mercredi 24 mai 2017

Paiement accepté - Ugo Bienvenu

Charles Bernet a tout pour être heureux. Après trente ans de carrière, ce réalisateur est au sommet de son art, récompensé par un Golden Globe, le Lion d’or à Berlin, La palme d’or à Cannes et six Oscars. Malgré le succès, la reconnaissance de ses pairs et une femme superbe, Charles a un regret, ne pas avoir pu réaliser le film de science-fiction dont il rêve depuis son plus jeune âge. Quand l’opportunité se présente enfin, un accident de train vient interrompre brutalement le tournage. Cloué sur son lit d’hôpital, le réalisateur doit laisser sa place à un jeune loup aux dents longues. Persuadé que le projet qu’il considère comme celui de sa vie va être bafoué s’il n’est plus aux commandes, Charles sombre dans la dépression…

Le premier album d’Ugo Bienvenu, une adaptation du roman Sukkwan Island, ne m’avait que moyennement convaincu. Je le trouve bien plus à l’aise ici dans cette « création originale » où il n’hésite pas à lâcher les chevaux, déroulant son récit sans en donner toutes les clés, dans une audacieuse forme de « qui m’aime me suive » particulièrement maîtrisée. Pourquoi situer l’action en 2058 ? Pourquoi ces voitures volantes, ces robots dans les maisons alors que tout ce qui tourne autour de l’économie du cinéma est d’un réalisme très actuel ? Pourquoi le sosie de Donald Trump en producteur de film ? Pas de réponses à ces questions, à chacun de se faire sa propre interprétation, comme face à cette fin ouverte qui se termine d’ailleurs dans une totale obscurité, au sens propre du terme.

Un ouvrage singulier qui ne sera clairement pas l’album de tout le monde mais personnellement, j’ai beaucoup aimé. La réflexion sur le cinéma d’abord, son industrie, ses mesquineries, ses egos démesurés, ses petits arrangements entre amis, ses histoires de gros sous qui prennent le pas sur les considérations artistiques. Un univers impitoyable qu’Ugo Bienvenu connaît bien pour le côtoyer de près et dont il dresse un portrait acide. J’ai également apprécié l’ambiance graphique rétro aux couleurs pop acidulées qui m’a rappelé l’univers du regretté Paul Gillon, surtout celui de sa série « La survivante ». Enfin, j’ai adoré le rythme de l’histoire tout en rupture, les ellipses, le découpage percutant, l’enchaînement des séquences où l’ironie, le cynisme et les réflexions profondes sur le destin et la création se succèdent avec une fluidité saisissante.

Délicieuse impression avec cet album de voir un jeune auteur prendre son envol après une première tentative plutôt « scolaire ». C’est un plaisir de le voir proposer une œuvre aussi ambitieuse que personnelle, une œuvre atypique que l’on sent parfaitement assumée de la première à la dernière page. Et puis l’objet livre est splendide, ce qui ne gâche rien. Une curiosité qui m’a enchanté, ni plus ni moins.

Paiement accepté d’Ugo Bienvenu. Denoël Graphic, 2017. 144 pages. 21,90 euros.


















36 commentaires:

  1. Si je comprends bien, ça passe ou ça casse !
    Bien envie d'essayer cela dit, même si les dessins picotent un chouilla (mais je pense que sur papier, le rendu est différent).

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  2. Je suis persuadée que cette BD n'est pas pour moi malgré tout le bien que tu en dis.

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    1. C'est très particulier, je le reconnais.

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  3. J'ai un vrai souci avec le graphisme en ce qui me concerne, pas certaine du tout de tenter le coup...

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    1. Ce n'est pas un graphisme auquel on est habitué, clairement.

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  4. Pas convaincue par le style des dessins, malheureusement.

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  5. pas très emballée non plus .. et Trump, non je ne peux pas ! pas dans un moment d'évasion :-)

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    1. Le personnage qui ressemble a Trump est un enfoiré de première, je te rassure :)

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  6. je me range dans la catégorie des "ne plaira pas à tout le monde", un peu bloquée par le dessin et surtout les couleurs. c'est dommage, mais pour une fois que tu ne me fais pas allonger la liste de mes livres à lire, ouf ! ;)

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    1. Je ne vais pas convaincre grand monde avec cet album on dirait.

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  7. ça a l'air vraiment sympa ça ! je note le titre :) Merci !!

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  8. Je ne suis pas tentée même si j'aime beaucoup ce que tu en dis! Tu en parles bien!

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    1. A feuilleter peut-être pour commencer.

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  10. Je suis très peu attirée par l'esthétique générale de cette BD...

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  11. J'avoue que les dessins me rebutent un peu mais je suis prête à passer outre. J'avais aimé son adaptation de Sukwan Island (mais je n'avais pas lu roman).

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    1. Tu as au moins une référence par rapport à l'auteur, c'est bien ;)

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  12. Ouh la ! Ça pourrait franchement me plaire, pour les mêmes raisons que toi. Et puis l'atypique, l'audace, c'est tellement ma came. Il faudra que j'y regarde de plus près.

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    1. Evidemment qu'il est pour toi celui-là !

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  13. Une curiosité qui t'enchante, moi je dis, ça se tente ! Alors je note jeune homme de mon cœur :-p

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    1. Au moins avec toi la confiance règne <3

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  14. J'espère qu'il sera à ma médiathèque
    Car je n'ai pas envie de l'acheter mais très envie de le regarder.

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  15. Et bien moi j'ai bien envie de tenter l'aventure !! ;) Tout ce que tu me dis m'enthousiasme. ;)

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  16. Ce que j'avais aimé de l'adaptation graphique du Sukkwan Island d'Ugo Bienvenu avait été de mettre une image sur les mots. Je l'avais lu tout de suite après le roman, les émotions encore à fleur de peau...
    Bisous et bonne soirée Jérôme

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    1. Perso j'ai largement préféré cet album à Sukkwan Island.

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  17. C'est curieux ce choix de Trump comme sosie du héros. Pas emballée, même si le sujet est certainement passionnant, mais ça ne m'attire pas sous cette forme là.

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    1. Ah non Trumps ce n'est pas le héros, c'est le producteur véreux et très vénal ;)

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