lundi 22 mai 2017

Le séducteur - Jan Kjaerstad

Pas la peine de tourner autour du pot, je ne suis pas tombé sous le charme du séducteur. Pourtant, un tel bourreau des cœurs doté d’un « pénis miraculeux », un pénis qui peut « grossir ou mincir, rétrécir ou s’allonger selon les besoins, à la façon d’une longue vue », avait tout pour me plaire. Pourquoi ça a coincé alors ? Parce que je me suis ennuyé à parcourir les nombreux épisodes d’une vie foisonnante. Le narrateur ne cesse d’ailleurs de se poser la même question, sans doute pour justifier la construction anarchique d’un récit pour le moins décousu : « Qu’est-ce qui relie entre eux les événements d’une vie ? ». J’ai eu l’impression que répondre à cette interrogation l’intéressait moins que de dérouler ces événements comme une constellation de satellites en orbite autour de l’épisode qui ouvre le roman et revient de manière récurrente, à savoir l’assassinat de la femme de Jonas Wergeland, le fameux séducteur.

Jonas rentre donc chez lui et trouve sa chère Margrete étendue sur une peau d’ours blanc, baignant dans son sang. A partir de là, le narrateur, aussi mystérieux qu’omniscient, tisse une toile complexe où la biographie de Jonas apparaît de façon tout sauf chronologique, oscillant entre le présent, l’enfance, l’adolescence et la période la plus glorieuse de cette star de la télé norvégienne, célèbre pour sa série documentaire « Thinking Big ».  Les histoires s’enchaînent, certaines restant en suspens pour être reprises cent pages plus tard, on passe du coq à l’âne, d’anecdote en anecdote. On voyage, on s’aventure dans des contrées lointaines, on sourit parfois, on s’agace souvent et, en ce qui me concerne, on baille à s’en décrocher la mâchoire encore plus souvent.

Alors oui, c’est ambitieux. J’admire l'audace, la prise de risque, la maîtrise totale du canevas sous le bordel apparent, et je dois reconnaître que la construction m’a parfois rappelé Confiteor, ce qui n’est quand même pas rien comme référence. Mais punaise, il aurait fallu élaguer l’ensemble à grands coups de hache ! La créativité littéraire affichée ici a tout d’une sophistication un peu artificielle, conceptuelle même. Tout ce que je déteste en fait. Aller au bout des 600 pages a été un long chemin de croix. Pourquoi m’infliger une telle punition ? Par respect pour le travail de l’écrivain, parce que je voulais voir jusqu’où la barque allait être menée, savoir comment tout cela allait se conclure, et surtout savoir qui avait tué Margrete. Après coup, je me dis que je n’avais pas besoin d’être aussi curieux…

Finir un roman et se sentir soulagé, se dire qu’on va enfin pouvoir passer à autre chose, c’est toujours très mauvais signe. Le séducteur m’a fait cet effet, malheureusement. Ce roman est le premier tome d’une trilogie, il ne faudra pas compter sur moi pour la suite.

Le séducteur de Jan Kjaerstad (traduit du norvégien par Loup-Maëlle Besançon. Monsieur Toussaint Louverture, 2017. 600 pages. 23,00 euros.





34 commentaires:

  1. Chapeau bas, monsieur, d'être allé au bout de ces 600 pages. Ce sera sans moi et ce, même si ce « pénis miraculeux » est fort intriguant!

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  2. Il est sur ma PAL, suite à des avis élogieux... ta critique me fait un peu peur, je n'aime pas moi non plus les longueurs inutiles. A voir ...

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    1. J'ai l'impression d'être un des seuls à ne pas avoir apprécié, mon avis n'est donc pas significatif.

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  3. Jamais été vraiment tentée... ^_^

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  4. Bon ben sans moi koa :-p
    (et pourtant le sujet mhuuuum était alléchant !)

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    1. C'est ce que j'ai pensé aussi avant de me lancer.

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  5. Ben... j'avoue que ça me séduit quand même, à la base ;-)

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  6. J'ai d'autres envies en ce moment (plus de jardinage que de lectures), alors je passerai sur ce titre.

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    1. La lecture dans le jardin c'est bien aussi ;)

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  7. Moi j'aurais laissé tomber avant la fin !

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    1. Je me suis surpris sur ce coup-là pour tout te dire.

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  8. Je salut ton courage aller au bout de 600 pages d'ennui je suis admirative quand je peine aujourd'hui sur 230 et qu'il y a pourtant un sursaut à la 180 ème. (mon post Scipion)

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    1. J'ai beaucoup aimé Scipion moi. Comme quoi...

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  9. Ah zut, moi j'avais envie de tout garder et de tout savourer justement.

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    1. Je sais que tu l'as beaucoup aimé, j'aurais aimé avoir le même ressenti que toi.

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  10. Ah oui, tu es allé au bout des 600 pages quand même. C'est qu'il y avait un petit quelque chose. Ou tu voulais être sûr qu'il n'y avait vraiment rien à sauver.:-) Ça m'arrive parfois. Bon, PAL sauve, mon lundi commence bien.

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    1. Je voulais surtout être certain de ne pas rater un truc mémorable^^

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  11. Il ne me tentait pas à la base, maintenant je suis certaine de ne pas le lire...

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    1. Ce n'est pas un séducteur pour toi de toute façon, j'en suis persuadé; )

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  12. Le livre est peut-être pas une merveille mais avoir un pénis miraculeux c'est quand pas rien! ^^
    Dommage, j'aime généralement les auteurs scandinaves...

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    1. Je suis bien d'accord avec toi. Pour les auteurs nordiques et pour les pénis miraculeux ;p

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  13. Et bien tu as éveillée ma curiosité ! Ce roman semble un petit bazar que je pourrais aimer.

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    1. Il a pas mal d'atouts pour te plaire, c'est vrai.

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  14. Je n'ai pas réussi à aller au bout... :D

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    1. Je peux le comprendre, tu penses bien.

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  15. 600 pages et pas séduite, pfiouuu!

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  16. Comme je suis triste de lire ton billet...je pensais vraiment que tu allais aimé ce roman foisonnant et exigeant. Dommage, dommage...

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    1. Moi aussi j'aurais voulu adorer ce roman, tu t'en doutes !

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