dimanche 25 août 2013

Monde sans oiseaux - Karin Serres

C’est un village isolé au bord d’un lac. Un village sur roulettes où chaque maison peut être déplacée quand les eaux montent pour éviter l’inondation. Un village où les cochons sont fluorescents et savent nager. Au fond du lac repose une forêt de cercueils, ceux des habitants morts qu’on laisse glisser sous les flots sombres en guise d’enterrement. Dans ce village est née « Petite boîte d’os », la fille du pasteur. A l’adolescence, la gamine est en crise : «  Je ne les supporte plus, tous, leurs vies, nos vies ordonnées, régulières et policées. Je déteste notre joli village aux maisons multicolores, bien droites et propres au-dessus de leur joli reflet. Je hais les jours qui se succèdent, toujours les mêmes. Le temps passe, je grandis, mon destin se dessine au-dessus de l’eau plate, planche après planche, pas après pas : mariage, enfants, promenade, vaisselle… et je n’en veux pas. » Mais quand  le vieux Joseph réapparaît comme par enchantement, la donne change. Le vieux Joseph que la légende qualifie de cannibale et qui va devenir l’amour de sa vie.

Ce premier roman est magique. Une bulle hors du temps et des modes. Karin Serres vous prend par la main et vous emmène dans un univers étrange, à la fois improbable et tellement réel. Elle raconte une histoire d’amour et de mort(s),  la fin d’un monde. Sa prose au lyrisme contenu est ciselée, très musicale. On traverse avec délice l’existence de Petite boîte d’os, ses joies et ses peines. L’originalité tient dans le ton choisi, ce souffle de liberté que l’on ressent dans chaque phrase. Aucune timidité dans cette écriture qui allie poésie, sensualité et réalisme mais au contraire beaucoup d’audace. Forcément je suis fan.

Le texte est truffé de très beaux passages :
-  sur la mort (après une fausse couche) : « Je ne pense qu’à la mort. Elle est entrée en moi, elle y a tué quelque chose que je n’ai pas su protéger réparer, ressusciter, alors elle peut bien rester, me coloniser tout entière, je ne résisterai pas. Plus de force. Je suis une enveloppe vide, une cosse humaine qui parle, mange ou dort sans savoir pourquoi. »
- sur la douleur (au moment d’un accouchement) : « La douleur est peut-être un organisme vivant, invisible mais réel, qui habite à l’intérieur de notre corps. Parfois il se réveille, s’agite violemment, mais le reste du temps il dort. Du bout de ses tentacules, soudain, il appuie sur nos gencives, nos tympans, nos seins adolescents ou notre utérus comme là, maintenant, aaargh ! […] Mais que devient-il quand on meurt ? »

- sur la perte des êtres chers : « On ne sait jamais, la dernière fois qu’on voit les gens qu’on aime, que ce sera la dernière fois. »

Un grand premier roman, je pèse mes mots.

Monde sans oiseaux de Karin Serres. Stock, 2013. 106 pages. 12,50 euros.

Un lecture commune que j'ai le plaisir de partager avec Marilyne. Mon petit doigt me dit qu'elle a aussi beaucoup aimé.








samedi 24 août 2013

Myrmidon T1 : Myrmidon au pays des cow-boys - Loïc Dauvillier et Thierry Martin

Il a une bonne bouille ce Myrmidon avec ses cheveux roux et son sourire en coin. En plus il est un peu magicien. Il suffit qu’il enfile un costume pour que le monde qui l’entoure change radicalement. Ici c’est en coiffant un chapeau de cow-boy qu’il se retrouve avec des indiens  aux trousses. En route pour la grande aventure !

Myrmidon, c’est l’imagination au pouvoir.  Avec lui les jeux d’enfants les plus classiques prennent une tournure exceptionnelle. Cow-boy contre indiens, fuite à cheval et pluie de flèches, il va falloir au jeune garçon une bonne dose de malice et de courage pour s’en sortir.

Encore un album sans texte des éditions de La Gouttière qui est une vraie réussite. Dans ce type d’ouvrage, le plus important reste la lisibilité. Loïc Dauvillier et Thierry Martin (dont j’avais soit dit en passant adoré l’adaptation du Roman de Renart en BD) l’ont bien compris : se focaliser sur le déplacement de la caméra, le rendre le plus fluide possible ; réduire le décor au minimum pour concentrer l’attention su le mouvement, la recette est bien moins facile à mettre en œuvre qu’il n'y parait. Finalement il faut développer une forme de complicité avec le tout jeune lecteur, lui offrir des codes de compréhension simples lui permettant de s’affranchir de longues explications. L’hermétisme n’a pas lieu d’être dans un tel album, il serait un frein trop important au plaisir de la lecture. Ici, l’alternance entre les illustrations pleine page, et les planches en deux cases où se succèdent bandes horizontales te verticales donnent du rythme à la course folle de Myrmidon et évite toute lassitude.

Un gamin auquel il est possible de s’identifier au premier coup d’œil, une aventure que l’on aimerait pouvoir vivre soi-même et un livre que l’on peut lire en totale autonomie dès 3-4 ans. Que demander de plus ?

Myrmidon au pays des cow-boys de Loïc Dauvillier et Thierry Martin. Éd. de la Gouttière, 2013. 32 pages. 9,70 €. A partir de 3-4 ans.

Une lecture commune avec Mo' et Noukette. C'est toujours un bonheur pour moi de partager un album de La Gouttière avec vous mesdames !





vendredi 23 août 2013

Just Kids - Patti Smith

A quoi ça tient un destin parfois ? Celui de Patti Smith s’est joué dans une cabine téléphonique. L’été 1967, à 21 ans, elle décide de quitter son New Jersey natal et de rejoindre New York avec pour seule possession une valise et le montant exact du trajet en petite monnaie. Arrivée à la gare routière, elle découvre que le prix du billet a presque doublé depuis la seule et unique fois où elle s’est rendue dans la Big Apple. Honteuse à l’idée de devoir rentrer chez elle, elle s’isole dans une cabine téléphonique pour réfléchir à la situation et découvre un sac à main posé sur un annuaire. A l’intérieur, 32 dollars, largement de quoi se payer le voyage : «  J’ai pris l’argent et déposé le sac au guichet. […] Je ne peux que remercier, comme je l’ai bien souvent fait intérieurement toutes ces années durant, cette bienfaitrice inconnue. C’est elle qui m’a donné l’ultime encouragement, le porte-bonheur de la voleuse. J’ai accepté le don du petit sac à main blanc comme si c’était le doigt du destin qui me poussait en avant. »

Passionnée de dessin, de peinture, de littérature et de poésie, Patti quitte les siens sans véritable but. Arrivé sur place, elle pense pouvoir se loger chez des amis mais ceux-ci ont déménagé sans laisser d'adresse. Se retrouvant à la rue, elle dépose des CV dans des librairies et des magasins de mode. En attendant des réponses qui tardent à venir, elle dort dans des cimetières, des cages d’escalier ou des wagons de métro. Elle trouve enfin un boulot de caissière dans une échoppe vendant des bijoux fantaisies et son destin bascule à nouveau le jour où elle sert un jeune homme qui deviendra son inséparable compagnon de route. Il s’appelle Robert Mapplethorpe et avec lui elle veut refaire le monde. Fascinés par l’art, ils vont se lancer dans de nombreuses expérimentations allant du collage à la photographie en passant bien sûr par le dessin et la poésie.  Pendant des semaines, des mois et même des années, le couple va subir quelques tempêtes et bouffer de la vache enragée.  D’abord amants puis liés par un indéfectible lien d’amitié, Patti et Robert vont traverser la fin des années 60 et le début des années 70 portés par le souffle d’intense créativité qui balaie New York. Dans leur sillage, on croise Andy Wharol, Allen Ginsberg, Janis Joplin, Jimi Hendrix et tant d’autres.

La carrière de chanteuse de Patti commence par le biais de la poésie. Fascinée par Rimbaud (le chapitre où elle relate son périple à Charleville en 1973 est tout en émotion), elle parvient à placer quelques textes dans des revues avant de faire des lectures dans les bars. Elle y affronte un public difficile, chahuteur, indifférent ou vindicatif. C’est grâce à ces prestations souvent chaotiques qu’elle va se forger une identité scénique des plus solides. En posant des notes de musique sur ses mots, c’est la révélation. Entourée de musiciens, Patti déploie ses ailes et créé une parfaite fusion entre la poésie et le rockn’roll. Une recherche de simplicité dépouillée de tout artifice, une forme de sauvagerie et de pureté : « Nous avions peur que la musique qui était notre nourriture ne se trouve en danger de famine spirituelle. Nous avions peur qu’elle perde sa raison d’être. Nous avions peur qu’elle s’enlise dans un bourbier de spectacle, de finances et d’insipides complexités techniques. »

Cette autobiographie m’a passionné. Quelle femme, quelle vie, quelle époque ! Patti et Robert, c'est un couple indestructible à la curiosité intellectuelle permanente guidé sur la voie de l’art par la fréquentation de figures mythiques et qui n’aura cessé d’élargir le champ des possibles. Just Kids, des gamins inséparables qui seront parvenus à réaliser leurs rêves. Une histoire belle et tragique.

Les dernières pages sont bouleversantes. A la fin des années 80, Patti s’est mariée et a eu deux enfants. Robert est devenu un célèbre photographe. Malade du sida, il se meurt et sa compagne de toujours lui rend visite le plus souvent possible. Entre eux la magie est toujours présente. De leur ultime rencontre elle dira : « La lumière ruisselait à travers les vitres sur ses photos et ce poème silencieux que nous formions, assis ensemble une dernière fois. Robert mourant : il créait le silence. Moi, destinée à vivre, j’écoutais attentivement un silence qu’il faudrait toute une vie pour exprimer. »  Juste avant sa mort, elle lui écrit quelques mots : « l’idée m’est venue, en regardant tout tes objets, tes œuvres et en passant en revue mentalement des années de travail, que de toutes tes œuvres tu es encore la plus belle. La plus belle de toutes les œuvres. »

Robert s’est éteint le 9 mars 1989. Lorsqu’elle a appris sa mort, Patti écoutait La Tosca entamer la sublime aria « Vissi d’arte » : J’ai vécu pour l’amour, j’ai vécu pour l’art.  « J’ai fermé les yeux et joint les mains. La providence décidait des termes de mon adieu. »


Just Kids de Patti Smith. Folio, 2012. 380 pages. 7,70 euros.

Un grand merci à Manu sans qui je n'aurais jamais eu l'idée de me pencher sur ce titre. C'est son billet enthousiaste qui m'a convaincu et je ne le regrette pas !

L'avis de Voyelle et consonne

jeudi 22 août 2013

Une nuit d’angoisse - Clément Bouvier

On est à la veille de la rentrée scolaire et Tomy ne peut pas fermer l’œil. Demain il va découvrir sa nouvelle école et il angoisse terriblement. Peur de ne pas se faire d’amis, d’être pris à partie dans la cour de récré, de devenir la tête de turc de la classe. L’idée lui est insupportable. Il décide donc de fuguer. Pour aller où, il ne sait pas trop. Juste s’éloigner le plus possible du sombre lendemain qui l’attend. Mais quand un enfant part seul en pleine nuit à travers les rues d’une ville endormie, c’est risqué. Surtout quand un kidnappeur rôde et qu’il a déjà fait trois victimes.  

Un roman à suspens qui joue avec malice sur les codes du genre. La tension monte au fil des pages, le coté angoissant est bien amené et si tout se termine évidemment bien, on a quand même eu le temps de se faire quelques frayeurs. Avec ces chapitres courts, sa pagination limitée et son écriture très simple, c’est un ouvrage idéal pour remettre en confiance des enfants de 9-10 ans qui auraient quelques soucis avec la lecture. Pas si courant finalement de tomber sur des petits romans jeunesse à la mécanique aussi bien huilée.


Une nuit d’angoisse de Clément Bouvier. Oskar, 2013. 62 pages. 7,95 euros. A partir de 9 ans.

mercredi 21 août 2013

Mon ami Dahmer - Derf Backderf

Au cours des années 70, Derf Backderf a côtoyé Jeffrey Dahmer au collège puis au lycée. Dahmer qui sera arrêté en 1991 et reconnaîtra dix-sept meurtres perpétrés sur de jeunes hommes. Des crimes affreux commis pour la plupart à la fin des années 80 et accompagnés de viols, de nécrophilie et de cannibalisme. Dans ce roman graphique en noir blanc, Backderf revient sur cette période de sa jeunesse où il a fréquenté sans le savoir un serial killer en devenir.

L’exercice est casse-gueule. Ne pas tomber dans le sensationnalisme, ne pas non plus être dans le jugement mais simplement essayer de comprendre comment un ado à priori comme les autres a pu devenir un tel monstre. Je dis à priori parce que Dahmer était quand même un gamin un peu particulier. Taciturne, solitaire, vivant avec des parents qui passaient leur temps à s’enguirlander et qui ne se sont jamais intéressés à lui. Sans parler son homosexualité qui apparaît comme une évidence et qu’il voudrait refouler, son attirance pour les univers morbides et les cadavres d’animaux sur lesquels il se livrait à de sordides expériences, un alcoolisme chronique dès les premières années du lycée, bref pas vraiment un ado comme les autres en fait.

Soyons clair, je n’ai pas du tout été fasciné par le parcours de Dahmer ni par sa relation avec Backderf. Horrifié plutôt de constater que personne n’a pu, su ou voulu voir à quel point cet élève en souffrance avait besoin d’aide. Les profs surtout auraient dû déceler les signaux de ce mal-être persistant. Facile à dire après coup, c’est vrai, mais quand même.    

Quoi qu’il en soit voila un drôle d’album. Glaçant et dérangeant. Dérangeant dans la mesure où j’ai du mal à saisir les intentions de l’auteur. Pourquoi avoir voulu raconter cette relation qui n’était même pas amicale ? Comme ses camarades, Backderf a passé son temps à ignorer Dahmer. Tout juste le considérait-il comme une espèce de freaks capable d’amuser la galerie lorsqu’il se lançait dans d’étranges imitations. Son récit est très documenté mais il tombe parfois dans l’anecdotique. Alors quel est le but ? Dérouler comme il le prétend dans la préface le fil d’une « histoire tragique qui n’a rien perdu de sa puissance dramatique » ? Pourquoi pas mais je n’ai pas du tout ressenti cet aspect. Une manière pour lui d'exorciser une expérience qui, à posteriori, avait tout pour être flippante ?  Possible. Ou alors, mais je n’ose le croire, une tentative opportuniste de mettre en lumière son talent d’auteur en appâtant le chaland avec une figure de tueur en série qui exerce toujours une certaine fascination sur le grand public ?

Disons qu’il y a comme un malaise et que j’ai été incapable en refermant l’ouvrage de savoir si j’avais ou pas apprécié cette lecture. Très bizarre comme sensation, j’ai l’impression d’être un peu perdu…


Mon ami Dahmer de Derf Backderf. Çà et Là, 2013. 222 pages. 20 euros. 

Une nouvelle lecture commune que j'ai le plaisir de partager avec Mo' ! Filez-vite voir son avis qui vous éclairera sans doute davantage que le mien.

Les avis de Lunch ; Choco ; Joëlle ; Theoma ; Yvan ; Oliv











mardi 20 août 2013

Pas assez pour faire une femme - Jeanne Benameur

Judith croise son regard dans un amphi bondé. Il parle avec éloquence. C’est le coup de foudre immédiat. Son premier amour, sa première fois. Elle a 17 ans et vient de rentrer à la fac, on est au cœur des années 70. Avec lui elle va grandir et exorciser les démons de l’enfance. Peu à peu, elle va se politiser et constater avec lucidité que le conservatisme paternel est un frein à sa propre liberté. 

Jeanne Benameur signe son retour chez Thierry Magnier avec un texte tout en sensibilité. Comme d’habitude me direz-vous. Il est ici question d’amour, de désir, d’éveil à une conscience politique, d’émancipation, du rapport au père, de secret de famille. C'est l'histoire d'une métamorphose, d'un chemin tortueux qui mène une jeune fille vers le statut de femme à part entière. Des phrases courtes, susurrées comme dans un souffle. Les livres tiennent évidemment une place importante dans ce récit à la première personne proche de la confession intime. Oscillant sans cesse entre retenue et sensualité, la voix de Judith résonne avec force.                

Un très beau texte (forcément avec Jeanne Benameur), peut-être un poil trop féminin (féministe ?) pour emporter ma totale adhésion. Mais bon, je chipote. Lire cette auteure reste un plaisir à nul autre pareil. Ce n’est pas ma chère Noukette, avec qui j’ai le plaisir de partager cette lecture commune, qui dira le contraire. Filez donc voir son avis, ce sera l'occasion de découvrir son nouveau "chez elle". En plus vous êtes certain d'y être accueilli avec le sourire. 

Pas assez pour faire une femme de Jeanne Benameur. Thierry Magnier, 2013. 90 pages. 12,80 €.

Les avis de : Un autre endroit pour lire ; Bricabook








lundi 19 août 2013

Arelate T1 et T2 - Laurent Sieurac et Alain Genot

Arles, fin du premier siècle après J-C. Vitalis le tailleur de pierres vient une fois de plus de se faire renvoyer d’un chantier. La fois de trop sans doute puisque plus aucun contremaître ne veut de lui. Bagarreur et incurable joueur de dés, il passe son temps à parier avec les autres ouvriers au lieu de travailler. Ayant contracté pas mal de dettes, il rentre chez lui la queue entre les jambes annoncer à sa femme enceinte qu’il est une fois de plus au chômage. Sollicité quelques temps plus tard par Atticus, un ancien gladiateur devenu entraîneur, Vitalis doit se résoudre à embrasser une carrière à laquelle il n’était absolument pas destiné au départ. En signant son contrat d’engagement auprès d’un promoteur, le jeune homme renonce à la citoyenneté mais trouve par la même le seul et unique moyen de gagner l’argent nécessaire pour rembourser ses créanciers. Seulement le plus dur commence, car pour devenir un gladiateur de talent, le parcours est long et difficile...

Une BD historique de plus sur la Rome antique ? Pas vraiment. Ne cherchez ici aucun empereur aux mœurs débridées. Point non plus d’épiques batailles ou d’intrigues politiques complexes mais plutôt une plongée dans le quotidien des gens du peuple. Le pari est très didactique. Aidé par un archéologue, Laurent Sieurac met en perspective les connaissances scientifiques les plus actuelles concernant le monde romain. Ainsi l’image des gladiateurs  présentée dans cette BD est à des années lumières des standards Hollywoodiens et du Gladiator de Ridley Scott. Contrairement aux idées reçues, la gladiature n’était pas une infâme boucherie au cours de laquelle des esclaves s’entretuaient pour le plaisir d’un public assoiffé de sang. Les gladiateurs étaient en fait des sportifs de haut niveau choyés par des promoteurs ayant beaucoup investi sur leur compte. Des athlètes volontaires grassement payés pour assurer un spectacle certes violent mais où, contrairement à ce que l’on croit, la mort des combattants était extrêmement rare.

Parfaitement documentée jusque dans les moindres détails (architecture, vêtements, objets), Arelate reste éloignée d’un ton professoral qui plomberait le déroulement des événements. Intelligemment, les auteurs ont préféré apporter les éclaircissements scientifiques nécessaires dans un copieux dossier à la fin de chaque volume. L’histoire racontée n’est donc en aucun cas parasitée par des considérations historiques et scientifiques qui rendraient la lecture pour le moins indigeste.

Visuellement les planches aux tons sépia sont du plus bel effet même si parfois les personnages souffrent d’une certaine raideur, notamment dans l’expression des visages. Quoi qu’il en soit, voila une série restituant le plus fidèlement possible la vie quotidienne d’une ville antique que j’ai trouvée passionnante et dont j’ai hâte de dévorer le troisième tome sorti il y a peu.

Arelate T1 : Vitalis de Laurent Sieurac et Alain Genot. Cleopas, 2012. 64 pages. 14,85 €
Arelate T2 : Auctoratus de Laurent Sieurac et Alain Genot. Cleopas, 2012. 64 pages. 14,85 €





samedi 17 août 2013

Arrive un vagabond - Robert Goolrick

1948. Quand Charlie Beale débarque à Brownsburg, Virginie, il n’a pour seules possessions que son vieux pick up et ses deux valises. Très vite il achète un petit bout de terrain et s’y installe de la manière la plus sommaire possible, vivant dans sa voiture et dormant le plus souvent à la belle étoile. Embauché dans la boucherie locale, il va peu à peu commencer à se faire apprécier par les autochtones, prenant notamment sous son aile Sam, le fils du boucher. Surtout, son regard va croiser celui de Sylvan Glass, femme du plus riche propriétaire terrien du coin. Un coup de foudre auquel il ne s’attendait pas et qui va causer sa perte. 

Un roman lauréat du prix des lectrices de « Elle » 2013 que Canel a eu la gentillesse de me prêter. Je dois reconnaître qu’elles ont bon goût les lectrices de « Elle » parce que ce récit tragique et nerveux est vraiment excellent. Bon, j’avoue que la mise en place m’a paru un peu lente. La présentation de Charlie, de son nouvel environnement et des différents personnages traîne parfois en longueur. Mais les 150 dernières pages font monter la tension crescendo jusqu’au final crépusculaire et inévitable. 


Robert Goolrick décortique les us et coutumes d’une communauté en apparence idéale. Mais ici comme ailleurs, la ségrégation raciale a toujours une raison d’être et le poids écrasant de la religion guide les faits et gestes de chacun. Charlie est sans doute, et de loin, le meilleur d’entre eux et sa relation passionnée avec Sylvan va peu à peu craqueler le vernis des conventions dans lesquelles cette microsociété est confortablement installée. Leur passion brûlante semble dans un premier s’affranchir de toutes ces conventions  mais le rêve d’une autre vie possible n’est qu’une chimère. Et lorsque la dure réalité rattrape le pauvre Charlie, elle lui est insupportable.


C’est beau et triste à la fois. Goolrick fouille dans les tréfonds de l’âme humaine et ce qu’il en ressort n’est pas joli-joli. Arrive un vagabond, c’est le drame d’une passion destructrice, le sacrifice d’un homme bon dont tout le monde finira par s’éloigner par peur du jugement dernier. Terrible et poignant, loin de la guimauve des harlequinades à la mord moi le nœud, un excellent roman.  





Arrive un vagabond
de Robert Goolrick. Éd. Anne Carrière, 2012. 316 pages. 21,50 euros. 

Les avis de Canel ; Jostein ; Théoma ; Clara ; Valérie 

vendredi 16 août 2013

Tartes aux pommes et fin du monde - Guillaume Siaudeau

La rentrée littéraire commence de plus en plus tôt. Quelques éditeurs ont choisi cette année de se lancer dès le 14 août. Et parmi cette première livraison, j’ai eu la chance de tomber sur une bonne pioche.


Il se souvient de Bobby, son labrador, mort d’une crise cardiaque au cours d’une balade. Puis ce fut le départ de sa mère. Avec sa sœur, il n’a pu que constater les dégâts : Papa qui tombe dans la bouteille et commence à cogner, de plus en plus. Ensuite il a eu droit à l’armée puis au premier appart et aux premiers petits boulots. Peu après il a rencontré Alice grâce à une boite de maquereaux. Une belle histoire qui se terminera mal comme celle d’Arni, un collègue devenu ami qui va sombrer après son licenciement. Quand Alice le quitte, il achète un flingue. Son nouveau et plus fidèle compagnon…      

Un premier roman dans l’air du temps. Le roman d’une génération de jeunes trentenaires un peu paumés. Roman de l’inquiétude aussi. Constater que l’on est difficilement arrivé jusque-là, avoir conscience d’être au monde mais ne pas savoir où l’on va. Rien de plombant pour autant, c’est là toute la force de ce court récit. Malgré l’adversité permanente qui semble le frapper, le narrateur garde un ton léger et non dénué d’humour où l’autodérision affleure à chaque page. Une mise à distance bienvenue et plutôt fine entre la réalité de sa situation et la façon dont il l’analyse.  

Solitude, instabilité chronique, précarité et crise existentielle… un cocktail dans l’air du temps je vous dis ! Mais le plus important reste que la petite musique de Guillaume Siaudeau est des plus agréables. Un premier roman réussi, ce n‘est pas toujours le cas. Autant en profiter…

Tartes aux pommes et fin du monde de Guillaume Siaudeau. Alma, 2013. 132 pages. 14 €.


Une lecture commune que j’ai le plaisir de partager avec Anne. Filez-vite découvrir son avis !






jeudi 15 août 2013

Le guide des voyages (3)

Déjà le troisième et avant dernier rendez-vous du Guide des voyages, modeste «périodique sporadique » regroupant des chroniques livresques rédigées par des auteurs et des passionnés de littérature. Ce numéro est sans conteste le meilleur des trois, je le dis d’autant plus facilement que je n’y ai pas contribué.

Un numéro en partie consacré à la mort, cette salope qui frappe sans crier gare et sans distinction. Déjà, l’éditorial est particulièrement touchant, pour des tas de raisons dont je ne veux pas parler ici. On trouve dans les pages suivantes et sur ce douloureux sujet des romans de Duras (La douleur), de José Giovanni (Le trou), d’Hubert Mingarelli (Un repas en hiver) ou encore de Philippe Besson (Son frère).
Mais il est aussi question dans ce numéro de Pérec (Les choses), du Che (Voyage à motocyclette),  de Pierre Bergounioux (La mort de Brune), d’Andreï Makine (La femme qui attendait) et d’Agnès Desarthe (Comment j’ai appris à lire).

Riche, varié et de qualité ce n°3 est vraiment un excellent cru.

Et comme d’habitude, si vous souhaitez recevoir directement ce numéro par mail, n'hésitez pas à me le demander, je me ferais un plaisir de vous l'envoyer.