dans une vision prosaïque des choses. Mais si on se laisse prendre par la main, emmené dans cet univers hors du temps et de la réalité la plus concrète, si l’on accepte l’aspect invraisemblable de la situation et de ses rebondissements, l’enchantement nous guette.

Moresco est un conteur qui s’autorise toutes les libertés sans perdre de vue le sens de son propos. Sa fable d’amour possède des accents métaphysiques et une construction créative où, comme il le dit lui-même dans la postface, « la cruauté et la douceur, la désolation et l'enchantement, la réalité et le rêve, la vie et la mort », finissent par se confondre. J’ai adoré la clarté, la limpidité de son écriture. Interrogé par « Le matricule des anges » en septembre dernier, son traducteur Laurent Lombard parle d’une voix « pas complètement enfantine ni adulte », et je crois que c’est exactement ça.

Qu’il fait du bien ce conte de fées moderne avec un happy end aussi improbable que revigorant ! Allez, je laisse le dernier mot au traducteur : « Dans ce roman […] s’estompent la réalité et le réalisme, jaillit l’énergie de la fable et de l’impossible, bouillonne le désordre que nous portons en nous. » Pas mieux !

Fable d’amour d’Antonio Moresco. Verdier, 2015. 125 pages. 14,00 euros.

Les avis d’Aifelle, AlexMirontaine et Pativore.







40 commentaires:

  1. Maintenant, il faut que tu lises "la petite lumière", il est encore meilleur !!

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  2. Je n'ai ps trop de penchant pour les histoires d'amour... suis pas une romantique faut croire... celle-ci semble assez étrange cependant pour me plaire...

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    1. C'est quand même une histoire d'amour très particulière.

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  3. Il faut absolument que je découvre cet auteur !

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  4. Après l'avis d'Aifelle, tu m'encourages vraiment à découvrir ce livre et cet auteur !

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  5. Je ne le note pas forcément mais j'essaierai de m'en souvenir si je le croise à la bibliothèque, juste pour voir.

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  6. Avais lu aussi dans Le Matricule des Anges et j'en étais toute intriguée ;-) suis allée aussi regarder chez Aifelle, bref, suis convaincue ;-) je note et je commande aujourd'hui c'est dire !
    mille bises

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  7. Très belle lecture, probablement la plus marquante de cette rentrée.

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    1. Je me rappelle à quel point tu avais été séduite.

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  8. J'ai adoré sa "petite lumière" je me laisserais bien tenter par celui ci !

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    1. Moi il faut que je découvre cette "petite lumière" maintenant.

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  9. Ooohhh !!! Encore une tentation !!

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  10. Je crois que je ne vais pas pouvoir faire autrement que succomber... en grande amoureuse que je suis...!

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    1. Elle est faite pour toi cette fable d'amour !

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  11. j'ai tellement été séduite par son roman "la petite lumière" que je sais que tu as entièrement raison, c'est un auteur qui fait du bien , pour peu qu'on se laisse séduire par sa langue si originale et si belle!

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    1. C'est ça, il faut se laisser séduire par son univers si particulier.

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  12. Après La petite lumière, forcément très envie de lire celui-là aussi!

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  13. Contente que tu aies aimé aussi Jérôme :-)
    Coup de cœur pour moi ; j'en profite pour rajouter mon lien ;-)
    https://pativore.wordpress.com/2015/10/30/fable-damour-d-antonio-moresco/
    Mais je n'ai pas encore lu La petite lumière.
    Bonne fin de semaine et bon weekend :-)

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  14. Je suis d'accord avec toi : qu'il est beau ce conte !

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  15. J'avais noter suite au post de Aifelle !

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  16. Noté aussi chez Aifelle et "La petite lumière m'attend", à lire ton avis, je me délecte déjà ! :)

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  17. Tiens c'est drôle, je l'avais repéré dans une sélection de je ne sais plus quel magazine et je l'avais noté de suite (L'amour des livres, je crois). Pourtant c'était un titre qui aurait dû me faire fuir... mais je ne sais pas, j'y ai vu quelque chose qui pouvait me plaire. Et puis là, je le retrouve chez toi et je me dis, Verdier, bien sûr, c'est typiquement un Jérôme roman !:-) Bon, il était déjà dans ma LAL, donc je considère que mon bouclier n'a pas failli !

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    1. Verdier, c'est mon truc, je ne vais pas te dire le contraire ;)

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  18. Tu sais qu'il me fait à moitié peur cet auteur, je crains ce côté décalé et j'ai peur de rester au dehors.....En fait il faut que je retienne la notion du "conte" je pense.

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    1. Il y a risque de rester en dehors de l'histoire, je ne peux pas le nier.

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  19. Cette fois, je n'ai pas accroché.

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    1. Je peux comprendre, c'est tellement particulier.

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  20. Elle m’a l’air tellement belle cette histoire d’amour! Je pourrais craquer… Avec ces sentiments à première vue opposés qui se confondent et deux personnes que tout semblait opposer jusqu’à ce qu’ils se trouvent…

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    1. Elle est magnifique cette histoire. Un peu d'amour dans un monde de brutes, comment résister.

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