lundi 26 février 2018

LaRose - Louise Erdrich

Un accident de chasse. Landreaux Iron, un indien Ojibwe, tue un enfant en tirant sur un cerf. L’enfant s’appelle Dusty, il est le fils de son voisin et ami Peter Ravich. Dusty avait cinq ans. En échange de cette mort donnée accidentellement et suivant une tradition ancestrale, Landreaux offre son plus jeune fils, LaRose, aux parents en deuil. Une décision évidemment lourde de conséquences qui va bouleverser la vie des deux familles.

Franchement j’ai eu peur. Peur d’un torrent de larmes et de mouchoirs à essorer, peur d’une tragédie jouant uniquement sur la corde sensible et les ressorts convenus d'un mélo juste bon à faire pleurer dans les chaumières. Heureusement Louise Erdrich ne cède pas à tant de facilité. Les émotions qu’elle déplie au fil des pages sont complexes, parfois contradictoires, toujours d’une rare finesse. LaRose est le guérisseur, celui qui apaise les âmes en peine, celui qui apporte un rayon de lumière dans les ténèbres. Tout le monde est ravagé par la situation. Les mères en premier lieu, celle de Dusty bien sûr, mais aussi sa propre mère, incapable de supporter la perte de cet enfant qu’on lui arrache. Les pères ne sont pas plus à la fête. Landreaux ne comprend pas comment l’accident a pu avoir lieu et Peter est écartelé entre la pitié pour son ami et une légitime envie de vengeance face au tueur de son fils.

Louise Erdrich ne se contente pas de tisser les relations entre les deux familles. Elle nous renvoie des siècles en arrière, s’attarde sur d’autres indiens que les quatre parents et sur le prêtre se battant chaque jour pour remettre les brebis égarées de la réserve sur le chemin du Seigneur. Elle montre le quotidien souvent sordide d’une population ravagée par l’alcool et les opiacés, elle montre une jeunesse qui se serre les coudes et continue malgré tout à rêver d’avenir. Surtout, elle ne cesse de mettre chacun à l’épreuve, de pousser ses personnages dans leur dernier retranchement, de chercher en chacun d’eux l’étincelle, parfois infime, qui pourra rallumer la flamme de l’espoir.

Un roman splendide, où la colère se drape de dignité, où la douleur ne cesse d’être pudique, où tradition et modernité, passé et présent, se conjuguent à la perfection. Une partition sans la moindre fausse note. 
     
LaRose de Louise Erdrich (traduit de l’américain par Isabelle Reinharez). Albin Michel, 2018. 512 pages. 24,00 euros.












61 commentaires:

  1. Je vais être encore la dernière à lire! Il n'est toujours pas arrivé ici. Heureusement, ça ne devrait plu trop tarder.
    J'aurais été surprise qu'il ne te plaise pas!

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    1. Son précédent ne m'avait pas totalement convaincu cela dit.

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  2. Cette auteure ne fait pas dans le lacrymal ; j'avais l'intention de lire son dernier roman, encore plus après ton billet.

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  3. A retenir alors, je ne l'ai jamais lue.

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    1. Si tu commences avec celui-ci, ce sera un bon début ;)

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  4. Toujours pas lu l'auteure, si c'est pas malheureux...

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  5. Eh bien quel enthousiasme ! Tu vas me convaincre et pourtant tu sais que je crains plus que tout les mouchoirs aussi !

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    1. Pas besoin de mouchoirs ici, je te rassure.

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  6. j'avais un peu peur aussi au vu du résumé.. pourquoi pas alors!

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    1. !il ne faut vraiment pas s'arrêter au résumé.

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  7. exact, pas de pathos chez elle (ouf!!!)

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  8. Une des auteures américaines dont je lis systématiquement les dernières parutions ... Je ne me suis pas encore offert ce roman, mais je ne vais pas résister longtemps ... Je ne sais plus si tu en as lu d'autres, mais au cas La chorale des maitres bouchers, sur un autre thème est aussi excellent !

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    1. J'en ai lu deux ou trois autres, oui.

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  9. Tu donnes bien envie de le découvrir !

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  10. Après lecture de ton billet, il me tarde de le lire.

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  11. Un roman qui me fait très envie !

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  12. Cela semble être un des meilleurs Erdrich. Un peu échaudée par Le pique-nique des orphelins, que j'avais trouvé fade (enfin, ce que j'en ai lu) je serais ravie de la retrouver avec celui-ci.

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    1. d'accord avec vous Le pique nique n'était pas son meilleur, il me semble que c'était une oeuvre de jeunesse que les éditeurs ont voulu traduire en France à la suite de ses autres succès, mais La chorale des maîtres bouchers, par exemple est à lire, comme Dans le silence du vent...
      Brigitte, Poitiers

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    2. J'avais beaucoup aimé ses nouvelles aussi.

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  13. Déjà noté et tu confirmes mon envie

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  14. Je n'ai rien lu d'elle mais je serais bien tentée par ce roman-ci.

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  15. Ce roman ne doit pas m'échapper !

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  16. Ah elle est dans mes auteurs à lire depuis belle lurette, je ne l'ai toujours pas casée... Je ne sais pas si ce sera avec ce roman. Même si on n'est pas dans le pathos gratuit, ça me semble bien chargé comme intrigue.

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    1. En lisant le résumé on ne peut qu'en déduire que ça va être plombant et larmoyant. Mais au final ce n'est pas le cas.

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  17. Splendide, rien de moins! Je vais être la dernière à le lire, pour faire changement!

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  18. Je ne la connais que de nom ! Je note celui-ci, pour le jour où j'aurai le temps de me remettre aux romans "adulte" !

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    1. La littérature jeunesse c'est très bien aussi ;)

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  19. Je crois qu'il vient d'arriver à la bibliothèque, alors peut-être. Mais le thème heurte mon cœur de maman poule !

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    1. Rien de plus normal mais si tu dépasses tes réticences tu vas découvrir un très beau roman.

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  20. Jamais lu cet auteur, je n'ai pas encore croisé ce titre mais avec une chronique comme celle-ci autant dire que tu sais comment me convaincre !

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    1. J'aime me montrer convaincant. Surtout avec toi ;)

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  21. Je pourrais me lancer (il serait temps ...) avec celui-ci.

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  22. Entièrement d'accord avec toi :-)

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  23. lecture prévue pour cet fin d'hiver !! tu me donnes très envie

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    1. Alors ? L'hiver est fini tu dois l'avoir lu ;)

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  24. Oh ça va me plaire ça, je m'empresse de noter ! ;)

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  25. J'avais beaucoup aimé "la chorale des maîtres bouchers", un de ses meilleurs je crois. Celui-ci m'a l'air de la même veine. Je note, je note !

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    1. Je n'ai pas encore lu "la chorale des maîtres bouchers" mais je compte bien le faire.

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  26. J'aime beaucoup cet auteur. Le thème me parait dur mais je le lirai quand même.
    Daphné

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    1. Il est certain que le thème n'est pas des plus légers...

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  27. Tentée depuis longtemps, mais je n'ai encore jamais lu cet auteur... Celui-ci me fait très envie (tu en rajoutes une couche, après l'avis enthousiaste d'Eva).

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    1. Deux couchent valent toujours mieux qu'une ;)

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  28. Me fait très envie également !

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    1. Il fait envie à tout le monde je crois.

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  29. Je n'ai lu que "Dans le silence du vent" de cette auteur, et ce que tu dis de ce titre me tente beaucoup. J'avais justement beaucoup aimé sa façon de rendre les sentiments complexes avec tant de subtilité.

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    1. Tu retrouveras ces qualités ici, je te le confirme.

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