mardi 21 août 2018

À l’étroit - Isabelle Vouin

« On n’en veut pas de leur vie. Qu’on nous fiche la paix. Qu’on arrête de nous changer de maison comme des sacs depuis dix ans. On n’avait rien demandé. Même pas de naître. Naître pour quoi ? Pour rester là ? Au milieu du bordel ? Avec nos doudous dans les mains ? Les regarder s’agiter ? Crier ? Être écartelés ? Vivre pour n’avoir que des morceaux de vie. Une moitié de maison ? Une moitié de Maman ? Un échantillon de papa ? Des débris ? Jamais plus rien d’entier ? Et une valise. Toujours la valise. Notre roulotte. On l’a fait, on la défait, on la refait. Les habits mal séchés, les miettes, les peaux de banane séchées, les bonbons collés, ça finit par puer. »

Le temps d’un voyage entre Toulouse et Agen, sur l’autoroute, Greg n’en peut plus. Coincé entre sa belle-mère et les bagages, avec également son père, ses trois demi-sœurs et son frère dans l’habitacle, il fulmine. Une colère dirigée contre cette vie de famille recomposée qui lui sort par les yeux, contre ces vacances à venir qu’il va détester, contre sa petite copine dont il attend désespérément le SMS lui annonçant qu’elle n’est pas enceinte. Une colère qui ne cesse de gonfler,  jusqu’au moment où…

Un petit roman sous forme de monologue intérieur. Greg n’est pas perdu dans ses pensées, il ne s’éparpille pas, il reste concentré sur la situation présente, ses causes, ses conséquences et ce ressentiment qui le ronge, le dévore. Tout lui semble injuste et insupportable.

Certes, ses reproches sont légitimes, sa vision du statut d’enfant de divorcés en souffrance n’est pas discutable. Mais il devient facilement excessif et j’ai souvent eu envie de le secouer pour lui faire comprendre qu’il n’était pas le nombril du monde et que sa rancœur pourrait être formulée avec un minimum de recul.

Après, c’est toute la force de ce texte d’exprimer le ressenti d’un ado de 17 ans de façon brute, sans filtre, réaliste. Les mots sont durs, la modération n’a pas sa place quand un gamin de cet âge s’emporte. Et j’ai beaucoup aimé le final inattendu qui coupe court à ses ruminations et lui permet de remettre son mal-être en perspective avec beaucoup de finesse.

Court et percutant, voilà un petit roman parfait pour ouvrir une nouvelle saison de pépites jeunesse que j’aurai une fois encore le plaisir de partager chaque mardi avec ma chère Noukette.

À l’étroit d’Isabelle Vouin. Talents hauts, 2018. 60 pages. 7,00 euros. A partir de 13 ans.












8 commentaires:

  1. Bonne reprise de vos rendez-vous ! Et j'aime beaucoup l'idée d'une narration sans filtre. Ce qui ne te surprendra pas.

    RépondreSupprimer
  2. Parfait petit texte pour se remettre en jambe ! Je sens qu'on va encore passer une belle année à récolter des pépites ! Vivement !

    RépondreSupprimer
  3. on imagine bien les difficultés de vie de ces jeunes trop secoués, à une autre époque c'était les rancœurs entre parents restant ensemble pour les gosses qui étaient insupportables

    RépondreSupprimer
  4. le retour des pépites, chouette! Une des bonnes nouvelles de la rentrée!

    RépondreSupprimer
  5. Sympathique rendez-vous que je suivrai plus attentivement cette année !

    RépondreSupprimer
  6. Je pense qu'un ado est très souvent en train de se regarder le nombril et que cela participe à la formation adulte, même si cela nous met hors de nous

    RépondreSupprimer
  7. de retour et tu me fais rire avec le nombrilisme du héros, à 17 ans c'est normal ! mais j'ai cru comprendre que le destin va se charger de le remettre à sa place. Le selfie et les ados, c'est pas innocent hein.. Narcisse aurait adoré !

    RépondreSupprimer
  8. Un roman jeunesse dont le thème me touche forcément. Et j'aime bien ton commentaire sur la nécessaire prise de recul dont manquent parfois les ados.

    RépondreSupprimer

Je modère les commentaires pour vous éviter les captcha pénibles de Google. Je ne filtre rien pour autant, tous les commentaires sans exception seront validés au plus vite, promis !