vendredi 21 juillet 2017

Personne ne gagne - Jack Black

Ah, le pied ! Un voyage dans l’Amérique des années 1890 à 1910, un voyage au milieu des voleurs et des vagabonds. Un voyage clandestin dans les trains de marchandise, une vie sur les routes poussiéreuses de l’ouest, une vie de larcins, de repas frugaux partagés avec des compagnons d’infortune devant un feu de camp, de nuits passées à la belle étoile ou dans des pensions crasseuses. Une vie d’alcool, de violence et d’opium, le pied quoi.

Jack Black a mené cette vie d’errance, entrecoupée de nombreux passages derrière les barreaux. Né en 1871, il a connu les saloons, les prostituées, les joueurs de poker à la gâchette facile. Surtout, il a suivi la trace des hobos sur les chemins de traverse d’un pays sortant à peine de la sauvagerie du Far West. Devenu cambrioleur puis opiomane, il côtoie des perceurs de coffres, enchaîne les bons et les mauvais coups, est condamné à 25 ans de pénitencier, s’évade plusieurs fois, subit en prison l’épreuve du fouet et de la camisole de force, les passages à tabac et les privations. En 1916, on lui tire une balle dans le ventre à bout portant. Il s’en sort miraculeusement et profite de sa convalescence pour coucher sur le papier son parcours sinueux.

Personne ne gagne n’est donc pas une fiction. C’est une autobiographie, un témoignage sur une époque depuis longtemps révolue. Jack Black est un bourlingueur touché par « la malédiction du sang nomade ». Un cambrioleur itinérant fréquentant une faune interlope traversée par une même philosophie basée sur le respect de la parole donnée et une inébranlable solidarité.

Un récit sans temps mort où les événements s’enchaînent à une vitesse folle, qui ne brille certes pas par son écriture sans grand relief et peut paraître parfois répétitif (cambriolage – arrestation – jugement – prison - remise en liberté – cambriolage – arrestation – jugement - prison, etc.) mais reste au final un fabuleux regard porté sur un univers de marginaux, camés, putains, rebelles, assassins, voleurs ou arnaqueurs qui représentent la face sombre de l’Amérique à l’aube du 20ème siècle. Forcément j’ai adoré, cela ne surprendra personne, et je m’y suis senti bien plus dans mon élément que chez Barbara Pym par exemple.

Personne ne gagne de Jack Black. Monsieur Toussaint Louverture, 2017. 470 pages. 11,50 euros.

PS : si vous souhaitez découvrir d’autres textes sur les hobos, je ne peux que vous conseiller la lecture de l’excellent Boxcar Bertha de Ben Reitman (adapté au cinéma par Martin Scorcese en 1973), mais aussi du percutant Il ne pleuvra pas toujours d’Edward Anderson ou encore de l’autobiographique Ombres d’hommes de Jim Tully qui vient tout juste de sortir aux éditions Lux.








46 commentaires:

  1. Grand plaisir de lecture oui, sans une ride ;-)

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    1. Aucun coup de vieux pris par ce texte, c'est clair !

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  2. Hé bien voilà! M'étonne pas que ce texte t'ait enthousiasmé (Toussant Louverture met la main sur des pépites)(et je me doute bien que ces gens ne carburent pas au five o'clock tea)

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    1. Pas vraiment non, ils préfèrent l'opium (entre autres).

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  3. "Une faune interlope" oui ça ne peut que te plaire.
    Une autobiographie et ceux qui ont des vies de roman.
    J'aime bien le mot interlope ... Même si j'ai du en relire la définition.
    Bises et merci pour toutes ces idées de lecture

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    1. Interlope est un mot qui va très bien à ce livre.

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  4. Une idée de lecture bien originale pour moi, mais pourquoi pas ?

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  5. Je ne suis pas surprise que tu préfères cet auteur à Barbara Pym :-)

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  6. Mon libraire en a fait un coup de coeur, j'hésite à le lire.

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  7. Je ne connais pas Barbara Pym et ton enthousiasme est un plaisir

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  8. Ahaha mais oui, complètement ton univers ! Bon, je ne le ressens pas comme une urgence mais je ne suis pas fermée. Peut-être ferais-je le grand écart Pym-Jack Black un jour.:-)

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  9. Ah, c'Est tentant, ça! Le personnage m'intrigue.

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  10. Oui, tout à fait ton truc, visiblement. Peut-être un peu moins le mien...

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    1. Je comprends que ça ne puisse pas plaire à tout le monde.

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  11. Bonsoir. Article pas mal du tout. je souhaitais tout juste des informations sur le sujet.
    Merci

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  12. Haha ! Oui, je me doute que c'est très loin de Barbara Pym !!! Mais je crois bien que c'est un bouquin pour moi.

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  13. On peut aimer Barbara Pym et la faune interlope opiumisée ... La preuve ! Ce titre là va sûrement tomber entre mes mains dans pas trop longtemps ....

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    1. Je suis tout à fait d'accord avec toi.

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  14. Barbara Pym ... je l'avais repéré mais vraiment pas le temps de me plonger hors de mon programme, je le garde sous le coude !

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    1. J'espère que tu pourras te pencher sur son cas un jour.

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  15. forcément, dès qu'il y a "interlope" quelque part, je fonce!
    et le livre (en tant qu''"objet") est vraiment beau!

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    1. Il est superbe, oui, comme toujours chez cet éditeur.

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  16. J'avais repéré sa belle couverture. Dis donc, 11 euros pour plus de 400 pages, ça me parait ridiculement dérisoire, comme prix.

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    1. Pour une fois que c'est le cas, tu as raison de le souligner.

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  17. Tu sais que j'apprécie aussi beaucoup, de temps en temps, ce genre de lecture qui secoue ! Merci pour ce titre que je ne connaissais pas.
    Violette

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  18. Ah bon tu n'es pas à l'aise chez Barbara Pym ? De temps en temps, c'est assez plaisant ce genre de lectures-ci, un peu dérangeantes, je comprends... ;)

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    1. Ah si je suis bien chez Barbara Pym mais je suis quand même plus dans mon univers ici.

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  19. Bon moi je passe évidemment (trop chochotte) mais j'aime l'idée du témoignage historique quand même (bien que le problème soit trop souvent le style mais bon, comme tu le dis, on passe dessus hein), j'adore complètement ta dernière phrase (surtout le "par exemple").
    Ca m'avait manqué
    Bonnes vacances Jérôme

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  20. repéré, pas étonné que tu aies pris ton pied.

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  21. Je l'ai repéré également (comme toutes les productions de Monsieur Toussaint Louverture) et je pense qu'il devrait également me plaire. Peut-être pas autant que Barbara Pym... ;-)

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  22. Celui-là, je l'ai dans mon viseur ! Il me fera sortir clairement de ma zone de confort, mais je pense qu'il peut me plaire (et en plus, j'aime bien sortir de ma zone de confort).

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  23. Je me demande s'il me plairait celui là, tu donnes envie !

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  24. L'écrin est canon. Et le texte prometteur... Il n'est pas très loin de moi... J'y viendrai... Assez vite.

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