vendredi 17 août 2012

D’acier de Silvia Avallone

Avallone © Liana Levi 2012
Anna et Francesca ont 13 ans. Ces deux gamines qui ne se sont jamais quittées depuis les bancs de la maternelle sont les meilleures amies du monde. Leur univers se circonscrit aux HLM de la rue Stalingrad, à Piombino, face à l’île d’Elbe. Leur quotidien, c’est la plage où se jettent les égouts. C’est aussi une vie de famille difficile. Dans cette Italie de Berlusconi, les maris sont avachis devant le petit écran pour mater les bimbos qui présentent des jeux à la con. Ils fantasment devant ces garces à la plastique parfaite, tout le contraire de leurs femmes. Anna et Francesca surnomment leur père les babouins. Celui de la première abandonne souvent sa famille et trempe dans des trafics à la petite semaine. Le père de Francesca est un mari violent troublé par le corps de sa fille et qui passe ses après-midi à la regarder aux jumelles depuis le balcon. Anna a aussi un frère qui travaille à l’aciérie locale. Le plus grand employeur de la ville, une usine et des hauts-fourneaux qui broient les ouvriers à coup de cadences infernales dans une chaleur insupportable.

Les deux amies ne voient pas leur avenir de la même façon. Anna va rentrer au lycée général. Pour elle, l’éducation est la seule voie d’émancipation pour les femmes. Francesca ne rêve que de plateaux télé, de mini-jupes et de talons hauts. Seule certitude pour ces ados un peu paumées, leur indestructible amitié ne les séparera jamais, quoi qu’il arrive…

Ce premier roman est un coup de maître. Ample, dense, extrêmement construit, il pose un regard sans concession sur une Italie ayant fait du consumérisme et des reality-show graveleux la culture dominante. Un véritable « roman social », au sens le plus noble du terme. C’est également un superbe texte sur l’adolescence, ce moment où sensualité, doute et fragilité se conjuguent et où des destins de femmes se construisent parfois.

Personnages incarnés, réalité sociale parfaitement décrite, D’acier est un texte d’une très grande force. Une divine surprise qui m’a permis de découvrir une nouvelle voix de littérature italienne actuelle et qui m’a définitivement convaincu que cette dernière ne se limitait pas au seul Erri De Luca.

D’acier de Silvia Avallone, Liana Levi (Piccolo), 2012. 386 pages. 12,50 euros.

L'avis d'EmmaDorian ; L'avis de Clara



Ce billet signe une nouvelle contribution au challenge il viaggio de Nathalie...

et ma 6ème participation au challenge de Anne


32 commentaires:

  1. Ma foi, ton billet est convaincant! Reste à trouver le temps, parmi les autres tentations...

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    1. C'est bien le problème. Trop de tentations et on ne sait plus où donner de la tête^^

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  2. Un livre superbe et coup de poing!!!!!

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    1. Je constate que toi aussi tu as beaucoup aimé. Je m'empresse de rajouter ton avis à la fin de mon billet^^

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  3. Je suis déjà convaincue v qu'il est dans ma PAL. Il ne reste qu'à le lire ;-)

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  4. Ca me fait une idée de lecture pour le challenge Il viaggio de Nathalie! Merci!

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    1. C'est vrai que je suis moi aussi inscrit à ce challenge. Je vais rajouter le logo de suite. Merci !

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  5. Je vais le noter, d'autant que je ne connais pratiquement rien de la littérature italienne.

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    1. En fait moi non plus je ne connais pas grand chose aux écrivains italiens, surtout ceux de la littérature contemporaine.

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  6. Je suis très intéressée par ce roman, et je suis bien persuadée qu'il n'y a pas que Erri De Lucca dans la littérature italienne (même si je l'aime aussi). Je peux l'inscrire dans ton challenge Premier roman ? Ainsi tu en aurais déjà lu six et je t'inscris dans la catégorie supérieure, "plus de cinq premiers romans".

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    1. Oui bien sûr je vais de ce pas ajouter le logo du challenge^^

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  7. Un billet qui donne envie de découvrir cet auteur et ce livre!

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    1. C'était tout le but de ce billet : donner envie de partir à la découverte de ce roman.

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  8. En voici un que j'ai ramené dans mes valises et que j'espère découvrir bientôt. Ton avis me confirme que c'est un bon choix ;)

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    1. Ah, ah, voila une bonne nouvelle. Je pense que tu as fait un bon choix et j'ai hâte de voir ce que tu en penses^^

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    1. Pour le coup, c'est une bonne tentation.

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  10. Un roman magnifique que je ne regrette pas d'avoir découvert !

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  11. En voilà un joli billet convaincant ! J'avais déjà noté ce titre, j'espère avoir le temps de le découvrir un jour...

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    1. J'espère aussi que tu pourras le découvrir. J'ai attendu la sortie en poche et je ne le regrette pas.

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  12. J'ai adoré ce livre, tellement puissant, attachant... Un grand talent !

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    1. Tu as raison, l'adjectif "puissant" colle très bien à ce roman.

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  13. Voilà qui a l'air passionnant. Je note.

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    1. oui, oui, note, tu devrais apprécier^^

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  14. Me voici enfin, d'après ton billet ce livre a l'air très fort... même s'il ne dit pas des choses faciles sur l'Italie d'aujourd'hui.

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    1. C'est en tout cas un point de vue social très critique sur l'Italie actuelle.

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  15. Noté aussi ! On reprend vite les bonnes habitudes ^^

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    1. C'est une bonne chose, parfois, les habitudes^^

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  16. Je me joins à ta critique à laquelle j'adhère en tous points. En plus, je l'ai lu pendant mes vacances cet été et l'endroit où j'étais, même si c'était en Espagne, avait de nombreux points communs avec ce paysage industriel et cette misère d'un bord de mer gagné par la gangrène et pourtant empli de sensualité et de vitalité ... Sauf que moi, j'étais du "bon côté", celui de l'île d'Elbe ( en moins cossu quand même !), c'était troublant et m'a encore plus attachée et au roman, et à ce que je pouvais en percevoir comme reflet, juste à une portée de regards ...

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    1. C'est sûr que ce doit être encore plus marquant de le lire dans ces conditions. Je suis bien content que tu l'aies apprécié à ce point, même si je n'avais pas beaucoup de doutes.

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