vendredi 22 mai 2015

Toute la lumière que nous ne pouvons voir - Anthony Doerr

St-Malo, août 1944. La ville fortifiée, dernier bastion tenu par les allemands après la libération de l’ouest de la France, est sur le point de rendre les armes. Tandis que les bombes pleuvent sur les toits, Werner Pfenning et Marie-Laure Leblanc sont sur le point de se rencontrer pour la première fois. Lui est un soldat spécialisé dans la traque des transmissions radio de la résistance. Elle, aveugle, a été recueillie par son oncle après avoir fui Paris avec son père en juin 40. Le roman suit le destin de ces deux êtres que tout sépare, emportés par le tourbillon de la seconde guerre mondiale. Au fil des chapitres, à l’aide de flash-backs remontant jusqu’en 1934, le lecteur découvre comment, chacun de leur coté, ils sont arrivés dans la cité malouine…

Alors oui, ce roman phénomène vendu à 1,5 million d’exemplaires et couronné « livre de l’année » par l’Association des libraires américains est un best-seller en puissance. Un rouleau compresseur à la mécanique parfaitement huilée qui se dévore comme un feuilleton impossible à lâcher. La construction en micro-chapitres rend le récit addictif, comme le fait de suivre sans temps morts les trajectoires parallèles de ses deux personnages qui finiront par se croiser avant de s’éloigner à nouveau. C’est diablement efficace et il est évident que quiconque met le nez dans ce texte sera happé dès les premières lignes.

Après, qu’il ait décroché le Pulitzer 2015 avec un enthousiasme unanime de la presse et des professionnels du livre, j’avoue que cela m’interpelle un peu. Disons que j’attends plus de « littérature » d’un Pulitzer, plus de complexité (comme par exemple avec « Les foudroyés », récompensé en 2010). L’écriture est fluide mais simple, extrêmement simple. Certains passages frôlent le mélo (pour ceux qui l’ont lu, j’ai trouvé l’épisode de la petite Autrichienne assassinée vraiment « too much ») et le coté mécanique de la narration finit par devenir aussi répétitif que prévisible.

Finalement, c’est un grand roman tout public (et il n’y a rien de péjoratif là-dedans) et un formidable page turner. Mais je m’attendais à autre chose. J’avais apprécié la puissance et la maîtrise d’Anthony Doerr dans ses nouvelles (Le mur de mémoire), et le retrouver ici jouer dans un registre efficace mais un peu « facile » m’a dérouté. Maintenant, c’est une certitude, ce roman va connaître en librairie la belle carrière qu’il mérite, je m’en réjouis et je vous fiche mon billet que l’on n’a pas fini de voir cette jolie couverture avec la photo de St Malo sur les plages tout l’été.

Toute la lumière que nous ne pouvons voir d’Anthony Doerr. Albin Michel, 2015. 620 pages. 23,50 euros.





68 commentaires:

  1. Le fait qu'il soit grand public me rassure dans un sens... Je n'aime pas trop me caser la tête sur 600 pages et plus! Il est dans la pile.

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    1. Là c'est certain, tu ne te casseras pas la tête !

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  2. Un livre que j'ai beaucoup aimé, vraiment très bien écrit !

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    1. Très bien écrit je ne sais pas mais très facile à lire en tout cas.

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  3. Un page-turner et un pavé ; je prends :)

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    1. Tu me diras ce que tu en as pensé alors ;)

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  4. Finalement je vais sans doute m'abstenir, je sentais un peu le too much (les américains et l'histoire européenne...) Ta référence aux Foudroyés : ah là oui, quel beau roman!

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    1. Entre celui-là et "Les foudroyés", pas de comparaison possible !

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  5. J'attendais cette chronique. J'avais beaucoup aimé Le mur de mémoire. Ici, des points de ton avis me font hésiter. Je ne vais peut-être pas me précipiter mais attendre qu'il soit en bibliothèque

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    1. Le mur de mémoire est pour un moi un ou deux crans au-dessus.

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  6. Je crains ce genre de roman. La facilité de lecture, l'aspect page turner me gêne souvent. Je préfère aussi des romans qui résistent un peu plus. Mais pour une lecture d'été tranquille quand on ne veut pas se prendre la tête, pourquoi pas... En revanche, je note Les foudroyés que je n'ai pas lu.

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    1. C'est le roman idéal pour cet été mais je suis comme toi, je préfère les textes plus résistants.

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  7. Je l'ai lu, dévoré, adoré ! C'est un superbe roman qui se lit très bien en plus :)

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    1. Il se lit très bien, je ne dirai jamais le contraire.

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  8. Je te rejoins en tous points dans ton analyse : un roman bien écrit, bien structuré, une lecture prenante... Pourtant tout cela s'avère réellement décevant au final car sans surprise. Si j'étais vraiment méchant, je dirai même que ça sent trop le "fabriqué". Le script doctor d'Hollywood n'aura pas beaucoup de boulot pour en faire l'adaptation au ciné qui, je le subodore, ne devrait pas tarder.
    Et pour le coup, je m'étonne du Pulitzer...

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    1. L’adaptation au ciné est déjà sur les rails si j'ai bien compris. Ravi de voir que nos avis se rejoignent à ce point en tout cas !

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  9. Je pense que je réussirai à attendre qu'il soit en poche... D'ailleurs j'ai son recueil de nouvelles à finir (de savourer) d'abord. J'avais fait un billet sur les premières uniquement.

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    1. Tu as bien raison de déguster en priorité son recueil de nouvelles.

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  10. Il est dans ma PAL, mais comme c'est un pavé j'attends d'avoir plus de temps !

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    1. C'est un paramètre important, il faut avoir du temps pour s'y lancer.

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  11. Il est aussi dans ma PAL. Ton avis et le commentaire d'Incoldblog me refroidissent. En même temps, je vais l'aborder sans trop d'attente, du coup. J'espère la bonne surprise.

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  12. bref un roman de plage (mais plutôt pas tranquille comme plage ou alors celle du Débarquement, au vu du contexte). Bises

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    1. Le must serait de le lire sur la plage de St Malo !

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  13. Que le Pulitzer soit associé à un bon roman pour l'été refroidit un peu, mais je tenterai quand meme le coup...peut etre sur la plage ;-)

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    1. Sur la plage ce sera parfait, et largement mieux que Levy ou Musso ;)

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  14. DE l'auteur, je note donc l'autre titre phare.

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    1. Ses deux recueils de nouvelles sont splendides.

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  15. Pourquoi 600 pages !!
    C'est mon problème avec les américains récents. Trop de pages inutiles

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    1. On va dire que c'est un roman fleuve comme ils savent si bien les faire...

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  16. C'est bien ce que je craignais, après l'avoir vu à LGL, je ne me faisais pas d'illusions sur ce roman... Le Pultitzer ne m'étonne qu'à moitié depuis que j'ai vu qu'El James avait eu un National Book Award pour un torchon, plus rien ne m'étonne !!! :)

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    1. C'est vrai que les prix et la crédibilité ne font plus forcément bon ménage.

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  17. Bon. Cette lecture pourra attendre. D'une part c'est un pavé, et moi je ne lis les pavés que l'été... Et puis surtout je pense que je préfère découvrir l'auteur par ses nouvelles, j'aime bien les nouvelles moi...!

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    1. Et tu auras bien raison de le découvrir avec ses nouvelles, elles sont largement supérieures à ce roman selon moi.

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  18. Oh dommage, tu es le premier à émettre un bémol. Ca me fait penser à tout le buzz autour de l'Affaire Harry Québert, un vrai page turner mais si mal écrit et si prévisible (oui j'avais rapidement deviné la fin).. et pourtant quel succès !

    Bon je l'ai commandé en anglais pour ma part - mais je ne prévois pas de le lire avant longtemps très longtemps.. au moins, je n'aurais pas à craindre une lecture complexe ;-)

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    1. Pas lu "L'affaire Harry Québert" donc je ne pourrais pas comparer mais il est certain que ce roman-là est à classer parmi les lectures faciles.

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    1. J'ai du mal à être convaincant il faut dire...

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  20. Je l'ai terminé, il se lit facilement c'est un bon roman ( il comporte les éléments indispensable) mais je m'attendais à quelques chose chose de plus "grandiose". Et comme toi, j'ai trouvé qu'on frôlait un peu le pathos dans certains scènes ( il manquait les violons). Alors, un peu déçue finalement.

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    1. J'ai vu ton avis, on est sur la même longueur d'ondes ;)

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  21. Je ne pense pas qu'on le trouvera de mon côté de la plage ! Je viens de découvrir Fante et après une telle écriture je vais avoir du mal à me distraire avec un "roman tout public".

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    1. Quelle idée de vouloir comparer ce roman à Fante. Tu sais qu'il avec Bukowski mon chouchou d'entre les chouchous !

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  22. Bon, moi il me faut du lourd, du très lourd, pour que je succombe maintenant (dit-elle après avoir noté 2 journaux intimes animaliers). Page-turner et tout et tout, c'est bien, mais il me faut aussi le petit plus.

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    1. Tu seras sans doute moins déçue avec les journaux animaliers ;)

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  23. Ah, tu es mitigé ... Tu es un des rares. Je voulais le lire mais j'attendrai sa sortie en poche.

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    1. Au moins tu peux être certaine qu'il sortira en poche un jour ou l'autre, pas possible autrement.

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  24. Pour s'attaquer à 600pages il faut beaucoup de petits "plus" et là je ne les trouve pas dans ton billet

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    1. Je suis comme toi, pour lire un pavé en général, il faut que ce soit du lourd !

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  25. Bon tant pis, de toutes manières je suis assez littérature grand public et j'ai quand même envie de le lire (avec les réserves dont on a parlé mais tant pis)....Saint Malo, la guerre et un page-turner suffiront à mon petit bonheur ;-)

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    1. Mais moi aussi je suis adepte de la littérature grand public. Le problème avec celui-là c'est que je m'attendais à autre chose.

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  26. Je reviens juste du festival de saint Malo où ce livre est partout !!!! Tentée par l'achat, j'hésitais devant le stand d'Albin Michel. L'éditeur me fait l'article (l'attaché de presse). J'hésite encore. Il me demande ce que je lis. Je lui montre mon dernier achat, "Les arpenteurs". Verdict "laissez tomber, ça va être un peu léger pour vous ..." Conclusion, un attaché de presse honnête, ça existe ! (Bon, il m'en a vendu un autre à la place, quand même ...)

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    1. J'ai lu hier qu'il c'était vendu 1000 exemplaires de ce roman pendant le festival, du jamais vu !
      Mais je crois aussi que tu trouveras plus de satisfaction à la lecture des Arpenteurs ;)

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  27. Pour m'attaquer à ces 620 pages il me faudrait plus d'enthousiasme ;0) Je ne me sens pas du tout tentée sur ce coup là comme je le disais à Clara, mais ça va j'ai de quoi venir avec ma PAL ;0)

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    1. Je ne doute pas que tu as de quoi voir venir ;)

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  28. Réponses
    1. Trop mélo par moments oui, c'est comme cela que je l'ai ressenti du moins.

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  29. je vois Saint Malo tous les matins quand je me promène sur la digue de Dinard alors vraiment je pense que je dois lire ce roman....

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    1. Tous les amoureux de St Malo pourront se laisser tenter, à juste titre d'ailleurs.

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  30. Je ne le sentais pas de toute façon... Ou alors quand il arrivera à la biblio.

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  31. Ta manière de présenter ce roman m'a beaucoup amusée. Je comprends complètement ce que tu écris sur le Pulitzer et le reste (le plus beau Pulitzer que j'ai lu c'est "L'Exploitation" de Jane Smiley en 1992 et le fin en est magnifique). Cela dit, je lirai quand même ce roman surtout si, si critique sois tu, tu dis que ça fonctionne plutôt bien ! Et puis Saint Malo ... c'est l'argument choc lol !

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    1. Je ne déconseille pas de le lire de toute façon, je dis juste que je m'attendais à autre chose, surtout pour un Pulitzer ;)

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  32. Comme pour beaucoup de grands succès... j'attendrai que le soufflet soit retombé! Trop de risque de déconvenue!

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    1. On risque de beaucoup en parler pendant encore quelques semaines ;)

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    2. Pas grave... c'est pas comme si je n'avais rien à lire d'ici là.... ;)

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    3. J'imagine. On tous de la réserve sur nos étagères ;)

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  33. Oula, tu y vas fort de café ! Du mélo, certes, du texte grand public, peut-être, mais c'est joliment fait, ce fond de guerre n'est pas hard et relou et re-re-re-joué avec les violons qui grincent et les héros qui font pleurer. Il l'a jouée subtile cette approche de l'occupation. J'ai bien aimé. Je n'en attendais pas plus (contrairement à toi peut-être...)

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    1. C'est joliment fait, oui, mais j'en attendais assurément plus ;)

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