dimanche 28 octobre 2012

Le tireur de Glendon Swarthout (Gallmeister)

Swarthout © Gallmeister 2012
John Bernard Books est le dernier grand tueur de l’Ouest. Une légende. Lorsqu’il arrive à El Paso pour consulter un médecin lui ayant jadis sauvé la vie, il apprend qu’il souffre d’un mal incurable et qu’il ne lui reste que quelques semaines avant de disparaître. La nouvelle se répand en ville comme une trainée de poudre et bientôt tous les vautours du coin se rendent à son chevet pour espérer tirer profit de sa mort prochaine : une ancienne maîtresse qui le demande en mariage, un brocanteur qui lui achète sa montre, un barbier qui récupère ses cheveux, un photographe venu tirer son portrait, un journaliste voulant rédiger sa biographie et même le croque-mort qui a prévu de faire payer les curieux qui défileront devant son cercueil. Mais J.B Books ne peut se résoudre à mourir dans son lit, il veut partir dans un dernier coup d’éclat qui laissera une trace indélébile dans les mémoires.

Du grand western, comme on en fait plus. Glendon Swarthout met en scène le crépuscule d’une légende. Il décrit avec précision la déchéance physique entraînée par la maladie mais aussi la fin d’un monde, la disparition du Far West au profit de l’Amérique moderne. Ainsi, le shérif s’adressant à Books : « ça doit faire longtemps que vous n’avez pas regardé un calendrier. On est en 1901. Les jours anciens sont morts et enterrés et vous ne le savez même pas. Vous pensez que cette ville est juste un endroit comme les autres où faire régner une terreur de tous les enfers. Un enfer, c’en est un. Bien sûr qu’on a encore des saloons, des filles et des tables de jeu, mais on a aussi l’eau courante, le gaz, l’électricité et une salle d’opéra, on aura un tramway électrique d’ici l’année prochaine et on parle même de paver les rues. […] Où est votre place dans cette marche du progrès ? Nulle part. Votre place est au musée. Pour être plus précis, Books, vous appartenez à une autre époque, complètement révolue. »

Il n’y a pas grand monde à sauver dans cette galerie de personnages attirés uniquement par l’appât du gain et le profit personnel qu’ils tireront de la mort du tueur. Opportunistes, égoïstes, sournois et couards, ils visitent le malade sous des faux airs de compassion mais Books n’est pas dupe. Lui même sait qu’il n’a rien d’un bon samaritain et qu’il dégage une antipathie cultivée depuis nombre d’année et dont il ne pourra jamais se départir. Seule sa logeuse apparaît comme la bonté même. Un mot sur le dernier chapitre, duel final époustouflant et crépusculaire où les descriptions quasi chirurgicales glacent le sang du lecteur et l’emportent dans un tourbillon de bruit et de fureur. Du grand art !

Le tireur a été porté à l’écran par Don Siegel en 1976, avec John Wayne dans son dernier grand rôle. Qui pouvait mieux que lui incarner J.B Books ?

Le tireur, de Glendon Swarthout. Éditions Gallmeister, 2012. 200 pages. 9,50 euros.


L’ouvrage ne sortira que le 2 novembre. Un grand merci à Babelio et aux éditions Gallmeister pour la découverte !

20 commentaires:

  1. Décidément, je dois découvrir cette maison d'éditions !

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    1. En effet, tu peux te lancer, surtout que leur catalogue est varié et de grande qualité.

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  2. J'aimerais mieux voir le film. J'ai du mal avec la lecture des westerns! Pourtant ce que tu dis de celui-ci me séduit plutôt bien!

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    1. Le film me tente beaucoup aussi mais il n'est peut-être pas évident à trouver.

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  3. Je ne l'avais pas vu celui-là... merci, je note avec un grand N.

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    1. J'espère que je pourrais vite lire ton avis.

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  4. Ouaip, cow boy, je l'avais aperçu dans les sorties Gallmeister... Bientôt , un p'tit tour au saloon (euh, en librairie) et il sera mien!

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    1. Attention à toi si tu passes au saloon, c'est là que se déroule la scène finale ;)

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  5. Yep, du western couillu qui devrait me plaire ! Je suis dans une phase gallmeister en plus ^^ J'ai fini Little bird, il y a peu, Je lis Une vie inachevée en ce moment et j'ai Le tireur et B comme bière qui m'attendent sur la table :D Non, je ne suis pas monomaniaque lol !

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    1. De mon coté, je n'ai plus qu'un Gallmeister dans ma PAL, Incident à Twenty miles de Trevanian. Je pense m'y mettre bientôt.

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    1. Oui, il est paru une première à la fin des années 70 mais la traduction a été entièrement refaite.

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  7. J'espace les westerns de Gallmeister, sinon, je vais finir dans le tonneau de bière au fond du saloon et pas belle à voir ... Après "Little bird", et hop, derrière la cravate, "La dernière séance" et hop encore un petit coup de "Lonesome Dove", suis en pleine cavalcade dans le Montana et il y a les indiens qui se pointent ( "Lonesome Dove" II). Donc, au point où j'en suis, je note celui-là...

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    1. La dernière séance me fait très envie, je sens que je vais crauqer d'ici peu. Et pour 2013, Gallmeister prévoit de rééditer l'autre chef d'oeuvre de Swarthout, Le chariot des damnés. Sûr que je vais y repiquer !

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  8. Il est plus que temps que j'aille faire moi aussi un tour dans ces contrées... (mais je ne suis pas complètement inculte, j'ai lu Le sillage de l'oubli, de Bruce Machart, et bien sûr Sukkwan Island, de David Vann)

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    1. Excellent le sillage de l'oublli ! Sinon chez cet éditeur, je peux te conseiller les titres d'Edward Abbey, notamment le cultissime Gang de la clef à molette. Juste indispensable !

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  9. Ta dernière réponse : of course, grand chef (rappel : je suis la malade qui a lu presque tout le catalogue Gallmeister)(et je posède deux t shirt gallmeister, avec la patoune de l'ours dessus...)(même pas honte)(mais j'achète mes totems en librairie)

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    1. Je n'en suis pas à ton niveau, j'ai dû lire en tout une douzaine de leurs titres. Toujours pas lu Sukkwan Island par contre. C'est marrant mais il me tente moyennement, sans doute parce qu'on en a trop parlé...

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  10. Oup,finalement, je me le suis passée derrière la cravate, celui-là aussi, pas moyen de résister à un bon western ( qui a pensé à un autre breuvage ?). Je relis ta note, que j'avais survolée en fait, pour ne pas trop en savoir et je ne rejoins évidemment sur "Crépuscule" et "grand art", la dernière scène est cinématographique à souhait, pas sûre que le film fasse mieux.

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    1. Pas vu le film mais je pense que tu as raison, les mots sont sans aucun doute plus forts que l'image.

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