mardi 13 avril 2021

Nouvelles vagues - Arnaud Cathrine

Vince se remet difficilement de sa rupture avec Octave. Aidant sa mère libraire en plein mois de juillet, il tombe sous le charme de Micha, l’employé de cette dernière. A quelques centaines de kilomètres de là, sur une plage normande, Marilyn fait la connaissance de l’ex de Vince. Il sera sa première fois, son premier amour, son premier séisme émotionnel. Entre Vince et Marilyn, aucune raison de se rencontrer, aucune possibilité de faire ensemble un bout de chemin. Sauf si…

Quel plaisir de retrouver le protagoniste de l’excellent Romance ! Vince et sa passion pour les garçons, son besoin d’amour et de tendresse, son manque de confiance en lui et son cœur en lambeaux. L’intrusion de Marilyn, semblant dans un premier temps suivre une trajectoire parallèle à la sienne mais qui finira par croiser son chemin, ravivera une blessure qu’il pensait en voie de cicatrisation et réveillera des souvenirs qu’il aurait préférés laisser enfouis dans un douloureux passé.  

Situations familiales complexes, relations amoureuses sinueuses, rapport aux autres et à soi laborieux, volonté de s’abandonner par amour, quitte à se consumer, les similitudes entre Vince et Marilyn sont nombreuses. Surtout, ils ont un même garçon en commun et le même sentiment de vertige, de chute et de perdition engendré par cette liaison incandescente.

Un roman tout en pudeur et en sensibilité qui met à nu les sentiments et trouve les mots justes pour dire à la fois la difficulté d’être soi et la quête d’amour d’une génération à la recherche du grand frisson.

Nouvelles vagues d’Arnaud Cathrine. Robert Laffont, 2021. 315 pages. 16,50 euros. A partir de 15 ans.


Une nouvelle pépite jeunesse partagée avec Noukette




mardi 6 avril 2021

Ragnagna et moi - Ken Koyama

On sonne à la porte. C’est le jour, c’est l’heure, Ragnagna débarque. Un mois déjà depuis sa dernière visite. Comme d’habitude, elle cogne dur, souvent sous la ceinture. Pas sa faute, c’est son job. Après avoir maltraité sa cliente du jour, elle sort sa seringue et lui prélève une bonne dose de sang, la laissant sur le flanc. Le mari rentre, salue l’intruse mensuelle et lui propose de rester pour le dîner. Quand il se plaint de voir dans son assiette la même chose que la veille, Ragnagna lui file une torgnole pour bien lui faire comprendre que les règles ça épuise et qu’il ferait bien de laisser madame tranquille s’il veut éviter les ennuis.  

© Ki-oon 2021 Koryama

Elle est comme ça Ragnagna. Pénible, douloureuse, déterminée à mener à bien sa mission malgré les désagréments que cela implique. Appliquée mais compréhensive, prête à soutenir celles qu’elle fait souffrir. A les défendre aussi, contre les hommes et leur saleté de libido qui vient les embêter quand c’est pas le moment. Chaque chapitre est une histoire indépendante. Les premières règles, les dernières règles et l’adieu à Ragnagna après des années passées ensemble, la fatigue, le manque de peps, la baisse de productivité au boulot, les femmes d’autrefois traitées comme des pestiférées chaque mois à la première goutte de sang, l’arrivée des serviettes hygiéniques au Japon, sans oublier Miss SPM (syndromes prémenstruels, la petite sœur de Ragnagna), tout ou presque y passe.

Je vois déjà venir les rageux qui vont reprocher à l’auteur d’être un homme. Les spécialistes de l’indignation surjouée toujours prêt à s’offusquer. De quoi se mêle-t-il ? Quelle est sa légitimité ? Comment peut-il parler d’un sujet qui ne le concerne pas directement ? Un peu comme un auteur jeunesse que l’on clouerait au pilori parce qu’il n’a pas d’enfant. Ou un traducteur blanc à qui on confierait les poèmes d’une autrice noire. Condamner à priori. En jugeant un statut avant des compétences. Bêtement. Bref, je m’égare, les bas du front qui refuseront de découvrir ce manga sur les règles parce que son auteur est un homme, grand bien leur fasse. Pour les esprits un peu plus ouverts (un peu plus éclairés oserais-je dire), l’expérience vaut le détour, promis. 

Je reconnais que graphiquement ça fleure bon l’amateurisme du gars ayant séché l’école des beaux-arts mais ça ne nuit en rien au plaisir de la lecture. Il y a même un petit tuto en fin d’ouvrage pour apprendre à dessiner Ragnagna. Au-delà de l’aspect esthétique, le sujet est traité à la fois avec sérieux et légèreté. Surtout, avec beaucoup de respect et de tendresse pour les femmes qui ont affaire à Ragnagna tous les mois. C’est hyper didactique, parfois très drôle, toujours plein d’empathie. Un petit manga qui ne paie pas de mine mais qui se révèle au aussi instructif que décomplexé. A mettre entre toutes les mains (filles et garçons bien sûr), dès le collège. 

Ragnagna et moi de Ken Koyama. Ki-oon, 2021. 220 pages. 15,00 euros.




Aujourd'hui chez Stephie c'est permis !