samedi 25 février 2017

Le goût du Kimchi - Yeon-sik Hong

Madang et sa femme déménagent à la campagne pour offrir à leur petit garçon d’un an un cadre de vie plus épanouissant  que la grande ville. Après un rude hiver, la famille trouve ses marques, installe un potager et découvre des voisins toujours prêts à donner un coup de main. Mais le quotidien de Madang est perturbé par l’état de santé de ses parents. Cloîtrés à Séoul dans un appartement en sous-sol, presque sans ressources, ils n’ont plus la moindre activité. Le père boit comme un trou et la mère passe ses journées à dormir. Quand cette dernière enchaîne les hospitalisations, Madang et son frère peinent à régler les frais de santé. Tiraillé entre sa vie de famille à la campagne et sa volonté de ne pas délaisser ses parents, le jeune homme a de plus en plus de mal à assumer ses responsabilités.

Un gros pavé de 360 pages en noir et blanc qui m’a ému au-delà de ce que j’aurais pu imaginer. Madang est partagé entre deux mondes. Celui de la maison qui lui est si précieux et qu’il veut protéger coute que coute et celui des contraintes liées à l’état de ses parents. Avec eux il doit se rendre disponible alors que son travail lui prend beaucoup de temps (il est dessinateur de BD), supporter leur humeur infecte et les soutenir financièrement malgré ses faibles moyens, quitte à s’endetter pour régler leurs factures.

La réflexion sur le vieillissement est profonde et touchante. Le fils n’abandonne pas ses aînés mais il refuse de les laisser entrer dans sa sphère privée (impossible de se résoudre à les accueillir chez lui par exemple, car il sait que ce serait la fin de « son monde »). Au-delà, il pense à sa propre vieillesse, à la charge qu’il risque de devenir pour son fils. Son frère le persuade que la santé est leur bien le plus précieux et qu’il faut tout faire pour la préserver. Des flash-back ramènent Madang à son enfance, plus particulièrement aux délicieux repas que sa mère lui préparait. La cuisine devient une madeleine de Proust lui donnant plaisir et sourire, une éclaircie bienvenue dans un quotidien plein de nuages.


Le dessin est simple et va à l’essentiel, la narration est d’une redoutable efficacité et le noir et blanc donne au récit une sobriété bienvenue. Un album dont je n’attendais rien de particulier et qui a fait vibrer en moi une corde très sensible, me rappelant de douloureux et récents souvenirs.  Je ne sais pas si l’histoire est autobiographique mais je l’ai trouvée d’une pudeur, d’une dignité et d’une honnêteté exemplaires. Sans aucun doute une des plus belles et inattendues découvertes de ce début d’année en matière de BD.

Le goût du Kimchi de Yeon-sik Hong (traduit du coréen par Mélissa David). Sarbacane, 2017. 360 pages. 19,50 euros.




24 commentaires:

  1. Elle me tente cette BD, merci pour la découverte.

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  2. ton émotion est palpable et donne envie d'être partagée

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  3. C'est vrai que ton billet fait ressortir ton émotion et donne envie de découvrir cet album. C'est étonnant comme la naïveté des dessins ne laisse pas présager un tel sujet et un tel traitement de ce dernier. Merci de cette découverte !

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    1. Le décalage dont tu parles est très séduisant, je te le confirme.

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  4. Il semble y avoir beaucoup de sensibilité dans cette BD. Ça se sent que tu as été ému par les souvenirs qu'elle a remontés en toi...

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    1. C'est vrai qu'elle m'a beaucoup touché.

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  5. J'avoue que la couverture ne m'aurait pas attirée plus que ça, mais le billet donne très envie de la découvrir, merci !

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    1. La couverture ne laisse en rien présager du contenu, c'est vrai.

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  6. Alors là, de toute façon, BD coréenne + animaux anthropomorphes, c'était déjà sûr que ça allait me tenter mais les thématiques et tout ce que tu en dis me confirment que ce sera complètement mon truc ! En plus il y a aussi l'élément cuisine !

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    1. Je savais en la lisant qu'elle aurait bien des arguments pour te plaire cette BD ;)

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  7. Le côté simple des illustrations peut ne pas me plaire mais je reste curieuse, à voir donc s'il croise ma route :)

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    1. Les illustrations sont assez déstabilisantes, je le reconnais.

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  8. Elle est assez tentante cette BD, elle me rappelle vaguement un veux vieux film vu il y a bien longtemps : Le Voyage à Tokyo, dans le rapport des générations notamment.

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    1. Jamais entendu parler de ce "Voyage à Tokyo", tu m'intrigues.

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  9. Je lis peu de BD parce que j'hésite souvent beaucoup (et il faut avouer qu'au vu de leur prix, je ne me permets pas de me tromper). En tout cas, celle-ci m'intrigue, et les thèmes abordés devraient me parler.

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    1. Celle-ci est un pavé qui mérite son prix un peu élevé.

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  10. Étonnante découverte ! Je te crois sur parole et je pense que ça pourrait me plaire !

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  11. J'aime beaucoup ce que tu en dis ! Et j'ai rudement envie de découvrir ce titre du coup (c'est malin). Mais je pense que ça pourrait me plaire. Je note (virée librairie au programme du w-e, ce qui tombe rudement bien !)

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    1. On en a discuté en off, la proposition est toujours sur la table ;)

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