vendredi 1 février 2019

La cabane du métayer - Jim Thompson

« On grandit vite en pays cotonnier, ou on ne grandit pas. On cesse d’être un enfant dès qu’on quitte le berceau. On rêve de pain de maïs, pas de cookies, et de retrouver son lit, mais pas pour l’histoire du soir. On appartient à un milieu qui a toujours eu sur le dos une charge trop lourde, qui doit constamment fournir plus que ce qu’il pourra recevoir. Donc on prend sa part du fardeau, sans quoi il nous écrase. On ne traîne pas les pieds, sans quoi on est largué. »

Commencer un roman de Jim Thompson c’est imaginer l’écrivain attraper ses personnages par les épaules, les soulever de terre et les tremper dans la mouise jusqu’au cou. Comme d’habitude on est à la cambrousse. Comme d’habitude les culs terreux sont de sortie. Et comme d’habitude les ennuis vont s’accumuler. Tommy Carver, fils d’un métayer blanc, fricote avec Donna, la fille indienne du propriétaire des terres sur lesquelles se trouve la cabane familiale. Autant dire qu’il n’y a aucune chance de voir leur union s’officialiser un jour. L’autre gros problème de Tommy, c’est son paternel. Enfin, son père adoptif. Un taiseux qui a souvent la main lourde et ne supporte aucune contestation de son autorité. Tommy le déteste. Il voudrait s’affranchir une bonne fois pour toute de son encombrante présence mais ce n’est pas si simple. Surtout qu’il y a Donna dans l’équation. Une équation insoluble, tellement insoluble que les ennuis vont s’accumuler de manière exponentielle pour le pauvre Tommy.

Thompson le retour. Les coups durs pleuvent, les salopards sont de sortie, la poisse devient la norme et la nature humaine n’en sort pas grandie. Bien sûr c’est pas joli-joli mais il y a dans la descente aux enfers de Tommy un petit quelque chose d’hypnotique qui nous empêche de détourner le regard de sa triste situation. Sans voyeurisme mais avec une délectable fascination.

J’avoue, il m’a manqué l’humour noir et le cynisme de ses romans précédents mais j’ai retrouvé avec plaisir les seconds rôles qui épicent avec bonheur le récit. Ici c’est l’avocat Kossmeyer et ses impayables tirades qui valent le détour. Tommy quant à lui est aussi touchant qu’agaçant. Buté, naïf, droit dans ses bottes alors qu’autour de lui ne naviguent que des lâches, des opportunistes ou des ordures, il encaisse sans broncher avec une seule idée en tête, qu’il ne pourra évidemment pas mener à bien.

Un roman de 1952 traduit pour la première fois dans sa version intégrale. Brutal, sans concession, idéal pour découvrir l’univers sombre et désenchanté d’un écrivain américain qui mérite vraiment le détour.

La cabane du métayer de Jim Thompson. Rivages, 2019. 286 pages. 8,00 euros.


Mes avis sur Pottsville et Une femme d'enfer


14 commentaires:

  1. Je ne te suis pas dans cette lecture. Alors voilà... un petit bonjour...
    Syl.

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  2. Toujours pas fait connaissance avec l'auteur, mais après deux grandes lectures américaines, ce qui est limite exceptionnel pour moi, je vais plutôt voir ailleurs ;)

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  3. Je ne lirai sans doute pas celui-là, compte tenu de tes réserves, mais j'aimerais relire 1280 âmes (ou 1275, je ne sais plus ?) dans sa nouvelle traduction..

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  4. Mieux vaut un autre titre, alors?

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  5. ah Thompsom, tu as vu mon article sur le roman noir américain aujourd'hui sur mon blog ? du coup, j'ai bien envie de le lire malgré tes réserves (et le livre est beau en plus)

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  6. il faudrait que je m'y mette aussi!

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  7. J'ai Pottsville dans ma PAL. J'avais l'impression que ça pouvait me plaire. Le résumé en tout cas ma parlait bien. J'aime bien aussi l'humour noir et quand ça grince. Et je me souviens aussi avoir noté ici Une femme d'enfer. Je crois que c'est un auteur qui pourrait me plaire.

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  8. Alors, commencer par un autre roman de cet auteur pour goûter au cynisme ?

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  9. je suis ton conseil et je commencerai par un de ses autres romans alors… parce que l'univers et le style me tentent bien!

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  10. Il faut vraiment que je lise cet auteur !

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  11. Encore un auteur à découvrir !

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  12. Tant qu'à faire, plutôt ses romans avec humour noir.

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  13. je vais laisser passer ce roman , le sombre trop noir et trop triste ce n'est pas pur moi.

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